AccueilPolitique de l'alimentation et territoires, politique des territoires et alimentation

Politique de l'alimentation et territoires, politique des territoires et alimentation

Food and territorial politics. Policies for food and territories

*  *  *

Publié le mardi 11 décembre 2018 par Céline Guilleux

Résumé

L’alimentation demeure, à quelques exceptions près un objet relativement peu étudié sous l’angle de l’action publique locale et de l’aménagement urbain. D’un côté, le vaste champ de la sociologie de l’alimentation se concentre principalement sur les rapports que les individus ou les groupes sociaux entretiennent à l’acte alimentaire, ou encore aux rapports sociaux que l’acte alimentaire génèrent entre eux. D’un autre côté, les travaux de sociologie politique dédiés aux politiques alimentaires se focalisent principalement sur le secteur agroalimentaire et/ou les mobilisations sociales autour des modes de production alternatifs.

Annonce

02-07 juillet 2019

Argumentaire

L’alimentation demeure, à quelques exceptions près (Douillet, Faure, 2006) un objet relativement peu étudié sous l’angle de l’action publique locale et de l’aménagement urbain. D’un côté, le vaste champ de la sociologie de l’alimentation se concentre principalement sur les rapports que les individus ou les groupes sociaux entretiennent à l’acte alimentaire (Régnier, Lhuissier, Gojard, 2009), ou encore aux rapports sociaux que l’acte alimentaire génèrent entre eux. D’un autre côté, les travaux de sociologie politique dédiés aux politiques alimentaires se focalisent principalement sur le secteur agroalimentaire et/ou les mobilisations sociales autour des modes de production alternatifs. En revanche, peu de travaux prennent pour objet d’étude l’alimentation sous le prisme de la mise à l’agenda des politiques publiques locales et ses effets potentiels sur les territoires. Et ce alors même que l’alimentation a connu, après 1945, des évolutions majeures qui transforment les rapports aux territoires et que de plus en plus d’initiatives publiques émanent des autorités locales en Europe (Brand et al.2017) et dans le monde (Dale, 2017).  Ce relatif manque d’intérêt porté à l’investissement local du politique dans l’alimentaire se comprend dans la mesure où les pratiques liées à l’agriculture urbaine ou à la souveraineté alimentaire ont souvent été présentées comme relevant de l’unique initiative de mouvements citoyens (Allen et al. 2003), renvoyant par là-même les autorités politiques au rôle d’opposants. Aussi, pour creuser le lien entre alimentation et action publique territoriale, 4 axes principaux sont proposés :

Le premier axe interpelle, à l’instar des approches cognitives de l’action publique, le rôle des croyances et systèmes de valeurs (Sabatier et Jenkins-Smith, 1993) associée au localisme alimentaire dans l’élaboration des politiques publiques locale. L’appel à la reterritorialisation est-il partout le même, autrement dit renvoie-t-il à un même référentiel d’action publique qui s’oppose au référentiel productiviste dominant, ou prend-il des formes différenciées ou hybrides en fonction des contextes nationaux et surtout locaux dans lequel il s’applique ? Cet appel au localisme participe-t-il réellement d’une remise en cause du référentiel agricole et productiviste dominant ou ne renvoie-t-il qu’à des transformations cosmétiques (Faure et al.2010) de l’ordre établi ? Il s’agit également d’interroger la normalisation sous-jacente de l’investissement du politique dans l’alimentaire et ce qu’elle permet de mettre en lumière : est-ce une nouvelle forme d’hygiénisme et de biopouvoir ?  

Le deuxième axe s’intéresse à l’alimentation sous l’angle de l’aménagement urbain. Plusieurs questionnements nous semblent ici pertinents : les politiques alimentaires territoriales sont-elles, au fond, des politiques d’aménagement urbain comme les autres ou révèlent-elles certaines spécificités ? Comment l’alimentation, en tant que sujet qui touche au plus près l’intimité des individus et leur rapport au corps se traduit-elle en matière d’aménagement de l’espace ? Comment sont pensés, par le politique et les aménageurs, les liens entre le corps humain et le corps urbain (Larchet, 2016) ? Ces deux derniers questionnements et, plus largement l’étude de l’acte alimentaire et sa prise en compte par le politique, nous invitent à creuser le champ de la sociologie de l’inscription urbaine des pratiques ordinaires ou domestiques (Ferrant, 2015), trop peu étudié par la tradition bourdieusienne. 

Le troisième axe questionne les formes de légitimité de l’intervention publique dans le domaine de l’alimentation et la mise à l’agenda politique local du fait alimentaire. Quelles sont les sources endogènes et exogènes aux scènes politiques locales qui permettent de comprendre le succès mondial de l’appel au localisme ? Comment comprendre que la thématique alimentaire, qui est traditionnellement perçue sous l’angle des politiques nationales ou européennes fonctionnant principalement sur des logiques corporatistes, soit réinvestie à ce point par le local alors qu’elle a plutôt été historiquement délaissée à cette échelle ? Comment comprendre, ça et là, la mise à l’agenda politique local de l’alimentation ? Quelles sont, finalement, les marges de manœuvre laissées au politique local dans des mouvements de territorialisation/déterritorialisation de la question alimentaire ? Le politique profite-t-il du succès de la relocalisation de la production alimentaire comme d’une fenêtre d’opportunité pour raffermir son pouvoir ?

Le quatrième axe interroge la sectorialisation/désectorialisation des politiques alimentaires territoriales. L’institutionnalisation de l’alimentation comme domaine d’action publique locale relève-t-elle d’une nouvelle sectorialisation de l’action publique alimentaire ou relève-t-elle davantage d’une réforme sociale plus générale essaimée en différentes politiques ? Les politiques alimentaires territoriales ne sont-elles pas, au fond, des politiques sanitaires et/ou sociales, voire des politiques de peuplement, qui n’en portent pas le nom ? Dès lors, quid du corporatisme traditionnel dominant et de son référentiel productiviste ? Comment se gère localement la tension entre, d’un côté, la promotion d’une alimentation alternative de qualité qui est, généralement, le fait de classes sociales favorisées et/ou sensibles au discours alternatif et, d’un autre côté, la problématique de l’intégration sociale, de la pauvreté urbaine et/ou encore celle de la justice alimentaire telle qu’elle est irriguée, aux Etats-Unis notamment, par les discours des tenants du food movement (Paddeu, 2012).

Modalités de soumission

Les propositions de communication devront être envoyées par courriel à chacun des responsables scientifiques de la ST

avant le 12 décembre 2018.

Responsables scientifiques

  • Alexandre Fauquette (CERAPS (Centre de Recherches Politiques, Administratives et Sociales, Université de Lille, Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la Société, Lille Nord de France), alexandre.fauquette@meshs.fr
  • Christophe Gibout (Université du Littoral – Côte d'Opale, TVES / Territoires, Villes,Environnement & Société), christophe.Gibout@univ-littoral.fr

Lieux

  • 11 Allée Ausone
    Pessac, France (33)

Dates

  • mercredi 12 décembre 2018

Mots-clés

  • alimentation, territoire, action publique locale

Contacts

  • Christophe Gibout
    courriel : christophe [dot] gibout [at] uni-littoral [dot] fr
  • Alexandre Fauquette
    courriel : alexandre [dot] fauquette [at] meshs [dot] fr

Source de l'information

  • Alexandre Fauquette
    courriel : alexandre [dot] fauquette [at] meshs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Politique de l'alimentation et territoires, politique des territoires et alimentation », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 11 décembre 2018, https://calenda.org/534088

Archiver cette annonce

  • Google Agenda
  • iCal