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Le sacré

The sacred

Bulletin scientifique du Bureau National d'Ethnologie d'Haiti

Scientific bulletin of the National Bureau of Haitian Ethnology

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Publié le mercredi 12 décembre 2018 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Ce numéro du bulletin du Bureau National d’Ethnologie (BNE) d’Haïti, par le mouvement de son argumentaire, veut présenter une recension critique de la situation contemporaine du sacré. Le but principal de ce prochain numéro du BNE est d’analyser de manière critique et interdisciplinaire les usages et les enjeux du sacré comme phénomène social. On veut interroger toutes les disciplines et leurs approches théoriques ou empiriques sur les différentes dimensions du sacré. Il s’agit de questionner le sacré, entre le penser et le faire, entre l’ici et l’ailleurs, le passé le plus lointain et l’actualité la plus brûlante. Ce numéro entend adopter un mouvement comparatif qui peut prendre la forme d’un va-et-vient entre la situation mondiale ou générale du sacré et sa manifestation haïtienne actuelle, avec en arrière-fond le souci fondamental de mettre en relief la spécificité haïtienne de cette expérience.

Annonce

Argumentaire

« Le sacré, quoi qu’on en dise, porte encore beau, si l’on en croit les lieux et moments que l’on continue de qualifier ainsi, de New York à Pékin. Ce monstre toujours jeune – poitrine de femme, corps de lion, ailes d’aigles – reste d’attaque. Faute d’oser lui faire face, beaucoup de nos contemporains l’ont barré de leur agenda et, pour mieux vaquer à leurs affaires, s’en vont disant que ce Sphinx-là a fait son temps. C’est imprudent. On est souvent rattrapé par ce que l’on croit derrière nous. » (Debray, 2011 :12).

Le sacré a la vie dure. Penser à l'évacuer ou penser qu’il n’est plus d’actualité relèverait de l’inattention ou de l’«imprudence». Certes, il a cessé de manifester son emprise dans les lieux autrefois réputés de sacrés, les églises particulièrement. Cela dit, cette perte de prégnance depuis son lieu traditionnel d’inscription, les églises, la nature, etc., n'entraîne pas forcément sa trace dans la vie du vivant humain: le sacré n'a pas cessé d’être actuel dans notre vie présente. Il n'a pas disparu, il a changé de formes tout en conservant la même fonction: apporter une densité intérieure à l'homme même dans un contexte d’individualisme généralisé. Comment préserver la concordance entre le sacré qui tend à se substituer par le profane qui le fragilise? L’équilibre du monde ne constituerait-il pas le socle au fond duquel prennent sens les tabous, les barrières qui nous interdisent de commettre absolument certains actes? Régis Debray a bien compris cette versatilité du sacré et a rappelé avec justesse la précaution que l’imprudent doit avoir, s'il ne veut pas devenir le jouet d'une expérience qu’il croyait révolue alors que cette croyance reste la manifestation de cette expérience.

Le sacré est entendu par moment sous l’aspect d'une réalité en disparition ou en crise alors qu’il se métamorphose pour nous revenir dans toute son elegance. Evidemment sous des formes diverses et inattendues: sorte de sacré à la carte où l’individualisation met son empreinte sur l’expérience en lui procurant ses mimiques, ses couleurs, ses humeurs, etc. Ce qui, toutefois, devient problématiques, et nous préoccupe concernant les formes de mise en œuvre de ces formes de sacré que nous pourrions designer, que je désigne par la sacralisation.

Par sacralisation, il s’agit de souligner que le sacré dans nos sociétés actuelles semble se décliner au gré des expériences collectives - nous pensons à la démocratie, aux droits de l'homme, à la nature que promeut le discours écologique, la femme, l'argent, etc., mais aussi au gré des expériences individuelles qui ont fini par avoir des incidences sur la société: les créations individuelles du sacré que l’on observe chez les individus du monde occidental happés par le New Age. Ici, chacun produit son sanctuaire au gré de son élan vital, de sa résonance intérieure. De tels constats renvoient en fin de compte à la question du sens du sacré. Ce sens, a-t-il disparu du fait de l’effritement des grands récits religieux ruinés par le postmodernisme ainsi que par l’individualisme auquel ont donné lieu les droits individuels qui favorisent l’affirmation forte des individus dans leur individualité ? Ou bien, devrons-nous considérer ces formes individuées comme la nouvelle modalité du sacré et par-là, le saisir sous cet aspect ? Ce qui impliquerait que le sacré serait moins dans ses statues, dans sa position, dans des lieux dits sacrés desquels on distingue les espaces profanes que dans les modes de construction des espaces sacrés à soi. A ce moment, ne serait-il pas plus correct de parler de sacralisation, entendue comme manière pour les individus de se construire des endroits sacrés à eux seuls, lesquels endroits varient d'un individu à l’autre en laissant advenir une hétérogénéité pléthorique des expériences du sacré au sein du même bloc culturel ?

Si ces questions semblent renvoyer à l’expérience occidentale du sacré portée autrefois par les grandes religions, le christianisme, le judaïsme, l’islam, etc., à première vue, nous avons quelques difficultés à subsumer l’expérience haïtienne à ces constats. Ce qui nous conduit au besoin d’observer les éventuelles mutations de cette expérience dans la société haïtienne et ses modes d’expression. Le phénomène d'individuation que nous observons ailleurs s’est-il produit selon les mêmes modalités en Haïti ? Autrement dit, assistons-nous en Haïti à l’effritement du sacré, qui aurait conduit à son appropriation individuelle dans un contexte d’individualisation des revendications et des pratiques ? Quelle est la situation du sacré dans la société haïtienne ? Le sacré est-il forcément lié au religieux ou au mystique en Haïti ? Quelle est la frontière entre sacré et profane dans la société haïtienne ? Quelles sont les implications socio-anthropologiques, culturelles, identitaires, economiques et politiques du sacré ? Quel sens donne-t-on aujourd’hui à ce mot dans le contexte de la globalisation ?

Ce numéro du bulletin scientifique du Bureau National d’Ethnologie (BNE) d’Haïti, par le mouvement de son argumentaire, veut présenter une recension critique de la situation

contemporaine du sacré. Le but principal de ce prochain numéro du bulletin scientifique du BNE est d’analyser de manière critique et interdisciplinaire les usages et les enjeux du sacré comme phénomène social. On veut interroger toutes les disciplines et leurs approches théoriques ou empiriques sur les différentes dimensions du sacré. Il s’agit de questionner le sacré, entre le penser et le faire, entre l’ici et l’ailleurs, le passé le plus lointain et l’actualité la plus brûlante. Ce numéro entend adopter un mouvement comparatif qui peut prendre la forme d’un va-et-vient entre la situation mondiale ou générale du sacré et sa manifestation haïtienne actuelle, avec en arrière-fond le souci fondamental de mettre en relief la spécificité haïtienne de cette expérience.

Mots clés : Sacré, profane, mystique, religieux, Haïti

Modalités de soumission

Un article argumenté en français, créole, anglais, ou espagnol (avec résumé, texte complet, figures, tables et bibliographie) d’environ 30.000 signes ainsi qu’une notice biographique comprenant la discipline et le statut professionnel de l’auteur-e de l’article sont attendus par les coordonnateurs

pour le 28 février 2019

et doivent être envoyés aux courriers électroniques : bne.ayiti@gmail.com ; mycoje@yahoo.fr.

Le texte précisera l’objet et le questionnement de recherche, la méthodologie, les informations et les données mobilisées, la conclusion et les perspectives.

Numéro du Bulletin scientifique du BNE coordonné par :

  • Edelyn Dorismond (Docteur en Philosophie, Enseignant-Chercheur à l’Université d’État d’Haïti, Collège International de Philosophie, LADIREP)
  • Erol Josué, (Directeur Général du Bureau National d’Ethnologie)
  • Jean Lukinson (Docteur en sociologie, Enseignant-Chercheur à l’Université d’État d’Haïti, LADIREP)
  • Sony Joseph Jean, (Doctorant en archéologie à Leiden University)
  • Jerry Michel (Enseignant-Chercheur à l’Université d’État d’Haïti, Doctorant en sociologie à l’Université Paris VIII et à l’Université d’État d’Haïti, LAVUE UMR 7218 CNRS, LADIREP)

Lieux

  • Champs de Mars - 2, Angle Avenue Magny et Oswald Durand
    Port-au-Prince, Haïti (6110)

Dates

  • jeudi 28 février 2019

Mots-clés

  • Sacré, profane, mystique, religieux, Haïti

Contacts

  • Jerry Michel
    courriel : mycoje [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Jerry Michel
    courriel : mycoje [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le sacré », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 12 décembre 2018, https://calenda.org/538028

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