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Épistémologie de l'archéologie

Sources écrites et vestiges archéologiques

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Publié le lundi 05 novembre 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Ce thème transversal « Épistémologie de l’archéologie » concerne tous les chercheurs qui s’interrogent sur leur discipline. La première journée d’études était consacrée à la relation entre sources écrites et vestiges archéologiques. Nous y avons examiné la pratique des chercheurs qui étudient ces sociétés en intégrant les deux types de sources et notamment leur prise en compte de données parfois contradictoires. Cette deuxième journée d’études est consacrée, comme la première à laquelle elle fait suite, à la relation entre sources écrites et vestiges archéologiques.

Annonce

Projets collectifs quinquennaux ArScAn

Ce thème transversal « Épistémologie de l’archéologie » concerne tous les chercheurs qui s’interrogent sur leur discipline. La première journée d’études était consacrée à la relation entre sources écrites et vestiges archéologiques. Nous y avons examiné la pratique des chercheurs qui étudient ces sociétés en intégrant les deux types de sources et notamment leur prise en compte de données parfois contradictoires.

Chaque intervenant était invité à présenter l’évolution de sa propre pratique par rapport à cette thématique et éventuellement sa vision de la manière dont elle a été traitée au cours de l’histoire de l’archéologie. La présentation d’un exemple concret pris dans le registre de son travail visait à illustrer son propos. Nous avions volontairement fait appel à des chercheurs qui ne sont pas nécessairement archéologues afin d’enrichir les débats.

Cette deuxième journée d’études est consacrée, comme la première à laquelle elle fait suite, à la relation entre sources écrites et vestiges archéologiques.

Chaque intervention, de 45 mn, sera suivie d’une discussion.

Organisation 

  • Sophie A. de Beaune (Ethnologie préhistorique)
  • Laure Fontana (Archéologies environnementales)

Programme

Mercredi 21 novembre 2018

Bâtiment Max Weber, salle de séminaire 2

Matin

  • 10h00 François Villeneuve (Paris I, ArScAn) : Le récit ou la science ? Quelques cas de relations entre matériaux archéologiques et sources textuelles. Syrie et Arabie antiques.

Je m’occupe de questions de sciences humaines et sociales dans une grande Syrie et une grande Arabie, de l’époque hellénistique à la conquête arabo-islamique. Philologue puis historien par ma formation universitaire et archéologue par ma pratique dans le début de ma vie professionnelle, j’ai vu celle-ci commencer par deux terrains que tout opposait quant à la corrélation des sources écrites et des données archéologiques. Dans un cas, en Jordanie, à l’époque hellénistique, l’adéquation était presque parfaite et un abondant corpus de sources écrites paraissait tout dire sur la ruine principale, le site (Iraq, al-Amir) et le contexte. Dans l’autre, sud de la Syrie (Hauran) à l’époque romaine et antique tardive, un corpus très riche de bâtis antiques n’était éclairé directement par aucun texte, ou quasiment, et pour cette raison-là et plusieurs autres, tout était problématique - dates et fonctions.

J’ai connu ensuite, en fait de sources écrites, une grande traversée du désert, en travaillant dans le sud jordanien sur un grand site (Dharih) nabatéen et romain, extraordinairement "parlant" mais dont aucun texte n’a jamais parlé et dont la fouille n’a produit pour ainsi dire aucun texte non plus. J’ai été tiré vers le sud de la mer Rouge (îles Farasan) par des inscriptions latines très explicites qui nommaient un fort romain qu’on n’a jamais trouvé, alors que dans la steppe syrienne (Diyatheh) j’avais longtemps étudié un fort où les inscriptions explicatives manquaient. Finalement, après quarante ans d’expérience, je me trouve dans le Hejâz à fouiller un rempart dont les sondages produisent autant d’inscriptions qu’il y a de pierres, mais dont la majorité n’est pas en place : cela me conduit à pratiquer, entre autres, une archéologie de l’épigraphie que les historiens épigraphistes non fouilleurs ne peuvent pas faire et comprennent mal. Je ne pense pas avoir jamais pratiqué un usage naïf des sources écrites, dans le sens d’une volonté de "confirmer" ou préciser les données écrites par la prospection ou la fouille. En revanche, je reconnais avoir longtemps cherché à produire un récit raisonnable conciliant au mieux les données des sources écrites et les indications produites par l’archéologie. Je dois admettre maintenant qu’en rabotant les aspérités et en comblant les vides avec des approximations, cela fonctionne agréablement : mais pas scientifiquement, ni sans doute de façon très productive. Je crois qu’il est plus constructif de proposer une archéographie très technique et un raisonnement archéologique complet, d’une part, des études techniques des textes de l’autre, quitte bien entendu à les confronter aussi souvent que possible. C’est ce que j’essaie de faire. C’est moins inexact mais il faut aimer la micro-archéologie et la micro-histoire et ce n’est sans doute pas très consommable par les grandes synthèses historiques ou par la World Archaeology.

  • 11h00 Damien Agut (CNRS, ArScAn) : Du vin, du ricin et des poissons (?): circulations de produits entre le bassin sud de l’Oasis de Kharga et la vallée du Nil à l’époque perse.

Le propos se fonde sur l’analyse des données archéologiques provenant du village égyptien d’époque perse (ve ive siècles av. J.-C.) situé au lieu dit ‘Ayn Manâwir dans le sud de l’oasis de Kharga. Il prolonge un travail entamé à partir du croisement des données textuelles et archéo-botaniques en y ajoutant une carte de circulation de céramiques. Cette nouvelle confrontation fait apparaître la distribution des productions oasiennes et certaines importations au sein de la communauté villageoise. Céramologie et onomastique convergent pour lier étroitement l’oasis de Kharga à la région thébaine ; c’est d’elle que venaient les hommes qui la peuplaient et où s’écoulait une bonne part de leurs productions. C’est très vraisemblablement de la commercialisation du vin et de préparations dérivées de l’huile de ricin (huile d’éclairage mais aussi produits cosmétiques) que les oasiens tiraient une part de leur relative prospérité.

Après-midi

  • 14h30 Philippe Leveau (Centre Camille Julian, Université Aix-Marseille) : Comment de nouvelles données archéologiques permettent de relire les agronomes latins.

En 2014, dans l’introduction au colloque Ager qui portait sur l’identification fonctionnelle des différents bâtiments et structures immobilières constituant la partie d’exploitation des établissements ruraux en Gaule romaine, Alain Ferdière écrivait qu’ « en l’absence quasi totale de données textuelles contemporaines, le processus d’identification ne peut que se fonder sur un raisonnement d’ordre archéologique. Celui-ci », poursuivait-il, « est rendu délicat par la mauvaise conservation générale des vestiges ». Il invitait donc les archéologues à se détourner des textes dont il dénonçait la faible valeur heuristique.

L’utilisation du raisonnement hypothético-déductif dans l’identification et l’interprétation d’un site archéologique justifie la place accordée à des modèles interprétatifs. Le raisonnement de l’archéologue n’est ni déductif ni inductif. Il relève d’un troisième mode d’inférence adapté à la complexité qui caractérise les comportements humains, l’abduction, « raisonnement de la meilleure explication », qui complète les deux autres. La reconnaissance de cette complexité s’accompagne d’un retour sur les sources écrites qui comme les sources archéologiques doivent être replacées dans leur contexte. Or celles-ci sont trop souvent utilisées à partir de traductions anciennes ne prenant pas le double apport des progrès de la philologie et de l’archéologie.

Ces propos seront justifiés à partir d’études de trois cas portant sur l’exploitation des ressources et des milieux naturels : pastoralisme, utilisation des zones humides, gestion des ressources hydrauliques.

  • 15h30 Bernard Gauthiez (Université Jean Moulin –Lyon 3, Environnement Villes et Sociétés) : Identifier et étudier les opérations d’urbanisme: sources écrites, données archéologiques et architecturales, morphologie urbaine

L’étude de l’urbanisme se fonde sur ces trois grandes catégories de sources, sans qu’elles soient toujours ni ensemble présentes. La présentation abordera la question de la conceptualisation de l’urbanisme (échelle, acteurs, matérialité), puis, au travers d’exemples, montrera comment on peut établir sa présence et identifier des objets urbanistiques. Ces exemples montreront plusieurs cas de figure, comme une identification à partir de la morphologie urbaine et la mise en regard des autres sources, des données uniquement archéologiques et architecturales, ou une entrée par un texte et sa terminologie à la signification parfois ambigüe. Pour cela, on mobilisera plusieurs opérations d’urbanisme de l’Antiquité à la fin du xixe siècle en discutant les données disponibles et ce qu’on peut en conclure.

16 h 30 Discussion générale

Lieux

  • Bâtiment Max Weber - salle de séminaire 2, Université Paris-Ouest - 21 allée de l'Université
    Nanterre, France (92)

Dates

  • mercredi 21 novembre 2018

Mots-clés

  • source écrite, vestige

Contacts

  • Sophie A. de Beaune
    courriel : sophie [dot] de-beaune [at] univ-lyon3 [dot] fr

Source de l'information

  • Sophie A. de Beaune
    courriel : sophie [dot] de-beaune [at] univ-lyon3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Épistémologie de l'archéologie », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 05 novembre 2018, https://calenda.org/498965

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