AccueilLa déconstruction du langage. Où vont les sciences du langage ?

La déconstruction du langage. Où vont les sciences du langage ?

The deconstruction of language. Where language sciences go?

N°25 de Tétralogiques

Tétralogiques journal issue 25

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Publié le mardi 15 janvier 2019 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Signe, langue, écriture, expression… ce que l’on appelle globalement « langage » relève de multiples causes articulées entre elles que les sciences du langage, parties prenantes des sciences humaines, se doivent dissocier afin de spécifier leurs objets respectifs. Le n°25 de Tétralogiques propose de problématiser à nouveaux frais la déconstruction du langage et ses conséquences en interrogeant le devenir épistémologique de la linguistique à l’heure de ce que l’on appelle le post-structuralisme.

Annonce

Argumentaire

Toute science analyse ou déconstruit le phénomène qu’elle observe pour constituer son objet d’explication dans sa spécificité et sa généralité. L’histoire des sciences du langage, depuis quelques décennies, a pu sembler remettre en cause la déconstruction initiale proposée par Ferdinand de Saussure. N’a-t-on pas assisté à une dilution de cet objet qu’il avait cru distinguer et autonomiser : la langue ou le langage en tant que « valeur » structurale1 ? S’il est certain que l’on a assisté au refus d’un certain structuralisme, l’histoire récente témoigne peut-être moins d’une dilution de la linguistique que de la nécessaire reconnaissance de causes différentes à l’œuvre dans le phénomène global appelé « langage ». « Pris dans son tout », dans sa combinatoire empirique « multiforme et hétéroclite », le langage n’est pas un objet scientifique, mais plusieurs. Ce que Saussure rejetait comme n’étant pas l’objet spécifique de la linguistique n’en est pas moins l’objet possible d’autres sciences humaines, car « bien loin que l’objet précède le point de vue, on dirait que c’est le point de vue qui crée l’objet » observait-il pertinemment.

Le titre de la revue l’atteste : la tétralogie du langage le constitue en structure formelle (objet grammatico-sémantique de la linguistique dite interne ou glossologie), en écriture (objet techniquement fabriqué parmi d’autres d’une ergologie générale), en usages ou langues (objet parmi d’autres, non verbaux, d’une sociologie) et en expression (objet éthique et affectif parmi d’autres, non verbaux, d’une axiologie)2. Quels que soient les termes employés ou le nombre de dimensions distinguées, il est impossible de ramener « les mots » à un seul et même principe explicatif car les processus sous-jacents qui les déterminent ne sont pas du même ordre3.

Les différents « tournants » (de la pragmatique, de l’automatisation…) qu’a connus la linguistique depuis un demi siècle se sont accompagnés de transformations épistémologiques visant à rendre compte d’une telle pluralité, mais certaines s’avèrent aujourd’hui plutôt contre-productives. C’est le cas d’un sociocentrisme fonctionnaliste, tout aussi critiquable qu’un logocentrisme formaliste ; d’un positivisme qui rejette toute approche théorique sous prétexte de réification ou de dogmatisme ; d’un naturalisme qui nie par principe toute spécificité de l’humain4. S’il est difficile de mesurer quelles en sont les conséquences sociologiques, toujours est-il qu’on a assisté parallèlement et progressivement à l’annexion, la marginalisation voire la disparition du cursus des sciences du langage dans l’offre de formation universitaire ainsi qu’à la subordination de la recherche à son utilité ou son efficacité sociale sur le marché du langage.

  • La déconstruction devrait pourtant permettre de lutter contre tout réductionnisme, qu'il soit logiciste, socio-historiciste, techniciste (on peut penser ici à la part prise par l’ingénierie linguistique) ou naturaliste (dans lequel conditionnement cortical et causalité sont souvent confondus). Un modèle anthropobiologique dialectique n’est-il pas plus que jamais nécessaire ?
  • La déconstruction a corrélativement pour ambition de dépasser les cloisonnements disciplinaires. Nombre de disciplines partagent le « thème » du langage sans en faire le même objet, sans donc parler de la même chose, et sans toujours s’en rendre compte. Souvent tenu pour acquis ou présupposé, leur croisement s’apparente à un monologue sans renouvellement réciproque des connaissances. Une interdisciplinarité qui ne soit ni confusion ni addition de points de vue est-elle possible5 ?
  • La déconstruction du langage se vérifie dans des dissociations pathologiques observables6. L’analyse du fonctionnement des aphasies par exemple a permis tout autant de rectifier la théorie saussurienne de la valeur structurale que de montrer que tout dans le « langage » n’était pas atteint. Mais ce sont tout autant les situations atypiques et problématiques qui permettent de mettre en évidence, par la négative, les conditions de fonctionnement du langage dans toutes ses dimensions. La clinique ne pourrait-elle pas devenir un mode de vérification des sciences humaines au sein d’une anthropologie clinique générale ?
  • Enfin, la déconstruction peut permettre de dépasser l’ambiguité qui consiste à confondre dans un même raisonnement, fondé mythiquement sur un seul mot (le langage), des faits qui relèvent de raisons différentes. Ne faudrait-il pas cesser finalement de parler de « langage » et reparler notamment, à nouveaux frais, de structuration ?

C’est à ces questionnements, que l’anthropologie clinique n’a cessé de poser, que nous souhaitons continuer d’apporter des réponses scientifiques et empiriques en ouvrant le débat dans ce numéro à tous les chercheurs concernés par la définition du « langage ».

Présentation de la revue

Tétralogiques est une revue à comité de lecture publiée en ligne par le Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Innovations Sociétales (LiRIS - EA 7481) qui s’adresse à tous ceux qu’intéresse une réflexion théorique sur les sciences humaines. Elle se propose de passer outre les frontières des champs disciplinaires, produits de circonstances socio-historiques, au profit des objets scientifiques, issus de la modélisation hypothétique. Au rebours de la pluridisciplinarité, elle entend cultiver, selon le mot de son fondateur, Jean Gagnepain, l’in-discipline.

La revue, fondée en 1984, est porteuse d’un héritage : un modèle général du fonctionnement humain (dans ce qui le spécifie comme ce qui le rattache au reste du vivant), lui-même redevable d’une méthode clinique d’investigation scientifique. Inaugurée autour des troubles du langage, elle conduit à dépasser l’approche positive des phénomènes pour remonter aux principes explicatifs, et réfute la médiatique tendance au naturalisme généralisé, auquel la quantification tient toute entière lieu d’épistémologie.

Tétralogiques entend prendre position dans les débats scientifiques contemporains armée de ces arguments, et contribuer ainsi à l’avancée d’une anthropologie conçue comme explication générale de l’humain. Elle se propose également de susciter et d’accueillir les débats en son sein, en ouvrant ses pages à tous ceux qui seront intéressés par les problématiques suggérées par ses numéros thématiques. La revue s’adresse aux chercheurs, mais souhaite qu’y contribuent d’autres milieux professionnels chaque fois que l’occasion pourra en être créée. 

Modalités de proposition

Les propositions d'articles suivront les normes de la revue, présentées dans le document ci-dessous "tetralogiques_recommandations_auteurs", et parviendront par voie électronique à la rédaction à l'adresse suivante : redaction@tetralogiques.fr pour, au plus tard,

le 5 juillet 2019

Les articles reçus sont évalués de façon anonyme par des membres du comité de rédaction, du comité scientifique ou, en fonction de la thématique, par des spécialistes extérieurs et en accord avec le responsable du numéro. Ces lecteurs rendent un avis motivé sur sa publication, ou son refus, et décident des modifications éventuelles à demander à l'auteur.

Comité scientifique

  • Pierre-Yves BALUT (Maître de conférences HDR en art et archéologie, Université Paris-Sorbonne)
  • Jean-Luc BRACKELAIRE (Professeur de psychologie, Université de Namur, Université catholique de Louvain)
  • Denis BRIAND
 ✝︎ (Professeur en arts plastiques, Université Rennes 2)
  • Michel CHAUVIÈRE (Sociologue, Directeur de recherches au CNRS)
  • Bernard COUTY 
(Maître de conférences en sciences du langage retraité, Université de Besançon)
  • Jean-Yves DARTIGUENAVE (Professeur de sociologie, Université Rennes 2)
  • Philippe DE LARA (Maître de conférences HDR en science politique, Université Paris 2 Panthéon-Assas)
  • Benoît DIDIER (Professeur aux Hautes Ecoles Léonard de Vinci et Paul Henri Spaak, Bruxelles ; psychologue, service de psychiatrie aux cliniques de l'Europe - St Michel, Bruxelles)
  • Olivier DOUVILLE (Maître de conférences en psychologie, Laboratoire CRPMS, Université Paris 7 Paris-Diderot)
  • Dany-Robert DUFOUR
 (Philosophie, professeur des universités, Université Paris 8, ancien directeur de programme au Collège International de Philosophie)
  • Attie DUVAL
 (Professeure de sciences du langage retraitée, Université Rennes 2)
  • Gilles FERRÉOL
 (Professeur de sociologie, Université de Franche-Comté)
  • Marcel GAUCHET (Directeur d'études à l'EHESS)
  • Jean GIOT (Professeur émérite en sciences du langage, Université de Namur)
  • Roland GORI
 (Psychanalyste ; Professeur de psychologie et de psychopathologie cliniques à l'Université d'Aix-Marseille)
  • Michael HERMANN
 (Professeur de linguistique romane retraité, Université de Trèves)
  • Jacques LAISIS (Professeur de sciences du langage retraité, Université Rennes 2)
  • Didier LE GALL (Professeur de psychologie, Université d’Angers ; praticien attaché au département de neurologie, CHU d’Angers)
  • Jean-Pierre LEBRUN (Psychiatre et psychanalyste, Namur, Bruxelles)
  • Gilles LIPOVETSKY
 (Philosophe et sociologue, Professeur à l’Université Stendhal Grenoble 3)
  • Antoine MASSON (Psychiatre, Professeur à l’Université de Namur)
  • Dominique OTTAVI (Professeur en sciences de l’éducation, Université Paris-Ouest Nanterre La Défense Paris 10)
  • Régnier PIRARD (Professeur de psychologie, Université de Nantes ; psychanalyste)
  • Jean-Claude QUENTEL (Professeur émérite en sciences du langage, Université Rennes 2)
  • Jean-Claude SCHOTTE (Philosophe et psychanalyste, Luxembourg)
  • Pierre-Henri TAVOILLOT (Maître de conférences à l'Université Paris 4 Paris-Sorbonne ; Président du Collège de Philosophie)
  • Bernard VALADE (Professeur émérite en sociologie, Université Paris-Descartes Paris 5)

Comité de rédaction

  • Fondateur de la revue : Jean Gagnepain
  • Responsable de la publication : Jean-Yves Dartiguenave
  • Anciens directeurs de la revue :
    • Jean Gagnepain (1984-1994) ;
    • Jean-Yves Urien (1995-2002) ;
    • Jean-Claude Quentel (2003-2013)
  • Laurence Beaud
  • Jean-Yves Dartiguenave
  • Clément de Guibert
  • Patrice Gaborieau
  • Jean-François Garnier
  • Jean-Michel Le Bot
  • Sophie Le Coq (Université Rennes 2)
  • Marc Legrand
  • Jean-Louis Perraud (Université Rennes 1)

Coordinateur du comité de rédaction : Patrice Gaborieau. Contact : redaction@tetralogiques.fr Site de la revue : tetralogiques.fr

1 Anne-Marie Houdebine, La dilution de l’Objet, in Où en sont les sciences du langage dix ans après ?, BUSCILA, Paris, 1991.

2 Depuis sa création en 1984, les 24 numéros parus de la revue traitent de ses dimensions théorisées par Jean Gagnepain (1923-2006), linguiste et épistémologue. On pourra consulter les Leçons d’introduction à la théorie de la médiation, 1994, ouvrage de synthèse en accès libre qui explicite cette déconstruction en quatre registres d’analyse que l’être humain met en œuvre en « parlant » mais pas seulement.

3 Jean-Claude Quentel, Laurence Beaud, La déconstruction du langage à travers la théorie de la médiation. Al-Lisaniyyat, 2008, pp.25-39. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00909090/

4 Jean-Yves Dartiguenave, Jean-François Garnier, La fin d’un monde ? Essai sur la déraison naturaliste, PUR, 2014.

5 Jean-Claude Quentel, Les fondements des sciences humaines, Eres, 2007.

6 Hubert Guyard, Jean-Yves Urien, Des troubles du langage à la pluralité des raisons, in Le Débat, n°140, 2006, 86-105.

Dates

  • vendredi 05 juillet 2019

Mots-clés

  • langage, sciences humaines, épistémologie, déconstruction

Contacts

  • Patrice Gaborieau
    courriel : redaction [at] tetralogiques [dot] fr
  • Laurence Beaud
    courriel : laurence [dot] beaud [at] univ-rennes2 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Patrice Gaborieau
    courriel : redaction [at] tetralogiques [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La déconstruction du langage. Où vont les sciences du langage ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 15 janvier 2019, https://calenda.org/540368

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