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Spatialisation et temporalisation de l’hospitalité

The spatialisation and temporalisation of hospitality

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Publié le mercredi 09 janvier 2019 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Nous souhaitons questionner la spatialisation de l’hospitalité, c’est-à-dire la manière de penser spatialement la possibilité de l’hospitalité. Corrélativement, nous souhaitons traiter le fait que l’expérience vécue de l’hospitalité correspond à une temporalisation de gestes, de relations, de moments qui sont nécessairement associés à des espaces. Dès lors, comment dans la conception se met en place ou non un dialogue entre ces dimensions (composantes) spatiales et temporelles de l’hospitalité ? Comment l’hospitalité rentre-t-elle dans les intentions des architectes, paysagistes, artistes, designers ? Comment dans la conception peut-on concevoir une architecture, un paysage, du design, une intervention artistique qui participe à/de l’hospitalité ?

Annonce

20 et 21 novembre 2019, École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Lille, LACTH

Argumentaire

Les domaines d’études Conception et Territoire du Lacth dans le cadre de la recherche collaborative « L’hôpital comme milieu » organisent deux journées d’étude interdisciplinaire consacrées aux relations entre hospitalité, architecture, paysage et art. Son objectif est de mettre en avant la dimension spatiale de l’hospitalité.

L’hospitalité s’attache à des espaces et/ou à des situations, car elle est de l’ordre de la relation. Une relation toujours située, tant du point de vue, par exemple, du cadre, de l’agencement des contraintes que de la construction et du partage d’un sen s et d’une signification. Historiquement, l’hospitalité est l’« espace de l’autre », fondée sur la conceptualisation du rapport au différent, ce qui permet « de se faire société » (Gotman 2001). A travers l’hospitalité, c’est « l’homme qui se pense dans un double rapport à soi et à l’altérité ». En cela, elle peut s’apparenter à un «processus d’hominisation » (Schérer 1993). L’hospitalité, considérée ici en tant qu’« espace fait à l’autre, un autre concret lui aussi », est ainsi une « relation spatialisée à autrui » (Gotman, 2001). Elle apparaît donc comme « un don d’espace » (Godbout, 1997), cet espace fait à l’autre étant à considérer au propre comme au figuré.

Nous souhaitons questionner la spatialisation de l’hospitalité, c’est-à-dire la manière de penser spatialement la possibilité de l’hospitalité. Corrélativement, nous souhaitons traiter le fait que l’expérience vécue de l’hospitalité correspond à une temporalisation de gestes, de relations, de moments qui sont nécessairement associés à des espaces. Dès lors, comment dans la conception se met en place ou non un dialogue entre ces dimensions (composantes) spatiales et temporelles de l’hospitalité ? Comment l’hospitalité rentre-t-elle dans les intentions des architectes, paysagistes, artistes, designers ? Comment dans la conception peut-on concevoir une architecture, un paysage, du design, une intervention artistique qui participe à/de l’hospitalité ?

A cette fin, nous considérons de manière privilégiée les lieux de soins, depuis l’hôpital jusqu’au domicile, les lieux de soin étant entendus au double de sens de cure (l’action de soigner) et de care (le prendre soin) (Tronto, 2009). Si l’hôpital y apparaît comme une figure centrale – en tant qu’architecture(s), qu’institution globale (totale pour reprendre l’expression de Erving Goffman), que regroupements de services –, elle n’est pas exclusive, car le lieu de soin s’étend jusqu’au domicile.

La notion d’hospitalité s’affirme bien alors comme une clé pour la conception (en général et pour les lieux de soin en particulier). Autrement dit, la situation hospitalière est une entrée privilégiée pour comprendre l’importance des relations des personnes (sujets vivants) à leur environnement. Nous ne pouvons pas en faire l’impasse. L’architecte André Bruyère employait à ce sujet le terme de « prévenance » qui associe à la fois le fait de prévoir et l’attention portée à autrui (Chaslin & Roy, 2016) ; en ressort que concevoir c’est prévoir les conditions et les qualités de l’espace construit (environnement). Par rapport à ce qui se dégage comme un devenir où l’hospitalité est mise à l’épreuve au quotidien vis-à-vis des personnes et des groupes (maladies chroniques, vieillissement de la population, augmentation de l’autisme, précarisation, mouvements de population, politiques managériales), la thématique de l’(in)hospitalité des lieux de soin est-elle une manière contemporaine d’aborder le fondement de l’architecture, de la ville et de la société par le prisme de la spatialisation et de la temporalisation ?

En tant qu’être vivant, nous ne pouvons pas séparer le temps de l’espace ; cette séparation est une invention, une manière de penser, en particulier occidentale, qui stabilise la relation au monde[1]. Dès lors, nous posons, d’une part, que la conception architecturale et paysagère est une spatialisation d’intentions associées à des modes de déplacement, d’arrêt, de repos, de rencontre, d’accueil, de soins (etc.) et que, en tant que telle, elle est déjà temporalisation, et que d’autre part, l’hospitalité n’est pas un objet, mais un processus, voire un moment. Ainsi, nous invitons à considérer sa spatialisation dans la conception ainsi que son expérience en lien avec des temporalités. Partant, nous proposons de prendre en compte des rythmes, des moments, des séquences, des intensités en lien avec des lieux différenciés, des actions et des personnes en relation avec le soin que ce soit en lieu institutionnalisé ou au domicile (seuil, attente, soin, consultation, rééducation, pause, rencontres). Cela s’accompagne d’une considération du caractère premier ou primordial de l’expérience vécue et de son apport au sein de la recherche comme pour la conception.

De cette position, il ressort une question d’importance pour ces journées d’étude : l’hospitalité serait-elle, comme invite à l’envisager l’architecte Cyrille Simonnet, une « mise à l’épreuve de l’objet architectural » et également paysager (Simonnet 2004) ?

Pour ce faire, nous proposons trois axes thématiques structurant les journées :

1— Hospitalité et conception

La notion d’hospitalité envisagée (ou non) et traduite dans le processus de conception, dans la réalisation puis la réception d’un projet architectural, paysager et artistique associé à un lieu de soin.

Quels sont les freins éventuels pour la réalisation ? Comment conjuguer les contraintes et la prévenance, le programme et la créativité ? les différentes logiques ? Quelles seraient les méthodes pour une adaptation aux besoins (co-conception, flexibilité). Les réponses se feront à partir de l’analyse critique de projets réalisés, d’ateliers de projet (pédagogie) comme à partir d’une mise en perspective historique et de questionnements contemporains. En effet, lorsque l’on parle d’aménagement de l’espace en milieu hospitalier, cela suppose que les espaces que l’on veut concevoir sont définis, en particulier dans le cadre de programmes et de contraintes induites par de multiples normes ou règlements, ce qui touche à la dimension politique qui administre, gère et programme, comme au système de santé, dont l’influence sur les typologies architecturales, les matérialités, (etc.) sont à questionner. Par exemple, on peut donc se demander s’il est possible de produire des espaces ou des aménagements « indéterminés » dans le cadre de la médecine contemporaine. Peut-on programmer l’indétermination ou tout au moins une moindre caractérisation des espaces ? Si oui comment cela peut-il se traduire ?

2— Hospitalité, spatialisations et spatialités

Les spatialisations et spatialités induites et réalisées pour et avec l’hospitalité comme temporalisation, du domicile aux lieux de soin. Quelles sont les expériences au sujet du parcours et des relations sensorimotrices, ce du banal à l’exceptionnel : plus précisément, les relations des sujets à (et dans) l’hôpital comme milieu, en mettant l’accent sur les relations potentielles, manquées, manquantes, les tensions, les soutiens, l’accueil ? Il s’agira de partir des interrelations et des situations pour traiter de spatialisations concrètes et comment celles-ci renvoient à une spatialisation de l’hospitalité (autrement dit, comment une conception spatialise l’hospitalité et la manifeste par une certaine spatialité). Certains espaces stratégiques pourront être abordés comme celui de l’accueil, les espaces de circulation, de traversées, de séjours. Les propositions pourront tout aussi bien faire état d’expériences que de positions réflexives, théoriques, historiques, etc.

Cela permettra d’aborder le problème récurrent de la désorientation – non réductible à celle de la signalétique – qui concerne potentiellement toute arrivée (en raison de l’inquiétude ou des difficultés de la personne en grande vulnérabilité) et tout départ ; ou encore la question de l’accessibilité, du parcours pour les personnes ayant des difficultés ou en fauteuil. Si L’architecture ne serait pas ou plus seulement, elle aussi, une « mise à l’épreuve », mais serait alors une « ressource », par exemple sensorimotrice, tout comme l’aménagement paysager.

3- Hospitalité et esthétique

Y a-t-il une esthétique de l’hospitalité ? Nous entendons par esthétique une attention à l’expérience des lieux en lien avec leur présence (apparaître). Il s’agira de s’intéresser aux formes, volumes, ouvertures, matières, détails, parcours et leur développement dans le temps (alternance jour/ nuit, saison, rythmes) en se demandant si leur apparaître et leur apport en termes de sensorialité permettent une expérience des espaces participant de l’hospitalité. Se pose alors la question suivante : comment traduire une certaine attention (prévenance) ? Faut-il revoir la dualité forme et fonction ?

Quelles sont les évolutions de la conception architecturale des bâtiments hospitaliers ou de l’organisation hospitalière – les lieux de soin s’étendant jusqu’au domicile ou reprenant des modèles domestiques – au regard du concept d’hospitalité ? Celles-ci permettent-elles de dégager une esthétique ? Ce, aussi bien en contexte français qu’international. Les propositions chercheront à dégager des critères de lecture et de définition d’une « esthétique de l’hospitalité » ou du prendre soin – du détail à l’aménagement du parcours –, dont la dimension politique n’est pas à négliger. L’esthétique ne se réduit pas ici à la question formelle, mais engage, par les choix, les mises en œuvre, les usages, les pratiques et les valeurs qui en découlent, le politique au sens large des relations entre personnes (plus précisément l’horizon des relations), entre personnes et institutions.

Comité d’organisation

  • Céline Barrère (MCF, Ensap Lille, Lacth)
  • Catherine Grout (Pr., Ensap Lille, Lacth)
  • Ekatarina Shamova (Doctorante, Lacth)

Comité scientifique

  • Céline Barrère (MCF, Ensap Lille, Lacth)
  • Catherine Deschamps (MCF Ensa Paris Val-de-Seine, Evcau)
  • Isabelle Duhau (Mission de l'Inventaire général du patrimoine culturel, Ministère de la Culture)
  • Yankel Fijalkow (Pr., Ensa Paris Val-de-Seine, CRH-LAVUE)
  • Philippe Grandvoinnet, (architecte et urbaniste de l'Etat, ENSA de Grenoble)
  • Catherine Grout (Pr., Ensap Lille, Lacth)
  • Pierre-Louis Laget (Conservateur honoraire du patrimoine, Service du patrimoine culturel de la région Hauts-de-France)
  • Pierre Lebrun (Lacth)
  • Jean-Philippe Pierron (Pr., Université Jean Moulin, Lyon, Labex IMU)
  • Sylvie Salles (Pr., Ensp Versailles, Larep)
  • Donato Severo (Pr., Ensa Paris-Val-de-Seine, Evcau)

Calendrier

10 décembre 2018 : lancement de l’appel à communication

15 février 2019 : date limite de réception des propositions de communications

fin mars 2019 : réunion du comité scientifique et réponses aux auteurs

septembre 2019 : diffusion du programme des journées d’études

fin octobre 2019 : envoi d’un texte de 25.000 signes

Les journées d’étude se tiendront les 20 et 21 novembre 2019 dans les locaux de l’Ensap Lille et de la MESHS.

Envoi des propositions

Les résumés de propositions de 2.000 à 2.500 signes, accompagnés d’une bibliographie, devront faire apparaître un positionnement, un cadre méthodologique et disciplinaire.

Ils sont à envoyer avant le 15 février 2019 aux adresses suivantes :

  • Céline Barrère : c-barrere@lille.archi.fr
  • Catherine Grout : c-grout@lille.archi.fr
  • Ekaterina Shamova : hospitalites@lille.archi.fr

[1] Comme le souligne le neuropsychiatre Erwin Straus, quand notre mode d’être correspond au percevoir et non au sentir, nous envisageons l’espace de manière séparée du temps. Or, « cet espace est indifférent à nos allées et venues et ce temps est étranger à notre naissance et à notre mort » (Du sens des sens (Contribution à l'étude des fondements de la psychologie), [1935], trad. Georges Thines et Jean-Pierre Legrand, Grenoble, Ed. Jérôme Millon, 1989, p. 622) Nous pouvons comprendre cette séparation du temps et de l’espace comme le « coup de cognée » évoqué par Gilbert Simondon au moment du miracle grec quand la théorie de la connaissance de Zénon et Parménide a séparé « devenir et être » (Cours sur la perception (1964-65), Chatou, Les Éditions de la Transparence, 2006 (pp.12-13).

Bibliographie indicative

Cahiers Thématiques, n°18, “Hospitalité(s). Espace(s) de soin, de tension et de présence”, Ensap Lille, Lacth, Ed. Maison des Sciences de l’Homme, déc. 2018.

Cassin (Barbara), La Nostalgie. Quand donc est-on chez soi, Paris, Autrement, 2018.

Chaslin (François), Roy (Eve), André Bruyère, Paris, Editions du Patrimoine, 2016.

Derrida (Jacques), De l'hospitalité (avec Anne Dufourmantelle), Paris, Calmann-Lévy, 1997.

Godbout (Jacques), « Recevoir, c’est donner », in Communications, 65, 1997, L’hospitalité

Gotman (Anne), Le Sens de l’hospitalité : Essai sur les fondements sociaux de l’accueil de l’autre, Paris, Presses Universitaires de France, coll. Le Lien social, 2001.

Laget (Pierre-Louis), Laroche (Claude), L’Hôpital en France. Histoire et architecture, Paris, Cahiers du patrimoine, 2012.

Maldiney (Henri), « La Fondation Maeght à Saint Paul de Vence » [1964] Cahiers de Pensée et d’histoires de l’architecture, école d’architecture de Grenoble, n°4, fév. 1985.

L'art, l'éclair de l'être, éd. Comp'act, 1993.

Montandon (Alain), Lieux d’hospitalité, hospices, hôpital, hostellerie, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise Pascal, CRLMC, 2001.

Paperman (Patricia) et Laugier (Sandra), Le souci des autres, Paris, Ed. EHESS, 2008.

Riboulet (Pierre), Naissance d’un hôpital. Journal de travail, [1989], 3ème édition, Lagrasse, Verdier, 2010

Simondon (Gilbert), Cours sur la perception (1964-65), Chatou, Les Editions de la Transparence, 2006.

Severo (Donato) et Kovess (Viviane), Architecture et psychiatrie. Approches françaises et internationales, Paris, Editions Le Moniteur, 2017

_Imagination et Invention, (cours 1965-1966) Les Editions de la Transparence, Chatou, 2008.

Simonnet (Cyrille) « Hospitalité », Faces hiver 2004-2005, numéro portant sur l’hospitalité.

Straus (Erwin), Du sens des sens (Contribution à l'étude des fondements de la psychologie), [1935], traduit par Georges Thines et Jean-Pierre Legrand, Grenoble, Ed. Jérôme Millon, 1989.

Tronto (Joan), Un monde vulnérable. Pour une politique du care, Paris, La Découverte, 2009.

Worms (Frédéric), Le moment du soin, Paris, PUF, 2010.

Lieux

  • 2 rue Verte
    Villeneuve-d'Ascq, France (59)

Dates

  • vendredi 15 février 2019

Mots-clés

  • hospitalité, spatialisation, temporalisation, conception spatiale, expérience, lieux de soin

Contacts

  • catherine grout
    courriel : c-grout [at] lille [dot] archi [dot] fr

Source de l'information

  • catherine grout
    courriel : c-grout [at] lille [dot] archi [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Spatialisation et temporalisation de l’hospitalité », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 09 janvier 2019, https://calenda.org/536940

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