HomeArt against the machine - uses and criticism of mechanical devices in the visual arts

Art against the machine - uses and criticism of mechanical devices in the visual arts

L’art tout contre la machine

Usages et critiques des dispositifs machiniques dans les arts visuels

*  *  *

Published on Monday, February 18, 2019 by Céline Guilleux

Summary

Ce colloque invite à réfléchir sur la médiation de la technique dans notre rapport au monde telles que les pratiques artistiques contemporaines en esquissent le sens. Les objectifs sont multiples : interroger des signatures artistiques ciblées pour leur capacité à mettre en évidence les incidences des dispositifs machiniques sur nos environnements d’existence ; faire apparaître les filiations éventuelles de dispositifs de création a priori hétérogènes et interroger le passage du régime de l’outil à celui de la machine ; réfléchir à la portée politique et artistique d’une compréhension conviviale des outils de création et à la spécificité du rapport à la technique qui la sous-tend.

Announcement

Préambule

Entre mars 2018 et juin 2019, le Collège des Bernardins propose un séminaire de recherche intitulé L'art tout contre la machine, en partenariat avec trois laboratoires de recherche : l'ESTCA (Université Paris 8), le CIEREC (Université Jean Monnet, Saint-Etienne), le RIRRA 21 (Université Paul-Valéry Montpellier 3). Ces rendez-vous mensuels auront tous consisté en une rencontre entre un artiste et un chercheur, dialoguant autour d'une pratique qui entretient un rapport significatif avec des dispositifs machiniques au sens large.

Un colloque conclusif qui prend la suite de ce séminaire, entend expliciter plusieurs problématiques qui ont traversé les différents temps de discussion. Ces questions transversales concernent : le rapport – rendu possible ou empêché – à la nature ; les interfaces comme lieu d’ouverture de l’œuvre ; et enfin la réappropriation d’outils, de techniques et de pratiques largement standardisées par l’industrie.

Ce colloque aura lieu sur trois journées (4, 10 et 11 octobre 2019) qui se tiendront respectivement à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, à l’INHA à Paris et au Collège des Bernardins à Paris.

Argumentaire

Dans le Langage des nouveaux médias, Lev Manovich souligne que sélection et composition sont devenues, avec le développement des technologies numériques, des opérations de tout premier ordre sur lesquelles reposerait aujourd’hui tout acte de création. La généralisation de ces opérations met définitivement à mal la notion de création ex nihilo et fait passer au premier rang la question de l'interface dans les processus de création. Pour les arts du film, mais aussi pour l'ensemble des pratiques artistiques, l'écran devient un moyen incontournable de production de formes plastiques. Au-delà de la sphère esthétique, les interfaces numériques semblent être désormais les intermédiaires de tout rapport à un objet, quel qu'il soit (archive, ressource, bien de consommation, outil,...), et de la majorité des relations sociales : des liens marchands aux contrôles bureaucratiques, en passant par les mouvements sociaux. Dans bien des situations, interfaces et écrans se vivent de plus en plus comme la condition à partir de laquelle un rapport aux autres et au monde peut s'instaurer.

Il convient toutefois d’interroger ce que cette situation technologique contemporaine, induite par un usage généralisé des machines, peut avoir de fondamentalement nouvelle. Déjà dans sa Vie des formes, l'historien d'art Henri Focillon soulignait que la technique peut se comprendre comme un puissant observatoire d'une matière qui ne peut être rencontrée que par un outil à même de réveiller une forme qui sommeille en elle. Sans réduire les outils et techniques contemporains à des pratiques artistiques qui engagent un rapport manuel et immédiat au matériau, il y a lieu de réfléchir à une éventuelle filiation de dispositifs de création a priori hétérogènes – et au passage du régime de l’outil à celui de la machine. L’enjeu d’un tel questionnement est de faire apparaître les seuils critiques et points de rupture qui manifestent une transformation en profondeur et un changement d’échelle des paradigmes permettant de comprendre et de penser la médiation de la technique dans le rapport aux figures représentées et aux objets de création.

Axes de réflexion

Cet appel s’adresse à des chercheurs et à des artistes/cinéastes/vidéastes. Une attention particulière sera accordée aux propositions de communication sous forme de duo (un artiste et un chercheur), type d’interventions qui a structuré le fonctionnement du séminaire. Les propositions devront s'inscrire de manière explicite dans l'un des axes suivants :

1) Technique et nature (Montpellier - Université Paul Valery Montpellier 3 - le 4 octobre 2019)

La question de la représentation de la nature dans les arts du film semble une voie d'approche particulièrement féconde, en ce sens qu'elle invite à questionner la rencontre entre deux environnements a priori opposés. S’il est évident que les dispositifs machiniques peuvent produire une représentation de la nature, ouvrent-ils à proprement parler un accès à celle-ci ? Que reste-t-il par exemple de la nature dans sa reprise technique par les opérations fondamentales du cinéma : prises de vue, montage et projection ? Cette réflexion du lien technique-nature envisagée à l’aune des arts filmiques invite par ailleurs à embrasser des pratiques reposant sur les techniques les plus diverses. Des formes que l’industrie juge “archaïques” de la pratique du film – Super 8 mm, basse définition, pratiques de laboratoire – aux ressorts de création les plus actuels fournis par les nouveaux médias, les différentes modalités de fabrique des images mobilisables par les cinéastes déploient un prisme très large d'œuvres et de formes filmiques dont il faut tour à tour comprendre la part d'historicité qu'elles engagent et le terrain commun d'énonciation sur lequel elles reposent, puisqu'elles sont contemporaines les unes des autres.

2) Interfaces relationnelles et dispositifs génératifs (Paris - INHA - le 10 octobre 2019)

Dans le prolongement de cette question des relations entre la technique et la nature, un autre aspect qu’il convient d’explorer est la manière dont les machines sont devenues des interfaces incontournables des processus de création, et de l'accès aux formes résultant de ces processus. Les œuvres produites dans les arts visuels contemporains peuvent désormais intégrer une part de générativité qui repose entièrement, dans sa mise en œuvre pour le spectateur, sur une interface machinique. Certaines pratiques artistiques, comme celles de Fred Périé, Jacques Perconte ou Vincent Ciciliato tracent alors des situations esthétiques qui opèrent une limite, un point de bascule entre des termes qui ne préexistent pas à la relation qui les associe, mais sont instaurés par elle. L'objet artistique sous forme d'installation continue de produire sa forme au moment où un regard se pose sur elle. Les modalités d’exposition de tels travaux décident solidairement de la qualité du regard qu’elles vont susciter et de la forme que va prendre la pièce en intégrant cette présence du spectateur. 

3) Outils conviviaux et machines domestiques (Paris - Collège des Bernardins - le 11 octobre 2019)

Les industries techniques contribuent à formater ou standardiser non seulement les pratiques créatives mais aussi la manière que nous pouvons avoir de les fréquenter. De nombreuses initiatives artistiques cherchent à se décrocher de la productivité à laquelle les outils contemporains semblent nous assigner. De quelle nature sont les pratiques qui permettraient de développer, selon des logiques de détournement et de réappropriation, ce qu’Ivan Illich appelle un “outil convivial” ? En quoi l’art est-il le lieu où peut s’inverser ce rapport d’excroissance de la technique sur la main, l’œil ou la voix qui en assure le déploiement ? On pourra notamment s’intéresser aux mouvements des laboratoires ou à des films de montage – dont les Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard proposent un paradigme de tout premier ordre – qui envisagent à une échelle domestique la question de l’acte de création. Une écologie de la création, sur laquelle la théologie peut apporter un éclairage important, prend corps dans ces pratiques et invite à poser dans une dynamique nouvelle les possibles rapports vernaculaires à la technique et aux outils filmiques.

Modalités de soumission 

Les propositions (3000 signes maximum) accompagnées d’une courte biographie incluant les publications éventuelles sont à soumettre

avant le 30 avril 2019

à l’adresse suivante : toutcontrelamachine@gmail.com

Calendrier

  • Date limite de soumission : 30 avril 2019
  • Notification d'acceptation des propositions : 15 mai 2019
  • Dates du colloque : 4 octobre (Montpellier), 10 et 11 octobre (Paris) 2019

Les actes du colloque donneront lieu à une publication

Comité scientifique

  • Jérôme Alexandre, Professeur de théologie, Collège des Bernardins (Paris)
  • Claire Chatelet, Maître de conférence, Université Paul Valéry (Montpellier)
  • Vincent Ciciliato, Maître de conférence, Université Jean Monnet (Saint-Etienne)
  • Vincent Deville, Maître de conférence, Université Paul Valéry (Montpellier)
  • Jonathan Larcher, Docteur en anthropologie, EHESS (Paris)
  • Damien Marguet, Maître de conférence, Université Paris 8 (Saint-Denis)
  • Rodolphe Olcèse, Docteur en esthétique, Université Jean Monnet (Saint-Etienne), ATER à l’Université Paul-Valéry (Montpellier) 

Bibliographie indicative 

- BEAUVAIS Yann et BOUHOURS Jean-Michel, Monter/Sampler : l’échantillonnage généralisé, Paris, Editions du Centre Pompidou, 2000.

- BENJAMIN Walter, L’Œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique (dernière version de 1939), in Œuvres III, trad. Maurice de Gandillac, Rainer Rochlitz et Pierre Rusch, Paris, Gallimard, 2000.

- BLÜMLINGER Christa, Cinéma de seconde main. Esthétique du remploi dans l’art du film et des nouveaux médias, Paris, Klincksieck, 2013.

- BOISSIER Jean-Louis, La Relation comme forme : l’interaction en art, Mamco/Les presses du réel, 2009.

- BOISSIER Jean-Louis, L’Écran mobile, Mamco/Les presses du réel, 2016.

- BOLTER-JAY David, GRUSIN Richard, Remediation. Understanding New Media, Cambridge, The MIT Press, 1999.

- BOURRIAUD Nicolas, Postproduction. La culture comme scénario : comment l’art reprogramme le monde contemporain, Dijon, Les presses du réel, 2004.

- CARBONE Mauro, Philosophie-écrans. Du cinéma à la révolution numérique, Paris, Vrin, 2016.

- COSTA Mario, Le Sublime technologique, Iderive, Collection Un oeil, une plume, Lausanne, 1994

- COSTA Mario, Internet et globalisation esthétique. L’avenir de l’art et de la philosophie à l’époque des réseaux, L’Harmattan, Paris, 2003.

- DALLET Jean-Marie (dir.), Cinéma, interactivité et société, Bruxelles, Université de Poitiers/VDMC, 2013.

- DALMASSO Anna Caterina, Le Corps, c’est l’écran : la philosophie du visuel de Merleau-Ponty, Paris, Mimesis, 2018.

- EPSTEIN Jean, « Intelligence d'une machine », Écrits sur le cinéma, Tome I : 1921-1953, Paris, Seghers, 1974 (1946), pp. 255-334.

- FOCILLON Henri, Vie des formes, Paris, PUF, 1996 (1943).

- HUYGHES Pierre-Damien, Le Cinéma avant après, Paris, De l’incidence éditeur, 2012.

- ILLICH Ivan, La Convivialité, Paris, Seuil, 2014 (1973).

- ILLICH Ivan, Le Travail fantôme, Paris, Seuil, 1981 (1980).

- MALDINEY Henri, Ouvrir le rien, l’art nu, Fougères, Éditions Encre Marine, 2000.

- MANOVICH Lev, Le Langage des nouveaux médias, trad. Richard Crevier, Dijon, Les presses du réel, 2010.

- SERIS Jean-Pierre, La Technique, Paris, PUF, 1994.

- SIMONDON Gilbert, L’Individuation à la lumière des notions de forme et d’information, Grenoble, Million, 2005.

- SIMONDON Gilbert, Imagination et invention (1965-1966), Paris, PUF, 2014.

- SIMONDON Gilbert, Sur la technique (1953-1983), Paris, PUF, 2014.

- VERTOV Dziga, “Nous. Variante du manifeste”, trad. Irina Tcherneva, in Le ciné-œil de la révolution. Écrits sur le cinéma, Dijon, Les presses du réel, 2018.

- VIAL Stéphane, L'être et l'écran. Comment le numérique change la perception, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Hors collection », 2013.

Places

  • Université Paul-Valery
    Montpellier, France (34)
  • Collège des Bernardins - 20 rue de Poissy
    Paris, France (75)

Date(s)

  • Tuesday, April 30, 2019

Keywords

  • art contemporain, machine, cinéma, installation, interactivité

Contact(s)

  • Rodolphe Olcèse
    courriel : toutcontrelamachine [at] gmail [dot] com

Information source

  • Rodolphe Olcèse
    courriel : toutcontrelamachine [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Art against the machine - uses and criticism of mechanical devices in the visual arts », Call for papers, Calenda, Published on Monday, February 18, 2019, https://calenda.org/560907

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal