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Liberté, nature et politique à l'heure de l'Anthropocène

Actualité de la pensée de Bernard Charbonneau

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Published on Monday, June 17, 2019 by Céline Guilleux

Summary

Ce colloque est consacré à l'actualité de la pensée de Bernard Charbonneau. Il est structuré autour de quatre axes : l'originalité des apports de B. Charbonneau à l'analyse critique de la modernité ; l'aide que fournit l'œuvre de B. Charbonneau pour penser les enjeux contemporains du développement technoscientifique et industriel ; les convergences et divergences intellectuelles entre son œuvre et celle de penseurs contemporains et ultérieurs ; le caractère pratique de sa pensée, qui n'est pas enfermée dans une posture théorique mais cherche des modes d'action pour construire des voies alternatives.

Announcement

Argumentaire

« Les communications s’accélèrent, les conflits s’exaspèrent. Mais les pouvoirs vertigineusement accrus que la science met à la disposition des Etats-nations font qu’elle doit totaliser l’humanité. »

Combat-Nature n°84. 1989.

Dès les années 1930, Bernard Charbonneau acquiert la conviction que le XX° siècle serait à la fois celui du saccage de la nature et du totalitarisme. Pour Charbonneau, en effet « le régime totalitaire pourrait se définir comme un brusque accomplissement des virtualités sociales de la technique » (L’Etat). La course aveugle au développement industriel et technoscientifique engendre une désorganisation environnementale et sociale qui va confronter l’humanité à des crises d’une gravité croissante. Le seul moyen d’éviter le chaos qui s’annonce sera alors de procéder à une réorganisation en profondeur de la vie économique et sociale, et pour cela, compte tenu de la puissance croissante des techniques auxquelles individus et organisations de toutes sortes peuvent accéder, il faudra exercer un contrôle rigoureux des activités humaines et des territoires qui ne laisse rien de côté.

Comme Charbonneau l’écrivait en 1980 dans Le Feu vert, l’émergence de la problématique écologiste nous permettra-t-elle de résister « aux tendances totalitaires du système techno-industriel » (p. 107) ? Rien n’est moins sûr, car s’il est vrai que la science donne du pouvoir, il est également vrai qu’elle se donne au pouvoir. « Un beau jour, le pouvoir sera bien contraint de pratiquer l’écologie. Une prospective sans illusion peut mener à penser que, sauf catastrophe, le virage écologique ne sera pas le fait d’une opposition très minoritaire, dépourvue de moyens, mais de la bourgeoisie dirigeante, le jour où elle ne pourra faire autrement. Ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui après l’abondance gèreront la pénurie et la survie. Car ceux-là n’ont aucun préjugé, ils ne croient pas plus au développement qu’à l’écologie ; ils ne croient qu’au pouvoir, qui est celui de faire ce qui ne peut être fait autrement. » (p.131). « En dépit des apparences, l’écofascisme a l’avenir pour lui, et il pourrait être aussi bien le fait d’un régime totalitaire de gauche que de droite […] la préservation du taux d’oxygène nécessaire à la vie ne pourra être assurée qu’en sacrifiant cet autre fluide vital : la liberté. » (p.93). L’œuvre écrite et les actions entreprises par Charbonneau sont l’expression du refus passionné d’un tel avenir que, selon lui, la « force des choses » rend pourtant probable.

A bien des égards l’analyse Charbonnienne des progrès de l’étatisation et des dynamiques totalitaires modernes, analyse développée dans son ouvrage L’Etat, prolonge et réactualise les intuitions de Tocqueville sur la croissance de l’Etat. Mais, du point de vue de la théorie politique, l’originalité de Charbonneau consiste à avoir été un des tout premiers à analyser le lien entre la technicisation, la croissance économique et l’étatisation. Ce qui explique que son œuvre a été une source d’inspiration dans l’émergence plusieurs courants de politique alternative. Ainsi ses idées entrent en résonnance avec celles d’autres théoriciens de l’écologie politique, tels Ivan Illich et André Gorz ou Hans Jonas. De fait Charbonneau fut un des inspirateurs du mouvement écologiste naissant, comme en atteste la récente rééditions de ses chroniques publiées au cours des années Soixante-dix dans la revue militante La Gueule ouverte. A cet égard il est significatif que le philosophe Dominique Bourg ait jugé nécessaire de rédiger un article de présentation de Charbonneau pour le Dictionnaire de la pensée écologiste. Par ailleurs la pensée de Charbonneau a aussi été une source d’inspiration pour le mouvement dela décroissance.  Signalons enfin que dans plusieurs de ses ouvrages, et en particulier dans Le Changement il a analysé de manière prémonitoire les enjeux sociaux et politiques de l’accélération technologique, anticipant ainsi les analyses de l’accélération du temps social proposées récemment par Hartmut Rosa dans Accélération. En résonnance avec plusieurs courants contemporains : technocritiques, écologisants ou décroissants, la pensée socio-politique de Charbonneau a pour originalité d’être fondée sur une analyse existentielle de l’expérience moderne de la liberté et de ses contradictions.

Quatre axes de débat

Quelle est l’originalité des apports de Bernard Charbonneau à l’analyse critique de la modernité ?

Il serait utile d’apporter des éclairages sur les points suivants :

L’analyse de Charbonneau des effets sur la liberté de la modernisation : le potentiel totalitaire de la montée en puissance technoscientifique et industrielle de l’humanité ; la relation entre nature et liberté ; la relation dialectique entre Système et chaos ; la liquidation des sociétés locales, la liberté   etc.

La méthode de Charbonneau : une approche existentielle du changement social et des nouvelles formes de domination ; le refus de la spécialisation ; la prise en compte de la dimension sensible et quotidienne de l’expérience commune etc.

Les principales notions conceptuelles qu’il utilise : Les notions de Grande mue, de Développement, de Totalitarisme, science et connaissance ; l’Etat et la politique ; réalité et vérité : les fondements spirituels de sa critique sociale etc.

Dans quelle mesure cette œuvre nous aide-t-elle à penser les enjeux contemporains du développement technoscientifique et industriel ?

Pour Charbonneau l’extension de la logique industrielle et technicienne ainsi que l’accélération du rythme de l’innovation technoscientifique ne peuvent qu’entrainer une anémie démocratique.   Plusieurs de ses livres s’attachent à analyser les coûts socio-politiques du développement. Entre autres, il prévoyait que la montée de l’expertise s’appuyant sur les sciences sociales entraînerait une disqualification de la raison commune et de la capacité des citoyens à intervenir dans la gestion des affaires publiques et en particulier dans la définition des politiques économiques, technologiques et environnementales. On s’attachera notamment à préciser pourquoi Charbonneau pensait qu’il en résulterait aussi de nouveaux pouvoir et de nouvelles formes d’inégalité et de domination. Les évolutions sociales confirment-elles les thèses de Charbonneau ?

Convergences et divergences intellectuelles : une marginalité revendiquée ?

Il est important d’apporter des éclairages sur la position de Charbonneau dans le champ intellectuel de son époque et au regard des développements actuels de la critique sociale.

Charbonneau et ses contemporains : Albert Camus ; Jacques Ellul ; Denis de Rougemont ; Jean Giono ; Gustave Thibon ; Henri Lefevre, Wendell Berry ; Gunther Anders ; Ivan Illich …

Continuateurs, héritiers, convergences, critiques :  Sheldon Wolin ; H. Rosa etc.

Une pensée tournée vers l’action ?

On a souvent reproché à Charbonneau de se comporter en nouveau Cassandre, prédisant des horreurs mais ne proposant rien de concret pour les éviter. En réalité sa pensée est profondément politique. S’il propose une critique radicale de la modernité industrielle et technicienne, il ne s’est jamais contenté d’une posture théorique. Convaincu qu’une pensée qui n’est pas mise en pratique est dérisoire, il a toujours cherché à s’associer à d’autres pour éviter les désastres prévisibles et proposer des alternatives. On examinera donc d’une part sa critique des modalités habituelles de l’action politique et, d’autre part, les modes d’action dans lesquels il s’est personnellement engagé. S’y ajoute aussi la manière dont il a analysé les limites de ces actions et les causes des échecs subis. En parallèle on réfléchira aux limites et aux ambiguïtés des modalités contemporaines de lutte contre la désorganisation environnementale et sociale.

Enfin on essaiera de préciser dans quelle mesure cette œuvre parle à ceux qui, aujourd’hui, sont engagés dans des luttes sociales ou environnementales ou dans un travail théorique.

Pour soumettre une proposition de communication

Les communications pourront aborder les thèmes et sous -thèmes de façon distincte ou en les combinant. Elles donneront lieu à une présentation orale de 30 minutes, suivie d’un commentaire par un discutant et en échange avec les autres participants.

Une publication est prévue à l’issue du colloque sous forme d’ouvrage collectif édité.

Merci de faire parvenir un résumé de 7500 caractères (espaces compris) avec un abstract de 800 caractères (espaces compris) et une note biographique sur l’auteur.

Par la Poste au siège de l’association (voir ci-dessous)

Par courriel à daniel.cerezuelle@free.fr

Date limite de dépôt : 1er septembre 2019.

Comité scientifique

  • Emmanuelle Loyer, Professeur d’histoire contemporaine, Sciences Po. Paris.
  • Thierry Paquot, Professeur émérite à l'Institut d'urbanisme de Paris (université Paris-Est Créteil).
  • André Vitalis, Professeur émérite, Université de Bordeaux.
  • Daniel Compagnon, Professeur de Sciences politiques ; Science Po Bordeaux, Centre Émile Durkheim.
  • Christophe Bonneuil, chercheur CNRS, Centre Alexandre Koyré.
  • Serge Latouche, Professeur émérite à l’Université d’Orsay
  • Thimothée Duverger, Maître de conférences associé à Sce Po Bordeaux et au Centre Émile Durkheim.

Comité d’organisation

  • Daniel Cérézuelle, Philosophe, AABCJE
  • Daniel Compagnon, Politiste, Centre Émile Durkheim
  • Timothée Duverger, Historien, Centre Emile Durkheim
  • Sébastien Morillon, Historien, AABCJE
  • Sarah Nechtschein, Sociologue, IDHES Nanterre

Places

  • Bordeaux, France (33)

Date(s)

  • Sunday, September 01, 2019

Keywords

  • développement, écologie, transition, anthropocène, liberté, Charbonneau

Contact(s)

  • Daniel Cérézuelle
    courriel : daniel [dot] cerezuelle [at] free [dot] fr

Information source

  • Sarah Nechtschein
    courriel : sarahnounet [at] hotmail [dot] com

To cite this announcement

« Liberté, nature et politique à l'heure de l'Anthropocène », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 17, 2019, https://calenda.org/631497

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