AccueilTéléphones connectés et cinéma

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Publié le mardi 04 décembre 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Dans les films qui nous intéresseront, les téléphones intelligents ne constituent pas seulement un objet référentiel. Ils engagent une réflexion approfondie sur les conséquences de l’hypermodernité qu’ils représentent, les affects qu’ils produisent sur l’individu contemporain, son être au monde, sa relation à autrui. Il s’agira pour nous d’étudier comment le cinéma révèle et interroge à quel point le téléphone façonne nos expériences quotidiennes en même temps qu’ils modèlent nos représentations mentales. La journée d’étude fera l’objet d’une publication dans la revue de recherche art et design Échappées de l’École supérieure d'art des Pyrénées (ESAP).

Annonce

Argumentaire

Gardiens de nos nuits posés sur nos tables de chevet, blottis tout près de nous dans les poches de nos vêtements, guides efficaces de tous nos trajets, les téléphones portables dits intelligents / connectés, sont devenus les compagnons de nos vies quotidiennes. En cela, ils modifient fondamentalement notre rapport à l’espace et au temps, et font évoluer nos pratiques cognitives et culturelles et par conséquent nos modes de penser et d’agir. Naturellement, cette omniprésence ne peut manquer d’interpeller artistes, écrivains et cinéastes. Si pour David Shields dans Reality Hunger[1] la littérature est « affamée de réalité », il en est de même pour le cinéma qui cherche à son tour à représenter l’individu en proie à cette hypermodernité que constate Nicole Aubert dans le titre de l’ouvrage qu’elle a dirigé en 2006[2].

Dans les films qui nous intéresseront, les téléphones intelligents ne constituent pas seulement un objet référentiel. Ils engagent une réflexion approfondie sur les conséquences de l’hypermodernité qu’ils représentent, les affects qu’ils produisent sur l’individu contemporain, son être au monde, sa relation à autrui. Il s’agira pour nous d’étudier comment le cinéma révèle et interroge à quel point le téléphone façonne nos expériences quotidiennes en même temps qu’ils modèlent nos représentations mentales. Si, Michel Chion s’est déjà intéressé à la présence du téléphone au cinéma[3], le corpus de films qu’il convoque n'inclut que de manière extrêmement marginale, et à travers le prisme de la science-fiction seulement, les enjeux du téléphone portable contemporain. Or, Le « videophone » que manifestait en 1968 Stanley Kubrick dans 2001, L’Odysée de l’espace[4], n’est plus de l’ordre de l’anticipation, il suffit de regarder alentour.

Les films qui constitueront notre corpus devront être sortis post 2007[5] et le téléphone devra y tenir « le rôle principal », être la source du déploiement narratif. Il s’agira au travers de ce corpus de saisir les représentations singulières, dans le cinéma contemporain (post-2007), des téléphones intelligents, lesquels possèdent la spécificité de permettre à leurs usagers d’être mobiles, connectés et proposent comme interface un autre écran. Ce nouvel écran --dont on peut se demander s’il concurrence celui du cinéma-- s’impose comme un nouveau lieu de réflexivité par la mise en abyme écranique qui lui préside.  Dans un même temps, il constitue une fenêtre sur un hors-champ inédit pour le cinéma, tant sur le plan esthétique que sur les enjeux philosophique, sociologique voire anthropologique, auxquels son « usage narratif » renvoie. Le cinéma le démontre bien, la banalité et la familiarité des téléphones intelligents/connectés, sont aussi trompeuses que pleines des récits à venir sur les imaginaires associés à ses représentations.

Les communications devront porter sur l’un des deux axes suivants.

Axe historique et socio technique :

  • Vision diachronique (et géographique) des apparitions du téléphone au cinéma ;
  • Cerner son importance grandissante dans nos vies quotidiennes et ses différents impacts sur notre écosystème (par ex. Téléphone arabe (2012) de Sameh Zoabi)
  • Analyser comment l'évolution même des technologies propres au téléphone portable impactent les récits filmés non seulement du point de vue de la thématique mais aussi de la narration et du montage. Par exemple et pour reprendre le vocabulaire de Chion, le téléphone portable impose-t-il au cinéma de nouveaux téléphèmes (unités de conversation téléphonique à l’écran)[6]?
  • Les films choisis devront être sortis post-2007. Sur cette bonne dizaine d’année, l’évolution des NTICs a impacté les fonctions du téléphone et par conséquent son usage narratif dans les films. Les approches relatives à la sociologie des usages peuvent nous éclairer sur les évolutions de l’objet (ergonomie, puissance, support) et leurs inscriptions dans le quotidien (usages collectif, individuel). Enfin tout éclairage permettant d’inscrire les films sélectionnés dans un contexte en prise avec le réel peut servir le propos. 

Axe usages utopiques, dystopiques ou cathartiques du téléphone intelligent/connecté au cinéma :

  • Quelles en sont les principales représentations ? Quelles croyances y sont attachées ? Quels imaginaires y sont véhiculés ?    
  • Les usages du téléphone dans les films où il a le rôle principal sont le plus souvent extra-ordinaires (augmentation de ses possibilités courantes, sur-présence, mise en réseau….)
  • Les réponses peuvent s’appuyer sur l’analyse de scénarios d’usages du téléphone intelligent dans les films post 2007 ; il s’agira de cerner des notions telles que l’interconnexion et l’intersubjectivité (identité, réseau, appareillage…), l’immersion, le débordement (intimité, sensible, corps…).

Modalités de participation

La journée d’étude aura lieu le 21 mars 2019 à l’université Savoie Mont Blanc, Chambéry. Les communications dureront 45 minutes. Elle donnera lieu à une publication dans la revue d’art et de design en ligne de l’ESAP échappées. http://echappees.esapyrenees.fr/

Les propositions, d'une longueur maximale de 300 mots, accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique sont à envoyer à Corinne Melin (corinne.melin@esapyrenees.fr) et Anaïs Guilet (anais.guilet@univ-smb.fr)

avant le 4 février 2019.

Organisation 

  • Anaïs Guilet (MCF Littératures comparées, Université Savoie Mont Blanc, laboratoire LLSETI)
  • Corinne Melin (professeure Histoire des arts contemporains et Esthétique, Ecole Supérieure d’Art et de Design des Pyrénées, Pau-Tarbes)

Disciplines 

Esthétique (cinéma, arts plastiques, littérature), philosophie, sociologie, information-com

Références

[1] David Shields, Reality Hunger, New York City, Knopf, 2010.

[2] Nicole Aubert (dir.), L’Individu hypermoderne, ERES, 2004.

[3] Chion M.,« Cinéma et téléphone », cours donné à l’université Sorbonne Nouvelle –Paris 3, mai 2009. Contenu

téléchargé en ligne : http://michelchion.com/download/new?download_description=le+téléphone+au+cinéma&return_url=http%3A%2F%2Fmichelchion.com%2Ftexts&s3_object_path=lessons%2Ftelephone_au_cinema.pdf, consulté le 29 mai 2016; Chion M., Un Art sonore, Le cinéma, Paris, Cahiers du Cinéma, 2003: Chion M.,La Voix au cinéma, Paris, Cahiers du Cinéma, 1982.

[4] https://www.youtube.com/watch?v=vWwo6JpMceg

[5]  2007 est la date de sortie du premier iPhone qui inaugure la “démocratisation” du smartphone.

[6] Cf. Chion M.,« Cinéma et téléphone », op.cit.

Lieux

  • Chambéry, France (73)

Dates

  • lundi 04 février 2019

Mots-clés

  • téléphone connecté, téléphone intelligent, cinéma, imaginaire, narration

Source de l'information

  • Corinne Melin
    courriel : corinne [dot] melin [at] esapyrenees [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Téléphones connectés et cinéma », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 04 décembre 2018, https://calenda.org/526484

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