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Construction des savoirs scolaires : enjeux épistémologiques et politiques

The construction of scholarly knowledge: epistemological and political issues

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Publié le mercredi 20 février 2019 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Si l'institution scolaire est confortée dans ses fonctions fondamentales de socialisation des jeunes générations et de consolidation des acquis démocratiques, si la plupart des Etats ont relevé le défi de l'éducation pour tous, la question de "ce que l'école enseigne ou devrait enseigner" demeure au premier plan des politiques scolaires ces dernières décennies. Le propos de cette journée d'étude qui s'articule autour de trois axes est de s'interroger sur les enjeux épistémologiques et politiques autour des savoirs scolaires, dans une perspective nationale et/ou internationale.

Annonce

Argumentaire

Au cours des décennies 1980-1990, une série de réformes scolaires et curriculaires a animé les systèmes éducatifs de plusieurs pays à travers le monde. Les États-Unis, le Canada ainsi que la France ont mobilisé dans le cadre de leurs politiques scolaires les termes ‘multiculturalisme’ et ‘interculturalité’ afin de valoriser/reconnaitre la diversité et, dans certains cas, de construire un espace épistémologique qui synthétise savoirs dominants et minoritaires dans une relation égalitaire. Toutefois, ces deux perspectives rencontrent encore de nombreuses difficultés et résistances aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord. D’une part, on estime que leur articulation dans l’espace scolaire est source de fragmentation sociale voire de menace à la cohésion nationale. D’autre part, elles sont accusées d’être réduites à l’inclusion de quelques récits subalternes ou auteurs issus des groupes minoritaires dans les programmes scolaires conventionnels, au lieu de s’inscrire dans des perspectives de transformation structurelle et socio-historique.

Ainsi, aujourd’hui, si l’institution scolaire est confortée dans ses fonctions fondamentales de socialisation des jeunes générations et de consolidation des acquis démocratiques, si la plupart des États ont relevé le défi de l’éducation pour tous, la question de « ce que l’école enseigne ou devrait enseigner » demeure au premier plan des politiques scolaires ces dernières décennies. Les transformations démographiques et socioéconomiques augmentent les défis autour des politiques scolaires, et la volonté des États de construire des savoirs reposant sur des priorités et aspirations nationales se heurte à la transnationalité des mondialisations et aux expériences diverses. Il s’avère donc pertinent de s’interroger, dans le cadre d’une journée d’étude sur les enjeux épistémologiques et politiques autour des savoirs scolaires, dans un contexte politique et socio-économique mouvant et globalisé.

Axes thématiques

La thématique de cette journée s’articule autour d’axes suffisamment inclusifs pour permettre d’amorcer une réflexion pluridisciplinaire sur les problématiques liées aux politiques scolaires et curriculaires dans une perspective nationale et/ou internationale. Les propositions émanant des champs de la sociologie, des sciences de l'éducation, de l’histoire/l’histoire des idées, de la géographie, de la civilisation, des Cultural Studies, de la littérature et de l’art seront bienvenues. La priorité est donnée aux propositions qui s’inscrivent dans les trois axes suivants, mais l’appel reste ouvert aux autres travaux traitant de questions connexes liées à l’éducation.

Axe 1 : Processus de construction et de légitimation des savoirs scolaires

Vu les contextes sociopolitiques et historiques spécifiques, il n’est guère aisé de comparer ou de contraster les politiques curriculaires américaines, françaises, britanniques ou canadiennes etc. La philosophie sous-jacente et le caractère fédéral des États-Unis et du Canada, par exemple, confèrent à leurs systèmes scolaires certaines spécifiés. Par ailleurs, dans certains pays, les instances scolaires locales sont responsables de l’élaboration et de la mise en œuvre de leurs propres contenus curriculaires, et dans d’autres les académies ou commissions scolaires doivent appliquer un ensemble de programmes conçus par une autorité centrale.

Il s’agit prioritairement de s’interroger sur l’histoire des disciplines scolaires, leurs bases institutionnelles, leur processus de construction et de légitimation dans le domaine des sciences humaines et sociales ainsi que des disciplines scientifiques. Les propositions pourront porter sur la façon dont les savoirs scolaires, organisés en disciplines, sont impactés par les contextes politiques, dans une perspective nationale et/ou internationale.

En outre, les propositions adoptant une perspective didactique (quant aux contenus), pédagogique (quant aux méthodes) ou éducative (quant aux finalités) seront appréciées dans cet axe. Nous encourageons, enfin, des propositions de communication s’intéressant aux interactions entre « savoir scolaire » et « savoir savant », d’autant plus que les demandes de l’école invitent souvent les universitaires, historiens comme sociologues, à développer des projets de recherches et à proposer des solutions.

Axe 2 : Les savoirs scolaires à l’épreuve des cultures

Les sociétés marquées par le pluralisme sont plus que jamais confrontées à la problématique de l’éducation au sein d’un système éducatif unique, et d’une population d’élèves de plus en plus hétérogène. Dans cet axe, on pourra s’intéresser aux enjeux théoriques et méthodologiques de l’éducation interculturelle et/ou multiculturelle. L’on peut par exemple porter un regard croisé sur le pluralisme nord-américain grâce auquel la différence culturelle s’exprime à travers l’appartenance à un groupe identitaire distinct et au modèle républicain français qui ne reconnait pas les groupes au nom de l’indivision de la nation. Entre le premier modèle qui débouche parfois sur une surenchère identitaire et ethnique susceptible de porter atteinte à la cohésion sociale et le second qui fait fi de la réalité́ du pluralisme culturel, quel modèle intermédiaire adopter pour mieux inclure les « cultures autres » dans les savoirs scolaires – un modèle qui permettrait d’appréhender les histoires et les cultures des groupes minoritaires dans le cadre de leurs apports aux savoirs conventionnels en excluant tout processus de domination.

Cet axe soulève également la question de l’enseignement de l’histoire dans les sociétés aux prises avec l’héritage esclavagiste et colonial. Objet de controverses récurrentes en Amérique du Nord tout comme en Europe depuis les années 1980, l’enseignement du « fait colonial » occupe une place importante dans les débats publics sur l’institution scolaire, un débat qui tourne autour d’enjeux identitaires, civiques (l’attachement à la nation), ou sociaux (lutte contre les inégalités, le racisme, les stéréotypes). Dans les contextes scolaires marqués par la diversité culturelle, comment réconcilier le besoin de reconnaissance des groupes minoritaires avec la volonté des États de joindre les programmes d’histoire à l’éducation à la citoyenneté ?

Les cultures urbaines sont devenues des expressions culturelles qui structurent l’imaginaire d’un grand nombre de jeunes où qu’ils soient dans le monde. Cet axe nous permettra, enfin, de questionner leur apport pédagogique à la lumière de recherches et d’expériences entreprises depuis les années 1990.

Axe 3 : Émancipation et savoirs scolaires

Les savoirs scolaires, en tant que produit d’une série de choix, sont intrinsèquement liés à la question du pouvoir en de multiples aspects, au mouvement des idées et des idéologies qui ont marqué l’histoire du monde. Pour de nombreux intellectuels issus des courants postcolonial et/ou décolonial, l’expansion européenne dans le reste du monde constitue le point de départ de la mise en place d’une épistémologie coloniale qui ne cesse de se perpétuer par la suite. Les savoirs scolaires sont ainsi considérés comme des expressions politiques liées à des positions de pouvoir et à des représentations.

Cet axe portera sur les rapports de domination liés aux savoirs scolaires ainsi que leur dimension émancipatrice – étant donné que l’émancipation suscite encore un certain regain d’intérêt dans le champ de la pensée éducative.  On pourra par exemple se référer aux pédagogies critiques qui se situent dans le sillage de l’œuvre du pédagogue brésilien Paolo Freire. Ses principaux représentants, Henry Giroux, bell hooks, Michael Apple et Peter McLaren pour ne citer que ceux-là, situent leur réflexion dans une perspective résolument émancipatrice en insistant sur la transformation de la société néolibérale à des fins de justice sociale et environnementale, en particulier les inégalités et les discriminations de toutes sortes.

Le système carcéral est un lieu de privation de liberté mais également un espace censé préparer à la réinsertion des détenu.e.s notamment par le biais de l’éducation. Enseigner en prison, apprendre en prison sont également des thématiques cruciales sur lesquelles cet axe nous permettra de réfléchir.

Modalités de soumission

Les propositions à envoyer à l’adresse : savoirs.ua@gmail.com devront comporter un résumé d’environ 300 mots et une brève notice biographique de l’auteur.e. Les communications dureront entre 15 et 20 minutes afin de laisser une large place à la discussion. 

Les propositions retenues par le comité scientifique pourront faire l’objet d’une publication ultérieure dont les modalités restent à définir.

Calendrier

  • 28 mars 2019 : date limite de réception des propositions de communications 

  • 12 avril 2019 :  réponses du comité scientifique
  • 24 Mai 2019 : tenue de la journée d’étude à l’Université des Antilles, ESPE Martinique

Comité d’organisation

  • Steve Gadet, MCF, Université des Antilles-Pôle Martinique
  • Cheikh Nguirane, MCF, Université des Antilles-ESPE Martinique

Comité scientifique

  • Bertrand Troadec, Professeur des Universités (Université des Antilles-ESPE Martinique)
  • Yann Lhoste, Professeur des Universités (Université des Antilles-Pôle Martinique)
  • Charles Scheel, Professeur des Universités (Université des Antilles-Pôle Martinique)
  • Bernard Delpêche, Associate Professor (Acadia University, Nova Scotia)
  • Cécile Bertin-Elizabeth, Professeur des Universités (Université des Antilles- Pôle Martinique)
  • Ibra Sene, Associate Professor (The College of Wooster, Ohio)
  • Fred Reno, Professeur des Universités (Université des Antilles- Pôle Guadeloupe)
  • Vcitorien Lavou Zounghou, Professeur des Universités (Université de Perpignan)
  • Jean-Pierre Sainton, Professeur des Universités (Université des Antilles-Pôle Guadeloupe)

Bibliographie indicative 

Apple, M. W. (2003). The State and the Politics of Knowledge. New York & London : Routledge.

Banks, J. A., & Banks, C. A. M. (Eds.). (2001). Multicultural education : Issues and perspectives (4th ed.). New York : Wiley.

bell hooks, b. (1994). Teaching to Transgress : Education as the Practice of Freedom. New York & London : Routledge.

De Cock, L. (2018). Dans la classe de l’homme blanc : l’enseignement du fait colonial des années 1980 à nos jours. Lyon : Presses Universitaires de Lyon.

De Cock, L. (dir.) (2017). La Fabrique scolaire de l’histoire. Marseille : Agone.

Durpaire, F. (2002). Enseignement de l’histoire et diversité culturelle. Paris : Hachette.

Dubois, J. & Legris, P. (2018). Disciplines scolaires et cultures politiques : Des modèles nationaux en mutation depuis 1945. Rennes : Presses Universitaires de Rennes.

Falaize, B., Heimberg, C., Loubes, O. (2013). L’école et la Nation. Actes du séminaire scientifique international. Lyon, Barcelone, Paris 2010. Lyon : ENS Éditions.

Fabre, M. (2007). Des savoirs scolaires sans problèmes et sans enjeux. La faute à qui ? Revue française de pédagogie, 161, 19-78.

Forquin, J-C. (2000). L’école et la question du multiculturalisme : approches françaises, américaines et britanniques. In Zanten, A. V. (dir.). L’école : l’état des savoirs (p.151-160). Paris : La Découverte.

Freire, P (1993). The Pedagogy of the Oppressed. New York & London : Continuum.

Gadet, S (2018). A l’aide ! Les cultures urbaines sont dans ma classe ! Paris : L’Harmattan.

Giroux, H. (2011). On Critical Pedagogy. New York & London : Continuum.

Harlé, I. (2010). La fabrique des savoirs scolaires. Paris : La Dispute.

Malet, R.  (dir.) (2010). École, médiations et réformes curriculaires : Perspectives internationales. Bruxelles : De Boeck.

Roger-François Gauthier et Agnès Florin, « Que doit-on apprendre à l’école ? Savoirs scolaires et politique éducative », Rapport Terra Nova, 27 mai 2016.

Sleeter, C. & McLaren, P. (eds.) (1995). Multicultural Education, Critical Pedagogy, and the Politics of Difference. Albany : State University of New York Press.

Lieux

  • Université des Antilles-ESPE Martinique - Route du Phare-Pointe des Nègres
    Fort-de-France, Martinique (97200)

Dates

  • jeudi 28 mars 2019

Fichiers attachés

Mots-clés

  • éducation, savoirs scolaires, épistémologie, multiculturalisme, interculturalité, émancipation

Contacts

  • Cheikh Nguirane
    courriel : cheikhnguirane [at] hotmail [dot] fr
  • Steve Gadet
    courriel : steve [dot] gadet [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Cheikh Nguirane
    courriel : cheikhnguirane [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Construction des savoirs scolaires : enjeux épistémologiques et politiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 20 février 2019, https://calenda.org/564182

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