AccueilPenser l'articulation des rapports sociaux de sexe, de classe et de race en sociologie des arts et de la culture

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Publié le mardi 06 novembre 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Le réseau thématique « Sociologie des arts et de la culture » de l’Association française de sociologie (RT14) s’associe au réseau thématique 24 « Sexe, classe, race : rapports sociaux et construction de l’altérité » à l'occasion d’un colloque articulant leur objets thématiques respectifs. Cette manifestation entend offrir un espace de discussion à des chercheur·e·s attaché·e·s à interroger l’articulation des rapports de pouvoir de classe, de sexe et de race (notamment) au sein des mondes de l’art et des industries culturelles. Ce colloque vise à faire émerger de nouvelles pistes de réflexions pour saisir les transformations en cours au sein de l’univers de production des biens symboliques.

Annonce

Argumentaire

Les mondes sociaux des arts et de la culture, saisis par la sociologie, apparaissent structurés par des luttes individuelles et/ou collectives visant le monopole du mode de production légitime. Accéder au statut d’artiste « tout court » (Ambroise, 2001) ou à des positions établies dans les professions culturelles demeure le privilège de certains hommes blancs et appartenant aux catégories socioculturelles moyennes et supérieures. Pour ne prendre que l’un des rapports de pouvoir, de nombreuses enquêtes ont montré la répartition genrée des rôles dans les mondes professionnels des arts (sur le jazz cf. Buscatto, 2007; sur la danse cf. Sorignet, 2010) et la difficulté pour les femmes d’accéder à des positions visibles et consacrées (sur l’art contemporain cf. Moulin, 1992 ; sur la littérature cf. Naudier, 2000 ; sur la musique d’orchestre cf. Ravet, 2011). De la même manière, les pratiques culturelles connaissent une distribution inégalitaire en fonction des appartenances sociales et genrées des publics (Donnat, 2009). Les pratiques elles-mêmes peuvent être assignées au populaire, à son inculture supposée (sur les orchestres d’harmonie cf. Dubois, Méon et Pierru, 2009) ou à l’exotisme des banlieues (sur la musique rap cf. Hammou, 2012).

Le genre, la classe et la race produisent donc des effets sur les critères d’appréciation, de jugement et de classification. En effet, dans des champs extrêmement compétitifs, la sélection se fonde sur l’idée d’une « qualité artistique » qui naturalise les hiérarchies et masque les processus de sélection et de cooptation pratiqués par les acteurs dominants. Au sein des hiérarchies artistiques, on observe l’assignation de créateurs et de créatrices, d’oeuvres créées, de genres artistiques ainsi que de publics à une position subalterne.

S’il existe une longue tradition de travaux s’intéressant aux diverses formes de domination de genre et de classe dans le champ intellectuel et artistique, ceux-ci se sont souvent focalisés sur une seule de ces dimensions : on pense notamment aux travaux déjà cités. En revanche, les travaux sur la race sont bien plus rares en France, les débats sur l’usage du concept étant toujours vifs et les études quantitatives difficiles à mener dans un contexte où les statistiques dites ethniques sont proscrites. Nous l’employons ici au même titre que le genre et la classe – donc sans guillemets – en le saisissant comme une construction sociale, produit d’un rapport social de domination : le racisme (Guillaumin, 1972).

L’objectif de ce colloque est justement d’interroger les objets classiques de la sociologie des arts et de la culture en prenant explicitement en compte l’articulation de plusieurs rapports de domination. Nous avons choisi de nous centrer sur l’articulation des rapports sociaux de genre, de classe et de race. Dans un but inclusif et réflexif, il s’agit également de penser les outils d’analyse que l’on doit à la pensée féministe que sont les notions d’articulation, d’imbrication (Falquet, 2016) mais aussi d’intersectionnalité (Crenshaw, 1991) et de consubstantialité des rapports sociaux (Galerand et Kergoat, 2014) afin de porter le regard sur les dimensions politiques des arts et de la culture. Les communications pourront donc interroger les concepts théoriques et épistémologiques utilisés pour étudier ces articulations.

Enfin, si l’organisation du champ de production symbolique tend à confiner certains acteurs culturels ainsi que les créations dans des espaces marginaux, différenciés des espaces de légitimité symboliquement prestigieux et économiquement rémunérateurs, il importe néanmoins de demeurer attentif à la constante reconfiguration des rapports de force, comme le mouvement dit « #metoo », impulsé par les femmes de l’industrie cinématographique hollywoodienne nous l’a monté dernièrement. Si nous ne pouvons souscrire à une vision enchantée des pratiques artistiques comme nécessairement émancipatrices, ainsi que du champ culturel comme espace de liberté, l’effort sociologique est nécessaire pour reconstruire le point de vue de ceux qui, tout en étant agis, ne cessent pas pour autant d’agir (Butler, 2006 ; Achin et Naudier, 2013) et donc de repenser l’agency, cette capacité d’agir, de se réapproprier une histoire, une mémoire, une condition. L’assujettissement aux rapports sociaux de race, de classe et de genre est dès lors constamment perturbé par des déplacements, des oscillations, des renversements qui justifient une approche des arts et de la culture prenant en compte à la fois les contraintes et les subversions.

Programme

Jeudi 15 Novembre

9h00 Accueil

9h30 - 10h00 Introduction

  • Florencia Dansilio (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, CREDA) pour le bureau du RT14 de l’AFS
  • Claire Cossée (Université Paris-Est Créteil, LIRTES) pour le bureau du RT24 de l’AFS
  • Artemisa Flores Espínola (CRESPPA-CSU), coordinatrice du colloque

10h00 - 11h00

Session 1 : Représentations des rapports de pouvoir au sein des œuvres 1/2

Modératrice-discutante : Artemisa Flores Espínola (CRESPPA-CSU)

  • Isabelle Mayaud (CRESPPA-LABTOP): La voix du bon peuple de France : la jeune fille, la vieille femme et les chansons
  • Mathieu Arbogast (EHESS,CEMS - Université Paris-Nanterre, Cresppa-GTM): Les corps de police : héroïsation, pouvoir et érotisation des rapports de genre et de race dans les séries policières

11h00 - 11h30  Pause

11h30 - 13h00 

Session 2 : Constructions politiques et juridiques des catégories artistiques et sociales

Modérateur-discutant : Abdellali Hajjat (Université Paris 10, ISP)

  • Pauline Clech (Université Diego Portales, Chili): Des politiques culturelles ‘color-blind’ en banlieue rouge ? Une analyse de l’institutionnalisation locale du hip-hop
  • Evélia Mayenga (Université Paris 1, CESSP): Représenter la « diversité » à l’écran. « Promotion de la diversité » et (re)production des rapports sociaux de genre, de classe et de « race »
  • Emmanuelle Carinos (CRESPPA-GTM): L’affaire Jo le Phéno : rapports de pouvoir dans la réception politico-judiciaire d’un clip de rap

13h - 14h30 Pause déjeuner

14h30 - 15h30

Session 3 : Minoritaires/majoritaires dans les musiques populaires

Modératrice-discutante : Marjorie Glas (IRIS-EHESS)

  • Arihana Villamil (Université Paris Diderot-Nice Sophia Antipolis-URMIS): Professionnalisation et circulation des musiciens de gaïta colombienne sous le prisme de la classe, de la race et du genre, de 1980 à aujourd’hui
  • Claire Lesacher (Université Rennes 2, PREFICS): Genre, québéquicité et langage dans l’expérience de la médiatisation de rappeuses à Montréal, en 2011

15h30 - 16h Pause

16h - 17h

 Session 4 : L’illusion de la neutralité : la réflexivité des chercheur.e.s face à leur terrain d’enquête

Modératrice-discutante : Chloé Delaporte (Université Paul Valéry - Montpellier 3, RIRRA 21)

  • Elif Can (ENS, Centre Max Weber): Enquêter auprès des élèves issu.e.s des classes populaires. Quels effets de la légitimité culturelle ?
  • Delphine Chedaleux (Université de Lausanne): Saisir la réception de Cinquante Nuances de Grey au croisement du genre et de la classe : retours sur une ethnographie

17h - 17h30 Pause

17h30 - 19h30  

Table ronde : La création à l'épreuve de la violence sociale

Animatrices : Kaoutar Harchi (CERLIS) et Cécile Talbot (Université de Lille- Droit et Santé-CERAPS)

avec Eva Doumbia (metteuse en scène, auteure, membre du collectif « Décolonisons les arts »), Keira Maameri (réalisatrice), VÎRUS (rappeur)

Vendredi 16 Novembre

9h30  Accueil

10h - 11h 

Session 5 : Représentations des rapports de pouvoir au sein des œuvres 2/2

Modérateur-discutant : Louis Jesu (Centre Max Weber-INJEP)

  • Mélie Fraysse (Université Paul Sabatier Toulouse 3-CRESCO): Les thug love: représentations du sexe et de la race dans les rapports amoureux
  • Gaël Marsaud (CRESPPA-LABTOP): Les mises en scènes cinématographiques d’une amitié entre jeunes femmes en réponse aux clichés médiatiques et politiques sur l’immigration et les quartiers populaires. Une analyse du film documentaire Les gracieuses de Fatima Sissani

11h - 11h30 Pause

11h30 - 13h   

Session 6 : Risques et épreuves dans les professions, carrières et trajectoires artistiques

Modératrice-discutante : Marie Sonnette (Université d’Angers-ESO)

  • Karim Hammou (CRESPPA-CSU): « J’suis une femme d’affaires / viens m’faire le café ». L’articulation des rapports de pouvoir dans la mobilité sociale des rappeuses françaises des années 1990
  • Marie Buscatto (Université Paris 1 Panthéon Sorbonne-IDHES) : Décrypter les trajectoires artistiques à travers le concept d'intersectionnalité
  • Nicolas Roux (CNAM-LISE-CEET) : Le capital spécifique à l’intersection des rapports de classe, de genre et d’âge. Trajectoires de non-héritiers/ères du spectacle

13h - 14h30 Pause déjeuner

14h30 - 16h

Session 7 : Métiers et groupes professionnels au prisme de l’intersectionnalité

Modérateur-discutant : Clément Combes (PACTE)

  • Anne-Sophie Béliard (Université de Grenoble-PACTE) et Sarah Lécossais (Université Paris 13-LABSIC): Au croisement du genre, de la race et de l’âge dans la création des séries télévisées : les scénaristes à l’œuvre
  • Jérémy Vachet (School of Media and Communication, Université de Leeds, Grande Bretagne): Anxiété et autres troubles au regard du genre et de la classe sociale : étude de cas de musiciens indépendants résidants à Paris, Stockholm, Brooklyn, San Francisco et Portland
  • Jérôme Pacouret (EHESS-CESSP): Genre, classe, race et humanité des auteurs de cinéma (États-Unis et France, années 1900-1950)

16h - 16h30 Pause

16h30 - 18h

Sessions 8 : Élites artistiques : accéder à la consécration et conserver sa position

Modérateur-discutant : Kévin Le Bruchec (Paris 13, LABSIC)

  • Alain Quemin (Université Paris 8-GEMASS): Rapports sociaux de sexe, de « race » et d’appartenance nationale chez les artistes les plus en vue en arts visuels : une comparaison entre le monde et la France
  • Julien Mallet (IRD-URMIS): « Star.e.s de la côte » à Madagascar : Les dessous d'une « musique chaude »
  • Glòria Guirao Soro (CRESPPA-LABTOP): Des « bonnes élèves » en quête de reconnaissance. Les professionnelles espagnoles de l’art contemporain expatriées (Paris, Berlin, Bruxelles)

18h : Conclusion

  • Viviane Albenga (IUT Bordeaux Montaigne, MICA) pour le comité scientifique du colloque

Lieux

  • CNRS (salle de conférences) - 59-61rue Pouchet
    Paris, France (75017)

Dates

  • jeudi 15 novembre 2018
  • vendredi 16 novembre 2018

Mots-clés

  • art, culture, rapport social, domination, sexe, classe, race

Contacts

  • Clément Combes
    courriel : clement [dot] combes [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Clément Combes
    courriel : clement [dot] combes [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Penser l'articulation des rapports sociaux de sexe, de classe et de race en sociologie des arts et de la culture », Colloque, Calenda, Publié le mardi 06 novembre 2018, https://calenda.org/500790

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