AccueilLa culture et le culturalisme au cœur de l’encadrement des jeunes ? Observer les pratiques dans les mondes de l’éducation et de l’intervention sociale

La culture et le culturalisme au cœur de l’encadrement des jeunes ? Observer les pratiques dans les mondes de l’éducation et de l’intervention sociale

Culture and culturalism in youth social work? Observing practices in education and social intervention

Agora débats/jeunesses n° 84 (2020/1)

Agora débats/jeunesses journal issue 84 (2020/1)

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Publié le mardi 18 décembre 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Ce dossier de la revue Agora débats/jeunesses s’inscrit dans le prolongement des travaux sur le culturalisme depuis ceux d’Abdelmalek Sayad (1978, 2014 a (tome 3), 2014b), tout en proposant un éclairage fondé sur l’empirie : nombre des critiques du culturalisme sont en effet restées globales, a priori et externes (Lemieux, 2000). Or, cette critique du culturalisme ne doit pas occulter le sens que les professionnel·le·s et leurs publics immigrant·e·s et descendant·e·s attribuent à des notions comme « la culture d’origine », ou encore « la communauté ».

Annonce

Argumentaire

Dossier coordonné par Lila Belkacem et Séverine Chauvel (UPEC, LIRTES)

Alors que dans un certain nombre de discours en France, les jeunes catégorisés comme « issus de l’immigration » et « migrants » ont été construits en problème public à partir des années 1980 (voir notamment Hmed et Laurens, 2008), ce dossier souhaite apporter une contribution aux travaux sur le culturalisme en réunissant des recherches qui interrogent les modes de recours à la notion de culture dans les mondes de l’éducation et de l’intervention sociale (école, travail social, justice des mineurs, aide sociale à l’enfance, éducation populaire, organisations à destination de la jeunesse, etc.). Ce dossier cherche à passer d’une analyse des représentations sur la jeunesse à une approche compréhensive des pratiques dans ces différents espaces. À partir d’enquêtes empiriques, il s’agira d’interroger la manière dont les acteur·trice·s de ces institutions et leurs publics mobilisent la notion de culture dans leurs activités, tout en portant une attention particulière aux éventuels divergences ou conflits autour de cette notion.

Ce dossier de la revue Agora débats/jeunesses s’inscrit dans le prolongement des travaux sur le culturalisme depuis ceux d’Abdelmalek Sayad (1978, 2014 a (tome 3), 2014b), tout en proposant un éclairage fondé sur l’empirie : nombre des critiques du culturalisme sont en effet restées globales, a priori et externes (Lemieux, 2000). Or, cette critique du culturalisme ne doit pas occulter le sens que les professionnel·le·s et leurs publics immigrant·e·s et descendant·e·s attribuent à des notions comme « la culture d’origine », ou encore « la communauté ».

Cette perspective invite également à interroger le rôle de la recherche académique dans la diffusion de certaines grilles de lecture basées sur la notion de culture. Rappelant la force du paradoxe d’Althabe (1996), selon lequel « comprendre la différence c’est aussi la produire », les travaux menés sur les recherches sur l’immigration en France rappellent que les sciences sociales ont participé et participent encore, dans une certaine mesure, à l’altérisation des immigrants et de leurs descendants (Belkacem, 2017). Liliane Kuczynski et Élodie Razy (2009) ont par exemple analysé ce phénomène dans le cadre de la multiplication, à partir des années 1980, des études sur les familles ouest- africaines en France. Les auteures évoquent notamment les premières analyses de Jacques Barou (1978) sur les « ethnies » et les « cultures d’origine », décrites comme des entités homogènes, figées, et qui s’imposeraient inéluctablement aux immigrants, « [oubliant ce faisant] que, selon Sapir (1967), “la culture est une fiction commode”, [et] la transform[ant ainsi] en une essence surplombante, en une catégorie naturalisée et tenue pour allant de soi, dominant les acteurs sociaux et leur imposant représentations et comportements» (Olivier de Sardan, 2008, p.34). Anne Raulin (1990) est également revenue sur le caractère problématique des commandes publiques sur l’excision et la polygamie, auxquelles les anthropologues ont largement répondu dans ces premières années de la construction de l’immigration en problème public, en proposant des analyses centrées sur une vision binaire (ici/là-bas) et homogénéisante de ces pratiques familiales et sociales. Ou encore, plus récemment, en analysant les difficultés scolaires et délinquantes de descendant·e·s d’immigrant·e·s de milieux populaires à travers le prisme de la « culture d’origine » de leurs parents, l’ouvrage d’Hugues Lagrange (2010), a été accusé de constituer une «légitimation sociologique» à la construction médiatique et politique du « problème des jeunes de banlieue issus de l’immigration » – plus particulièrement ceux dont les parents sont originaires d’Afrique de l’Ouest (Fassin, 2010 ; Meyran et Rasplus, 2014).

En somme, non seulement les chercheur·e·s font face à un « danger d’instrumentalisation et de reprise [de leurs travaux] dans une perspective culturaliste lourde » (Kuczynski et Razy, 2009, p. 85), mais en outre, ils défendent eux aussi, parfois, des conceptions réifiantes, entraînant alors des débats au sein du monde académique. Outre la polémique entraînée par la publication du Déni des cultures, on peut penser par exemple à la controverse liée à la place et aux effets de l’ethnopsychiatrie dans la prise en charge judiciaire et socio-éducative des familles et des jeunes catégorisés comme « issu·e·s de l’immigration » (Fassin, 1999, 2000 ; Nathan, 2000 ; Belkacem, 2015). Ces exemples invitent à interroger le caractère heuristique du concept de « culture » pour penser les faits sociaux (Geertz, 1973) et des concepts qui lui sont parfois associés ou substitués (créolisation, métissage, hybridation, tradition, etc.). Ils incitent également à accorder une attention particulière aux opérations d’assignations et aux fixismes, ainsi qu’aux articulations entre les catégories emic et etic (Olivier de Sardan, 1998), et à la manière dont les travaux académiques peuvent participer à la diffusion de perspectives essentialisantes et raci(ali)santes – les liens entre culturalisme et raci(ali)sation des rapports sociaux pourront ainsi être interrogés.

Dans ce cadre, à partir d’enquêtes empiriques menées dans divers univers centrés sur la jeunesse (école, intervention sociale, éducation populaire, justice des mineurs, structures d’accès à l’emploi ou encore de lutte contre les discriminations, etc.), ce numéro propose d’articuler la réflexion autour de deux axes – les propositions croisant ces axes et/ou en proposant d’autres sont également bienvenues.

Axe 1 : Les sens de « la culture » et du culturalisme au sein des institutions scolaires, éducatives, sociales et à destination de la jeunesse

De quelles manières les acteur·trice·s de l’éducation et de l’intervention sociale qui prennent en charge des jeunes mobilisent-ils·elles la notion de culture, cela aussi bien dans des dispositifs destinés spécifiquement à des publics altérisés (tels que la médiation interculturelle), que dans le cadre de pratiques quotidiennes pensées comme « ordinaires » ou « universelles » ? « La culture » et la «culture d’origine» des publics sont-elles uniquement invoquées et travaillées par les professionnel·le·s lorsqu’il est question de personnes altérisées sur le plan ethnoracial ? Sont-elles alors employées par les acteur·trice·s comme un euphémisme d’autres termes ? Dans quelle mesure donnent-elles lieu à des divergences, voire des conflits ? Ces usages de la culture circulent-ils d’une institution et d’un dispositif à l’autre, invitant alors à ethnographier des dispositifs construits conjointement, ou à l’« interface » entre, par exemple, école, travail social et éducatif, justice des mineurs, animation socioculturelle, éducation populaire, etc. ? En quoi les spécificités observées relèvent-elles également des histoires et des logiques propres à chaque institution ? Ces logiques agissent-elles différemment selon les espaces observés ?

Axe 2 : Les effets du culturalisme dans l’institution sur les hiérarchisations (sociales et raciales notamment) de la jeunesse

Il s’agit dans cet axe de questionner les relations entre jeunes et professionnels à partir du rapport à la culture. Le culturalisme est-il construit avec et par les jeunes ? Comment se façonnent les catégories des jeunes minorisés et leur hiérarchisation ? Celle-ci confère des avantages à certain·e·s et des désavantages à d’autres. Les processus d’altérisation seront étudiés pour les jeunesses catégorisées comme migrantes ou issues de l’immigration, qu’elles concernent les populations désignées, par exemple, comme mineurs non accompagnés, roms, d’Afrique de l’Ouest ou encore chinoises, qui renvoient à une grande hétérogénéité. Une attention particulière sera accordée aux effets des catégorisations de l’action publique. Cet axe vise ainsi à accueillir les approches plurielles des processus d’altérisation, de minor(is)ation, de raci(ali)sation, d’ethnicisation, de production des différences, ou encore des relations interethniques (Guillaumin, 1972 ; Poutignat et Streiff-Fénart, 1996 ; Ndiaye, 2008 ; Poiret, 2011 ; West et Fenstemarker, 2006 ; Keyhani et Laurens, 2017, etc.).

Modalités de soumission

Les propositions d'article (1 à 2 pages avec la problématique, la méthodologie, le plan de l’article et une courte notice biographique) sont à transmettre

avant le 30 janvier 2019

à severine.chauvel@u-pec.fr et lila.belkacem@u-pec.fr.

Calendrier

  • 30 janvier 2019 : remise des propositions d’articles (1 à 2 pages avec la problématique, la méthodologie et le plan de l’article et une courte notice biographique) à envoyer aux deux coordonnatrices.
  • 15 février 2019 : sélection des propositions d’articles et réponse aux auteur·trice·s
  • 15 mai 2019 : remise des articles
  • Février 2020 : parution du numéro

Les articles (entre 30000 et 35000 signes) préciseront la problématique, les données empiriques mobilisées, le cadre dans lequel l’étude a été menée, la méthodologie employée et les résultats obtenus.

Coordination du numero

  • Lila Belkacem (lila.belkacem@u-pec.fr)
  • Séverine Chauvel (severine.chauvel@u-pec.fr) UPEC, LIRTES)

Rédaction d’Agora débats/jeunesses

  • Yaëlle Amsellem-Mainguy : amsellem-mainguy@injep.fr
  • Marianne Autain : autain@injep.fr

Bibliographie indicative

Althabe G., « Construction de l’étranger dans la France urbaine d’aujourd’hui », in Fabre D. (dir.), L’Europe entre cultures et nations, Paris, Éd. de la MSH, 1996, p. 215-225.

Armagnague M., Cossée C., Rigoni I., Tersigni, S., « Enfances et jeunesse migrantes au prisme des institutions socio-éducatives en France », Autonomie locali et servizi sociali, no 3, 2016.

Barou J., Travailleurs africains en France. Rôle des cultures d’origine, Grenoble/Paris, PUG/Publications orientalistes de France, 1978.

Belkacem L., « Peut-on échapper au fait que ‘comprendre la différence c’est aussi la produire’ ? Retour critique sur les rapports de pouvoir en jeu dans une thèse de sociologie des expériences migratoires et minoritaires», Communication présentée au 7e congrès de l’AFS, Réseau thématique 2 Migration, Altérisation, Internationalisation, Amiens, Université de Picardie Jules Verne, 2017 (juillet).

Belkacem L., «Quand la clinique fait l’ethnique? Logiques performatives dans la médiation interculturelle pour familles migrantes », Genèses, no 98, 2015, p. 47-68.

Fassin D., « L’ethnopsychiatrie et ses réseaux. L’influence qui grandit », Genèses, vol. 35, no 1, 1999, p. 146-171.

Fassin D., « Les politiques de l’ethnopsychiatrie. La psychée africaine, des colonies britanniques aux banlieues parisiennes », L’Homme, no 153, 2000, p. 231-250.

Geertz C., The Interpretation of Cultures, New York, Basic Books, 1973, chapitre premier.

Hmed C. et Laurens S. (coord.), « L’invention de l’immigration », Agone, no 40, 2008.

Keyhani N. et Laurens S. (coord.), « La production officielle des différences culturelles », Cultures et conflits, n° 107, 2017.

Kuczynski L., Razy É., « Anthropologie et migrations africaines en France : une généalogie des recherches », Revue européenne des migrations internationales, vol. 25, no 3, 2009, p. 79-100.

Lagrange H., Le déni des cultures, Paris, Seuil, 2010.

Lemieux C., Mauvaise presse, une sociologie compréhensive du travail journalistique, Metailié, 2000.

Mekki A., « Sayad, L’immigration ou les paradoxes de l’altérité », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, no 140, 2016.

Meyran R., Rasplus V., Les pièges de l’identité culturelle : culture et culturalisme en sciences sociales et en politique (XIXe-XXIe siècle), Paris, Berg International, 2014.

Nathan T., « Psychothérapie et politique. Les enjeux théoriques, institutionnels et politiques de l’ethnopsychiatrie », Genèses, vol. 38, no 1, 2000, p. 136-159.

Ndiaye, P., La condition noire. Essai sur une minorité française, Paris, Gallimard, 2008. Olivier de Sardan J.-P., La rigueur du qualitatif. Les contraintes empiriques de l'interprétation socio-anthropologique, Louvain-la-Neuve, Bruylant-Academia, 2008.

Olivier de Sardan, J.-P., Emique, L’Homme, 1998, tome 38, no 147, p. 151-166.

Poiret C., « Les processus d’ethnicisation et de raci(ali)sation dans la France contemporaine : Africains, Ultramarins et ‘Noirs’ », Revue européenne des migrations internationales, vol. 27, no 1, 2011.

Poutignat P. et Streiff-Fénart J., Théories de l'ethnicité, Paris, PUF, 2008 [1996]. Raulin A., « Problèmes éthiques d'une recherche en sciences sociales : l'excision et sa présence en

France », Cahiers internationaux de sociologie, vol. LXXXVIII, 1990, p. 157-171.

Sapir E., Anthropologie, Paris, Minuit, 1967.

Sayad A., L'immigration ou Les paradoxes de l'altérité. Tome 1, L’illusion du provisoire, Tome 2, Les enfants illégitimes, et Tome 3, La fabrication des identités culturelles, Paris, Raisons d'agir, 2014a.

Sayad A., L’école et les enfants de l’immigration, Paris, Le Seuil, 2014b. Sayad A., Les Usages sociaux de la culture des immigrés, Paris, CIEMM, 1978. West C., Fenstermaker S., « “Faire” la différence », Terrains & Travaux, no 10, 2006, p. 103-136.

Dates

  • mercredi 30 janvier 2019

Mots-clés

  • culturalisme, encadrement de la jeunesse, éducation et intervention sociale, migrations et minoration

Contacts

  • Séverine Chauvel
    courriel : severine [dot] chauvel [at] u-pec [dot] fr
  • Lila Belkacem
    courriel : lila [dot] belkacem [at] u-pec [dot] fr

Source de l'information

  • Lila Belkacem
    courriel : lila [dot] belkacem [at] u-pec [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La culture et le culturalisme au cœur de l’encadrement des jeunes ? Observer les pratiques dans les mondes de l’éducation et de l’intervention sociale », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 18 décembre 2018, https://calenda.org/522259

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