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Pratiques de l'oubli en musique

Mémoires, politiques, patrimonialisations

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Published on Thursday, April 04, 2019 by Céline Guilleux

Summary

Mémoire et patrimonialisation sont très largement convoquées depuis plusieurs années, mais leur envers, l'oubli, mérite d'être aussi interrogé, en particulier dans le champ de la musique, entre musicologie et ethnomusicologie. Si la construction des pratiques mémorielles implique l’oubli (pour paraphraser Paul Ricœur, raconter une histoire, c’est en oublier une autre), si l’oubli est nécessaire à la vie suivant une perspective nietzschéenne, porter le regard sur ce qui a été laissé à l'écart du domaine musicologique et ethnomusicologique durant le XXe siècle nous renseignera aussi sur les principes épistémologiques des enquêteurs ainsi que sur les sociétés qui ont choisi de se souvenir ou d’oublier tel type de musique de tradition orale, tel genre, tels acteurs. Les sources pour aborder le vaste champ des musiques oubliées sont multiples : textes, collections discographiques, photographies.

Announcement

Argumentaire

Depuis les premiers enregistrements ethnographiques de Hubert Pernot et de Béla Bartók jusqu’à la constitution de l’ethnomusicologie en discipline scientifique, l’idée d’étudier et de sauvegarder des musiques de tradition orale menacées de disparition et/ou d’oubli a été centrale. Mais la patrimonialisation est aussi un acte politique, et la musique a été utilisée comme marqueur identitaire dans des contextes nationalistes et selon des politiques mémorielles entraînant l’oubli de pratiques musicales passant pour non légitimes. Enfin, avec l’expansion des enregistrements discographiques, les pratiques mémorielles soulèvent le problème considérable de la valeur de la musique : que faut-il conserver, enregistrer et rappeler à la mémoire ou enfouir dans l’oubli, et pourquoi ? Qu’en est-il des modes musicales, des échecs, des disparitions ? Comment articuler l’histoire du goût musical et les contextes sociaux et culturels qui ont vu naître les œuvres ?

Depuis une vingtaine d’années, le rapport entre musique, patrimoine et mémoire a donné lieu à de très nombreux travaux à propos du revival des musiques « populaires », de la conservation des traditions et des processus de patrimonialisation. Ces vastes champs d’étude méritent encore d’être développés dans une perspective d’histoire sociale et de sociologie de la musique, et cette journée posera quelques jalons en ce domaine. Une réflexion sur les différentes formes d’oubli et/ou d’amnésie pourra être engagée à partir d’études de cas en Amérique latine et en Grèce (deux aires géographiques souvent rapprochées par ailleurs dans la seconde moitié du vingtième siècle), afin d’éclairer les processus de formation de répertoires et de collections, et d’analyser les interdictions, les censures de genres musicaux et les relégations d’individus ou de groupes sociaux. Lors de cette journée, il sera également question de réfléchir sur ce qui a été oublié et de s’interroger sur la notion de la valeur de la musique, qu’on peut envisager sur différents plans, affectif, idéologique, politique, esthétique.

Programme

Musique, oubli et politique

  • 9h30  Accueil des participants.

Mot d’accueil par Irini Tsamadou-Jacoberger, directrice du GEO- EA 1340.

  • 10h-10h40 La thématique de l’oubli dans la chanson française Didier Francfort (Professeur, Université de Nancy)
  • 10h40-11h20 Lutter contre l’oubli et la colonisation musicale du monde ?La Collection Unesco de musique traditionnelle Anaïs Fléchet (MCF, Université de St-Quentin-en-Yvelines, IUF)

11h20-11h40 Pause

  • 11h40-12h20 Enregistrer les musiques traditionnelles en Grèce : les oublis “nécessaires” pour entretenir la mémoire Maria Zerva (MCF, GEO – Université de Strasbourg)
  • 12h20-13h Silence des photographies, mémoire des musiques en Grèce. Un parcours dans les images musicales de Kostas Balafas et Nikos Economopoulos Christophe Corbier (CR, CNRS – IReMus) et Vassiliki Mavroidakou (CMN – Villa Kérylos, Beaulieu-sur-mer)

13h-14h30 Déjeuner

Les enregistrements discographiques entre mémoire et oubli

  • 14h30-16h   Table ronde : Compagnies phonographiques, enregistrements et pratiques musicales : une mémoire à reconfigurer ?

Avec la participation de Panagiota Anagnostou (post-doctorante, Université de Strasbourg), Thomas Henry (collectionneur) et Georges Kokkonis (Professeur, Université de Ioannina, Grèce).

16h-16h20  Pause

  • 16h20-16h40  Intermède musical avec les disques 78 tours de Thomas Henry
  • 16h40-18h Projection d’un extrait (durée : 25 minutes) du film documentaire en production Columbia, l’odyssée unique d’une fabrique des disques de Louis-Davis Brozzetti et Cyril Plotnikoff (sortie prévue pour 2020). Productions Logarythm.

Introduction du film et discussion avec la présence d’un des réalisateurs, Louis-Davis Brozzetti.

18h Conclusions

Comité d’organisation

  • Panagiota Anagnostou (GEO EA 1340 – Université de Strasbourg) : p.anagnostou@unistra.fr
  • Christophe Corbier (CNRS – IReMus UMR 8223) : christophe.corbier@cnrs.fr

Places

  • Salle des Conférences, MISHA - 5 allée du Général Rouvillois
    Strasbourg, France (67)

Date(s)

  • Tuesday, April 09, 2019

Attached files

Keywords

  • ethnomusicologie, oubli, représentation, musique, Grèce, UNESCO, patrimonialisation, enregistrement discographique, photographie

Contact(s)

  • Christophe Corbier
    courriel : christophe [dot] corbier [at] cnrs [dot] fr
  • Panagiota Anagnostou
    courriel : p [dot] anagnostou [at] unistra [dot] fr

Information source

  • Christophe Corbier
    courriel : christophe [dot] corbier [at] cnrs [dot] fr

To cite this announcement

« Pratiques de l'oubli en musique », Study days, Calenda, Published on Thursday, April 04, 2019, https://calenda.org/598643

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