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Formes géométriques en fiction

Geometrical forms in fiction

Damiers, grilles et cubes, du cinéma à la théorie de l’art

Checkerboards, grids and cubes, from cinema to art theory

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Publié le vendredi 21 décembre 2018 par Céline Guilleux

Résumé

Ce colloque interdisciplinaire vise à interroger la présence de volumes et de formes géométriques dans les films de fiction : non pas seulement pour leur rôle narratif ou esthétique, mais aussi pour les connexions qu’ils engagent avec l’histoire de l’art. En effet, grilles et polyèdres ont partie liée avec l’étude de l’espace, tant avec l’élaboration de la perspective à la Renaissance qu’avec la déconstruction de l’illusionnisme au XXe siècle. Au sein des films de fiction, ils tiennent un discours sur l’image que ces journées s’attacheront à analyser.

Annonce

Colloque international 28-30 novembre 2019

Argumentaire

Ce colloque interdisciplinaire vise à interroger la présence de volumes et de formes géométriques dans les films de fiction : non pas seulement pour leur rôle narratif ou esthétique, mais aussi pour les connexions qu’ils engagent avec l’histoire de l’art. En effet, grilles et polyèdres ont partie liée avec l’étude de l’espace, tant avec l’élaboration de la perspective à la Renaissance qu’avec la déconstruction de l’illusionnisme au XXe siècle. Au sein des films de fiction, ils tiennent un discours sur l’image que ces journées s’attacheront à analyser.

Des films et des séquences de films très variés sont en jeu. L’on pense aux nombreuses grilles optiques qui incarcèrent les personnages de Henri-Georges Clouzot (La Prisonnière, 1968) comme ceux de Dario Argento (Les Frissons de l’angoisse, 1975) ou aux damiers énigmatiques de La Notte (Michelangelo Antonioni, 1961) autant qu’à ceux des Créatures d’Agnès Varda (1966). Enfin, on se souvient aussi de l’opacité non moins mystérieuse de la stèle silencieuse de 2001 L’odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968) ou encore du Cube horrifique de Vincenzo Natali (1997).

Bien qu’ils soient impensés dans les études cinématographiques, leur histoire est tout sauf anodine. De la grille optique au cube opaque, ces motifs ont pour point commun leur appartenance à l’histoire de l’art, aux sciences optiques et même au jeu. Ils incarnent l’espace nécessaire à la représentation du corps humain tout en renvoyant aux pratiques de l’abstraction1. En effet, outils de construction et d’organisation de l’espace (le treillis de Dürer, les treilles de Mantegna ou Uccello, les sols en damier de Giovanni di Paolo ou Filippo Lippi), ils emblématisent quelques siècles plus tard le démembrement de la narration et de la figuration dans l’art. En rupture avec l’art du passé, les « Grilles » sont pensées par Rosalind Krauss comme témoignages du silence de l’art du XXe siècle, ses répétitions de motifs similaires, son hostilité envers la littérature, le récit et le discours2. Bien qu’ils aient été récupérés par la pensée moderniste du XXe siècle, ils ont aussi permis l’écriture d’histoires visuelles transchronologiques. Ainsi, Éric de Chassey a libéré la grille de l’art moderne pour remonter le long de la pré-histoire de l’abstraction3 et Jean Clair a produit une étude iconologique du damier de la Renaissance jusqu’à Marcel Duchamp4.

Pris entre l’optique et le physique, le matériel et le spirituel, la réalité et l’abstraction, ces motifs sont les moteurs d’histoires de l’art contradictoires et de méthodes d’écriture et d’analyse opposées. En 1997, Hubert Damisch repense l’écriture de l’histoire de l’art par l’exposition dans son projet « Moves », un accrochage des œuvres du musée Boijmans van Beuningen en forme d’échiquier. Le musée devient l’aire de jeu de l’historien, qui y réinvente les formes de son écriture, et souligne ainsi son rapport à la fois ludique et scientifique à sa discipline5. C’est cette même fonction que l’on questionnera dans l’espace du cinéma de fiction, encore impensée par ces études.

En effet, on s’interrogera alors sur le sens de ces motifs géométriques dans le déroulement du film de fiction, lieu de survivance par excellence de l’art narratif et figuratif. Comment leurs contradictions, entre expression abstraite et science optique, trouvent leur expression dans le film de fiction ? Comment ces formes tautologiques, qui ne parlent a priori que d’elles-mêmes, peuvent-elles trouver leur place dans le déroulement narratif du film ? Que devient leur manière de penser l’espace, alors même qu’elles sont projetées dans l’espace cinématographique ? Sont-elles incarcérantes pour les corps qui les expérimentent, leur offrent-elles une nouvelle liberté, un supplément d’espace à parcourir ? Au moment où la grille devient une cage et le cube un OVNI, l’apparition du motif n’est plus seulement une forme visuelle, c’est aussi une forme narrative. Ces histoires passent par l’intermédiaire de personnages de spectateurs ou de créateurs qui en font l’expérience, venant ainsi enrichir l’imaginaire du théoricien qui en recompose l’histoire et l’esthétique. Il s’agit donc de comprendre en quoi ces jeux narratifs recoupent les discours théoriques de l’histoire de l’art. Ce colloque interdisciplinaire, qui réunira des chercheurs en histoire et en esthétique, en art et en cinéma, permettra de questionner la pertinence de l’opposition entre visualité et narration au moment même où les disciplines se rencontrent.

Axes de recherches :

L’ensemble du cinéma de fiction pourra être étudié, sans restriction temporelle ni géographique.

  • Les motifs et les formes pourront être abordés selon différentes déclinaisons : objets (décors, accessoires, costumes) et éléments architectoniques. Ils pourront également concerner les effets de l’image.
  • Les propositions devront nécessairement mettre en perspective les utilisations fictionnelles de ces motifs avec les théories de l’art.
  • Le colloque sera particulièrement ouvert aux réflexions méthodologiques sur l’écriture de l’histoire de l’art par le cinéma : comment ramener ces séquences narratives aux discours théoriques avec lesquels elles partagent des motifs communs ? Et inversement, peut-on retrouver une forme d’imaginaire dans les textes théoriques et historiques qui ont traité de ces mêmes motifs ?
  • Parmi les questionnements posés par ces rencontres interdisciplinaires entre le cinéma de fiction et l’histoire de l’art : comment articuler, dans une même pensée, le silence du modernisme et les bavardages de la fiction cinématographique ?

Modalités de participation

Ce colloque se tiendra à Lille du 28 au 30 novembre 2019, en partie au LaM (Lille Métropole, musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut).

Les propositions (titre et résumé de 500 mots) ainsi qu'un CV succinct (nom, institution et publications importantes) doivent être envoyés

pour le 20 mai 2019

au plus tard à l'adresse suivante : colloque.damiers@gmail.com.

Les communications pourront être données en français ou en anglais. Les réponses du comité scientifique seront adressées fin juin 2019.

Comité d’organisation

  • Jessie Martin et Joséphine Jibokji, Université de Lille, Centre d’étude des arts contemporains (CEAC),
  • Barbara Le Maître, Université Paris Nanterre (HAR).

Comité scientifique

  • Bruno Nassim Aboudrar (Pr. Sciences de l’art, Paris 3, LIRA) ;
  • Valérie Boudier (Mcf. Arts plastiques, Lille, CEAC) ;
  • Joséphine Jibokji (Mcf. Études cinématographiques, Université de Lille, CEAC) ;
  • Jeanne-Bathilde Lacourt (Conservatrice Art moderne et contemporain, LaM) ;
  • Barbara Le Maître (Pr. Études cinématographiques, Paris Nanterre, HAR) ;
  • Jessie Martin (Mcf. Études cinématographiques, Université de Lille, CEAC) ;
  • Valérie Mavridorakis (Pr. Histoire de l’art, Paris-Sorbonne, Centre Chastel) ;
  • José Moure (Pr. Études cinématographiques, Paris I, ACTE) ;
  • Chang Ming Peng (Pr. Histoire de l’art contemporain, IRHiS) ;
  • Arnauld Pierre (Pr. Histoire de l’art, Paris-Sorbonne, Centre Chastel) ;
  • Luc Vancheri (Pr. Études cinématographiques, Lyon 2, Passages XX-XXI);
  • Caroline Zeau (Mcf. Études cinématographiques, Picardie-Jules-Verne, CRAE) ;
  • Serge Cardinal (Pr. Agrégé Études cinématographiques, Université de Montréal, La Création sonore).

Soutiens

  • Centre d’Etudes des Arts Contemporains (CEAC, EA 3587, Université de Lille),
  • Centre Histoire des Arts et des Représentations (HAR, EA 4414, Université Paris Nanterre),
  • Institut de Recherches Historiques du Septentrion (IRHiS, UMR 8529, Université de Lille, CNRS),
  • LaM (Lille Métropole, musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut).

Références

1 L’on se reportera entre autres à l’essai de Thierry de Duve “Performance ici et maintenant : l’art minimal, un plaidoyer pour un nouveau théâtre” qui traite de la “présence” des volumes minimalistes dénoncée par Michael Fried, in Essais datés I, 1974-1986, Paris, La Différence, 1987.

2 Rosalind Krauss, « Grilles », L’originalité de l’avant-garde et autres mythes modernistes, Paris, Macula, 1993, p. 93-109.

3 « Après la grille », Abstraction/Abstractions : géométries provisoires, Bernard Ceysson, Éric de Chassey, Camille Morineau et al., cat. exp. (Saint-Étienne, musée d’Art moderne, 1997), Saint-Étienne, 1997.

4 Dans ses études sur l’art de la Renaissance (par exemple le treillis dans le martyre de Saint Christophe de Mantegna, Méduse. Contribution à une anthropologie des arts du visuel, Paris, Gallimard, 1989, p. 25) et sur l’art contemporain (notamment dans ses textes sur Marcel Duchamp où il produit une étude iconologique du damier, « L’échiquier à trois dimensions », Sur Marcel Duchamp et la fin de l’art, Paris, Gallimard, 2000, p. 111-133).

5 Hubert Damisch, Moves. Playing Chess and Cards With the Museum, Rotterdam, Museum Boijmans Van Beuningen, 1997 ; Hubert Damisch, L’Amour m’expose : le projet “Moves”, Bruxelles, Yves Gevaert, 2000 (Paris, Klincksieck, 2007).

Lieux

  • Lille, France (59)

Dates

  • lundi 20 mai 2019

Mots-clés

  • cinéma, histoire de l'art, analyse de film, théorie de l'art

Contacts

  • Joséphine Jibokji
    courriel : josephinejibokji [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Joséphine Jibokji
    courriel : josephinejibokji [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Formes géométriques en fiction », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 21 décembre 2018, https://calenda.org/526744

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