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The Machine in Anglophone Literature and Visual Arts

La machine dans la littérature et les arts visuels du monde anglophone

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Published on Wednesday, May 22, 2019 by Anastasia Giardinelli

Summary

L’opposition entre machine et création, entre sciences et arts, n’est qu’illusoire. L’interdépendance qui se dessine ici nous invite à repenser l’inspiration comme étroitement liée à la machine, qui non seulement permet techniquement la création littéraire et artistique, mais en est également bien souvent la source. Il s’agira d’étudier ces tensions entre invention et dépendance, entre maîtrise et méfiance, entre fascination et rejet, qui se révèlent cruciales dans la représentation de la machine dans la littérature et les arts.

Announcement

Argumentaire

La question de la machine appelle à ouvrir un dialogue entre les sciences et les arts. Il semble difficile en effet de penser la machine en dehors du contexte des évolutions scientifiques, depuis les inventions de la Renaissance et les machines volantes dessinées par Léonard de Vinci jusqu’aux robots ultra-performants du XXIesiècle. Si l’on suit la définition que propose Aristote dans Problèmes mécaniques, la machine est « ce qui nous permet de vaincre la nature dans notre propre intérêt ». Des tableaux de Turner au Modern Times de Chaplin, les machines ont nourri l’imaginaire de la littérature et des arts anglophones, alors même qu’il ne nous est pas naturel d’associer les engrenages de la mécanique à la créativité de l’artiste. Les machines ont néanmoins indéniablement révolutionné les arts et leur réception, grâce à l’imprimerie, aux machines à écrire, aux ordinateurs et aux techniques de reproduction, qui ont permis l’accès d’un large public aux œuvres produites en série. Les machines de plus en plus performantes ont permis au cinéma de devenir parlant, tandis que la couleur et les effets spéciaux donnent vie aux créations les plus inventives. 

La machine a été élevée au rang de symbole de la modernité, devenant synonyme de productivité et d’optimisation dans une perspective de rendement capitaliste. La Révolution industrielle marque un tournant dans le rôle et dans l’esthétique des machines, représentées dans le roman Hard Times de Dickens, et célébrées par Whitman dans son poème « To a Locomotive in Winter ». Cette exaltation du progrès se trouve au cœur de l’esthétique des avant-gardes, au début du XXesiècle. Ainsi, Ezra Pound propose son célèbre « Make it new ! » tandis que Wyndham Lewis et les vorticistes élaborent une pensée de la machine dans la revue Blast. Le Manifeste futuriste de Marinetti fait l’éloge du danger, de la vitesse et du mouvement, érigeant la machine à la fois comme symbole et comme moteur du progrès.

A la fascination se substitue une peur du remplacement et de la dépendance de l’homme à la machine lorsque les créatures dépassent leur inventeur, ainsi que l’illustre le Frankenstein de Mary Shelley et son monstre assemblé comme une machine grâce à une méthode qui s’apparente au bricolage (Lévi-Strauss). La machine-outil cède la place à la machine intrusive. Quand les machines, elles-mêmes des corps mécaniques, prennent vie, surgit la crainte d’un corps-machine dénué d’âme qui mène à une remise en question de l’humanité même de l’être vivant, sur laquelle jouent de nombreuses œuvres de science-fiction. Cela nous amènera à réfléchir au mécanisme du corps doué de raison tel qu’il apparaît chez Descartes, et à la conception deleuzienne du corps comme machine désirante. Au théâtre, le corps automate permet de repenser le jeu du comédien, comme chez Edward Gordon Craig pour qui l’acteur doit être une « sur-marionnette ». Le genre littéraire de la dystopie, de Brave New World d’Huxley à Nineteen Eighty-Four d’Orwell, présente les rouages de la machine politique, alors que la technologie devient un outil de surveillance et d’oppression, menant à la déshumanisation. Les débats actuels sur l’intelligence artificielle, sur la cybernétique (Wiener, Porush) et sur la robotique nourrissent les pistes développées par le transhumanisme et par le posthumanisme (Hayles). Si le transhumanisme se veut une exploration éclairée des possibilités d’amélioration de l’expérience humaine par la technologie, le posthumanisme propose une vision plus critique qui souligne la menace inhérente à la dématérialisation croissante des machines.

Il n’en demeure pas moins que la machine, loin d’être réduite à une simple mécanique froidement efficace et purement scientifique, peut engendrer l’inspiration créatrice. L’imagination du savant et de l’artiste donne naissance à des machines qui, à leur tour, se font sources d’inspiration. Anne Sexton offre ainsi à sa machine à écrire un pouvoir créateur (« God is in your typewriter »). Étudier la machine implique également de repenser la coexistence entre fonctionnement et dysfonctionnement : là où une machine qui ne fonctionne plus devient inutile dans l’industrie, elle peut revêtir une force créatrice en art. La machine permet également de changer notre regard sur le monde grâce aux dispositifs optiques. Les appareils photo, caméras et miroirs créent l’illusion et transforment notre vision du réel, comme dans Alice Through the Looking-Glass de Lewis Caroll ou dans nombre de récits gothiques et fantastiques qui filtrent la réalité et permettent à l’œil d’adopter une nouvelle perspective (Milner). 

L’opposition entre machine et création, entre sciences et arts, n’est qu’illusoire. L’interdépendance qui se dessine ici nous invite à repenser l’inspiration comme étroitement liée à la machine, qui non seulement permet techniquement la création littéraire et artistique, mais en est également bien souvent la source. Il s’agira d’étudier ces tensions entre invention et dépendance, entre maîtrise et méfiance, entre fascination et rejet, qui se révèlent cruciales dans la représentation de la machine dans la littérature et les arts.

Programme

Laboratoire OVALE – VALE (EA 4085) 

28 mai 2019 – May 28th 2019

Maison de la Recherche de Sorbonne Université, salle D223 - 28 rue Serpente, 75006 Paris                                                   

9.30: Accueil des intervenants / Speakers’ registration (Hall - 2ème étage)

9.45: Ouverture de la journée / Opening remarks

  • Line Cottegnies (Sorbonne Université)

10 - 11.15: Keynote Speech

J.R. Carpenter “Mapping Machines: Rewriting the World”

11.15: Pause café / coffee break 

11.45 - 12:45

Machines on stage / Machines théâtrales

Chair: Anouk Bottero

  • Mylène Maignant (École normale supérieure)  

“Mathematics and Computer Science on Samuel Beckett's Stage”

  • Élise Rale (Sorbonne Université)  

“Les machines de Broadway”

12.45: Déjeuner / lunch

14.10- 15.30

The machines of modernity: from anxiety to aesthetic fascination / Les machines de la modernité : de l’inquiétude à la fascination esthétique

Chair: Diane Drouin

  • Tatiana Smoliarova (University of Toronto)

“‘Smoothing the ravell’d fleece’: spinning machine between poetry and politics”

  • Pauline Choay-Lescar (Sorbonne-Université

“Whitman et les temps modernes”

  • Tamar Kharatishvili (Northwestern University)

“Expatriate Modernisms: Machine Aesthetics in Pound, Cendrars and Delaunay-Terk”

15.30: Pause café / coffee break

16.00 – 17.00

Contemporary American perspectives on the machine / Perspectives américaines contemporaines sur la machine

Chair: Omayyah Al-Shabab

  • Mehdi Achouche (Université Jean Moulin - Lyon 3

L’Âge de cristal (Michael Anderson, 1976), ou la ville-machine et la contre-utopie pastorale”

  • Héloïse Thomas (Université Bordeaux Montaigne

“Machines in the Anthropocene”

17.00: Conclusion de la Journée / Concluding remarks

Places

  • Maison de la Recherche de Sorbonne Université, salle D223 - 28 rue Serpente
    Paris, France (75006)

Date(s)

  • Tuesday, May 28, 2019

Attached files

Contact(s)

  • Laboratoire OVALE
    courriel : laboratoire [dot] ovale [at] gmail [dot] com
  • Diane Drouin
    courriel : diane [dot] drouin [at] orange [dot] fr

Information source

  • Diane Drouin
    courriel : diane [dot] drouin [at] orange [dot] fr

To cite this announcement

« The Machine in Anglophone Literature and Visual Arts », Study days, Calenda, Published on Wednesday, May 22, 2019, https://calenda.org/630779

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