HomeLa loyauté linguistique

*  *  *

Published on Tuesday, April 16, 2019 by Céline Guilleux

Summary

La notion loyauté linguistique peut nous aider à mieux comprendre pourquoi une communauté a pu maintenir sa langue alors qu’elle était soumise à une pression linguistique extérieure. La notion est très souvent mobilisée dans la littérature francophone. Néanmoins, malgré son importance et les processus qui y sont liés en rapport avec le maintien ou non d’une langue, nous faisons le constat qu’il n’existe aucun ouvrage francophone de référence permettant d’en cerner, au moins partiellement, les principaux enjeux. Nous voudrions par conséquent, à travers cette nouvelle collaboration internationale et francophone, combler cette lacune, même modestement, et engager la réflexion autour de ce pan essentiel de la sociolinguistique.

Announcement

Direction scientifique

Appel à contribution pour un ouvrage collectif sous la direction de Romain Colonna (Université de Corse – UMR CNRS 6240 LISA) & Carmen Alén Garabato (Université Paul Valéry Montpellier 3 – DIPRALANG EA 739) avec la participation d’Henri Boyer (Université Paul Valéry Montpellier 3) 

Argumentaire

L’étude des représentations, des attitudes et des idéologies linguistiques joue un rôle fondamental dans la compréhension des processus d’abandon et de revitalisation linguistiques, qu’on leur confère une dimension individuelle ou collective.

C’est à ce titre que nous avons voulu dans un premier temps nous intéresser à une notion essentielle et pourtant peu décrite jusqu’à alors dans la littérature francophone : l’auto-odi (Alén Garabato & Colonna 2016), littéralement la « haine de soi » en sociolinguistique, sorte d’auto-dépréciation du dominé selon les critères normatifs habituellement véhiculés par le dominant. Cette attitude peut, au moins en partie, expliquer l’abandon de sa propre langue et la critique véhémente à son encontre.

À l’opposé de cette notion d’auto-odi, on rencontre celle de loyauté linguistique. Elle peut nous aider à mieux comprendre pourquoi une communauté a pu maintenir sa langue alors qu’elle était soumise à une pression linguistique extérieure.

S. Akin (2017) en s’appuyant sur les travaux de J. Fishman en donne la définition suivante : « La loyauté linguistique est considérée comme l’attitude consciente et explicite ou le sentiment d’une communauté à maintenir l’usage de sa langue maternelle dans des situations mettant en contact des communautés linguistiquement différentes (Fishman 1991) ».

H. Boyer quant à lui s’appuie sur U. Weinreich (1953) l’un des premiers promoteurs du concept. Il souligne ainsi le rôle essentiel de la loyauté linguistique : « Il est évident que dans des situations de minoration, lorsque le plein exercice d’un idiome communautaire est en cause, ce sentiment peut jouer un rôle fondamental dans l’évolution de la concurrence sociolinguistique. Et on voit bien que la "loyauté" en matière linguistique est inégalement partagée, ce qui contribue à expliquer (mais n’y suffit pas) les différences de développement et d’issue des conflits diglossiques dans le monde. Il s’agit donc là d’un facteur parfois décisif dont il convient de prendre l’exacte mesure dans le cas d’un diagnostic sociolinguistique » (Boyer 1997 : 23). 

La notion est très souvent mobilisée dans la littérature francophone (par exemple : Niculescu 1996 ; Boyer 1997, 2016 ; Lagarde 2006 ; Colonna 2013). Néanmoins, malgré son importance et les processus qui y sont liés en rapport avec le maintien ou non d’une langue, nous faisons le constat qu’il n’existe aucun ouvrage francophone de référence permettant d’en cerner, au moins partiellement, les principaux enjeux. Nous voudrions par conséquent, à travers cette nouvelle collaboration internationale et francophone, combler cette lacune, même modestement, et engager la réflexion autour de ce pan essentiel de la sociolinguistique. D’autant que les questions liées à cette notion sont aussi vives que nombreuses.

Les contributions composant l’ouvrage s’interrogeront sur les points suivants (liste non exhaustive et non hiérarchique) :   

1. Historique de la notion et épistémologie. L’ouvrage accueillera favorablement les contributions qui permettent de dresser un historique de la notion, ses sources, ses éventuelles différentes réceptions et nuances théoriques (Weinreich 1953, Fishman 1991…).

2. Approche psychosociale de la loyauté linguistique. La loyauté linguistique est-elle "héritée" ou est-elle "élaborée" selon un parcours biographique particulier, un contexte et un discours familial, professionnel, politique ?  Il s’agira d’interroger plus précisément le rapport qu’entretiennent la communauté et l’individu dans l’émergence du sentiment de loyauté linguistique.

3. Manifestations de la loyauté linguistique selon les contextes (plus ou moins mino(ris)és/minoritaires, dans les diasporas…), les différents moments des dynamiques diglossiques, selon les langues (la loyauté concerne-t-elle nécessairement la langue dite « maternelle » ?). Peut-on établir une sorte de typologie/graduation concernant la loyauté linguistique? Voit-on apparaître de nouvelles formes de loyauté. Y a-t-il une sorte de loyauté linguistique vs une loyauté ethnosocioculturelle ?

4. Loyauté linguistique et nationalisme. La loyauté linguistique est-elle nécessairement une attitude « nationaliste ». Quel est le rapport entre loyauté linguistique et politique linguistique ? Quel est le rapport entre la loyauté linguistique et la construction des États-nations ?

5. Loyauté linguistique et militantisme. Le poids de la loyauté linguistique dans la transmission des langues (très) minorisées. La loyauté linguistique est-elle indispensable pour une sortie de diglossie (de conflit diglossique) ? 

6. Loyauté linguistique et multilinguisme/diversité linguistique. Quel est le rapport à l'Autre ? Aux autres langues ? À la diversité ?

7. Loyauté linguistique et déloyauté linguistique. Ces deux attitudes peuvent-elle cohabiter ?

8. La loyauté linguistique chez les écrivains.

9. Études de cas permettant de mettre en relief certaines situations et contextes éclairant la problématique de l’ouvrage.

Modalités de contribution

Les propositions doivent être envoyées en français au format Word (4 000 signes tout compris) aux adresses email suivantes avant le 1er mai 2019 :

Elles devront faire clairement apparaître leur adéquation à au moins une des thématiques listées ci-dessus. Outre l’adéquation et l’originalité de l’article, l’attention du comité scientifique portera également sur la solidité de la démarche méthodologique proposée, la qualité des analyses envisagées, la cohérence argumentative et la structuration envisagée de l’article.

Calendrier de publication

  • 1er mai 2019 : les propositions de contribution (4 000 signes tout compris) devront être envoyées aux deux coordinateurs

  • 1er juin 2019 : réponse aux auteurs après décision du comité éditorial (après une double évaluation anonyme par le comité scientifique international) dont l’acceptation vaudra encouragement mais non pas engagement de publication.
  • 1er octobre 2019 : réception des articles
  • Octobre-novembre 2019 = période d’évaluation (par le comité scientifique)
  • 1er décembre 2019 : acceptation définitive.
  • Début 2020 : édition de l’ouvrage (chez L’Harmattan dans la collection « Sociolinguistique » dirigée par le professeur Henri Boyer).

Références bibliographiques citées

Akin Salih, (2017), « La loyauté linguistique au sein des membres de la communauté kurde en France », in Beacco Jean-Claude, Krumm Hans-Jürgen, Little David, Thalgott Philia (ed.), 2017, The Linguistic Integration of Adult Migrants / L’intégration linguistique des migrants adultes, Conseil de l’Europe, Berlin/Boston, De Gruyter.

Alén Garabato Carmen & Colonna Romain, (2016), Auto-odi. La « haine de soi » en sociolinguistique, Paris, L’Harmattan, coll. « Sociolinguistique ».

Boyer Henri, (1997), « Conflit d’usages, conflit d’images », in Boyer Henri (éd.), Plurilinguisme : "contact" ou "conflit" de langues ?, Paris, L’Harmattan, coll. « Sociolinguistique », p. 9-35.

Boyer Henri, (2016), Faits et gestes d’identité en discours, Paris, L’Harmattan, coll. « Sociolinguistique ».

Colonna Romain, (2013), Les Paradoxes de la domination linguistique, Paris, L’Harmattan, coll. « Sociolinguistique ».

Fishman Joshua, (1991), Reversing Language Shift: Theoretical and Empirical Foundations of Assistane to Threatened Languages, Clevedon: Multilingual Matters.

Lagarde Christian, (2006), « Assurer le "sauvetage" d’une langue : les conditions nécessaires sont-elles suffisantes ? », in Bulletin VALS-ASLA, n° 83/1, Institut de linguistique, Université de Neuchâtel, p. 59-70.

Niculescu Alexandre, (1996), « Loyauté linguistique », in Hans Goebl, Peter H. Nelde, Zdenek Stary & Wolfgang Wolck (dirs.), Contact Linguistics, vol. 1, Berlin, Mouton de Gruyter, p. 715-720.

Weinreich Uriel, (1970) [1953], Languages in Contact. Findings and Problems, The Hague-Paris, Mouton

Subjects

Date(s)

  • Wednesday, May 01, 2019

Keywords

  • loyauté, domination, minoration, bilinguisme, plurilinguisme, diglossie, diaspora, nationalisme, militant

Contact(s)

  • Romain Colonna
    courriel : romain [dot] colonna [at] universita [dot] corsica

Information source

  • Romain Colonna
    courriel : romain [dot] colonna [at] universita [dot] corsica

To cite this announcement

« La loyauté linguistique », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, April 16, 2019, https://calenda.org/604933

Archive this announcement

  • Google Agenda
  • iCal