AccueilConférences de Christina Mitsopoulou, enseignante à l'université de Thessalie (Grèce)

Conférences de Christina Mitsopoulou, enseignante à l'université de Thessalie (Grèce)

Christina Mitsopoulou conferences, at the University of Thessaly (Greece)

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Publié le mercredi 31 octobre 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Christina Mitsopoulou, enseignante à l'université de Thessalie (Grèce) est invitée par Mme Vinciane Pirenne-Delforge, titulaire de la chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique au Collège de France.

Annonce

Invitée par Vinciane Pirenne-Delforge, titulaire de la Chaire Religion, histoire et société dans le monde grec antique au Collège de France

Programme

7 novembre

Des vases de culte pour Déméter et Korè à Éleusis : de l'étude céramologique à l'interprétation rituelle

Lors des grandes fouilles de la fin du XIXsiècle dans le sanctuaire de Déméter et Korè à Eleusis, surgit une forme de vase inconnue jusqu’alors ; elle constituait une production spécialisée, destinée à un usage exclusif dans le cadre des mystères. Depuis lors, quatre générations de chercheurs ont œuvré à leur publication détaillée, et certains bilans ou articles de synthèse ont vu le jour. Pourtant, l’ensemble de ce matériel est resté non publié durant 130 années (1883-2018), étant donné la complexité du matériel, son volume important, l’absence de décor figuré, la perte des contextes de fouille comme le manque de matériel de comparaison solidement daté. Malgré la rareté de la catégorie, qui n’a pas stimulé le besoin de conclure plus tôt, il s’agit d’une des rares formes spécialisées produites par la céramique attique de l’antiquité. Dépourvue de décor figuré peint, elle a échappé aux études synthétiques sur les formes de vases antiques. Des malentendus à leur propos, ou d’anciennes conclusions dépassées par la recherche, apparaissent encore à répétition dans la bibliographie.

Cette catégorie rare d’ustensiles rituels offre un exemple de matérialité cultuelle, à étudier par la branche scientifique des céramologues, mais sous divers angles. Le matériel offre l’exemple d’un dossier clos, de forme précise, qui peut être abordé de nombreuses façons (typologie, iconographie, sources écrites, culte/religion, mais aussi par sa diaspora géographique et sa chronologie). Feront l’objet de notre discussion : les contextes de provenance, l’historique de leur découverte, la liaison avec les informations textuelles sur le rite, leurs probable(s) nom(s) antique(s), etc. Les conclusions de l’étude produisent des propositions concrètes sur l’interprétation du décor, du rite lié à leur usage, de la distribution dans l’espace géographique, des paramètres financiers du culte, etc.

Pour mieux illustrer l’importance fondamentale du vase-symbole dans le rituel éleusinien, il est utile de renvoyer au cas parallèle du calice eucharistique du christianisme, héritier de cultes mystériques de l’antiquité. Il s’agit d’une des rares catégories de trouvailles dont on peut être sûr qu’elle a été touchée, utilisée et manipulée par les initiés de l’antiquité classique, et qu’elle est devenue le symbole des actes rituels.

La conférence se refermera sur les problèmes que pose l’iconographie rare et limitée de ces vases, au niveau de l'interprétation tandis que la conférence suivante poursuivra le propos dans une autre direction.

14 novembre

Les impostures scientifiques et leurs conséquences pour la recherche : l'exemple du dossier éleusinien

Le dossier des vases de culte éleusiniens a fourni l’occasion inattendue d’étudier un phénomène connu, mais peu abordé par la recherche : celui des impostures savantes.

L’occasion d’une telle confrontation avec le phénomène des impostures a été fournie par une scène unique, ornant un bijou en or, daté de l’époque « hellénistique ». S’agissant d’un objet publié par des spécialistes renommés, exposé au Musée National Archéologique d’Athènes et appartenant à une collection fameuse, il avait échappé à un examen intensif durant un demi-siècle. Il s’est finalement avéré qu’il s’agissait d’une imposture moderne.

Ce fait établi, il a fallu comprendre le contexte de la création du faux, chercher les probables artistes, comme le cerveau qui avait pu concevoir une telle invention. Cette longue quête nous a menée sur les chemins d’une famille réputée d’artistes archéologiques en Grèce, auxquels la recherche du tournant du XXsiècle doit la majorité des illustrations, restaurations interprétatives, reconstructions et répliques d’art antique : les artistes Émile Gilliéron, père et fils (1850-1924 et 1885-1939). Ils sont davantage liés à l’archéologie de l’âge du Bronze, puisqu’ils ont œuvré auprès d’Heinrich Schliemann et d’Arthur Evans, pour ne nommer que les plus fameux. De nombreux préhistoriens ont par le passé associé des objets uniques à ces excellents artistes, dans la plupart des cas sans conclusions définitives.

Ainsi, le fait d’avoir identifié (au moins) deux créations forgées de toutes pièces dans le cadre de l’archéologie éleusinienne, liées sans le moindre doute à Émile Gilliéron père (années 1885-1915), fournit une base d’argumentation inattendue, qui permet d’établir un dialogue avec les préhistoriens. Venant d’un autre contexte chronologique (classique-hellénistique), d’une autre culture (attique-éleusinienne), et exprimée dans une autre « langue artistique » (iconographie figurée et décorative), le processus de leur déconstruction a pu faire usage des sources textuelles antiques, de l’histoire et de l’iconographie.

Afin de mieux cerner ce phénomène, la compréhension des biographies et œuvres artistiques de ces artistes devient un impératif. Le « challenge » est de retracer les phases d’établissement du savoir archéologique au XIXsiècle. Le dossier présenté constitue littéralement de la “recherche en train de se faire”, et il est loin d’être clos ; bien au contraire, il vient tout juste de s’ouvrir. Sa confrontation nécessite une riche multidisciplinarité, touchant à divers aspects de la science archéologique, de son histoire et de son épistémologie. Ce cas d’étude démontre la nécessité de revenir sur l’histoire de nos sciences, sur la façon dont le savoir courant s’est établi au XIXsiècle et se reproduit depuis lors. Aucun savoir ne peut être considéré comme assurément fondé, si les données ne sont pas régulièrement soumises à des contrôles, avec les outils de recherche de chaque époque. À l’ère du digital, les astuces du XIXsiècle deviennent vulnérables.

Inscriptions

Entrée Libre, sans inscription préalable dans la limite des places disponibles.Madame Mitsopoulou donnera deux conférences à 17 heures au Collège de France au mois de novembre

Lieux

  • Salle 2, Collège de France - 11 place Marcelin Berthelot
    Paris, France (75005)

Dates

  • mercredi 07 novembre 2018
  • mercredi 14 novembre 2018

Mots-clés

  • Déméter, koré, éleusis

Contacts

  • Marion Héran
    courriel : marion [dot] heran [at] college-de-france [dot] fr

Source de l'information

  • Marion Héran
    courriel : marion [dot] heran [at] college-de-france [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Conférences de Christina Mitsopoulou, enseignante à l'université de Thessalie (Grèce) », Cycle de conférences, Calenda, Publié le mercredi 31 octobre 2018, https://calenda.org/498230

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