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Risques et ressources dans les Suds

Risks and resources in the South - reconciliing the environment, development and security within the framework of global change

Concilier environnement, développement et sécurité dans le cadre des changements globaux

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Publié le mardi 19 février 2019 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Cet appel à dossier thématique dans les Cahiers d’Outre-Mer reflète le souhait de montrer le renouveau des sciences humaines autour de la notion de ressource – ces éléments ayant une utilité pour les sociétés et qui évoluent avec ces mêmes sociétés – dans le cadre des questions de sécurité, renforcées par l’intérêt scientifique accru de la communauté internationale autour des changements globaux. En effet, le poids des ressources et de leurs rôles dans les relations internationales invite d’une part à interroger de nouveau les liens entre politiques et géographie, et d’autre part à étudier les interactions entre les ressources elles-mêmes. Par exemple, la question de l’eau est de plus en plus régulièrement posée dans le choix des sources d’énergie, notamment lorsque certaines se révèlent particulièrement gourmandes en eau, que ce soit dans la production des matériaux ou de l’électricité générée, via le refroidissement des turbines par exemple.

Annonce

Argumentaire

Cet appel à dossier thématique dans les Cahiers d’Outre-Mer reflète le souhait de montrer le renouveau des sciences humaines autour de la notion de ressource – ces éléments ayant une utilité pour les sociétés et qui évoluent avec ces mêmes sociétés – dans le cadre des questions de sécurité, renforcées par l’intérêt scientifique accru de la communauté internationale autour des changements globaux. En effet, le poids des ressources et de leurs rôles dans les relations internationales invite d’une part à interroger de nouveau les liens entre politiques et géographie, et d’autre part à étudier les interactions entre les ressources elles-mêmes. Par exemple, la question de l’eau est de plus en plus régulièrement posée dans le choix des sources d’énergie, notamment lorsque certaines se révèlent particulièrement gourmandes en eau, que ce soit dans la production des matériaux ou de l’électricité générée, via le refroidissement des turbines par exemple.

Depuis le Sommet de la Terre de Rio en 1992, les modes de gestion des ressources ont ainsi fait l’objet de plusieurs analyses, notamment autour d’un mode de gestion en particulier, dit « intégré ». Ce paradigme, appliqué à l’eau, propose une gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) dans le cadre du développement durable. Analysée à travers l’hydropolitique et/ou les positions hydrohégémoniques de certains États, la GIRE – telle qu’elle a été utilisée dans les commissions de bassin et de sous-bassin transfrontalier (Julien, 2012) – souligne surtout les différences de perception de l’eau et les façons dont cette dernière « fait ressource ». Les ressources sont en effet avant tout définies à travers leurs modes de gestion et dans la façon dont elles sont instrumentalisées au service des sociétés. De plus en plus « politico-institutionnelles », les ressources (l’eau, les produits énergétiques ou alimentaires) s’ancrent dans des territoires dont les dynamiques sécuritaires s’accentuent ; elles n’échappent pas au contexte sécuritaire global post-2001.

L’utilisation et la mobilisation de l’eau, de l’énergie ou d’une parcelle de terre dans un rapport, qui peut être interétatique, intracommunautaire ou autre, transforment ces éléments en ressource dont la sécurité doit être garantie (Paquerot, 2010). La question de la quantité et de l’accès aux ressources prime ainsi régulièrement sur d’autres considérations, par exemple environnementales. Ainsi, les ressources sont travaillées dans un but précis, souvent celui de la réalisation d’objectifs matériels, comme approvisionner telle mine avec l’électricité la moins chère possible pour lui permettre de maximiser ses bénéfices (sa rentabilité). Si les notions de risque, de sécurité et de pouvoir gravitent aisément autour de ce questionnement, une approche systémique est trop souvent absente des politiques mises en œuvre, tout comme une réflexion plus approfondie sur les transformations autour de la perception des ressources.

C’est dans ce contexte qu’a surgi le nexus sécuritaire eau-énergie-alimentation (Water-Energy-Food security nexus ou WEF security nexus). Associant les ressources dans l’élaboration et la mise en œuvre de politiques de gestion garantissant l’accès sécurisé à ces ressources, le nexus peut s’avérer un outil intéressant pour appréhender les ressources, leurs politiques de gestion, leurs environnements et la dimension sécuritaire qui tente de s’imposer aujourd’hui à la fois dans le cadre des changements climatiques, et dans une approche systémique. Comme le soulignent les auteur.e.s d’un ouvrage collectif récent sur les ressources et la mise en valeur de la géographie politique de ces dernières, « la recherche de la sécurité alimentaire, hydrique et énergétique à long terme passe aujourd’hui par la prise en compte du lien inextricable qui unit ces ressources – énergie, eau et terre -, traduit par le concept de water-energy-food security nexus » (Magrin, et al., 2015). Définie lors d’une conférence à Bonn en 2011, l’approche sécuritaire du nexus baptisé « eau-énergie-alimentation » s’appuie donc avant tout sur un objectif politique, celui « d’intégrer » les politiques de gestion de l’eau, de l’énergie et de la production alimentaire (Hoff, 2011).

De nouveaux travaux ont ainsi vu le jour au cours de la dernière décennie, notamment sur le  nexus eau-énergie-alimentation, et de la spécificité des analyses des ressources et des questions de sécurité associées à ce nexus. Ce coup de projecteur sur les recherches contemporaines peut contribuer à se départir d’une couverture médiatique souvent catastrophiste, qui n’aborde que très superficiellement les dynamiques profondes de la société et de ses modes de gestion des ressources. L’idée forte de ce dossier est donc de proposer un regard scientifique sur le nexus, en sortant de son instrumentalisation politico-institutionnelle telle qu’elle est généralement menée par les grands forums internationaux qui tentent de lier politiques et actions en formulant essentiellement des recommandations.

Axes de réflexion

Trois axes de réflexion, non exhaustifs, peuvent ainsi nourrir ce dossier :

1) L’hydropolitique : interroger les liens entre eau, ressource et politiques dans nos territoires.

Après de nombreuses études centrées sur les infrastructures de l’eau et autres théories élaborées pour mettre en évidence les liens entre aridité, pénurie et conflits (Ohlsson, 1999), les analyses de la gestion de l'eau se sont tournées vers de nouvelles approches, ciblant davantage les aspects sociopolitiques et une approche systémique des ressources en eau (Trottier, 2008). Comme le soulignent plusieurs auteur.e.s autour de cas d’étude à travers le prisme d’analyse qu’est l’hydropolitique (Lavie et al., 2015 ; Magrin, 2015), la pénurie (et son corollaire : faire face à une catastrophe, donc dans l’urgence) participe à une grande tendance actuelle de « naturalisation de la politique » (Linton, 2010). Elle permet bien trop souvent de justifier une logique de l’eau comme bien économique (Alexandre, 2006 ; François, 2006 ; Fernandez, 2017). En introduisant l’idée « d’eau virtuelle » (Allan, 1996) qui souligne l’importance de l’eau dans nos systèmes productifs et dans les flux échangés d’un État à l’autre, l’hydropolitique permet d’interroger les rôles de l’eau dans ses diverses dimensions et à plusieurs échelles. Plusieurs travaux utilisent ainsi l’hydropolitique pour approfondir les analyses menées sur la gestion des ressources en eau (Blanchon et Maupin, 2009). Les auteur.e.s sont invité.e.s à mettre les questions d’eau en rapport avec d’autres ressources énergétiques et/ou alimentaires.

2) Le nexus sécuritaire eau-énergie-alimentation et son approche systémique.

Définie lors d’une conférence à Bonn en 2011, l’approche sécuritaire baptisée eau-énergie-alimentation s’appuie avant tout sur un objectif politique, celui « d’intégrer » les politiques de gestion de l’eau, de l’énergie et de la production alimentaire, au départ en Allemagne (Hoff, 2011). Le nexus invite à la formulation de stratégies nationales, voire régionales, de développement durable autour d’un meilleur usage des ressources dans cet État.

Afin de permettre l’application des vertus de ce nexus à l’action publique, trois champs d’action ont été circonscrits autour : 1) d’une dimension sociale (accélérer l’accès aux ressources), 2) d’une dimension économique (travailler à la rentabilité des ressources dans la chaine de productivité) et 3) d’une dimension écologique. Le développement énergétique modifie ainsi profondément les territoires, à court comme à long termes, en participant au développement des territoires, et ce à plusieurs échelles. De nouvelles ressources sont ainsi nécessaires pour le fonctionnement d’une nouvelle exploitation, créant ainsi de possibles conflits d’usage et d’intérêt. Si nos systèmes politiques, souvent vilipendés, peinent à se transformer, nos sociétés connaissent des mutations fortes autour de l’accentuation des disparités générées par les inégalités de revenus aux échelles internationale, nationale et locale. Le choix des sources d’énergie, qu’il soit financièrement, socialement ou politiquement motivé, influence la mobilisation des ressources. L’accès à l’eau, son traitement, son acheminement, ont des coûts à la fois monétaire et énergétique. Nos choix en matière de produits alimentaires jouent un rôle clef, tout comme la consommation d’eau et d’énergie pour les fournir, de l’ensemencement à la distribution.

Eau, énergie, alimentation sont donc des ressources marquées par leur caractère fini, et associées à des politiques de gestion dont les aspects sécuritaires sont proéminents. Le recours au nexus comme outil d’analyse doit permettre de souligner les points faibles de nos systèmes actuels (Stephan et al., 2018).

3) Recompositions spatiales et tensions sociales : la « fabrique des risques » liés aux ressources.

La médiatisation des crises de l’eau, comme celles ayant secoué, d’après les médias, les bassins de certains fleuves comme le Nil, le Jourdain (berceaux de l’hydropolitique) ou encore la crise de l’eau dans la ville du Cap en Afrique du Sud (« jour 0 » en 2018), produisent des images de ces territoires où le risque lié au manque d’eau se matérialise de nouveau. Par leur localisation dans des milieux arides, certains espaces sont certes exposés à des aléas naturels sévères (tels que les cyclones, les tremblements de terre, les glissements de terrain). Pourtant, ces espaces sont loin de se singulariser par l’ampleur des désastres qui frappent leur territoire ainsi que par la faiblesse de leur capacité de réponse aux urgences. Leur vulnérabilité n’est pas tant dépendante des aléas qui traversent leurs territoires que de la gouvernance de ces derniers.

Les contributions s’attacheront ici à réinterroger la construction d’une « fabrique des risques liés aux ressources » devenue quasi endémique des modes de gestion, reproduits et/ou diffusés. En effet, si les inégalités socio-spatiales et leur accentuation tendent à précariser les plus démunis, leur augmentation fragilise l’ensemble des sociétés et distendent voire rompent les liens, comme l’illustre l’exemple de la sécurité urbaine (Castel, 2003). Les analyses examineront les vulnérabilités territoriales à partir des espaces fragilisés et de la multiplicité des facteurs qui s’y rattachent : absence de politiques de préventions des risques, persistance d’une économie rentière et peu redistributive, inaccessibilité voire absence des infrastructures et des services, organisation politique clientéliste et laissant peu de place au local (d’Ercole et Metzger 2009). En définitive, il s’agit d’interroger le risque en le sortant de la dichotomie (aléa/vulnérabilité) des travaux classiques sur les risques et en l’étendant à la fabrique même des territoires en se concentrant sur les ressources et ce qui « fait ressource » sur ces territoires.

Calendrier

  • 15 mars 2019 : réception de résumés d’une vingtaine de lignes avec titre provisoire, noms et affiliations des auteur.e.s ;

  • 15 mai : date de remise des textes aux normes de la revue avec réponse vers le 30 juin ;
  • 30 septembre : réception des textes définitifs ;
  • Décembre 2019 : Publication du numéro.

Les résumés et articles complets seront conjointement envoyés à agathe.maupin@ac-reunion.fr et emilie.lavie@univ-paris-diderot.fr

Les textes doivent être au format .doc et à 50 000 signes maximum (comprenant la bibliographie, les résumés, mot clés et présentation des auteur.e.s). Plus d’information sur les formats et les recommandations aux auteur.e.s : https://journals.openedition.org/com/7501

Procédure d’évaluation des articles soumis : https://journals.openedition.org/com/7499

Procédure d’évaluation des articles soumis

La procédure d’évaluation est une procédure en double aveugle. Les articles font donc l’objet d’une évaluation par deux lecteurs identifiés par le comité de rédaction et/ou les coordinateurs du dossier parmi les collègues français et étrangers spécialistes du thème ou de l’espace auquel se réfère l’article. En cas d’évaluations divergentes, un troisième évaluateur peut être mobilisé. L’identité des auteurs et celle des évaluateurs n’est pas communiquée.

Le texte est soumis à évaluation sans mention du nom de l’auteur et les avis des évaluateurs sont transmis à l’auteur sans que soit précisé le nom de ces derniers. La version corrigée sera relue par les responsables du dossier avant sa mise en ligne.

Outre une évaluation générale, la relecture critique d’un article comprend une appréciation plus technique (contenu scientifique, structure, concordance du titre et du texte, illustrations, tableaux, documents, etc.).

Références citées

Alexandre, O. 2005. Lorsque la pénurie fait ressource. Étude géographique de la notion de ressource. L’exemple de la politique de l’eau au Maroc, Géocarrefour, vol. 80/4, pp. 263-272.

Allan, T. 1996. Virtual water: a strategic resource: global solutions to regional deficits. Ground Water vol. 36; n°4. pp. 545-546.

Allan, J.A. 2003. Virtual water -the water, food and trade nexus: useful concept or misleading metaphor?, Water International, vol.28.

Blanchon, D. ; A. Maupin. 2009. Géopolitique de l’eau en Afrique australe. Sécurité globale, n° 9.18 p.

Bourblanc, M. 2017. State Transformation and Policy Networks: The Challenging Implementation of New Water Policy Paradigms in Post-Apartheid South Africa, Water Alternatives, 10 (2), pp303-321.

Castel, R. 2003. L’insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être protégé ? Seuil, coll. « La République des idées », Paris, 93 p.

D’Ercole, R. ; Metzger, P. 2009. La vulnérabilité territoriale : une nouvelle approche des risques en milieu urbain, Cybergeo : European Journal of Geography [En ligne], Dossiers, document 447, mis en ligne le 31 mars 2009.

Fernandez, S. 2017. Gouverner la pénurie d’eau. Quels discours et quelles pratiques ? In Pierron, J.P. (Dir.) ; Harpet, C. (Coll), Écologie politique de l’eau. Rationalités, usages et imaginaires. Hermann, Paris, France. 587 p.

François, M. 2006. La pénurie d’eau en Espagne : un déficit physique ou socio-économique ? Géocarrefour, vol. 81/1, pp. 25-35.

Hoff, H. 2011. Understanding the Nexus. Background.Paper for the Bonn 2011 Conference: The Water, Energy and Food Security. Stockholm, Stockholm Environment Institute (SEI).

Julien, F. (dir.). 2012. La gestion intégrée des ressources en eau dans l’Afrique subsaharienne. Paradigme occidental, pratiques africaines. Québec : PUQ, 306 p.

Lavie, E., Maupin, A. et D. Blanchon. 2015. La pénurie de l’eau, un discours à quelles fins ? pp. 154-183.In Redon, M., Magrin, G., Chauvin, E., Perrier Bruslé, L. et E. Lavie (dir.). Ressources mondialisées. Essais de géographie politique. Paris : Publications de la Sorbonne, coll. « Territoires en mouvements », 336 p.

Linton, J. 2010. What is water? The history of a modern abstraction. Vancouver, UBC Press. 352 p.

Magrin, G. ; Chauvin, E. ; Lavie, E. ; Perrier-Bruslé, L. ; Redon, M. 2015. Introduction : Abondance, pénurie, espace et pouvoir, pp. 8-18. In Redon, M., Magrin, G., Chauvin, E., Perrier Bruslé, L. et E. Lavie (dir.). Ressources mondialisées. Essais de géographie politique. Paris : Publications de la Sorbonne, coll. « Territoires en mouvements », 336 p.

Magrin, G. 2015. Double alchimie au lac Tchad : ou comment transformer la ressource en pénurie et la pénurie en ressources, pp. 184-218. In Redon, M., Magrin, G., Chauvin, E., Perrier Bruslé, L. et E. Lavie (dir.). Ressources mondialisées. Essais de géographie politique. Paris : Publications de la Sorbonne, coll. « Territoires en mouvements », 336 p.

Ohlsson, L. 1999. Water Scarcity and Conflict.Security Challenges of the 21st Century. Bern et Francfort, Peter Lang.

Paquerot, S. 2010. L’hydropolitique à la politique de l’eau : exigences conceptuelles et dialogue interdisciplinaire pour une prise en compte des enjeux globaux, Dynamiques internationales, n°2.

Stephan R.M. ; Mohtar, R.H. ; Daher, B. ; EmbidIrujo, A. ; Hillers A. ; Ganter, J.C. ; Karlberg, L. ; Martin, L. ; Naiziri, S. ; Rodriguez, D.J. ; Sarn, W. Water-Energy-Food Nexus : a Platform for Implementing the Sustainable Development Goals, Water International, Research Article. Routledge, IWRA.

Trottier, J. 2008.Water crises: political construction or physical reality? Contemporary Politics, 14:2, pp. 197-214.

Dates

  • vendredi 15 mars 2019

Mots-clés

  • ressources, risques, hydropolitique, agriculture, énergie

Contacts

  • Emilie Lavie
    courriel : emilie [dot] lavie [at] univ-paris-diderot [dot] fr
  • Agathe Maupin
    courriel : agathe [dot] maupin [at] ac-reunion [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Emilie Lavie
    courriel : emilie [dot] lavie [at] univ-paris-diderot [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Risques et ressources dans les Suds », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 19 février 2019, https://calenda.org/563369

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