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Des corps normés

Of normed bodies

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Publié le jeudi 04 octobre 2018 par Céline Guilleux

Résumé

La revue Recherches & Éducations lance un appel à contribution d'articles critiques sur les éducations aux sexualités. Les dispositifs de l’éducation à la sexualité s’objectivent à travers diverses interventions sociales qui ont pour objectif de prévenir le développement des maladies sexuellement transmissibles. Ils se sont  développés à partir non seulement des fondements épistémologiques des sciences de la vie qui agissent comme une doxa dans la construction sociale de la normativité sociale  et qui orientent les pratiques de l’éducation à la sexualité à partir de l’episteme de la norme biologique et du corps anatomo-pathologique normal ; mais aussi  à partir des savoirs épidémiologiques qui précisent les types de maladies transmissibles par le sexe, mais aussi les facteurs de risques et les groupes de population vulnérables associés.

Annonce

Argumentaire

Les dispositifs de l’éducation à la sexualité s’objectivent à travers diverses interventions sociales qui ont pour objectif de prévenir le développement des maladies sexuellement transmissibles. Ils se sont  développés à partir non seulement des fondements épistémologiques des sciences de la vie qui agissent comme une doxa dans la construction sociale de la normativité sociale et qui orientent les pratiques de l’éducation à la sexualité à partir de l’episteme de la norme biologique et du corps anatomo-pathologique normal (Sforzini, 2014) ; mais aussi à partir des savoirs épidémiologiques qui précisent les types de maladies transmissibles par le sexe, mais aussi les facteurs de risques et les groupes de population vulnérables associés. L’éducation à la sexualité peut ainsi, être lue comme une technologie de contrôle des individus (Foucault, 1988), et une technologie éducative (Descarpentries, 2006) ayant pour objectif de « normer » les corps, quels que soient les espaces organisationnels de l’intervention de prévention ( les écoles, les structures sociales, les hôpitaux…).

Ainsi, des excès de pouvoir de gouvernementalité du corps normal (Leblanc, 2014) s’exercent à partir des formes de la formation des savoirs issus du registre du discours scientifique de la médecine, de l’anatomie, mais aussi des sciences sociales, qui déterminent non seulement les normes biologiques du sexe masculin et/ou féminin, mais aussi les rôles sociaux de sexes et de genres qui, in fine agissent en rétroaction comme normation de tout discours (Foucault,1978) et pratique éducative.(Vigarello, 1978). L’ensemble du dispositif éducatif de normation des corps légitimant en fait, l’englobement et le traitement unitaire du «  normal et  pathologique », qui renvoie implicitement à un principe de disjonction: une séparation s’opère entre le corps biologique normal de l’homme et de la femme et le corps du sujet de sexe ou de sexualité différenciée, sur ce qui pourrait être joint, c’est-à-dire un corps d’homme ou de femme ou de sujet au corps indifférencié, considéré ensemble comme un tout ontologique.

« Un nexus de pouvoir-savoir-vérité » (Foucault, 2013) universitaire médical induit en fait un effet de pouvoir de l’éducation à la sexualité comme normativité sociale du corps normal. L’ethos de la vie des corps en bonne santé et des corps malades (Mauer, 2015) agit donc comme une structure de dispositions de domination qui donne une orientation à l’action étatique en matière d’éducation à la sexualité. Autrement dit, les processus de référenciation de la normalisation biologique pathogénique visent à gouverner les corps (Fassin & Memmi, 2004), les disciplinariser (Foucault, 1975),par des modèles de prévention (Dozon & Fassin, 2001), pour les dresser ou redresser (Vigarello, 2001).

Le projet  de contribution  à la revue Recherches&Education est de  saisir :

  • L’éducation à la sexualité à travers l’histoire des idées et des pratiques discursives par les approches foucaldienne et canguilhemienne de la norme de sexe et de la sexualité.
  • L’étude archéologique des savoirs et des pouvoirs  par les analyses des pratiques d’éducation à la sexualité  en précisant comment l’éducation est produite par la normativité biologique (la  performativité du pouvoir épistémique des modèles biologiques et anatomiques) et reproduite par la normativité sociale  par  le biais d’une éducation binariste de genre, normative, et gonadique du corps normal.
  • Le corps « anormal » de sexe indifférencié, de l’hermaphrodite, qu’il soit nommé un inter-sexe dès 1952 ( Money, 1952), puis comme « un corps anormal » dès  2006 décrit parmi les DSD (« Disorders Sex Developpment » et le « management » de ces désordres) dans les dispositifs d’éducation à la sexualité
  • Le corps homosexuel à travers l’essentialisme et le genre essentialisé conditionné par la mise en relation des sujets et des objets du savoir anatomo-centré normal masculin ou féminin, ainsi que des formes de prévention sexuées et genrées des maladies sexuellement transmissibles.
  • le binarisme du genre et de l’hétérosexualité, les normes sociales qui remplissent, à l’échelon collectif, un rôle qui les distingue des normes vitales, celles-ci étant assignées aux relations entre le vivant naturel et son environnement (Canguilhem, 1947), et leur confère, à la différence des normes vitales, une position extrinsèque par rapport au sujet qu’elles sont censés réguler (Canguilhem, 1955, 1972).
  • la normativité biologique et la normativité sociale qui agissent comme un dispositif (au sens foucaldien) éthique négatif entrainant un traitement inégalitaire de sexe et de genre pour les sujets intersexes telles que décrites par Fausto-Sterling en 2013
  • la technologie disciplinaire, centrée sur le corps anatomo-centré de l’individu, complétée par un traitement « de régulation » ou de « sécurité », réalisé par le biais de l’environnement familial, dûment informé par les spécialistes. (Vázquez García, 2013)
  • la normation sociale du sexe normal hétéro centré dans les études postcoloniales

Le projet est donc de mettre en débat comment l’éducation à la sexualité issue de la normativité biologique agit sur la normativité sociale à partir de l’analyse des pratiques discursives telles qu’enseignées dans les collèges, lycées et associations de prévention. Nous verrons comment l’éducation à la sexualité transmet l’ensemble des normes anatomiques, biologiques et sociologiques de sexes normaux masculin ou féminin, en vue de la protection des maladies sexuellement transmissibles sexuées et genrées, pour développer une sexualité « normale » souvent hétérosexuelle visant la reproduction.

Nous comprendrons ainsi comment une forme de discours scientifique de la normativité biologique conditionne matériellement la mise en relation des sujets et des objets possibles du savoir du corps normal binariste de sexe et de genre. Nous mettrons en discussion les effets de pouvoir de l’éducation à la sexualité normative qui exclut de fait "le corps anormal" du sujet de sexe indifférencié de l’éducation à la sexualité, considérant l’anormalité de sexe, comme l’objet d’une anomalie à rééduquer, à transformer par la chirurgie, l’hormonothérapie, la psychiatrie etc... . Nous aborderons comment les corps des transgenres, des intersexes ou encore comment le corps de l’homosexuel(le) sont le plus souvent invisibilisés par une éducation à la sexualité genrée, binariste, essentialisée, hétérosexuelle de "l’homme normal", malgré un important corpus de travaux sociologiques, historiques, psychologiques et anthropologiques.

Modalités de soumission

Les contributions se feront en deux étapes : 

  • d'une part une déclaration d'intention en déposant un résumé d'une page en Times new Roman en 12 interligne simple pour le 21 octobre 2018
  • d'autre part un article de 1à à 12 pages en Times new Roman en 12 interligne simple pour le 7 janvier 2019.

Pour toutes informations complémentaires se référer au site de la Revue :https://journals.openedition.org/rechercheseducations/

Les textes sont à déposer à l'adresse suivante: jacqueline.descarpentries@wanadoo.fr

Comité de rédaction

  • Bernard Andrieu Directeur De La Publication
  • Séverine Parayre Co-Directrice de Rédaction
  • Jacqueline Descarpentries Co-Directrice de Rédaction
  • Alix Garnier Responsable des Archives Binet – Responsable du suivi des doctorants
  • Isabelle Joing Responsable Des Varia
  • Olivier Vors Responsable Varia
  • Nicolas Burel Responsable Recensions
  • Xavier Riondet Responsable des Recensions
  • Henri-Louis Go Responsable des Varia

Dates

  • dimanche 21 octobre 2018

Mots-clés

  • norme, normation, normalité, sexualité, éducation, prévention, corps

Contacts

  • Jacqueline Descarpentries
    courriel : jacqueline [dot] descarpentries [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • Jacqueline Descarpentries
    courriel : jacqueline [dot] descarpentries [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Des corps normés », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 04 octobre 2018, https://calenda.org/483588

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