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Pierres vivantes

Anthropologie du vivant au prisme des pierres

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Published on Monday, June 24, 2019 by Céline Guilleux

Summary

Cette journée d'études vise à explorer le champ du vivant, de façon apparemment paradoxale, à travers l’étude des pierres, celles qui n’ont pas été transformées par la main de l’homme. De nombreuses sources, folkloriques ou ethnographiques, font mention de pierres ou de rochers remarqués dans le paysage et associés au vivant par des personnes ou des collectifs. Mais de quelle idée du vivant, ou de quelle forme de vie, ces pierres sont-elles les représentantes ? Quels mouvements les caractérisent ? À quel rythme répondent-elles ? Comment, par leur immobilité apparente, s’offrent-elles comme des réceptacles privilégiés des signes de la durée. En somme, nous nous proposons d’étudier les modalités de vie des pierres à travers leur mobilité (axe 1) et leur rythme (axe 2). 

Announcement

Journée d’études, décembre 2019, Université Toulouse 2-Jean Jaurès

Argumentaire

Dans les Andes, les pierres nommées illasont « élevées » par des bergers : il s’agit de petites pierres le plus souvent zoomorphes (taureau, lama). Lorsqu’ils en aperçoivent, les bergers peuvent choisir de les adopter. Ils les élèvent, les nourrissent, en prennent soin (uywayen langue quechua). Ces pierres ont faim et ont besoin d’attention. Cette relation est censée garantir au berger la multiplication de son troupeau. Ainsi, certains bergers sont connus dans leur région pour avoir élevé de nombreuses pierres illa.

Des pierres vivantes.Or, ce cas andin, aussi singulier soit-il par le soin dont ces pierres font l’objet, n’est pas unique. Dans diverses sociétés, des rochers ou des pierres sont associés au monde du vivant : pierres de granite de centaines de tonnes qui tiennent en équilibre comme la « pierre branlante »dans le massif de Huelgoatou la« pierre clouée »dans le massif de Sidobre, rochers nettoyés et sauvegardés en Islande lors de la construction de routes, pierres cheminée des fées considérées comme des pétrifications dans le Colorado. Ces exemples tirés de contextes ethnographiques très hétérogènes conduisent à renouveler les études anthropologiques sur les pierres mais également sur ce qu’être vivantveut dire. Il s’agira donc d’explorer le champ du vivant, de façon apparemment paradoxale, à travers l’étude des pierres.

Pour le sens commun, les pierres renvoient habituellement à l’inertie, la fixité ou la stérilité. Cette observation explique sans doute le fait qu’elles aient le plus souvent été étudiées à travers le prisme de la transformation technique par la main de l’homme ou bien celui de la valeur religieuse ou culturelle qu’on pouvait leur accorder.

Cette journée d'études initiera un projet de recherche comparatif sur les pierres vivantes lequel vise à porter un autre regard sur les pierres en partant de la question du vivant et en considérant uniquement les pierres qui n’ont pas été transformées par l’homme ou dont l’appropriation physique se limite à leur déplacement ou leur assemblage (murs en pierres sèches, cairns). Cette focale conduit en effet à d'autres problématiques que celles posées traditionnellement par l’anthropologie économique (sur les échanges interethniques, la circulation, la reconstitution des filières socio-économiques), par l’anthropologie du religieux (sur le sacré, sur le pouvoir ou les propriétés imputés aux pierres) ou par l’anthropologie du patrimoine (sur le geste et la technique, l’artisanat, l’architecture).

Les pierres occupent aujourd’hui une place notoire dans les études sur les non humains au sein de collectifs(Allen, 2016 ; Bray, 2015 ; De la Cadena, 2015 ; Raffle, 2015). Nous nous proposons dans cette journée d’éviter les écueils d’une lecture qui ne considèrerait les pierres que relativement aux outils des humains (rituels, pictogrammes, miniatures, peintures, etc.) ou bien comme étant des reliques ou des doubles lithiques de héros culturels (Duviols, 1979; Robin, 2008).Par ailleurs, le fait d’étudier les pierres en dehors des activités rituelles permettra de ne pas réduire la manifestation du vivant à l’expression de la « force », de la « puissance » ou du « pouvoir » (génésique, thérapeutique, protecteur, prophétique, politique, cybernétique, etc. Voir par exemple : Coupaye, 2012 ; Santos-Granero, 2009 ; Sillar, 2016). On pourra se poser les questions suivantes : ne peut-il pas y avoir du vivant imputé aux pierres sans force, ou dont la force n’est pas nécessairement repérée dans l’action (affecter quelqu’un ou quelque chose) mais dans la résistance (comme les pierres qui résistent à l’érosion par exemple), dans la tenue, l’équilibre instable (comme les pierres tremblantes), la durée, la dureté (le fait de ne pas pouvoir effriter une pierre) ou dans la composition même (pierres de granite aux propriétés magnétiques ou radioactives) ?

Modalités de soumission

Les propositions de communication sont à adresser par email aux organisateurs

avant le 4 novembre 2019,

sous la forme suivante :

  • Nom et prénom ; courriel ; affiliation institutionnelle
  • Titre de la communication
  • Résumé de 3000 signes maximum, espaces compris.

La décision sur les communications sera transmise une quinzaine de jours après réception des propositions. La date définitive de la journée d'étude sera précisée ultérieurement.

Organisation

  • Nicolas Adell (Université Toulouse 2-Jean Jaurès, LISST-Centre d’Anthropologie Sociale) nicolasadell@yahoo.fr
  • Laurence Charlier (Université Toulouse 2-Jean Jaurès, LISST-Centre d’Anthropologie Sociale) laurencecharlierzein@gmail.com
  • Laurent Legrain (Université Toulouse 2-Jean Jaurès, LISST-Centre d’Anthropologie Sociale) laurent.legrain@univ-tlse2.fr

Bibliographie

Allen, C. J., 2016, « Stones Who love Me. Dimensionality, Enclosure and Petrification in Andean Culture », Archives des Sciences Sociales des Religions, 174 : 327-346.

Bray, T., 2015, The Archaeology of Wak’as. Explorations of the Sacred in the Pre-Columbian Andes, Boulder, University of Colorado Press.

Coupaye, L., 2012, « Des Images, des nœuds et des toiles », Techniques & Culture, 58: 142-159.

De la Cadena, M., 2015, Earth beings: Ecologies of practice across Andean worlds, Durham and London, Duke University Press.

Duviols, P., 1979, « Un symbolisme de l’occupation, de l’aménagement et de l’exploitation de l’espace. Le monolithe Huanca et sa fonction dans les Andes préhispaniques. » L’Homme, 19 (2) : 7-31.

Ingold, T., 2011, Being Alive: Essays on Movement, Knowledge and Description, London and New York, Routledge.

Pitrou, P., 2014, « La vie, un objet pour l’anthropologie ? », L’Homme, 212 : 159-189.

Raffles, H., 2015, A Lapidary Itinerary [en ligne], Hampton, J. G.  (ed.), consulté le 12 septembre 2018 ;http://rocksstonesdust.com/essays/raffles.html

Robin Azevedo V., 2008, Miroirs de l’autre vie. Pratiques rituelles et discours sur les morts dans les Andes de Cuzco (Pérou), Nanterre, Société d’Ethnologie.

Santos-Granero, F., 2009, The occult life of things, Tucson, The University of Arizona Press.

Sillar, B., 2016, « Miniatures and Animism: The Communicative Role of Inka Carved Stone Conopa », Journal of Anthropological Research, 72 (4) : 442-464.

Subjects

Places

  • 5 Allée Antonio Machado
    Toulouse, France (31)

Date(s)

  • Monday, November 04, 2019

Keywords

  • vivant, pierre, temporalité, durée

Contact(s)

  • Laurence Charlier
    courriel : laurencecharlierzein [at] gmail [dot] com

Information source

  • Laurence Charlier
    courriel : laurencecharlierzein [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Pierres vivantes », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 24, 2019, https://calenda.org/639934

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