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Corps, nouvelles religions et dérives sectaires

Bodies, new religions and sectarian excesses

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Publié le mardi 02 octobre 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Le projet scientifique s’organise autour de l’observation en France de l’émergence d’imaginaires nouveaux dans les pratiques corporelles dites alternatives ou non conventionnelles dans le champ des arts du spectacle vivant, dans celui des pratiques de bien-être et de santé et dans celui de l’éducation physique et du sport... Or, d’après les observations de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), il se constitue autour de ces imaginaires incarnés des communautés susceptibles de dérives sectaires. Mais comment aborder scientifiquement ce phénomène en tenant compte des biais cognitif, culturel, épistémologique et méthodologique des chercheurs, des malentendus culturels et de l’ethnocentrisme inhérent à l’approche de ces objets ? Deux perspectives disciplinaires seront mobilisées au cours du projet : d’une part l’émersiologie ou écologie corporelle pour l’intérêt qu’elle porte au corps vivant, expérimenté et vécu, d’autre part l’ethnoscénologie pour ses travaux sur l’ethnocentrisme dans le cadre de ses études interdisciplinaires de l’esthétique des incarnations de l’imaginaire.

Annonce

Argumentaire

Les sciences humaines et sociales se sont très tôt intéressées aux religions (au sens étymologique de « relier »). Elles l’ont fait à travers nombre d’entrées conceptuelles : les rites, les rituels, les cultes, les cérémonies, les célébrations, les pèlerinages, les pratiques divinatoires, les croyances, la foi, les mysticismes, les sagesses, les récits mythiques, etc. Elles ont logiquement analysé leurs effets sur la cohésion des groupes, sur le sentiment d’appartenance et, plus largement, les attitudes sociétales et politiques (Durkheim, 1912). La sécularisation des sociétés occidentales et la rationalisation des formes de salut ont semblé gagner du terrain (Weber, 1971).

La définition même du fait religieux est restée, pour le moins, problématique. Autonomisées au XIXe siècle (Obadia, 2007), la catégorie générale « sciences des religions » rassemble des disciplines diverses. Selon Obadia, elles offrent un panorama assez disparate d’approches théoriques, épistémologiques et méthodologiques. Aux sciences de l’homme classiques se sont jointes par exemple les approches des Performance studies et de l’ethnoscénologie[1]. Ces deux nouvelles perspectives de la recherche entendent privilégier les dimensions corporelles, somato-psychiques et les techniques du corps encore peu explorées. Historien français des religions, Daniel Dubuisson remarque que l’étude des mythes et du corps symbolique a longtemps pris le pas sur celle des pratiques (1998). Semblablement l’écologie corporelle affiche un nouveau paradigme épistémologique en rupture avec les modèles essentialistes, intellectualistes et ethnocentrés qui prévalent dans les sciences humaines en Occident (Andrieu, 2017). Un nouveau champ d’étude apparaît donc avec la multiplication des formes et modalités du « croire », dans et en dehors des institutions religieuses les plus légitimes, à un moment et dans une aire culturelle donnée. Avec les « nouveaux mouvements religieux » (Champion, 2000) ou le développement d’une « nébuleuse mystique-ésotérique » (Champion, Hervieu-Léger, 1990), la dynamique religieuse et plus largement des croyances semble attestée aujourd’hui.

Le projet de ces journées qui débuteront dans le cadre de la 4th Body Week est d’aborder cette complexité du « croire » contemporain ou passé à partir notamment des manifestations spectaculaires, des prescriptions ou des proscriptions corporelles (somato-psychiques), voire des performances corporelles. Profanes ou laïques, les croyances religieuses s’accompagnent de rites ou de séquences organisées d’actions efficaces qui mettent en jeu les corps humains, voire les transforment. Le corps participe ainsi de la libération de l’imaginaire. Or, l’imaginaire, quand bien même, libéré ne permet pas seulement de fantasmer, mais permet également au corps de s’inventer. Cependant les séquences cultuelles, les répétitions de prière, etc., engagent les croyantes et les croyants dans des emplois du temps spécifiques qui les distinguent et les particularisent. Le candomblé brésilien par exemple où l’effervescence de l’imaginaire engendre des pratiques de groupe festives qui exaltent une sensualité voire des potentialités érotiques autour desquelles s’organise une vie d’école ou de confréries avec des ateliers de coiffures, de cuisine, etc. Ces pratiques ont été stigmatisées par l’Église catholique romaine les considérant comme des dérives populaires ; elles révélaient l’imaginaire populaire qui s’emparait d’objets ecclésiastiques de manière à permettre aux personnes opprimées d’inventer des pratiques corporelles de résilience et d’inclusion (chants, danses, ornements, célébrations, déguisements zoomorphes, etc.) et à travers elles de survivre sans aliénation.

Des rites, des rituels et des cultes se réclamant par exemple du New Age aux USA ou des méthodes de relaxation en Europe codifient également des comportements humains (Héas, 2004). Dans les situations d’abus caractérisés, ils enferment les corps « libérés » sous l’emprise de gurusà la main mise sur la sexualité ou sur le financier avec parfois des fins dramatiques[2]. En témoignent aussi dans la société nationaliste indienne les cas récents des éminents gourous Gurmeet Ram Rahim Singh et Asaram Bapu qui reconnus maîtres yogis et personnalités politico-spirituelles n’en sont pas moins accusés d’abus sexuels, viols et viols sur mineurs.

Du local au global (Geertz), avec le développement des Technologies de l’Information et de la Communication, les échanges de conseils, les soutiens, les accompagnements spirituels – au sens large du terme – peuvent se réaliser 24h sur 24h, à distance, sans un rassemblement des corps matériels comme cela peut être le cas dans les formes les plus instituées de croyance. Nous assistons à des formes de (dé)régulation du croire par technologies interposées. Les médias internétiques et les réseaux sociaux sont ainsi l’objet de prosélytismes actifs, de stratégies d’influence caractérisée. Les pratiques physiques, les techniques d’entretien du corps et les techniques d’éducation somatique sont investies par ces dynamiques du croire. Tel conseiller en fitness recrute ses client·e·s sur les réseaux sociaux, l’entrainement physique devient une porte d’entrée pour des abus, voire des formes d’escroquerie organisée. Les dérives sectaires dans les sociétés matérialistes et fondées sur l’économie conduisent à des abus économiques et affectifs… Telle pratique de randonnée avec force jeûne devient l’occasion d’emprises sur les personnes affaiblies par l’activité et la sous-nutrition. Ces signalements en cours dans le cadre de la MIVILUDE ne constituent probablement que la face émergée de l’iceberg des emprises corporelles redoublant les emprises spirituelles et religieuses.

Une journée d’études lors de la 4èmeBody Week constituera un espace-temps de discussion de cas concret qui mettent en évidence les croisements entre corps et croyance. Les travaux qui portent sur des cas concrets et qui tiennent compte du fait que l’objet d’étude n’existe pas en lui-même, mais par rapport au chercheur et au regard qu’il porte dessus, les travaux qui tiennent compte du biographique comme biais cognitif, culturel, épistémologique et méthodologique pourront être privilégiés.

Un premier colloque sera organisé durant la 4èmesemaine internationale du corps en juin 2019 conjointement à l’Université Paris V Paris Descartes et à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord. Il sera suivi d’une journée d’études et de débriefing au Centre français du patrimoine culturel immatériel (CFPCI) de Vitré.

Première journée le lundi 24 juin 2019 : Corps et Sectes, UFR-STAPS Université Paris Descartes (Paris V). Dans le cadre de la 4e Semaine Internationale du Corps

Deuxième journée le mardi 25 juin 2019 : Incarnations de l'Imaginaire, Corporéité des Croyances et Dérives Sectaires,Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (MSHPN). Dans le cadre de la 4e Semaine Internationale du Corps

Troisième journée le vendredi 25 octobre 2019 : Diversité de l'Imaginaire, Traditions et Arts du spectacle vivant, Maison des Cultures du Monde-Centre Français du Patrimoine Culturel Immatériel (MCM-CFPCI). Dans le cadre du 23e Festival de l’Imaginaire

Références bibliographiques (liste non exaustive)

  • Andrieu, B. (2017). L'écologie corporelle. Tome 1. Bien-être et cosmose, Paris, L’Harmattan.
  • Champion, F. & Hervieu-Léger, D. (dir.), De l'émotion en religion, Paris, Centurion.
  • Champion, F. (2000). La religion à l'épreuve des Nouveaux Mouvements Religieux. Ethnologie Française,30(4), 525-533.
  • Dubuisson, D. (1998). L’Occident et la religion, Mythes, science et idéologie,Bruxelles, Editions Complexe.
  • Durkheim, E. (1912). Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, PUF, 1968.
  • Héas, S. (2004). Anthropologie des relaxations : des moyens de loisirs, de soin et de gestion personnelle ?, Paris, L’Harmattan.
  • Higgs, R. (1996). God in the Stadium,Sports and Religion in America, University of Kentucky Press, Lexington.
  • Malamoud, C. & Vernant J.-P. (dir.) (1986). Corps des dieux, Paris, Gallimard, Folio Histoire.
  • Magdalinski, T. & Chandler, T. (dir.) (2002). With God on their Side: Sport in the Service of Religion. Routledge, London.
  • Obadia, L. (2007). L’anthropologie des religions, Paris, La Découverte, « Repères ».
  • Pradier, J.-M. (dir.) (2016). La Croyance et le corps – esthétique, corporéité des croyances et identités, actes du 7èmecolloque international d’ethnoscénologie (Paris 21-23 mai 2013), Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, « Corps de l’esprit ».
  • Rougeon, M. & Santiago, J.-P. (2013). Pratiques religieuses afro-américaines – Terrains et expériences sensibles, Louvain, Editions Academia.
  • Weber, M. (1971). Economie et société, Paris, Plon.

Mots-clés : Corps, écologie corporelle, esthétique, ethnoscénologie, incarnation de l’imaginaire, religion, dérives sectaires

Comité scientifique et d’organisation (en constitution)

  • Bernard ANDRIEU, PU, Université Paris Paris V
  • Marie-Christine AUTANT-MATHIEU, Directrice de recherche, CNRS
  • Séverine CACHAT, Dr., Maison des Cultures du Monde - Centre Français du Patrimoine Culturel Immatériel (CFPCI-MCM)
  • Jean-François DUSIGNE, PU, Université Paris VIII
  • Aurélie EPRON, MCF, Université Lyon 1
  • Nathalie GAUTHARD, PU, Université Nice Sophia Antipolis
  • Stéphane HÉAS, MCF-HDR, Université de Rennes II
  • Aurélie EPRON, MCF, Université Lyon 1
  • Gilberto ICLE, PU, Université Fédérale du Rio Grande do Sul (Brésil)
  • Gilles LECOCQ, Pr, Université de Picardie Jules Verne, ILEPS Cergy-Pontoise
  • Katia LÉGERET, PU, Université Paris VIII
  • Tiziana LEUCCI, Chargée de recherche, CNRS
  • Philippe LIOTARD, MCF-HDR, Université Lyon I
  • Rachid MOUNTASAR, Pr, Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (ISADAC), Université Mohammed V (Maroc)
  • Lionel OBADIA, PU, Université Lyon II
  • Pierre PHILIPPE-MEDEN, Dr., Université Paris VIII
  • Jean-Marie PRADIER, PU émérite, Université Paris VIII
  • Xavier RIONDET, MCF, Université de Lorraine
  • Raphaël VERCHÈRE (Pr. de philosophie), Lycée Charlie Chaplin, Université Lyon I
  • Omar ZANNA (P), Le Mans Université 

Partenaires

  • Université Paris Descartes (Paris V)
  • Laboratoire Techniques et enjeux du corps (TEC, EA3625)
  • Laboratoire Violences Innovations Politiques Socialisations et Sports (VIPS2EA4636)
  • Unité de recherche Scènes du monde, création, savoirs critiques (EA1573)
  • Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord (USR3258, Paris VIII, Paris XIII, CNRS)
  • Maison des Cultures du Monde - Centre Français du Patrimoine Culturel Immatériel (MCM-CFPCI) dans le cadre du 23e Festival de l’Imaginaire
  • Société française d’ethnoscénologie (SOFETH)
  • Société francophone de philosophie du sport (SFPS) 

Informations pour communiquer 

Il convient d’envoyer avant le 1er décembre 2018 une proposition de communication par courrier électronique aux deux adresses : stephane.heas (at) univ-rennes.fr et pierre.philippe-meden (at) mshparisnord.fr. Le document en fichier attaché sous le format « .doc » ou « .docx » portera votre nom sous la forme : « initiale du prénom.nom.docx (exemple : c.ricci.docx).

Les propositions de communication seront constituées d’un résumé comprenant la problématique, les principales questions, les sources, les repères épistémologiques et méthodologiques, les résultats attendus et 5 mots clés. Les propositions seront soumises au Comité scientifique qui validera ou non votre participation.

Modalités de sélection

Les propositions seront sélectionnées en privilégiant l’actualité et la pertinence de l’objet étudié, la nature et l’originalité des sources et des données, la pertinence de la problématique, la structure, la logique et la clarté des résumés. Les travaux qui portent sur des cas concrets et qui tiennent compte du fait que l’objet d’étude n’existe pas en lui-même, mais par rapport au chercheur et au regard qu’il porte dessus, les travaux qui tiennent compte du biographique comme biais cognitif, culturel, épistémologique et méthodologique pourront être privilégiés.

Instructions concernant les résumés 

Les résumés doivent être rédigés en police Time New Roman 12, interligne simple de 500 mots. Le titre sera placé en haut centré en gras. Le nom des auteurs et leur institution apparaîtront à droite sous le titre, après avoir passé une ligne. Le document transmis se terminera par 5 mots-clés permettant de caractériser la communication.

Textes 

Les articles sont à envoyer pour le 1ermai 2019 par courrier électronique aux deux adresses : stephane.heas (at) univ-rennes.fr et pierre.philippe-meden (at) mshparisnord.fr. La taille des articles est de 40.000 signes, espaces et notes compris. Le corps du texte sera rédigé en police Time New Roman 12, les notes de bas de page en police Time New Roman 10. Le texte et les notes de bas de page seront justifiés. Deux niveaux de sous-titres max.

Exemple de format pour les références bibliographiques :

Ouvrages :

  • (1996).La Scène et la terre. Questions d’ethnoscénologie, Paris, Maison des Cultures du Monde.
  • Andrieu B. (2016).Sentir son corps vivant. Émersiologie I, Paris, Vrin.
  • Dargère C., Héas S. (dir.) (2015). La chute des masques. De la construction à la révélation du stigmate, Grenoble, PUG.
  • Pradier J.-M. (dir.) (2015). La croyance et le corps. Esthétique, corporéité des croyances et identité, Pessac, PUB.

Articles :

  • Héas S., Le Hénaff Y. (2017). « Ecologies sanitaires et maladies rares en France, l’exemple des pemphigus », Corps.Revue interdisciplinaire,n°17, 153-166.
  • Philippe-Meden P. (2018). « A Naturalist’s Invention of Body Ecology », In Andrieu, J. Parry, A. Porrovecchio, O. Sirost (Ed.), Body Ecology and Emersive Leisure, London, Routhledge, 37-51. 

Informations diverses

Durée : les communications des intervenants sont de vingt minutes suivies de dix minutes d’échange. Inscriptions : le colloque est ouvert et gratuit (inscription obligatoire).

Calendrier prévisionnel

  • Envoi des propositions de communication : le 1er décembre 2018

  • Retour des expertises : 7 janvier 2019
  • Envoi du programme aux participants : février 2019
  • Envoi des textes : 1ermai 2019
  • Déroulement du colloque : lundi 24 juin et mardi 25 juin 2019 

Informations pratiques 

  • UFR-STAPS Université Paris Descartes (Paris V) : 1 rue Lacretelle, 75015, Paris (M°Convention)
  • Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord : 20 avenue George Sand, 93210, La Plaine Saint-Denis (M°Front Populaire) 
  • Centre Français du Patrimoine Culturel Immatériel-Maison des Cultures du Monde (MCM-CFPCI) : 2 rue des Bénédictins, 35500, Vitré

Contacts 

  • Stéphane Héas : stephane.heas (at) univ-rennes.fr
  • Pierre Phlippe-Meden : pierre.philippe-meden (at) mshparisnord.fr

[1]Dans « ethnoscénologie » le lexème « scéno » se réfère au « skenos » qui dans le vocabulaire hippocratique renvoie au corps humain ; le corps tel qu’il incarne l’imaginaire en des actions, des performances, des cultes, des danses… La Scène et la terre : questions d’ethnoscénologie, Paris, Babel, Maison des Cultures du Monde, 1996.

[2]Les activités de la MIVILUDE permettent de recenser, de signaler, voire de contrer ces abus par tous les moyens disponibles légalement.

Lieux

  • UFR-STAPS Université Paris Descartes (Paris V) - 1 rue Lacretelle
    Paris, France (75015)
  • Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord - 20 avenue George Sand
    Saint-Denis, France (93210)
  • Centre Français du Patrimoine Culturel Immatériel - 2 Rue des Bénédictins
    Vitré, France (35500)

Dates

  • samedi 01 décembre 2018

Mots-clés

  • corps, écologie corporelle, esthétique, ethnoscénologie, incarnation de l’imaginaire, religion, sectes

Contacts

  • Pierre Philippe-Meden
    courriel : pierre [dot] philippe-meden [at] mshparisnord [dot] fr
  • Stéphane Héas
    courriel : stephane [dot] heas [at] univ-rennes [dot] fr

Source de l'information

  • Pierre Philippe-Meden
    courriel : pierre [dot] philippe-meden [at] mshparisnord [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Corps, nouvelles religions et dérives sectaires », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 02 octobre 2018, https://calenda.org/481884

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