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Une histoire globale de Trieste au XVIIIe siècle

Sources, méthodes, échelles d'analyse

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Published on Monday, June 17, 2019 by Anastasia Giardinelli

Summary

À l’occasion de la célébration du tricentenaire de la fondation du port franc de Trieste, cette journée d’étude a pour objectif de rassembler des chercheurs confirmés et doctorants travaillant sur les sources de l’histoire de Trieste. Elle vise à faire à la fois un état des lieux des fonds publics et privés disponibles à Trieste et à Vienne, ainsi qu’en Europe et en Amérique du Nord, et de confronter des approches propres à des champs historiographiques nationaux et disciplinaires variés. Par le croisement de ces fonds et la démarche interdisciplinaire qui l’accompagne, nous souhaitons interroger les concepts d’histoire globale et d’histoire connectée et proposer une nouvelle histoire collective de Trieste interrogeant ses sources et ses échelles d’analyse.

 

Announcement

Argumentaire

À l’occasion de la célébration du tricentenaire de la fondation du port franc de Trieste, cette journée d’étude a pour objectif de rassembler des chercheurs confirmés et doctorants travaillant sur les sources de l’histoire de Trieste. Elle vise à faire à la fois un état des lieux des fonds publics et privés disponibles à Trieste et à Vienne, ainsi qu’en Europe et en Amérique du Nord, et de confronter des approches propres à des champs historiographiques nationaux et disciplinaires variés. Par le croisement de ces fonds et la démarche interdisciplinaire qui l’accompagne, nous souhaitons interroger les concepts d’histoire globale et d’histoire connectée et proposer une nouvelle histoire collective de Trieste interrogeant ses sources et ses échelles d’analyse.

En 2009, l’essai de Jan Morris intitulé Trieste and the Meaning of Nowhereillustrait un certain renoncement à analyser l’histoire de la ville dans le contexte historique de son développement. Cette « allégorie des limbes, dans le sens séculaire d’un indéfinissable hiatus », semble faire l’objet d’une histoire off-shoresituée entre l’Europe centrale, la péninsule italienne et l’Europe sud-orientale, sans pour autant n’appartenir à aucune de ces régions. Ce renoncement à contextualiser l’histoire de Trieste à ces différentes échelles d’appartenance et dans les différents espaces régionaux dans lesquels la ville s’inscrit a permis la confiscation de l’histoire de la ville par des approches communautaires. Trieste souffre d’un défaut d’histoire. Les remarques de Karl Marx sur le commerce maritime de l’Autriche publiés en 1857 dans le New York Daily Tribune, et cités dans toutes les dernières monographies consacrées au port franc, illustrent parfaitement ce biais. Selon Marx,

“Trieste shared the privilege of the United States of having no past at all. Formed by a motley crew of Italian, German, English, French, Greek, Armenian and Jewish merchant-adventurers, it was not fettered by traditions like the City of the Lagunes.”

Cette description est aujourd’hui un lieu commun de l’histoire triestine en dépit de la vieille et longue tradition communale et de l’histoire féodale de la ville pourtant défendue tout au long du dix-huitième siècle par les partisans des libertés civiques contre la progressive prise de contrôle de ville par l’empereur. Historiographes et topographes du dix-huitième siècle présentent en effet Trieste comme une ville pleine d’histoire. Sous leur plume Trieste est d’abord une ville à laquelle se juxtapose un port franc. Concurrente de Venise, elle dépend militairement de l’intendance de Gorizia, elles est revendiquée par les états de Carniole (Slovénie actuelle), elle a autorité sur le territoire de Fiume (Rijeka, Croatie), elle est représentée auprès des agent de l’empereur pour l’Autriche intérieure à Graz (Autriche), elle est gouvernée par le représentant de l’empereur nommé depuis Vienne. Au développement de la ville s’associent les marchands de l’empire ottomane et du Stato da Mar vénitien, et progressivement les communautés marchandes de méditerranée et du monde atlantique représentées par leurs consuls, associés par le gouverneur de la ville à la gestion de ses affaires économiques et politiques. Le développement de Trieste apparait comme avant tout structuré par les familles, communautés et corps constitués les plus traditionnels de l’Ancien Régime.

Ces dernières années ont vu le renouvellement de l’histoire de Trieste au dix-huitième siècle, entre l’obtention de son privilège de port franc en 1719 et l’occupation française de 1809-1813. Celui-ci se situe au croisement de la nouvelle histoire économique, de l’histoire interculturelle des circulations en Méditerranée, et d’une science politique des empires. Ces combinaisons d’approches interdisciplinaires nous permettent de dépasser l’image d’une ville patchwork et d’esquisser celle à la fois plus riche et plus complexe d’une société globale. Il s’agira ici de mettre en lumière la diversité des archives disponibles et la nécessité de croiser les différents fonds triestins pour comprendre la diversité des dynamiques, économiques sociales et politiques encouragées par la promulgation du port franc, ainsi que les tensions qui en résultent. Aussi, Trieste est-elle une société urbaine et portuaire accompagnant tout autant qu’elle subit l’absolutisme de la Maison d’Autriche. Elle en est tour à tour le laboratoire, l’outil et l’obstacle. Aux corps de la vieille municipalité s’ajoutent les nouveaux groupes privilégiés invités par l’empereur ayant à charge le développement du port franc. Le dix-huitième siècle voit la progressive fusion à la fois spatiale et relationnelle de la Città Vecchia et de la Città Nuova à mesure que la « république maritime » perd son autonomie et s’intègre aux états patrimoniaux de la maison d’Autriche, et à des espaces économiques qui dépassent progressivement le cadre de la Méditerranée, des territoires des Habsbourg et du Saint-Empire Romain Germanique. Ce processus nous conduit aussi à mettre en cause la légende libérale de l’expansion démographique et commerciale de Trieste dans la mesure où elles ne reflètent pas tant le succès d’un capitalisme précoce que la flexibilité et la permanence des structures d’Ancien Régime.

Cette journée d’étude est donc également une tentative d’histoire à partir de plusieurs sources, de plusieurs historiographies, mais aussi de plusieurs langues. Méthodologiquement exigeante notre démarche nous conduira à aborder les axes suivants en mobilisant les historiens participant actuellement au renouvellement de l’histoire de Trieste et des ports francs :

  • L’économie politique entre théorie et expérience;
  • Les appartenances triestines ou la microhistoire à l’épreuve de l’histoire globale;
  • Les politiques de diversité entre gouvernement et gouvernance.

Les travaux de cette journée d’étude pourront être pertinents non seulement à l’histoire de la Trieste et à celle des ports francs mais, plus largement, ils seront utiles à la compréhension des politiques économiques développées au dix-huitième siècle, et en particulier à la transition entre mercantilisme et libéralisme. Ils souligneront des apports importants à l’histoire sociale de l’absolutisme, à celle des empires et des relations trans-impériales. Ils interrogeront également la sociologie des migrations à travers l’étude des mobilités des individus, familles et communautés venant s’installer en ville, et la théorie des relations internationales par le caractère intégrateur du l’expansion triestine. Nous discuterons également la compartimentalisation du monde académique en aires culturelles et régionales en éclairant les angles laissés morts par cette perspective et la nécessité de s’en affranchir.

Programme

Journée d’étude organisée à Paris par :

  • Christine Lebeau (Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine)
  • David Do Paço (Centre d’Histoire de Sciences Po)

le 28 juin 2019 en partenariat avec l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l’École Normale Supérieure.

8:30 Arrival of the participants

9:00Introduction David Do Paço, Sciences Po & Christine Lebeau, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

9:20 Panel 1 | Knowledge in Global Context

Chair : Markus Koller, Ruhr Universität (Bochum) (sous réserve)

9:20 Giulia Deloglu & Antonio Trampus, Ca’ Foscari : Trieste as a hub for the creation and the transfer of knowledge : port cities and free Ports in the global System

9:40 Klemens Kaps, Johannes-Kepler Universität (Linz) : Trieste’s Place in early-modern Globalization : Methodological and Theoretical Reflections for studying Merchant Networks between the Habsburg Adriatic and the Spanish Atlantic in the 18th Century.

10:00 Discussion

10:30 Coffee break

10:50 Panel 2 | A Global City in an Imperial System

Chair : Guillaume Garner, CNRS (sous réserve)

10:50 Christine Lebeau, Université Paris 1 Panthéon-SorbonneTrieste au croisement des routes impériales ? Le point de vue de la Compagnie orientale

11:10 Antonella Alimento, Università di Pisa : Pasquale Ricci de Livourne à Trieste (provisional title)

11:30 Jonathan Singerton, Österreichische Wissenschaftsakademie (Vienna) : Jefferson’s Hammer and Austria Anvil : Trieste the American Revolution, and the demise of Austrian Atlantic

11:50 Discussion

12:30 Lunch

14:00 Panel 3 | Urban Minorities in a Global Context

Chair : David Do Paço, Sciences Po

14:00 Lois Dubin, Smith College (Northampton, Ma) : Les communautés juives de Trieste : lien social et expériences urbaines

14:20 Zeynep Arslan, Ruhr Universität (Bochum) : The Daily life of Ottoman Muslim Merchants in 18th and 19th Century Trieste

14:40 Derek Hattener, Humboldt Universität (Berlin) : Kinship, Capital, and Enterprise : Early Multinationals in Habsburg Trieste

15:00 Discussion

15:40 Coffee Break

16:00 Panel 4 | Building and Bonding : Unity in Diversity

Chair : Christine Lebeau, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

16:00 Kolja Lichy, Justus-Liebig Universität (Giessen) : Spéculations utiles - spéculations inutiles. Le problème des banques et des prêts à Trieste au xviiie siècle vu de Vienne

16:20 Adam Nemeth, Budapest University of Technology and Economics : The urban grid as a governmental technique in the development of Trieste and Pest

16:40 David Do Paço, Sciences Po : Ruling a composite city : l’Osteria nell castello 1760s-1770s

17:00 Discussion

17:40 Conclusion Daniele Andreozzi, Università degli Studi di Trieste

Places

  • salle E-314 - 24 rue Lhomond
    Paris, France (75)

Date(s)

  • Friday, June 28, 2019

Keywords

  • Dix-huitième siècle, histoire globale, histoire urbaine, histoire des empires, Trieste

Contact(s)

  • David Do Paço
    courriel : david [dot] dopaco [at] sciencespo [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • David Do Paço
    courriel : david [dot] dopaco [at] sciencespo [dot] fr

To cite this announcement

« Une histoire globale de Trieste au XVIIIe siècle », Study days, Calenda, Published on Monday, June 17, 2019, https://calenda.org/637376

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