Calenda - Le calendrier des lettres et sciences humaines et sociales

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Publié le vendredi 08 février 2019 par Céline Guilleux

Résumé

L’enjeu de ce colloque interdisciplinaire est d’envisager comment le réel émerge dans l’art et la création sonore contemporains – ou comment ils y basculent. Lorsqu’elles relèvent moins de la création que de la capture, lorsqu’elles accueillent le concret sans apparence de médiation, à quoi les œuvres nous donnent-elles donc accès ? Field recording, renouveaux du ready-made, vie des formes cinématographiques… entre arts sonores, arts visuels, design et cinéma, il semble que la théorie comme la pratique des arts accompagnent une certaine fortune du réalisme dans le paysage philosophique contemporain. Il s’agira de montrer que les arts viennent y puiser concepts et méthodes et, réciproquement, que le champ des pratiques artistiques constitue une pierre de touche pour de nombreux philosophes se réclamant du réalisme aujourd’hui.

This conference aims at understanding how reality emerges in contemporary art - or how it slips into reality. When they are less about creation than capturing, when they welcome the concrete without mediation, what then do the works give us access to? Field recording, renewal of the ready-made, life of cinematographic forms... In sonorous arts, visual arts, design and cinema, it seems that both theory and practice of the arts accompany a certain fortune of realism in the contemporary philosophical landscape. The aim will be to show how the arts draw concepts and methods from it and, reciprocally, that the field of artistic practices is a touchstone for many philosophers claiming to be realists today.

Annonce

Philharmonie de Paris et Centre Pompidou, en partenariat avec l’Institut ACTE, le Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne (PhiCo), axe Culture, Esthétique, Philosophie de l’Art (CEPA) du Centre de Philosophie contemporaine de la Sorbonne (Phico – ISJPS – UMR 8103) and the ESÄ - Ecole Supérieure d'art du Nord-Pas de Calais Tourcoing Dunkerque.

Argumentaire

Examiner à nouveaux frais la frontière entre art et non-art implique nécessairement d’interroger les rapports qui se jouent entre l’art et le réel, question déjà engagée en amont du passage à l’art contemporain. Ce type d’interrogation suppose plusieurs voies possibles : il s’agit en effet de se demander ce qui est en jeu lorsque certaines pratiques artistiques ou musicales s’exportent dans le réel, mais aussi lorsque le réel est importé au sein des oeuvres — opération qui conduit à une définition nouvelle de la notion de matériau, ou, à tout le moins, à la nécessité d’un réexamen de la notion d’autonomie de l’oeuvre. Que se passe-t-il en effet lorsqu’un élément extérieur à l’oeuvre et purement hétéronome surgit en elle sans avoir été préalablement mis en forme par un travail du matériau, ou lorsque — dans un mouvement inverse — l’art bascule dans le réel ? Quel est le statut des fragments de réalité empirique lorsqu’ils s’intègrent à l’économie de l’oeuvre ? Comment opérer une distinction entre les formes d’art qui basculent dans le réel en demeurant constructivistes, et celles qui témoignent d’une attitude « réaliste » ? Du réel à l’art ou de l’art au réel, il s’agit de comprendre ici une forme de réalisme qui paraît transformer en profondeur le legs historique des théories de la mimésis. Du côté des pratiques musicales et des esthétiques qui s’y dessinent, on prendra acte d'une certaine « voix du concret », voix critique, souvent polémique, persistante depuis les rumeurs futuristes jusqu'aux désirs d'un réalisme urbain propre à la noise... Voix alternative à une pensée de l'idée musicale et de son matériau, faux ami dont le nom recouvrerait non pas le concret sonore, mais un ensemble dialectisé de médiations historiques. Face à une approche dite « structurale », on engage alors les concepts de concret (musique concrète), mais également l’idée d'un retour à l’environnement sonore ambiant, à travers des pratiques de captation (fieldrecording) et d’écoute (deep listening). On associe retour à « la réalité sonore » et un certain naturalisme. Mais à quoi nous donnent réellement accès de tels choix esthétiques ? Et s’agit-il bien alors de penser pratiques musicales et écoute en terme d’accès au son, matériau concret et ductile, source à laquelle l’oreille se régénère, réalité sonore enfin retrouvée et opposée aux constructions de l'idée musicale ? La question est certainement moins de reconnaître le caractère toujours médiatisé du concret sonore, mais bien de se demander s'il convient d'identifier réel et concret. Du côté des arts plastiques, il s’agira d’explorer les voies singulières qui ont été tracées par certaines oeuvres, que celles-ci tiennent moins de la création que de la « capture » — pour reprendre la distinction opérée par Paul Valéry —, ou qu’elles s’inscrivent dans un régime de fiction qui nous fasse envisager le monde d’un point de vue non-humain. Nous devrons ensuite resserrer la focale sur les oeuvres d’artistes ou de designers contemporains recourant à des concepts opératoires issus du tournant spéculatif qu’a connu la philosophie d’orientation continentale. Songeons ici aux sculptures « orientées vers l’objet» ou « archifossiles » s’inscrivant dans une forme de renouveau du ready-made. Il faudra enfin se saisir des questions posées par certaines pratiques curatoriales et muséales (Speculative Tate Research) qui tendent quant à elles à repenser les liens entre réalisme spéculatif, esthétique, pratique plastique et force des images.

C’est ainsi que la théorie comme la pratique des arts accompagnent la tectonique qui affecte le paysage philosophique contemporain. Nous y voyons en effet émerger ce que nous pourrions appeler un « archipel conceptuel », qui se forme dans les eaux du « réalisme ». Il existe bien aujourd’hui un renouveau du réalisme en philosophie, et ce réalisme est pluriel. Les acceptions que reçoit ce vocable sont diverses, suivant les courants où il fait retour et les auteurs qui s’en saisissent : il revient dans des philosophies d’orientation analytique comme dans les élaborations post-phénoménologiques d’Étienne Bimbenet ; il resurgit aussi dans le sillage de la pensée wittgensteinienne de l’ordinaire, avec Jocelyn Benoist ; nous le retrouvons encore chez des penseurs qui, tel Manuel DeLanda, s’inscrivent dans une postérité deleuzienne ; il baptise enfin le mouvement du « réalisme spéculatif » où s’illustrent, en France, Quentin Meillassoux et Graham Harman aux États-Unis. Par-delà leurs désaccords, ces variétés de réalisme contribuent à un effort visant à penser le réel tel qu’en lui-même, en dehors des voies par lesquelles on y accède et des relations, tant cognitives que pratiques, que l’on entretient avec lui. Il s’agit autrement dit d’examiner les modalités d’un discours qui dise ce qui est indépendamment de la manière dont cela apparaît à une conscience ; ou, — pour le dire en termes plus kantiens — il s’agit de dire ce que sont les choses avant qu’une subjectivité transcendantale ne les constitue en objets de connaissance. Que sont les choses, en effet, en dehors des conditions que leur impose un sujet, et sous lesquelles des objets lui sont donnés dans l’expérience ? Il faudrait, pour ce faire, dissocier ce qui paraît indissociable, à savoir : l’être de ses modes de donation ; et dénouer le lien réputé inséparable entre le sujet et l’objet, ou entre la conscience et le monde. Cela requiert une pensée qui s’affranchisse de ce que Quentin Meillassoux nomme le « corrélationnisme », et qu’il définit comme « l’idée suivant laquelle nous n’avons accès qu’à la corrélation de la pensée et de l’être, et jamais à l’un de ces termes pris isolément ». Dans sa variante dite « spéculative », le réalisme a essaimé au-delà des simples limites du champ philosophique. Il s’exprime, notamment, dans la théorie et la pratique des arts, à telle enseigne qu’une « esthétique spéculative » (dont il faudra analyser les liens à la Bildakt) s’est développée outre-Atlantique. Cette esthétique spéculative n’est plus seulement un prisme par le biais duquel on analyse le rapport de certaines oeuvres au réel. Elle se conçoit davantage comme l’étude des images dans un contexte iconique élargi où l’on reconnaît pleinement leur indépendance, leur force et la manière dont elles migrent et dialoguent entre elles indépendamment de leur contexte d’apparition et de leur appartenance médiale. Cette manière de penser marque un pas de côté par rapport aux orientations qui ont prévalu en ces matières. Du ready-made de Marcel Duchamp à l’art conceptuel, en passant par la « poétique de l’oeuvre ouverte » qu’a célébrée Umberto Eco, comme à travers les phases de « dé-définition » (Harold Rosenberg) et de « dé-matérialisation » (Lucy R. Lippard) qu’il a connues au cours du XXè siècle, l’art semblait s’être durablement installé dans le « cercle corrélationnel » que décrit Quentin Meillassoux. Force est en effet de constater qu’il y fut beaucoup question de l’effet feedback que la réception pouvait avoir sur la création et de la part déterminante que l’instance interprétative (le « regardeur », le contexte, l’institution) prend à la production du sens de l’oeuvre, au point de rendre celle-ci indissociable d’une signification pensée comme construction. Nous pourrions ainsi estimer que l’art s’était, pour partie, désintéressé du réel, pour se recentrer sur les médiations conditionnant l’expérience et l’appréciation qu’un sujet peut avoir d’un objet attribuable à l’art. La relation semblait primer l’objet ; et voilà que l’art nous propose d’envisager le « Grand Dehors », tandis que le discours qui l’accompagne relève d’une « ontologie orientée objet » impulsée par Graham Harman. Ce colloque propose ainsi de cartographier l’archipel des réalismes contemporains en se rendant attentif à ses échos dans le champ des arts et de la pensée esthétique. D’une part, l’enjeu est de cerner et d’évaluer leur apport à cette dernière. Réciproquement, il s’agit de déterminer le rôle que l’esthétique peut jouer dans les entreprises philosophiques qui se développent actuellement sous cette enseigne. Cette enquête nous invite à voir en quoi l’esthétique, dont l’origine est liée au projet d’une science de la connaissance sensible, pourrait contrevenir aux démarches conceptuelles du réalisme contemporain, ou, au contraire, en quoi elle pourrait les encourager, voire les inspirer. Comprendre les rapports entre les réalismes contemporains et l’esthétique semble donc receler un enjeu lié au statut philosophique de l’esthétique elle-même. Si l’on s’accorde à considérer que l’esthétique circonscrit un champ d’études prenant pour objet la formation des formes sensibles ainsi que les relations, de l’ordre de l’affectivité, que celles-ci sont de nature à susciter, nous sommes forcés d’admettre que l’expérience y occupe une place centrale. Qu’elle y prenne ou non valeur de paradigme cognitif est une question qui reste pendante. Reste que cette expérience s’y voit reconnaître une dimension esthétique dès lors qu’elle se révèle à la fois phénoménologique, — ou, à tout le moins, perceptuelle — évaluative, et transformatrice. Serait-ce donc en raison même de sa valorisation du sensible que l’esthétique dresserait des obstacles aux poussées réalistes ? Le problème ne serait-il pas, plus précisément, que l’apparence y est interrogée en tant qu’elle apparaît à quelqu’un, — soit encore comme un phénomène, qui se trouve mis sous la dépendance d’un sujet ? Ce serait alors cette position préalable d’un sujet auquel les choses sont données, qui ferait obstacle au réalisme. Mais, cela va-t-il de soi ? Devons-nous tenir pour acquis que l’esthétique se centre sur le sujet, aborde les choses de son point de vue, et se trouve définitivement thématisée comme une affaire de conscience humaine et de réaction humaine à la représentation qu’on se forme des objets ? L’esthétique nous assigne-t-elle nécessairement à la corrélation de l’esprit et du monde ? Quelles seraient, au contraire, les ressources que l’esthétique tiendrait à la disposition des réalistes ? Parmi les notions propres à ce régime de pensée, parmi les tournures d’esprit ou les attitudes épistémiques qu’il a mises en évidence, n’y moyen Doit-on aller jusqu’à l’en déshériter, à lui ôter ce privilège, pour répartir avec équanimité l’expérience esthétique parmi tous les étants ? Aux yeux de certains réalistes, en effet, c’est moins la centralité de l’expérience, que la centralité du sujet dans l’expérience qui semble poser problème. Songeons aux tenants de l’Ontologie Orientée Objet, comme Timothy Morton ou Graham Harman, ce dernier parlant d’une « expérience sans sujet ». Il en repère alors le site dans la relationnalité comme telle, laquelle est inhérente au réel et concerne toutes les entités qui le composent, qu’elles soient humaines ou qu’elles ne le soient pas : toutes sont interconnectées ; toutes interagissent ; toutes ont donc une expérience les unes des autres. Dans cette perspective, où l’esthétique devient une théorie descriptive de la relationnalité en tant que telle, les déterminants esthétiques de l’expérience se voient exportés au-delà du champ de la conscience et des facultés humaines. Ainsi dé-subjectivés ou dés-humanisés, ils s’appliquent désormais à la trame même du réel. Mais quel sens y a-t-il à dire que les objets se perçoivent, s’intuitionnent et se goûtent les uns les autres ? En quoi est-ce légitime ? Qu’est-ce que cela présuppose ? Et que gagnons-nous, en termes d’intelligibilité ou de saisie rationnelle des relations, humaines ou non, à étendre ainsi le domaine de l’esthétique au-delà de l’humain et à tenter des excursions dans le domaine du non-humain ? Comment se reconstruit, autrement dit, le rapport de l’épistémologie à l’ontologie, après que l’esthétique a basculé de la première dans la deuxième ?

Outre la présentation, devant un public français à qui elle demeure largement méconnue, de cette esthétique « spéculative », l’objet du colloque, qui réunira la philosophie, les arts visuels, la musique et le cinéma, est de confronter cette version du réalisme à d’autres — direct, esthétique, perceptuel, contextualiste, « de l’ordinaire » auxquelles il sera demandé d’expliquer le sens qu’il y a, selon elles, à se dire « réaliste » quant à l’art et aux valeurs esthétiques. Le pari que nous faisons étant que l’esthétique est un terrain privilégié pour discerner les lignes de fracture séparant les réalismes contemporains, et que s'y diffracte donc le rapport au réel.

Programme

Jeudi 14 février

08h45 Accueil

09h15-9h30 Ouverture

  • Cyril Crignon (ESÄ, École Supérieure d'Art du Nord-Pas de Calais Dunkerque/Tourcoing)
  • Wilfried Laforge (School of Visual Arts, New York/Institut Acte-Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Pauline Nadrigny (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

09h30-11h05 Esthétiques réalistes  ?

Modération : Cyril Crignon et Wilfried Laforge

  • Tom Sparrow (Slippery Rock University) : “Speculative Aesthetics as Everyday Aesthetics
  • Anna Longo (Institut Acte/Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, California Institute of the Arts) : « Esthétique et spéculation : logique transcendantale des mondes possibles »
  • David Zerbib (HEAD Genève) : « Format et objet : la destitution esthétique de la forme »

11h15-13h00 Esthétiques réalistes ? (2) 

Modération : Cyril Crignon et Wilfried Laforge

  • Elie During (Université Paris Nanterre) : « Actions à distance : à propos des objets furtifs »
  • Ludovic Duhem (ESAD Orléans/ESAD Valenciennes) : « Réalisme des relations esthétiques »

14h30-15h30 Conférence plénière de Jocelyn Benoist (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) :« De l’apparence à l’écho »

15h30-16h35 Captation, capture, documentalité

Modération : Pauline Nadrigny

  • Maurizio Ferraris (Université de Turin) : “Metaphysics of Web”
  • Frédéric Pouilleaude (Université Aix-Marseille) : « Quel réalisme pour les œuvres factuelles­ ? »

16h45-18h15 Captation, capture, documentalité (2)

Modération : Pauline Nadrigny

  • Alexandre Galand (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique) : « Résonner avec le monde. Potentialités de l’enregistrement de terrain »
  • Rahma Khazam (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : “Sound and Image: Confronting the Real” 

Vendredi 15 février

8H45 accueil

09h-10h25 Objets, quasi-objets, hyperobjets

Modération : Cyril Crignon

  • Tonino Griffero (Université Roma Tor Vergata) : “Rest-Realism: Atmospheres and Quasi-Things
  • Jean-Michel Durafour (Aix-Marseille Université) : « Cinéma, figures et hyperobjets : ce que cachent les films »

10h25-12h30 Que faire du réel ?

Modération : Pauline Nadrigny

  • Bastien Gallet (Éditions MF) : « Le “réel” de l’art »
  • Elise Domenach  (ENS Lyon) : « Le réalisme esthétique de Cavell et sa portée pour une écocritique cinématographique »
  • Elise Marrou (Faculté des Lettres de Sorbonne Université) : « Réalisme(s) de la scène théâtrale »

14h00-15h05 Naturalisme esthétique

Modération : Wilfried Laforge

  • Marina Seretti (UniversitéBordeaux 3 Michel Montaigne) : « Variations minérales »
  • Emmanuel Alloa (Université de Sankt Gallen) : « Coexistence des temps, coexistence des espèces, coexistence des êtres : le réel décentré »

15h15-16h45 Naturalisme esthétique (2)

Modération : Wilfried Laforge

  • Flora Katz (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : « Pierre Huyghe et le réalisme »
  • Esteban Buch (EHESS) : « Sur le jazz d’Adorno comme théorie sexuelle »

17h-18h Conférence plénière de Quentin Meillassoux(Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : « Reconstruire l’obstacle, esquisse d’une matrice de la corrélation »

18h-19h la vie des images, table ronde

Animée par : Emmanuel Alloa, Jean-Michel Durafour, José Moure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Benjamin Thomas (Université de Strasbourg).

In partnership with Pantheon-Sorbonne University, the Institut Arts, Créations, Théories et Esthétiques (ACTE) and the Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne (PhiCo), axe Culture, Esthétique, Philosophie de l’Art (CEPA) of the Centre de Philosophie contemporaine de la Sorbonne (Phico – ISJPS – UMR 8103) and the Ecole Supérieure d'art du Nord-Pas de Calais Tourcoing Dunkerque.

Argument

If we want to reassess the boundaries between art and non-art, then we have to examine the links between art and reality — a question that emerged before the birth of contemporary art. This kind of question opens several possible pathways: it is indeed necessary to understand what is at stake when visual arts or music are exported into reality, and when reality is imported inside the works of art themselves: those phenomena lead to a renewed definition of the medium or at least to the need for an analysis of the concept of the autonomy of art. What is at stake when a purely heteronomous element arises in the work of art, without being shaped by the medium, or when art slips into reality? What becomes the status of the fragments of the empirical reality when they are integrated into the structure of the work of art? How can one distinguish between the art forms that become a part of reality and remain constructivist, and those that seem to have a “realist” attitude? From art to reality and from reality to art, we have to understand a kind of realism that deeply transforms the historical legacy of mimesis theories. In term of musical practices, we can observe the presence of a certain “voice of the concrete”, a critical — and often polemical — voice, persistent from echoes of the Futurists to the desires of an urban realism specific to noise music… An alternative voice, opposed to a conception o the musical idea and its material, false friend whose name would describe a dialectized set of historical meditations rather than sonorous concrete. Against a “structural” approach, we will use the concept of concrete (musique concrète) but also the idea of a return to an ambient noise environment. We associate return to “sonorous reality” and a certain naturalism. But what do such aesthetic choices really give us access to? Is it really a question of thinking about musical practices and listening in terms of access to sound — a concrete and ductile material, the source at which the ear regenerates itself, a sonorous reality finally rediscovered and opposed to the constructions of the musical idea? The question is certainly less about whether it is necessary to identify “real” and “concrete”, rather than about recognizing the mediatized character of concrete sonorous. In the field of visual arts, we will have to examine the specific paths that have been traced by certain works that can be defined more in term of “capture” than in term of creation — a distinction made by Paul Valery — or that are part of a fiction regime that makes us look at the world from a non-human point of view. We will then have to tighten the focus on the works of contemporary artists or designers using operative concepts stemming from the speculative shift in continental philosophy: Object Oriented Sculptures or “archifossils”, for instance, that renew the concept of ready-made, through recording (field recording) and listening practices (deep listening).

Thus, art – in theory as much as in practice – follows the tectonics that impacts the contemporary philosophical landscape. Indeed, we are witnessing the emergence of what might be called a “conceptual archipelago” in the waters of “realism”. There is nowadays a renewal of realism in philosophy, and this realism is plural. This term is being given various meanings, depending on the currents in which it reappears and the authors who pick it up: it reappears in analytical-oriented philosophies as in the post-phenomenological elaborations (of, say Étienne Bimbenet); it also reappears in the wake of the Wittgensteinian philosophy of the ordinary (with Jocelyn Benoist); we still find it with thinkers who (like Manuel DeLanda) claim Deleuze’s legacy; it finally is enshrined in the name of the movement of “speculative realism” (as exemplified, in France, by Quentin Meillassoux and by Graham Harman in the United States). Beyond their disagreements, these varieties of realism contribute to an attempt to think reality as such, separate from the ways in which we access it and the relations, both cognitive and practical, we maintain with it. In other words, it is a matter of exploring the modalities of a discourse that says what it is, independently of how it appears to a consciousness — or, to put it in more Kantian terms, it is a matter of saying what things are before a transcendental subjectivity makes objects of knowledge out of them. What are things, indeed, apart from the conditions we force upon them, and under which we are given objects in experience? To put it this way, we would have to dissociate what seems inseparable — namely: Being from its modes of donation. We would have to unravel that link we deem inextricable, between the subject and the object, or between consciousness and the world. It would take a thought pattern that breaks free of what Quentin Meillassoux calls “correlationism”, defining it as “the idea that we have access only to the correlation of thought and being, and never to one of these terms in isolation.” In its so-called “speculative” variant, realism has spread beyond the simple limits of the philosophical discipline. It can notably be seen in the theory and in the practice of the arts, to such an extent that in the United States a “speculative aesthetic” has developed (whose links to the Bildakt we shall analyse). This speculative aesthetic is no longer merely a prism through which one analyses the relationship of certain works to reality. It is now best conceived as the study of images considered in a broader iconic context, in which one fully recognizes their independence, their strength, and the way they migrate and interact with each other, regardless of their context of appearance and their media affiliation. This way of thinking marks a step aside from the guidelines that used to prevail in these matters. From Marcel Duchamp's ready-made to conceptual art, through the “poetics of the open work” celebrated by Umberto Eco, as well as the phases of “de-definition“ (Harold Rosenberg) and “de-materialization” (Lucy R. Lippard) that it underwent during the 20th century; art seemed to be permanently settled in the “correlation circle” as described by Quentin Meillassoux. Indeed, one is to note that there has been a great deal of talk about the feedback effect of reception on creation and the decisive role the interpretative body (the “viewer”, the context, the institution) plays in producing the meaning of the work. All this amounted to making the work inseparable from a meaning thought of as construction. Thus, we could have thought that art had partly lost its interest in reality, to refocus on the mediations that condition the experience and appreciation a subject might have of an object imputable to art. The relationship seemed to take precedence over the object; but now, we see art suggesting that we contemplate the “Great Outside”, while the discourse that accompanies it may belong to an “Object-Oriented Ontology” promoted by Graham Harman. This symposium is therefore aimed at mapping the archipelago of contemporary realisms by paying attention to their echoes in the field of art and aesthetics.

The stakes are twofold. On the one hand, it is a matter of pinpointing and evaluating how realism can contribute to aesthetics. Conversely, the question is to determine what role aesthetics can play in the philosophical enterprises that are currently developing under the banner of realism. This survey invites us to see how aesthetics, which initially emerged as the science of sensitive cognition, could contravene the conceptual endeavours of contemporary realisms or, on the contrary, how it could encourage or even inspire them.

It seems, therefore, that perceiving the relationship between aesthetics and the contemporary realisms would encompass an issue related to the philosophical status of aesthetics itself. If we agree that aesthetics defines a field of study for the formation of sensitive forms and how they are likely to affect us, we are forced to admit that it bears experience at its very heart. Whether or not experience becomes a cognitive paradigm is a pending question. The fact remains that it is acknowledged as an aesthetic dimension whenever it proves to be phenomenological — or at least perceptual — evaluational, and transformative at the same time. Could it be, therefore, that aesthetics hinders realistic outbreaks for the very reason that it fully recognizes the sensible? Wouldn't the problem be, more precisely, that aesthetics questions appearance as it appears to someone — or, in other words, as a phenomenon which is dependent on a subject? Then it would be this preliminary position of a subject, to which things are given, which would stand in the way of realism. But is that self-evident? Should we assume that aesthetics is centered on the subject and considers things from its point of view? Is aesthetics definitively themed as a matter of human consciousness and human reaction to the representation of objects? Does it necessarily ascribe us to the correlation of mind and the world? What resources would aesthetics rather hold at the disposal of realists? Among the notions that are specific to this system of thought, among the states of mind or epistemic attitudes it has highlighted, are there not some which provide us with a means of breaking the correlationist circle, and which indicate, for the human being, ways of establishing a relationship with reality which, not being originally conceptual, frees him from any pre-emption that a subject would like to exercise his right? Should we then stop considering aesthetic experience as a type of relationship with the world that is specific to the human being? Should we go so far as to disinherit him from this privilege and to distribute aesthetic experience equanimously among beings? For some realists, the problem seems indeed to be less about the centrality of experience than the centrality of the subject in the experience. Let us consider the proponents of Object-Oriented Ontology, such as Timothy Morton or Graham Harman, the latter speaking of an “experience without a subject”. He consequently locates it in relationality as such, which is inherent to reality and concerns all the entities that make it up: whether human or not, all of them are interconnected; all of them interact; all of them therefore have experience of each other.

In this perspective where aesthetics becomes a descriptive theory of relationality as such, the aesthetic determinants of experience can be seen as beyond the scope of human consciousness and faculties. Thus de-subjectivized or de-humanized, they now apply to the very fabric of the real. But what does it mean to say that objects perceive, intuit and taste each other? How is that legitimate? What does it presuppose? And what do we gain from extending the domain of aesthetics beyond the human and trying excursions into the domain of non-human? Does it contribute to a better understanding or a rational grasp of relationships, human or otherwise? How is the relationship between epistemology and ontology reconstructed, in other words, after aesthetics has shifted from the first to the second? In addition to presenting this “speculative” aesthetics to a French public, which remains largely ignorant of it, our symposium – which will bring together philosophy, music, visual arts, and cinema – aims to confront this version of realism with others: the direct one, the perceptual one, the contextual one, etc. Each will be asked to explain what it means, in their view, to be “realist” as regard to art and aesthetic values. The bet we make is that aesthetics is a privileged field to discern the dividing lines separating contemporary realisms, for this is were the relationship to reality diffracts.

Programme

Thursday - Februray 14th.

09:15-9:30am OPENING

  • Cyril Crignon (ESÄ, École Supérieure d'Art du Nord-Pas de Calais Dunkerque/Tourcoing)
  • Wilfried Laforge (School of Visual Arts, New York/Institut Acte-Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Pauline Nadrigny (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

09:30-11:05am Esthétiques réalistes ?

Moderation : Cyril Crignon et Wilfried Laforge

  • Tom Sparrow (Slippery Rock University) : “Speculative Aesthetics as Everyday Aesthetics
  • Anna Longo (Institut Acte/Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, California Institute of the Arts) : « Esthétique et spéculation : logique transcendantale des mondes possibles »
  • David Zerbib (HEAD Genève) : « Format et objet : la destitution esthétique de la forme »

11:15-1:00pm Esthétiques réalistes ? (2) 

Moderation : Cyril Crignon et Wilfried Laforge

  • Elie During (Université Paris Nanterre) : « Actions à distance : à propos des objets furtifs »
  • Ludovic Duhem (ESAD Orléans/ESAD Valenciennes) : « Réalisme des relations esthétiques »

2:30-3:30pm Keynote speaker: Jocelyn Benoist (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne):« De l’apparence à l’écho »

3:30-4:35pm Captation, capture, documentalité

Moderation : Pauline Nadrigny

  • Maurizio Ferraris (Université de Turin) : “Metaphysics of Web
  • Frédéric Pouilleaude (Université Aix-Marseille) : « Quel réalisme pour les œuvres factuelles­ ? »

4:45-6:15pm Captation, capture, documentalité (2)

Moderation : Pauline Nadrigny

  • Alexandre Galand (Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique) : « Résonner avec le monde. Potentialités de l’enregistrement de terrain »
  • Rahma Khazam (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : “Sound and Image: Confronting the Real” 

Friday - February 15th

09:00-10:25am Objets, quasi-objets, hyperobjets

Moderation : Cyril Crignon

  • Tonino Griffero (Université Roma Tor Vergata) : “Rest-Realism: Atmospheres and Quasi-Things
  • Jean-Michel Durafour (Aix-Marseille Université) : « Cinéma, figures et hyperobjets : ce que cachent les films »

10:25-12:30am Que faire du réel  ?

Moderation : Pauline Nadrigny

  • Bastien Gallet (Éditions MF) : « Le “réel” de l’art »
  • Elise Domenach  (ENS Lyon) : « Le réalisme esthétique de Cavell et sa portée pour une écocritique cinématographique »
  • Elise Marrou (Faculté des Lettres de Sorbonne Université) : « Réalisme(s) de la scène théâtrale »

2:00-3:05pm Naturalisme esthétique

Moderation : Wilfried Laforge

  • Marina Seretti (UniversitéBordeaux 3 Michel Montaigne) : « Variations minérales »
  • Emmanuel Alloa (Université de Sankt Gallen) : « Coexistence des temps, coexistence des espèces, coexistence des êtres : le réel décentré »

3:15-4:45pm Naturalisme esthétique (2)

Moderation : Wilfried Laforge

  • Flora Katz (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : « Pierre Huyghe et le réalisme »
  • Esteban Buch (EHESS) : « Sur le jazz d’Adorno comme théorie sexuelle »

5:00-6:00pm KEYNOTE SPEAKER: Quentin Meillassoux (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : « Reconstruire l’obstacle, esquisse d’une matrice de la corrélation »

6:00-7:00pm LA VIE DES IMAGES, debate.

With : Emmanuel Alloa, Jean-Michel Durafour, José Moure (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Benjamin Thomas (Université de Strasbourg)

Catégories

Lieux

  • Auditorium de la cité de la musique - 221 Avenue Jean Jaurès
    Paris, France (75)

Dates

  • jeudi 14 février 2019
  • jeudi 14 février 2019

Mots-clés

  • réalisme, art contemporain, création sonore, ontologie, iconologie

Contacts

  • Wilfried Laforge
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« L'écho du réel », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 08 février 2019, https://calenda.org/562787

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