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Images scientifiques / images artistiques : croisements méthodologiques

Scientific images / artistic images - methodological intersections

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Publié le mardi 19 mars 2019 par Céline Guilleux

Résumé

À la question de ce que l’histoire de l’art offre à l’analyse des images non artistiques, s’en ajoute alors une autre : quel apport (quelles stratégies, quelles notions) peuvent donner les méthodes scientifiques d’analyse d’images à l’histoire de l’art ? Est-ce que – juste pour donner deux exemples – la réduction du bruit ou l’emploi des fausses couleurs en astronomie peuvent enrichir la boîte à outils de l’historien de l’art ? Ces deux questions méthodologiques se croisent nécessairement sur le plan épistémologique : quel type de connaissance produisent les images ? Les images artistiques ainsi que les images scientifiques visent-elles l’objectivité ? Et encore, pour évoquer Daston et Galison, une histoire en images de l’objectivité peut-elle reconstruire une histoire des types de vision ? 

Annonce

Direction

Numéro dirigé par Andrea Pinotti et Giuseppe Di Liberti

Argumentaire

Dans son texte de 1999, The Domain of Images, James Elkins indiquait dans le vaste domaine des images non-artistiques – c’est-à-dire toutes les images produites au-delà du concept moderne et occidental d’art – un groupe d’images (graphiques, diagrammes, cartes, atlas, timbres, dessins techniques, images scientifiques) dites informationnelles (informational images) dont la finalité principale est la transmission d’informations. D’après Elkins l’histoire de l’art avait souvent pris en compte ces images pour déterminer les sources iconographiques des images artistiques. L’histoire de l’art les avait bien plus rarement considérées du côté de l’analyse du style, des formes de représentation ou de l’expressivité.

La simple catégorisation proposée dans son essai entre images artistiques et images informationnelles, avait justement un double objectif : questionner l’apport que l’histoire de l’art, avec sa boîte à outils conceptuels, offrait à l’interprétation des images informationnelles et saisir la possibilité pour l’histoire de l’art de repenser certains de ses catégories à partir de l’étude de ces images. Les images informationnelles soulèvent en effet les mêmes problèmes que les images artistiques (périodisation, styles, signification, histoire des idées, expressivité) et interrogent, exactement comme les images artistiques, les codes de représentation, le médium, les conditions de production, interprétation et réception.

Vingt ans après la publication de The Domain of Images, le scénario a un peu changé et l’ouverture souhaitée par Elkins s’est en bonne partie réalisée. Il est vrai que la large reconsidération critique et historique des images non-artistiques, ainsi que l’emploi fréquent des images non-artistiques par les artistes visuels (les « images opérationnelles » utilisées par Harun Farocki, ou les images de surveillance employées par Thomas Ruff, pour ne donner que deux exemples) ou encore la forte esthétisation des images du réel, rendent bien plus poreuse, pour notre sens commun, la frontière entre images artistiques et non-artistiques. D’ailleurs, Elkins lui-même, toujours en 1999, proposait d’écrire sur les images au-delà des catégories « art » et « non-art » et montrait précisément comment cette deuxième catégorie définie ex negativo regroupait des images assez hétérogènes.

Alors que les questions de catégorisation et de définition des images restent toujours ouvertes, les techniques de production des images et leur emploi en médecine, physique, mathématiques, chimie, sciences de la vie, astronomie, n’ont pas cessé de s’accroitre, en développant des méthodes d’analyse de plus en plus complexes et sophistiquées.

À la question de ce que l’histoire de l’art offre à l’analyse des images non artistiques, s’en ajoute alors une autre : quel apport (quelles stratégies, quelles notions) peuvent donner les méthodes scientifiques d’analyse d’images à l’histoire de l’art ? Est-ce que – juste pour donner deux exemples – la réduction du bruit ou l’emploi des fausses couleurs en astronomie peuvent enrichir la boîte à outils de l’historien de l’art ?

Ces deux questions méthodologiques se croisent nécessairement sur le plan épistémologique : quel type de connaissance produisent les images ? Les images artistiques ainsi que les images scientifiques visent-elles l’objectivité ? Et encore, pour évoquer Daston et Galison, une histoire en images de l’objectivité peut-elle reconstruire une histoire des types de vision ? La valeur épistémologique des images est déterminée par l’historicité de la vision. Chaque outil de production d’images – du microscope au pinceau – incorpore une théorie de la vision (car la vision a toujours constitué le domaine de la preuve) et toute théorie de la vision, à son tour, révèle l’historicité des formes d’objectivisation du réel.

Ce numéro d’Images Re-vues vise alors à explorer ces trois parcours : (1) l’emploi de l’histoire de l’art pour expliquer les images scientifiques ; (2) l’apport des méthodes d’analyse des images scientifiques pour étudier les images de toute sorte (y compris les images artistiques) ; (3) la continuité entre les images artistiques et les images scientifiques pour contribuer à une histoire de la vision.

Modalités de soumission

Date limite de remise des propositions (3000 signes maximum) : 15 septembre 2019 ;

remise des articles (55000 signes maximum) : 15 décembre 2019.

Langues acceptées pour les propositions : français, anglais, espagnol, allemand, italien.

Langues acceptées pour les articles : français et anglais.

Bibliographie

Allamel-Raffin, C., « La complexité des images scientifiques. Ce que la sémiotique de l’image nous apprend sur l'objectivité scientifique » Communication et langages n°149, 2006, pp. 97-111.

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Castro, T., « La rationalité cartographique de l’Histoire de l’art: tableaux synoptiques, atlas, diagrammes », Acta Historiae Artium, Actes du Colloque ‘How to write Art History: National, Regional or Global, International Conference of the History of Art, 49, 2008, p. 159-171.

Crary, J., Techniques of the Observer: on Vision and Modernity in the Nineteenth Century, Cambridge, MA: MIT, 1990 ; trad. fr. de F. Maurin, Techniques de l'observateur : Vision et modernité au XIXe siècle, Bellevaux, Éditions Dehors, 2016. (première édition (épuisée) : L'Art de l'observateur : Vision et modernité au XIXe siècle, Nîmes, Éditions Jacqueline Chambon, 1994.

Daston, L., Galison, P., Objectivity, Cambridge, Mass, Zone Books, 2007 ; trad. fr. de S. Renaut et H. Quiniou, Objectivité, Paris, Les presses du réel, 2012.

Dondero, M. G., « Sémiotique de l’image scientifique », Revue Signata-Annales des Sémiotiques, 1, 2010, p. 111-175.

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Latour, B. (éd.), Culture technique n° 14, Les Vues de l’esprit, juin 1985.

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Ruse, M, Taylor, P. « Pictorial Representation in Biology » Biology and Philosophy (Special Issue), n°2, vol. 6, 1991.

Van Dijck, J. The Transparent Body: A Cultural Analysis Of Medical Imaging (In Vivo: the Cultural Mediations of Biomedical Science), University of Washington Press, 2005.

Dates

  • dimanche 15 septembre 2019

Mots-clés

  • image, art, science

Contacts

  • Giuseppe Di Liberti
    courriel : giuseppediliberti [at] gmail [dot] om

URLS de référence

Source de l'information

  • Giuseppe Di Liberti
    courriel : giuseppediliberti [at] gmail [dot] om

Pour citer cette annonce

« Images scientifiques / images artistiques : croisements méthodologiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 19 mars 2019, https://calenda.org/585717

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