AccueilLes mutations du rapport au temps et à l'espace dans les métiers de la relation à l'ère de l'hypermodernité

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Publié le mardi 09 octobre 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Cette journée d’études a pour objet l’analyse du rapport au temps et à l’espace auxquels sont confrontés les étudiants, stagiaires et professionnels aujourd’hui, plus particulièrement dans les métiers de la relation (Demailly, 2008), centrés sur le travail « sur autrui » (Dubet, 2002) et « avec autrui » (Astier, 2007) : métiers de l’enseignement, de l’accompagnement social, éducatif ou sanitaire, métiers de la médiation, de la relation d’aide, du conseil, de la psychothérapie... Dans un contexte marqué par une hypermodernité qui érige un culte à l’immédiateté et l’urgence (Aubert, 2003), cette journée d’études, résolument interdisciplinaire, sera l’occasion de croiser les regards de différentes sciences sociales et discuter leurs apports sur cette thématique.

Annonce

Argumentaire 

Cette journée d’études a pour objet l’analyse du rapport au temps et à l’espace auxquels sont confrontés les étudiants, stagiaires et professionnels aujourd’hui, plus particulièrement dans les métiers de la relation (Demailly, 2008), centrés sur le travail « sur autrui » (Dubet, 2002) et « avec autrui » (Astier, 2007) : métiers de l’enseignement, de l’accompagnement social, éducatif ou sanitaire, métiers de la médiation, de la relation d’aide, du conseil, de la psychothérapie... Dans un contexte marqué par une hypermodernité qui érige un culte à l’immédiateté et l’urgence (Aubert, 2003), cette journée d’études, résolument interdisciplinaire, sera l’occasion de croiser les regards de différentes sciences sociales et discuter leurs apports sur cette thématique. On pourra notamment questionner en quoi les changements profonds du rapport espace-temps sont liés, d’une part, à l’évolution des prescriptions, des modalités d’encadrement et d’évaluation du travail et, d’autre part, à des stratégies d’auto-légitimation, dans un cadre concurrentiel profondément mondialisé. Cette réflexion nous offrira aussi l’opportunité d’interroger les changements imputables à la mobilisation des nouvelles technologies et à la diversité de leurs usages dans le cadre des activités professionnelles.

Les travaux d’Hartmut Rosa consacrés à Laccélération du temps (2010) sur les plans de l’innovation technique, du changement social et des rythmes de vie ; Léloge de la lenteur (2005) de Carl Honoré, qui met en perspective le devenir d’une slow science et du slow management ; la réflexion de Zigmunt Bauman sur le « culte de l’éphémère » dans un présent liquide (2007) dans lequel les liens sociaux tendent à se réduire à des configurations locales et temporaires qui ne permettent plus d’y inscrire de véritables projets et favorisent l’émergence d’individus « hantés par la crainte de l’insécurité » ; la façon dont s’est imposé un nouveau régime d’historicité selon François Hartog (2013), le présentisme, dans lequel la société « maltraite » son passé et se replie sur un présent « omniprésent » ; ou encore les contributions de psychosociologues cliniciens sur Le culte de lurgence (Aubert, 2003), non sans lien avec le culte et Le coût de l’excellence (Aubert et Gaulejac, 1991) constituent quelques-uns des repères théoriques qui nous permettent d’interroger la façon dont nous sommes confrontés à la pression et l’usure de l’urgence, au caractère indéterminé des attentes et des exigences ainsi qu’à la porosité établie entre les spatialités et les temporalités professionnelles et individuelles. Il semble indispensable, ainsi, de s’intéresser à l’impact du contexte dans sa dimension socio-historique en considérant, par exemple, le kairos tel qu’il est défini par Castoriadis, c’est-à-dire comme le temps opportun, le moment propice. Cette dimension apparait en force dans les discours argumentatifs des différents acteurs qui désirent intervenir dans l’espace public. Ce qui permettrait de reconsidérer la pesanteur du contexte en sociologie. Le rapport au temps est, on peut le supposer, l’une des plus grandes transformations à s’être produites ces dernières décennies et nous n’avons pas encore mesuré ses effets dans la formation des conduites sociales, tant dans les actions que dans les relations de la vie quotidienne.

Le culte hypermoderne de l’urgence va aussi de pair avec la prolifération « surmoderne » des non-lieux (Augé, 1992), c’est-à-dire des espaces de circulation, de consommation et de communication, marqués par la surabondance des images, des médias, des univers virtuels (Augé, 1997) qui produisent une désymbolisation des relations avec l’autre, au risque de l’anomie. Le contexte de la globalisation provoque un effacement de certaines frontières. Cette abolition est mise en scène, dans le champ de la formation, par certaines plateformes d’enseignement à distance qui reconstituent virtuellement des espaces de travail lorsque ceux-ci n’existent pas physiquement. On peut à ce propos porter une intention particulière à la dématérialisation des supports d’information et de communication dans les relations de travail, à travers l’usage des dispositifs de réunions à distance, du courrier électronique (Monceau, 2013), des réseaux sociaux et d’autres supports numériques. Mais on pourrait aussi, par exemple, questionner les transformations spatio-temporelles induites par l’urbanisation croissante des sociétés européennes et la dilatation des distances au travail inhérentes au développement des espaces périurbains.

Il semble donc nécessaire de s’intéresser à ces problématiques visant à éclairer le rapport au temps et à l’espace auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés ainsi que l’actualité des méthodes d’enquête soucieuses d’en saisir les manifestations dans la vie quotidienne. C’est pourquoi nous proposons d’organiser cette journée d’études à caractère participatif autour de deux axes, qui s’inter-croiseront durant l’ensemble de la journée :

  • Nous souhaitons nous demander dans quelle mesure l’usage et le sens que les individus confèrent au temps et à l’espace, en particulier au sein des métiers de la relation (enseignement, formation, accompagnement sanitaire, social et éducatif, recherche…), sont mis à l’épreuve de l’hypermodernité, entendue comme une modernité marquée du sceau de l’exacerbation, de l’excès. Le croisement de différents regards au sein des sciences sociales permettra ainsi de questionner si et en quoi l’exercice des métiers de la relation est soumis au règne du temps court, au culte de l'urgence, à l’injonction de réagir « sur le champ» mais aussi d’être visible, omniprésent, sur tous les espaces, réels et virtuels. Il s’agira aussi de repérer dans quels cadres organisationnels, institutionnels et socio-historiques s’inscrivent de tels usages et significations du temps et de l’espace ? En quoi par exemple ces évolutions sont susceptibles de participer à la définition de nouvelles normes, telles celles imputables au New Management Public.
  • Au-delà la discussion des portées et des limites heuristiques qu’on peut imputer à l’analyse d’une société dite « hypermoderne » ou « surmoderne », nous souhaitons aussi rendre compte et mettre en débat les pratiques et l’expérience vécue des professionnels des métiers de la relation, dans certains aspects et enjeux de leurs rapports au temps et à l’espace, tels que : la formation et l’expérience du travail à distance ; l’usage du courrier électronique ; le lien existentiel que les professionnels entretiennent avec certains espaces (l’espace détente devant la machine à café par exemple) et certaines temporalités (le temps du déjeuner…) ; mais aussi la façon dont les professionnels se confrontent, résistent ou adhèrent aux spatialités et aux temporalités qui tendent à leur être prescrites.

Références bibliographiques

Astier I. (2007). Les nouvelles règles du social. Paris, Presses universitaires de France.

Aubert N. (2003). Le culte de l'urgence. La société malade du temps. Paris, Flammarion.

Aubert N. et Gaulejac V. de (1991). Le coût de l’excellence. Paris, Seuil.

Augé M. (1992). Non-lieux. Introduction à une anthropologie de la surmodernité. Paris, Seuil.

Augé M. (1997). La Guerre des rêves. Exercices d’ethnofiction. Paris, Seuil.

Bauman Z. (2007). Le présent liquide. Paris, Seuil.

Demailly L. (2008). Politiques de la relation. Approche sociologique des métiers et activités professionnelles relationnelles. Lille, Presses universitaires du Septentrion.

Dubet F. (2002). Le déclin de l’institution. Paris, Seuil.

Farrugia F. et Mouchtouris A. (dir.). La pensée des sociologues. Catégorisation, classification, identification, différenciation et reconnaissance. Paris, L’Harmattan.

Hartog F. (2003). Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps. Paris, Seuil.

Honoré C. (2005). Éloge de la lenteur : Et si nous ralentissions ? Paris, Marabout.

Monceau G. (dir.) (2013). Le courrier électronique dans les pratiques professionnelles en éducation, santé et action sociale : usages et effets. Nîmes, Champ social éditions.

Rosa H. (2010). Accélération, traduction française. Paris, La Découverte.

« Autoformation et société de l’accélération » (2018). Éducation permanente, n°215, juin 2018

Programme

8h45. Accueil café (hall d’entrée du site universitaire de Gennevilliers)

9h10-9h20. Introduction générale de la journée d’études

Par Pascal Fugier (maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Cergy-Pontoise, laboratoire ÉMA) et Antigone Mouchtouris (professeure de sociologie à l’Université de Lorraine, laboratoire 2L2S)

9h10-10h40. L’accompagnement à l’épreuve de l’hypermodernité (modératrice : Valérie Becquet, professeur des universités en sciences de l’éducation à l’Université de Cergy-Pontoise, laboratoire ÉMA)

  • FUGIER Pascal (maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Cergy-Pontoise, laboratoire ÉMA), "L’accompagnement des publics et l’encadrement des professionnels du secteur social à l’épreuve du temps".
  • FOUCART Jean (professeur émérite à l’Université Catholique de Louvain). "Le régime d’hypermodernité (ou postmodernité ?) et la construction de métiers de la relation. D’une logique institutionnelle à une logique diapositive. L’exemple paradigmatique de l’accompagnement".

10h40-11h. Pause

11h-12h20. Un regard sur l’hypermodernité par le prisme des groupes et organisations fermées (modérateur : Guilhem Labinal, maître de conférences en géographie à l’Université de Cergy-Pontoise, laboratoire)

  • BRYON-PORTET Céline (professeur des universités en sociologie à l’université Paul Valéry de Montpellier, LERSEM). "Hypermodernité, temps profane et temps initiatique d’après l’exemple de la Franc-Maçonnerie".
  • LIMAM Wajdi (doctorant en sociologie, Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, UMR 7217-CRESSPA), "Personnes concernées, personnes non assignées, accompagner la mobilité : le temps accéléré dans la prise en charge des personnes signalées comme radicalisées".

12h20-13h40 Pause déjeuner

13h40-15h. En quête d’analyseurs des espaces-temps professionnels (modérateur : Pascal Fugier, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Cergy-Pontoise, laboratoire ÉMA)

  • LABINAL Guilhem (maître de conférences en géographie à l’Université de Cergy-Pontoise, laboratoire ÉMA). "Le géographe face à l’hypermodernité. Quelles approches du rapport espace-temps ?".
  • PILOTTI Anne (masseur kinésithérapeute hospitalier, docteur en sciences de l’éducation, chercheur associé au laboratoire ÉMA), "Le courrier électronique des masseurs-kinésithérapeutes salariés. Un analyseur des modifications des espaces et des temporalités des pratiques professionnelles de ‘‘soignants connectés".

15h-15h15. Pause

15h15-16h30. Une mise en perspective anthropologique et socio-historique du rapport au temps et à l’espace (modérateur : Pascal Fugier, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Cergy-Pontoise, laboratoire ÉMA)

  • BRETIN Marie-Line (écrivaine, professeure agrégée de philosophie), "Les enfants de Prométhée et la dictature de l’urgence".
  • MOUCHTOURIS Antigone (professeure de sociologie à l'Université de Lorraine, laboratoire 2L2S), "La place du sujet dans le temps socio-historique et le Kairos, d’après la lecture de Cornelius Castoriadis".
  • CHRISTIAS Panagiotis (professeur d'Histoire des Idées, Faculté des Sciences Humaines, Études européennes, Université de Chypre (UCY), chercheur affilié, UMR 7367 « Dynamiques Européennes » (DynamE), Université de Strasbourg), "L’être et le temps dans la Cité".

16h30-16h45. Conclusion générale, mise en perspective de la journée d’études.

Informations pratiques

Site de Gennevilliers : https://www.u-cergy.fr/fr/universite/venir-a-l-universite/site-de-gennevilliers.htm

Contact

Pascal Fugier (RT16 AFS, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université de Cergy-Pontoise, laboratoire ÉMA, pascal-fugier@orange.fr)

Catégories

Dates

  • jeudi 11 octobre 2018

Mots-clés

  • métiers de la relation ; professionnels ; travail ; activité ; temps ; espace ; hypermodernité

Contacts

  • Pascal Fugier
    courriel : pascal [dot] fugier [at] u-cergy [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Pascal Fugier
    courriel : pascal [dot] fugier [at] u-cergy [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les mutations du rapport au temps et à l'espace dans les métiers de la relation à l'ère de l'hypermodernité », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 09 octobre 2018, https://calenda.org/485679

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