AccueilLa rencontre cinématographique avec autrui

*  *  *

Publié le mardi 14 mai 2019 par Céline Guilleux

Résumé

Comment rencontre-t-on autrui au cinéma ? Quel type de réalité nous présente un film documentaire ou une fiction ? Cette journée d’étude n’entend pas considérer le cinéma comme objet pour la pensée mais examiner l’expérience cinématographique dans ce qu’elle apporte à la perception du monde et d’autrui. Elle prendra ainsi ses distances avec deux façons d’appréhender l’image : la première s’inscrit dans une tradition platonicienne et implique une séparation entre le monde sensible et le monde intelligible condamnant l’image comme nous détournant du monde vrai. La seconde assimile la « reproductibilité technique » [W. Benjamin] du film à une représentation objective ou vraie du réel. À rebours de ces deux positions, il s’agira de se demander dans quelle mesure l’image (l’image-son, l’image-temps, l’image-mouvement) permet d’exprimer une réalité singulière en raison, précisément, de sa forme cinématographique.

Annonce

Présentation

Comment rencontre-t-on autrui au cinéma ? Quel type de réalité nous présente un film documentaire ou une fiction ? Cette journée d’étude n’entend pas considérer le cinéma comme objet pour la pensée mais examiner l’expérience cinématographique dans ce qu’elle apporte à la perception du monde et d’autrui. Elle prendra ainsi ses distances avec deux façons d’appréhender l’image : la première s’inscrit dans une tradition platonicienne et implique une séparation entre le monde sensible et le monde intelligible condamnant l’image comme nous détournant du monde vrai. La seconde assimile la « reproductibilité technique » [W. Benjamin] du film à une représentation objective ou vraie du réel. À rebours de ces deux positions, il s’agira de se demander dans quelle mesure l’image (l’image-son, l’image-temps, l’image-mouvement) permet d’exprimer une réalité singulière en raison, précisément, de sa forme cinématographique.

Programme

  • 9h30 : Introduction Aurore Mréjen

Présidente de séance : Marie Cuillerai

  • 9h45-10h15 : Guillaume Le Blanc, Philosophe (Université Paris Diderot) : « Charlot athlète des normes » 

Je souhaiterais pendant mon intervention revenir sur les prouesses corporelles de Charlot et montrer comment elles décontenancent l'ordre social des normes qui fait tenir une société. Ainsi le corps de Charlot n'est-il pas ce corps qui a à s'adapter à des règles externes qui lui assurent en retour sa survie mais il est ce corps inflammable et émeutier qui fait craquer les normes et en institue de nouvelles. Le cinéma trouve là une signification politique inédite : rendre concevable la réinvention des normes et instaurer un raisonnement démocratique au cœur de sa fable.

  • 10h15-10h30 : Discussion
  • 10h30 -11h : Hala Alabdalla, Réalisatrice : « Nous cinéma, nous liberté »

Pour un jeune syrien, faire un film ressemble au cri de la naissance.

C’est un passage de l’obscurité à la lumière. Un passage vers une aventure sans fin et sans limite. Tisser des ponts du son et de la lumière afin d’échanger, contacter, bouger, avancer, découvrir, apprendre, témoigner, passer à l’aveu …Vivre. Tous les verbes du monde pourraient prendre place ici.

C’est une mise à nu par une lumière, un mouvement de caméra ou un son.

Il  fait un film : Il se donne aux yeux des autres, à leurs cœurs.

C’est une expérience qui ne finit jamais : Son impact est illimité, sans fin et sans frontière. Présence matérielle et immatérielle aussi.

Pour un jeune syrien grâce au cinéma, son cri muet prendra forme et son.

Son cri entassé, étouffé, piétiné, réprimé prendra sa place, son impact et sa liberté à travers le cinéma.

Mon cinéma existe pour me parler.

Mon cinéma existe pour te parler. 

  • 11h00 – 11h15 : Discussion
  • 11h15-11h45 : Pause
  • 11h45-12h15 : Cécile Flahault, Psychologue (Université Paris Descartes) : « Ce que le cinéma peut mettre en scène de la complexité relationnelle dans l’espace psychothérapeutique : le cas de Persona (I. Bergman) »

Dès son titre Persona pose la question du soi et de ses facettes. La question de la parole et du refus qu'y oppose l’un des personnages principaux illustrera la proximité et la « confusion des langues », ainsi que la relation paradoxale à l'autre. Ainsi, l'analyse de la relation entre les deux principales protagonistes soulèvera la question du Je et de l'Autre/double, ainsi que la place du thérapeute, de l'interprétation et de l'inter subjectivité patient/thérapeute. La place du tiers dans le devenir du sujet apportera des éléments de conclusion.

  • 12h15-12h30 : Discussion

12h30 – 14h : Pause Déjeuner

Présidente de séance : Martine Leibovici

  • 14h-14h30 : Stefan Kristensen, Philosophe (Université de Heidelberg): « Visage et paysage chez Bruno Dumont »

En repensant à l'argument de Merleau-Ponty selon lequel l'expressivité des personnages est plus forte à travers la posture et les gestes, je considère les films "classiques" de Bruno Dumont, L’Humanité, Flandres et La Vie de Jésus. Dumont montre très souvent des visages qui regardent le paysage, qui regardent d’autres visages. Qui semblent en train d’interroger cette altérité, sans qu’on puisse avoir aucune idée du degré d’empathie ou de compréhension qui se déploie. Avec la phénoménologie du cinéma de Vivian Sobchack, je voudrais montrer quelle est l’incidence de cette manière de filmer sur le spectateur et sa capacité d’action. En d’autres termes, faire le lien entre perception et action dans le cas de Bruno Dumont, le réalisateur le plus phénoménologue.

  • 14h30-14h45 : Discussion
  • 14h45-15h15 : Didier Cros, Réalisateur. Entretien avec Aurore Mréjen sur la représentation de la défiguration au cinéma à propos de son film : « La disgrâce » (2019)

Au cœur de ce film, les hommes et les femmes que l’on regarde avec difficulté. Ceux sur qui les enfants s’interrogent à haute voix sans retenue, ceux qui suscitent une curiosité malsaine et dont on se moque parfois. Nos semblables, mais des personnes que l’on observe du coin de l’œil faute d’avoir le courage de les regarder en face.  Ce film donne la parole aux faces détruites, aux identités déglinguées par le hasard ou la destinée. Figures malformées de naissance, visages ravagés par les accidents de la vie. Comment vivre sous le poids de la différence ? Par quoi doit-on passer pour accepter ce que l’on est et le faire admettre aux autres ? Qu’est ce que la singularité la plus dérangeante peut nous dire de notre humanité commune ?  Ce film est un face à face. Un face à face des témoins avec les spectateurs, et des témoins avec eux-mêmes. Le lieu de l’expression de cette parole n’est pas un endroit comme un autre. Il s’agit du mythique studio de photographie français : "Harcourt" qui, depuis 1934, a vu défiler sur ses plateaux des stars du monde entier. Le temple du glamour, le sanctuaire de la beauté. Ce qui va se jouer lors de cette séance photo avec chacun des témoins de ce film, c’est la réappropriation du regard sur soi. L’occasion de s’offrir une revanche, alors que l’on n’est pas regardé avec respect et considération.

  • 15h15-15h30 : Discussion
  • 15h30-16h : Pause

Présidente de séance : Claudia Girola

  • 16h-16h30 : Alice Carabédian, Philosophe (Université Paris Diderot): "Du monstre à l'extraterrestre : où en est le cinéma de science-fiction dans sa représentation de l'altérité ?"

La science-fiction est dès le départ une poétique de l'altérité : non seulement elle enjoint les lecteurs ou les spectateurs à se désidentifier en les projetant dans des espaces-temps autres, mais elle met également en scène des problématisations de l'altérité à coup de monstres, de mutants, de cyborgs, de sociétés alternatives ou encore de technologies imaginaires. La figure du monstre est en cela un des piliers du genre : à la fois repoussoir par rapport auquel va se constituer et s'identifier l'humanité, à la fois danger potentiel, le monstre a pris différents visages, a évolué et a incarné différentes problématiques profondément politiques au fil de l'histoire de la science-fiction (question de la "nature humaine", du racisme, de l'égalité...). Qu'en est-il aujourd'hui ? Comment les films contemporains de science-fiction se saisissent-ils de la question de l'altérité radicale ? Est-il toujours question d'ennemis extérieurs (les aliens) risquant de nous anéantir ou d'ennemis intérieurs (les mutants) prêts à détruire nos modèles sociaux ? Avec les monstres de la science-fiction ce n'est pas seulement la question du rapport à l'autre que soi qui se pose, mais c'est bien notre rapport au monde, à nos catégories de pensée et à la politique. Pour cette raison, la science-fiction, même dans ces productions à grand public et les moins critiques, représente un champ qui ouvre nos perspectives, non parce qu'elle apporterait des réponses comme le ferait un oracle, mais parce qu'elle pose des questions : "Et si...?" 

  • 16h30-16h45 : Discussion
  • 16h45-17h15 : Yann Dedet, Monteur : « De l'opposition dialectique comme nécessité absolue du montage »

Analyse de deux séquences :

- Dans Double Messieurs (Jean-François Stevenin, 1986) : séquence de la bagarre dans la neige entre Stévenin et Bouquet (l'amour comme lutte).

- Dans Sweet Movie (Makavejev, 1974) : séquence de la célébration de la merde sur l'hymne à la joie.

  • 17h15-17h30 : Discussion

Lieux

  • Amphithéâtre Turing (Bâtiment Sophie Germain) - Paris Diderot, 8 place Aurélie Nemours
    Paris, France (75013)

Dates

  • mercredi 05 juin 2019

Mots-clés

  • cinéma

Contacts

  • Aurore Mréjen
    courriel : aurore [dot] mrejen [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Aurore Mréjen
    courriel : aurore [dot] mrejen [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La rencontre cinématographique avec autrui », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 14 mai 2019, https://calenda.org/616574

Archiver cette annonce

  • Google Agenda
  • iCal