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Minuscules et capitales

Systèmes graphiques des langues de France et d'ailleurs

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Publié le mercredi 10 octobre 2018 par Elsa Zotian

Résumé

Ce colloque propose de présenter et d’étudier des questions liées aux systèmes graphiques des langues aujourd’hui en contact avec des langues officielles, avec une attention particulière portée aux langues de France. Depuis le Moyen Âge et tout au long de leur histoire, les langues les plus anciennement attestées sur le territoire français ont connu des changements importants aussi bien au niveau de leur statut social, de leurs fonctions ou de leurs usages que des représentations qui leurs sont attachées. Ces changements ont laissé des traces dans les usages écrits de ces langues et plus particulièrement dans leurs systèmes graphiques. Ces outils de communication propres à l’usage écrit représentent des systèmes complexes qui ne sont jamais à proprement parler de simples systèmes phonétiques. Au-delà de leur simple finalité pragmatique, on peut interpréter les choix graphiques opérés collectivement ou individuellement pour une langue comme des indices de la représentation que l’on se fait de cette langue ou du prestige social plus ou moins grand qu’on lui accorde dans la société où elle se trouve. L’étude des systèmes graphiques des langues de France peut donc à tout moment se doubler d’une analyse sociolinguistique qui permet d’évaluer la place que ces langues occupent dans la société.

Annonce

Ce colloqu est organisé par le laboratoire RedÒc-LLACS (EA 4582), les 4 et 5 Avril 2019, à Montpellier (Site Saint-Charles)

Argumentaire

Ce colloque propose de présenter et d’étudier des questions liées aux systèmes graphiques des langues aujourd’hui en contact avec des langues officielles, avec une attention particulière portée aux langues de France. Depuis le Moyen Âge et tout au long de leur histoire,  les langues les plus anciennement attestées sur le territoire français ont connu des changements importants aussi bien au niveau de leur statut social, de leurs fonctions ou de leurs usages que des représentations qui leurs sont attachées. Ces changements ont laissé des traces dans les usages écrits de ces langues et plus particulièrement dans leurs systèmes graphiques. Les diverses langues de France, comme la plupart des langues dites régionales ou minoritaires d’Europe, ont donc connu et connaissent encore des périodes de développement ou à l’inverse de régression dont les systèmes graphiques restent des témoins essentiels. Ces outils de communication propres à l’usage écrit représentent des systèmes complexes qui ne sont jamais à proprement parler de simples systèmes phonétiques. Au-delà de leur simple finalité pragmatique, on peut interpréter les choix graphiques opérés collectivement ou individuellement pour une langue comme des indices de la représentation que l’on se fait de cette langue ou du prestige social plus ou moins grand qu’on lui accorde dans la société où elle se trouve. L’étude des systèmes graphiques des langues de France peut donc à tout moment se doubler d’une analyse sociolinguistique qui permet d’évaluer la place que ces langues occupent dans la société.

Les communications qui seront retenues pour ce colloque ne doivent pas établir un simple catalogue des graphèmes utilisés au gré des époques par et pour les diverses langues concernées, mais bel et bien étudier les liens qui existent entre les innovations ou les changements graphiques concernant les diverses langues de France et les bouleversements sociolinguistiques qu’elles connaissent à travers toute leur histoire. On s’intéressera donc aux divers aspects des graphies des langues de France dans la mesure où ils apparaissent comme le reflet de situations ou d’évolutions sociales ou politiques spécifiques.

Loin de représenter un schéma d’analyse imposé ou d’avoir un caractère exhaustif, les axes d’étude proposés ci-dessous doivent permettre de poser le cadre dans lequel devront s’inscrire les diverses propositions. Ces dernières pourront concerner des analyses centrées sur le système graphique d’une langue particulière ou sur les effets du contact linguistique observables dans plusieurs langues. De même, chaque participant pourra choisir d’évoquer la question graphique à l’échelle de toute l’histoire d’une langue ou bien privilégier une période qui lui semble susceptible d’illustrer un aspect important de la question graphique propre à cette langue. Des propositions concernant des langues régionales ou minoritaires d’Europe ou d’ailleurs pourront être acceptées dans la mesure où elles s’accompagnent d’une analyse sociolinguistique qui puisse permettre de comprendre la relation qui existe entre les systèmes graphiques propres à ces langues et les conditions politiques ou sociales dans lesquelles ces systèmes se sont mis en place. 

Axes d'étude possibles

Fonctionnement interne des systèmes graphiques : pratiques, variation, standardisation

Les systèmes graphiques sont souvent à leur naissance des systèmes composites, constitués de formes hybrides prenant modèle sur des usages préexistants (généralement le latin pour les langues d’Europe occidentale) dont ils peuvent progressivement se dégager pour répondre à des contraintes linguistiques internes propres. Pour les systèmes les plus anciennement attestés à l’écrit, on s’intéressera aux conditions spécifiques qui peuvent expliquer l’émergence d’une graphie originale et les formes mêmes de ces graphies originelles (prestige littéraire, institutionnalisation religieuse, administrative…). On pourra ainsi s’interroger sur les conditions qui peuvent conduire à réduire la variation graphique au profit d’une variété standard. Dans tous les cas, qu’il s’agisse de systèmes graphiques anciens ou récents, on pourra s’interroger sur la relation plus ou moins étroite qu’entretient le code écrit avec les pratiques orales diatopiques (choix d’un dialecte de référence ou à l’inverse de formes tenant compte de l’existence d’un diasystème).

Contraintes externes : changements, disparition et contacts de langues

À côté de ces contraintes internes, le système graphique d’une langue peut également être soumis à des contraintes externes (contact de langue, situations de diglossie). Il sera donc intéressant d’étudier les changements voire même la disparition d’un système graphique dans cette perspective. Pour nombre d’entre elles, les langues de France ont été soumises à des contraintes sociales et politiques identiques au cours de leur histoire. La construction progressive d’un État français, d’abord sous la forme d’une expansion monarchique, notamment à partir du XIIIesiècle, puis sous celle d’un État-Nation à partir du XIXesiècle a eu des conséquences souvent néfastes sur les pratiques graphiques des langues de France, qu’il s’agisse d’écrits pragmatiques, littéraires ou religieux. En premier lieu, on pense bien sûr à l’influence croissante du modèle graphique de la langue du pouvoir. Mais il sera bien sûr intéressant de comparer les diverses situations linguistiques concernées pour vérifier si le poids de la langue dominante peut se mesurer de façon identique dans les diverses langues en contact avec le français. Pourront également entrer dans le champ d’étude sur les systèmes graphiques les contraintes matérielles de l’édition et de l’imprimerie typographique et leurs conséquences sur la variabilité ou l’instabilité des systèmes graphiques des langues concernées.

Débats et polémiques autour des systèmes graphiques

La question des graphies pour des langues non-officielles prend une importance nouvelle au XVIIIesiècle avec la publication de nombreux dictionnaires concernant les langues de France. La question de la lemmatisation propre à l’entreprise lexicographique va conduire à devoir reconsidérer la question graphique dans plusieurs de ces langues. Les auteurs de ces dictionnaires vont parfois justifier leurs choix graphiques et développer dans leurs préfaces tout une série de considérations sur les meilleurs moyens d’écrire la langue concernée. C’est là aussi dans un rapport diglossique plus ou moins exprimé avec la langue officielle mais aussi à travers un renouveau littéraire que va émerger un discours sur la langue et sur les meilleurs choix graphiques à opérer pour l’écrire. Les systèmes graphiques proposés peuvent alors permettre de dessiner des représentations linguistiques très contrastées à cette époque, lesquelles peuvent osciller entre défense du simple « patois » revendiqué comme gage d’authenticité populaire et défense d’une grande langue de culture ancrée dans une tradition ancienne d’écriture. Il en va de même dans la littérature où les choix graphématiques peuvent dépendre de la conscience linguistique plus ou moins grande de leurs auteurs.

La plupart des langues de France et d’Europe disposent aujourd’hui d’un voire de plusieurs codes graphiques qui se sont fixés dans l’usage grâce à de nouvelles pratiques de transmission et de diffusion (école, médias, littérature), mais aussi grâce à des soutiens institutionnels plus ou moins grands. Dans les débats contemporains sur la graphie il est possible de dégager schématiquement deux tendances bien connues : d’un côté des systèmes graphiques de type phonétique dont le modèle peut se baser en partie sur la relation entre graphème et son du français (mais pas seulement), de l’autre des systèmes qui tentent de renouer avec des pratiques pré-diglossiques ou avec l’étymologie. La question du meilleur choix graphique à opérer pour les diverses langues de France a été, parfois jusqu’à nos jours, un sujet brûlant de discussion, parfois influencé latéralement par les débats politiques au sein des mouvements militants, et a ainsi posé les jalons des débats linguistiques autour des entreprises de revitalisation linguistique des langues de France aux XIX et XXesiècle, en même temps qu’elle a pu nourrir les débats scientifiques et idéologiques de la linguistique française.

Conditions de soumission 

Les propositions de communication (résumé de 3000 signes environ, accompagné de références bibliographiques) doivent être envoyées avant le 30 novembre 2018 à :

herve.lieutard@univ-montp3.fr

Droits d'inscription

  • 30 euros (enseignants, chercheurs)
  • 15 euros (étudiants)

Comité scientifique

  • Nelly Blanchard (Université de Bretagne occidentale),
  • Jean-Michel Eloy (Université de Picardie),
  • Dominique Huck (Université de Strasbourg),
  • Christian Lagarde (Université de Perpignan),
  • Philippe Martel (Université de Montpellier 3),
  • Marinette Matthey (Université de Grenoble), 
  • Stella Medori (Université de Corte),
  • Patrick Sauzet (Université de Toulouse-Jean Jaurès),
  • Alain Viaut (MSH, Bordeaux),
  • Charles Videgain (Université de Pau et des pays de l’Adour).

Lieux

  • Université Paul-Valéry Montpellier - Site Saint-Charles, Rue du Professeur Henri Serre
    Montpellier, France (34080)

Dates

  • vendredi 30 novembre 2018

Mots-clés

  • langues de France, systèmes graphiques

Contacts

  • Hervé Lieutard
    courriel : herve [dot] lieutard [at] univ-montp3 [dot] fr

Source de l'information

  • Hervé Lieutard
    courriel : herve [dot] lieutard [at] univ-montp3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Minuscules et capitales », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 10 octobre 2018, https://calenda.org/484877

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