AccueilLes espaces de l'émancipation en travail social et en intervention sociale

Les espaces de l'émancipation en travail social et en intervention sociale

The spaces of emancipation in social work and social intervention

*  *  *

Publié le mardi 20 novembre 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Cet événement scientifique s'inscrit dans la mise en œuvre d'un programme de recherche (CEMANTIS) s'appuyant sur des expériences de recherche ou de formation participatives. Il vise à réunir les partenaires du programme ainsi que d'autres chercheur·e·s, formateur/rices et étudiant·e·s, autour de la question des espaces d'émancipation dans l'intervention sociale, à partir de démarches participatives. La journée d'étude vise à interroger des espaces spécifiques de l’intervention sociale qui ont pour but ou pour effet de donner plus de pouvoir aux personnes qui les fréquentent. 

Annonce

Argumentaire    

Cet événement scientifique s'inscrit dans la mise en œuvre d'un programme de recherche (CEMANTIS) s'appuyant sur des expériences de recherche ou de formation participatives. Il vise à réunir les partenaires du programme ainsi que d'autres chercheur.e.s, formateur/rices et étudiant.e.s, autour de la question des espaces d'émancipation dans l'intervention sociale, à partir de démarches participatives. Le programme est porté par le LIRTES (UPEC), l’IRFASE, et la Fondation INFA, déjà associés dans le cadre du regroupement Est-Parisien. Notre programme de recherche vise à interroger des espaces spécifiques de l’intervention sociale qui ont pour but ou pour effet de donner plus de pouvoir aux personnes qui les fréquentent. 

Nous entendons ici « intervention sociale » d’une part au sens classique d’une extension du travail social, d’autre part comme toute forme d’intervention (professionnelle, bénévole, militante, associative…) auprès de « publics » (considérés comme) en difficultés, dans l’ensemble du secteur social ; qu’ils soient précaires, accompagnés/pris en charge ou non par des acteurs institutionnels, ou/et privés d’un accès aux droits fondamentaux. Si l’intervention sociale se caractérise souvent par une tension inhérente entre des pratiques de normalisation, de contrôle et d’émancipation (Autès, 2004), la journée d’étude propose de revenir plus spécifiquement sur cette dernière dimension. La notion d’émancipation ressurgie aujourd’hui à travers différents programmes de recherches, évènements scientifiques, initiatives associatives, de la société civile ou encore politiques. Loin d’être consensuelle, elle fait l’objet de réappropriation sur des bases parfois très éloignées les unes des autres. La journée pourra être l’occasion de s’interroger sur cette notion et les enjeux qui la traversent dans le champ de l’intervention sociale, mais aussi de la situer par rapport à d’autres notions et/ou concepts comme lempowerment, le pouvoir d’agir, la participation…  (Le Bossé, Bernard, 2006 ; Donzelot, Djaaziri, Wyvekens, 2012 ; Bacqué, Biewener, 2013). Toutefois, la polysémie du terme d’émancipation ainsi que sa dimension utopique de « concept horizon » (Tarragoni, 2015) en font une notion complexe à saisir, à décrire et à objectiver dans le cadre de recherches en sciences sociales (Caillé, Chanial, Tarragoni, 2016).

Aussi polysémique soit-elle, la notion suppose d’analyser la vie sociale en termes de rapports sociaux de pouvoir structurant la place des groupes et des personnes, les publics de l’intervention sociale étant le plus souvent en situation minoritaire, au sens sociologique du terme (Wirth, 1945 ; Guillaumin, 2002/1972 ; Simon, 2006 ; Rabaud, 2012). Qu’on les qualifie par leur exclusion, leur stigmatisation, leur vulnérabilité, ces « publics » ont en commun de ne pouvoir pleinement disposer de façon autonome d’une participation économique, sociale, citoyenne, et/ou d’être situés au bas de l’échelle social, tout en subissant un manque de reconnaissance.  Effectivement, la notion d’émancipation soulève l’enjeu et la question centrale de la (prise de) pouvoir tant du point de vue individuel que collectif.  Elle est entendue ici tant dans sa dimension heuristique, comme mise à jour des rapports sociaux de pouvoir, qu’au travers de ses enjeux, en termes d’accompagnement à l’acquisition de pouvoir des groupes en situation minoritaire, ouvrant la possibilité d’une transformation sociale.

Lors de cette journée d’étude, il s’agira de saisir les effets de libération individuelle et collective produits par des espaces de l’intervention sociale, que nous qualifions d’intermédiaires et/ou de tiers, et qui se veulent porteurs de visées émancipatrices ou qui s’affichent en tant que producteurs d’émancipation. À la suite des travaux de Laurence Roulleau-Berger (2003, 2005) sur les politiques d’insertion et les processus de précarisation, nous définirons les « espaces intermédiaires » comme « des espaces de micro-mobilisation et de résistance collective et [qui] travaillent l’espace public de manière discrète et continue » (2003 : 151), mais « dont les frontières touchent de près celles des institutions » (2005 : 180). La question des espaces  « intermédiaires »  nous semble alors un excellent révélateur des tensions et évolutions qui sont en train d’affecter les rapports sociaux entre professionnels, personnes « directement concernées » et autres acteurs de ces lieux où des changements sociaux sont attendus. La notion de « tiers espace » désigne quant à elle des interstices qui échappent aux modalités classiques de l’évaluation et de validation du secteur. Véritables « laboratoires sociaux », ils permettent d’expérimenter et d’inventer de nouveaux repères d’action s’appuyant sur l’implication d’acteurs-chercheurs (Bazin, 2018). Dans la mesure où ils sont potentiellement porteurs de changements dans les manières d’agir et de travailler, cette réflexion sur les espaces interrogera plus globalement les évolutions du champ du travail social et de l’intervention sociale, en termes de « symétrisation »  des rapports sociaux entre les acteurs institutionnels et les personnes concernées (Payet, Purenne, 2015). Enfin,  les recomposition en leur sein  sont autant d’opportunités d’observer des « prises de pouvoir » ou « pouvoir d’agir » des personnes « directement concernées » et, ce faisant, de voir émerger des possibilités d’émancipation individuelle et collective.

L’élaboration de cette journée d’étude en est l’illustration. Dans le cadre de ce projet, les trois partenaires associés s’interrogent sur les espaces au sein desquels (ou à partir desquels) peuvent se déployer capacités d’action, d’organisation, de résistance et d’autonomie de groupes et d’individus habituellement catégorisés au prisme de leurs déficiences, de leur incapacité à se conformer aux normes institutionnelles (scolaires, administratives, etc.). C’est à partir de recherches collaboratives mais aussi de nos formations que nous souhaitons expérimenter et étudier ces espaces spécifiques. Ainsi, nous souhaitons interroger et analyser la pertinence d’espaces intermédiaires et tiers qui associent les personnes, les professionnel.le.s et les chercheur.e.s dans des cadres non conventionnels, voire alternatifs par rapport à celui des institutions.

En effet, notre ambition est de balayer et de mettre en perspective ce qui se passe dans différents lieux, quelles que soient les personnes impliquées. En ce sens, notre recherche concerne différents publics, hommes et femmes, à différents âges de la vie, des plus jeunes aux plus âgés. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de mutations socio-économiques qui obligent  plus que jamais à considérer l’intervention sous un angle transversal, pluri-professionnel et pluri-disciplinaire. De fait, l’intervention sociale concerne différents secteurs d’activités : socio-éducatif, médicosocial, socioculturel, insertion professionnelle, lutte contre les exclusions. Elle désigne les accompagnements institutionnels, professionnels ou bénévoles, relatifs aux difficultés des personnes dans leurs espaces et parcours de vie, selon des constructions politico-administratives en constante évolution : économie des dépenses publiques, logiques de sécurisation, de responsabilisation des usagers, des professionnel·le·s, des politiques… Pour sa réalisation, notre projet entend également rapprocher des institutions historiquement construites  de façon cloisonnée, voire mises en concurrence entre elles, l’université et les écoles de travail social, bien que certaines pratiques de collaboration existent depuis fort longtemps, notamment autour des formations supérieures en travail social. Enfin notre équipe est en mesure de tirer profit d’une pluridisciplinarité consistante en alliant sociologie, psychologie clinique, anthropologie et sciences de l’éducation.

Programme

9H15 – Ouverture par les 3 partenaires institutionnels  

9H30 – Conférences introductives :

  • « Des espaces intermédiaires aux espaces tiers : penser l’émancipation individuelle et/ou collective dans l’intervention sociale ? » Par Claire COSSÉE, Enseignante-chercheuse en sociologie (UPEC-LIRTES) et Charlène CHARLES, Docteure en sociologie, ATER (UPEC-LIRTES).
  • « Pédagogie en dehors de l’école, tiers espace, espaces en friche » Par Laurent OTT, Directeur de Intermèdes-Robinson, éducateur, enseignant et chercheur.

11h-12h30 Les pratiques artistiques comme support pour un espace tiers dans et en dehors de l’institution

Animation : Claire COSSÉE (UPEC-LIRTES)

  • « Les effets émancipateurs des pratiques artistiques au sein du médico-social » Par Sylvie ROMANO, Chef de service, éducatrice spécialisée, Titulaire du Master Intervention et développement social/DEIS-UPEC, art-thérapeute.  
  • « Le rapport à l’école du point de vue des enfants de familles itinérantes. Zoom sur une recherche participative artistes-étudiant.e.s-universitaires menée sur deux aires d’accueil » Par Sophie HIERONIMY, Artiste plasticienne, à partir du travail coréalisé avec Maxime DEVARENNES, Malek LABIADH, Coline LAGISQUET, Thibaut MEIGNEN, Edmonde MONTOBAN, titulaires du Master Sciences de l’éducation, parcours Intervention sociale de l’UPEC (promotion 2016-17 du M1).
  • « Le clown d’intervention sociale dans l’institution » Par Nancy LALLOUETTE, Ingénieure en intervention sociale, Titulaire du Master Intervention et développement social/DEIS-UPEC.
  • « De la recherche à la scène : retour sur la mise en scène d'une recherche par les pairs en protection de l'enfance » Par Pierrine ROBIN, Chercheuse en sciences de l’éducation (Centre Marc Bloch et UPEC-LIRTES). 

12H30 Pause déjeuner 

14H-15H30 Table-ronde : Les enjeux politiques et scientifiques des espaces tiers 

Animation : Charlène CHARLES (UPEC-LIRTES)

  • «Education permanente et personnes vieillissantes. Retour sur une expérience menée dans le département de la Drôme » Par Dominique ARGOUD, Enseignant-chercheur en sociologie (UPEC-SESS).
  • « Stratégie, résistance ou technique de soi, jeux et enjeux d’échelle de l’engagement politique en travail social et intervention sociale » Par Sylvain BECK, Formateur au Centre de Formation Saint-Honoré, Post-Doctorant en sociologie associé au GEMASS (Sorbonne/CNRS), Membre de l’ACOFIS. 
  • « Passer de la babélisation des expertises à l’hybridation des pratiques sociales : la recherche usagère coopérative comme pratique de co-construction de l’expertise en institution  » Par Claire HEIJBOER, Doctorante en Sciences de l’éducation à l’Université Paris Descartes (CERLIS), formatrice à Buc-Ressources.

« Repolitiser l’action sociale, un espace pour la mobilisation ? » Par Laurent CAMBON, Docteur en Sciences du Langage,  Maître de Conférences associé à l’UPEC. 

15h45-17h15 L'ouverture vers la cité : le rapport à l'espace à l'intérieur et à l'extérieur des murs des institutions  

Animation : Ségolène PAYAN, Enseignante chercheuse (IRFASE), Psychologue en pension de famille

  • « Aller vers. Les différentes pratiques du psychologue dans les lieux d’exclusion et de précarité  » Par Pablo BERGAMI, Enseignant à l'ESO, Psychologue en pension de famille.
  • « Utilisation des espaces hybrides par les usagers et les professionnels en CHS » Par Elodie DENECHEAU, Formatrice BTS CESF,  Lycée de Cachan, directrice adjointe de l'hébergement en CHS.
  • « L’hybridité de tout travail de lien avec l’autre  » Par Alexandra TOLLANCE, Psychologue en CHS. 
  • « Approche psychosociologique des espaces hybrides en SAMSAH » Par Virginie BRISAC, Formatrice IRFASE, Psychosociologue en SAMSAH et en foyer d’hébergement.
  • Conclusion de la journée Par Anne PETIAU, Sociologue, Responsable du CERA, Buc-Ressources.

17h15 : Conclusion de la journée

Bibliographie

Autès Michel (2004), Les paradoxes du travail social, Paris, Collection Action sociale, Dunod. • Bacqué Marie-Hélène, Biewener Carole (2013), L’Empowerment, une pratique émancipatrice ?, Paris, La Découverte.

Bazin Hugues (2018), « La centralité populaire des tiers-espaces », L'Observatoire, vol. 52, n° 2, p. 91-93.

Bernard Vallerie,  Le Bossé Yann (2006), « Le développement du pouvoir d'agir (empowerment) des personnes et des collectivités : de son expérimentation à son enseignement », Les Sciences de l'éducation - Pour l'Ère nouvelle, vol. 39, n° 3, p. 87-100.

Bessin Marc et Roulleau-Berger Laurence (2002), « Les armes du faible sont-elles de faibles armes ? », L’Homme et la société, vol. 143-144, n° 1, p. 3-11.

Caillé Alain, Chanial Philippe, Tarragoni Federico (2016), « S’émanciper, oui, mais de quoi ? », Revue du MAUSS, vol. 2, n° 48, p. 5-28.

Donzelot Jacques, Djaziri Yacine, Wyvekens Anne (2012), Banlieues et quartiers populaires. Remettre les gens en mouvement, Projet 2012, n°27, Paris, éd. Terra Nova.

Guillaumin Colette, (2002), L’idéologie raciste. Paris, Gallimard « Folio essai » (1ère édition 1972). 

Payet Jean-Paul, Purenne Anaïk (dir.) (2015), Tous égaux, Les institutions à l’ère de la symétrie, Paris, L’Harmattan.

Rabaud Aude (2012), « Minorités » (situation de) » in Laacher Smain (dir.), Dictionnaire de l’immigration en France, Paris, Larousse, p. 300-307.

Roulleau-Berger Laurence (2003), « La production d’espaces intermédiaires », Hermès, n°36, p. 147-156.

Roulleau-Berger Laurence (2005), « Espaces intermédiaires, économies urbaines et luttes pour la reconnaissance », in Guénola Capron, Geneviève Cortès et Hélène Guétat-Bernard (dir.), Liens et lieux de la mobilité. Ces autres territoires, Paris, Belin, p. 179-189.

Simon Pierre-Jean (2006), Pour une sociologie des relations interethniques et des minorités, Rennes, PUR.

Tarragoni Federico (2015), « L’émancipation dans la pensée sociologique : un point aveugle ? », Séminaire interdisciplinaire, Pour une (re)définition du concept d’Émancipation, Université Paris-Diderot et Université de Bologne 10 avril 2015.   

Wirth Louis (1945), « The Problem of Minority Groups », in Linton Ralph (ed.), The Science of Man in the World Crisis, New York, p. 347-372. 

Catégories

Lieux

  • Upec, campus du mail des mèches, faculté de sciences économiques et de gestion, amphi 101 - Rue de la porte des champs
    Créteil, France (94)

Dates

  • jeudi 29 novembre 2018

Mots-clés

  • espace tiers, émancipation, travail social, intervention sociale, recherche participative

Contacts

  • Charlène Charles
    courriel : charles [dot] charlene [at] u-pec [dot] fr

Source de l'information

  • Charlène Charles
    courriel : charles [dot] charlene [at] u-pec [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les espaces de l'émancipation en travail social et en intervention sociale », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 20 novembre 2018, https://calenda.org/513509

Archiver cette annonce

  • Google Agenda
  • iCal