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Nature et souveraineté

Nature and sovereignty

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Publié le mercredi 06 février 2019 par Anastasia Giardinelli

Résumé

La thématique nature et souveraineté propose une orientation et une organisation de la recherche en droit. Les privatistes et les publicistes pourraient se retrouver dans des recherches qui auraient un horizon clairement défini, pratique et conciliable avec les sciences humaines et les sciences naturelles et physiques : il s'agirait d'inscrire les travaux dans une "perspective naturelle" où les conditions de vie et de survie de l'homme resterait la pierre de touche des réflexions. Nos travaux gagneraient sans doute en lisibilité et répondraient aux problèmes majeurs et impérieux que la modernité rencontre dans sa course effrénée à la production et la consommation.

Annonce

5 et 6 décembre 2019

Argumentaire

La modernité nous présente un homme réduit à la dimension d'un sujet devant une nature ravalée au rang d'objet. Il faut sans doute remonter à la fondation du politique et de la culture occidentale pour repérer les premiers pas d'un homme qui repousse la nature pour mieux s'élancer à sa conquête. Platon indique déjà le chemin à suivre. Sortir de la caverne, terrain des compromis et des apparences. S'extraire de la cité et de son milieu, pour se diriger vers le "sol" enfin ferme des Idées et pour en ramener des lois qui apporteront la lumière et l'ordre en ces lieux obscurs et déshérités de la vie publique.

Cette tradition occidentale d'un pouvoir en surplomb, d'une légalité qui gouverne les hommes et les choses, introduit la grande séparation de l'homme et de la nature. Les théories modernes du droit naturel politisent la séparation. Elles spéculent sur l'origine du politique et elles imaginent des hommes quittant l'état de nature pour chercher refuge dans la société. Le politique ne semble concerner que des hommes qui doivent tomber d'accord. Le monde commence son éclipse. Le contrat social devient la terre promise où la nature se cantonne à un individu : car le droit à la conservation ou la liberté capte toute la nature disponible. La révolution et la Déclaration des droits de l'homme donneront le maximum d'étendue politique et juridique à cette orientation anthropocentrique. Tout homme accède à la qualité de sujet droit et, bien longtemps après la découverte romaine de la personnalité, cherche à briser les chaînes d'un pouvoir qui devra se réinventer démocratique.

L'homme s'arroge des droits et il laisse le monde à l'extérieur du projet politique ou avec le statut d'objet. D'un côté, une nature inerte ou presque, et en tout cas sans esprit et sans droit. De l'autre un homme, ses lois et une volonté de dominer. Car la nature-objet doit se conformer à ses besoins. Cette domination n'est pas simplement évidente ; elle s'élève jusqu'au conflit contre des éléments que l'humain devra vaincre pour se réaliser.

La nature objet s'avère une ressource docile. Si le monde est réputé avoir résisté à toutes les manipulations de la magie, du rituel et la sorcellerie, il semble enfin s'offrir à la science. Toutes les sciences, les sciences naturelles et physiques, mais aussi les sciences sociales et humaines (l'économie, la sociologie ou encore la psychanalyse et le droit), ont prospéré sur le divorce avec la nature, sur la distinction du sujet de l'objet. Elles ont collaboré à la révolution politique et capitaliste, en accordant au  pacte démocratique les ressources dont il avait besoin pour ordonner les masses de l'État moderne.

La modernité industrielle avait promis de nous arracher à la nature et à ses limites, pour nous placer dans un monde en progrès infini. L'avenir promis par les idéologies progressistes des deux siècles passés, libérale, social-démocrate, marxiste, ne sont plus à l'ordre du jour. La terre et ses limites redeviennent visibles. Réchauffement climatique. Effondrement de la biodiversité. Désordre dans le monde aquatique. L'espèce humaine est par ailleurs passée de 900 millions d'individus en 1800 à 7 milliards en 2012. Elle consomme annuellement une fois et demie ce que la planète peut fournir sur un mode durable.

La nature effectue son retour parmi nous. Elle ne semblait guère poser de limite sérieuse à la croissance. Beaucoup de questions se posent. Même la réalité d'un problème écologiste est controversée. La crise que nous traversons n'est pas seulement écologique, mais politique : les fondements de l'État, du droit, de la souveraineté, du pouvoir en général, sont discutés, voire débouche sur une impasse.

Nous proposons de dresser un état des lieux des problèmes et des enjeux que soulève une modernité en délicatesse avec ses conditions de vie ou avec les représentations de son monde. D'un côté, un diagnostic de notre situation s'impose car les politiques ne réagissent pas à la hauteur des alertes de la communauté scientifique, quand il ne conteste pas la vérité scientifique. D'un autre côté, la critique d'une volonté de dominer la nature et la dénonciation des dangers encourus par la vie humaine invitent à repenser les notions les plus élémentaires de l'économie, de la sociologie, de la science, du droit et la politique. Comment faire vivre une démocratie qui ne soit plus arc-boutée sur un modèle de croissance ruineux pour la nature ? Quelle économie dans un monde où la nature cesse d'être une ressource inépuisable ? Comment légitimer une conception légale du pouvoir au moment où la science et ses lois menacent les conditions de la vie ? Qu'est-ce que la liberté dans une nature qui se dresse contre l'homme ? Comment défendre les droits subjectifs et les droits de l'homme dans un monde où l'homme ne peut être le centre ? Que faut-il faire du droit de propriété ? Faudra-t-il donner des droits à la nature ? Inventer de nouveaux sujets de droit parmi les non humains ? Quelle souveraineté et quelle science si de nouveaux acteurs remettent en cause la distinction romaine fondamentale de l'homme et de la chose ou la grande séparation moderne du sujet et de l'objet ?

Tous les regards sont attendus pour essayer de dessiner un premier état des lieux de "la condition de l'homme moderne".

Modalités de soumission 

les personnes intéressées à participer à ce colloque sont invitées à envoyer un titre et un résumé de la communication proposée

avant la fin février 2019

(Max 1500 caractères espaces comprises) à jean-marc.roy@univ–lehavre.fr

Comité scientifique

  • Michel Bruno (michel.bruno@univ-lehavre.fr), directeur du lexfeim, Laboratoires d’études endroits fondamentaux, des échanges internationaux et de la mer). Université du Havre
  • Roy Jean-Marc (jean-marc.roy@univ-lehavre.fr), directeur adjoint du lexfeim

Lieux

  • Université des affaires internationales - Rue Lebond
    Le Havre, France (76)

Dates

  • jeudi 28 février 2019

Mots-clés

  • droit, écologie, pouvoir, état, légalité

Contacts

  • jean-marc Roy
    courriel : jean-marc [dot] roy [at] univ-lehavre [dot] fr

Source de l'information

  • jean-marc Roy
    courriel : jean-marc [dot] roy [at] univ-lehavre [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Nature et souveraineté », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 06 février 2019, https://calenda.org/554973

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