HomeÉconomie, économie informelle, emplois et croissance en Afrique subsaharienne

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Published on Monday, July 01, 2019 by Anastasia Giardinelli

Summary

Depuis plusieurs décennies, la situation socio-économique de beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne laisse à désirer. L’économie formelle (secteur formel) telle qu’elle existe dans les pays développés n’y est pas performante dans une large mesure ; et c’est l’économie informelle (secteur informel) qui ne cesse de prendre une ampleur considérable aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain. Il s’agit d’un terrain de prédilection qui permet de répondre à un besoin de survie et de lutte contre la pauvreté. On y retrouve « une population de plus en plus hétérogène : des migrants de toute origine, des jeunes diplômés en quête d’un premier emploi, des laissés-pour-compte du système scolaire, des chômeurs du secteur moderne victimes des politiques de stabilisation » (Maldonado et al., 2001). Les dirigeants politiques, les fonctionnaires de l’État et le personnel du secteur privé évoluent également dans ce même secteur formel qui se révèle, dans certains cas, comme un moyen d’accumulation du capital, parfois au détriment de l’État ou de l’intérêt général.

Announcement

Argumentaire

L’économie informelle revêt un caractère plus empirique que théorique (Cling et al., 2012). Cette forme de mobilisation des ressources trouve ses racines dans les orientations de l’économie du développement et s’apparente à l’armée de réserve selon la terminologie de Karl Marx, ou à la main-d’œuvre illimitée selon la terminologie d’Arthur Lewis (Cling et al., 2012 : 19). Cette caractérisation de l’économie informelle par François Bourguignon (2010) ne se limite pas à de l’abstraction. Un pan de l’économie informelle peut être aussi qualifié d’économie rurale. Cependant, la compréhension et la définition de l’économie informelle semblent encore ambigüe (Rubbers, 2007 ; Ayimpam, 2014).

François Roubaud et Michel Seruzier (1991 : 17) tentent d’apporter un éclairci selon deux approches. Tout d’abord, ils relèvent le fait que l’économie informelle possède plusieurs termes pour décrire une réalité qui semble commune. Cette terminologie peut être classée en trois grandes catégories. La première est orientée vers une qualification purement statistique. On retrouve les termes tels qu’économie non-enregistrée, économie non-mesurée, économie non observée, économie non-déclarée, économie invisible, économie non-structurée (De Villers, 1992). La deuxième catégorie est attribuée à une forme d’activité dite illégale qui dépasse ou tourne aux frontières de la légalité. Les termes utilisés sont plus péjoratifs et tendent à la délinquance. On retrouve les termes abscons en corrélation avec l’économie. Il s’agit de cette forme cachée, sous-marine, souterraine, occulte, noire, économie de l’ombre, irrégulière, dissimulée, submergée, clandestine, économie parallèle ou encore économie illégale (Hart, 1973 ; De Villers, 1992 ; Rubbers, 2007 ; Barthélemy, 1998).

Dans toutes les régions de l’Afrique subsaharienne, la majeure partie des activités génératrices de revenus portent sur l’économie informelle. Les données fournies par l’Agence Française de Développement (AFD) révèlent que « le Cameroun est, selon toute vraisemblance, le pays d’Afrique subsaharienne qui a un des taux les plus élevés d’emplois en secteur informel » (Walther et al., 2006 : 4). Cette part de l’économie informelle a été estimée à 92% (Briod, 2011 : 8) selon ECAM3 de l’institut national de la statistique. En observant ce schéma, on peut apprécier la part de l’économie informelle dans cette région du monde. Cette part importante révèle simplement que l’administration publique en Afrique, en l’occurrence dans des pays tels que ceux de l’Afrique centrale, emploie moins de 10% de la population active.

Partant de la littérature, ce secteur est souvent appréhendé en mettant l’accent sur le dualisme, la dichotomie entre le formel et l’informel. Cependant, en examinant de plus près ce qui constitue la substance même de l’informalité, plusieurs auteurs ont finalement démontré que les oppositions entre le formel et l’informel relèvent souvent d’une pure construction théorique, étant donné qu’il existe une interaction entre les deux sphères qui peuvent se renforcer mutuellement ou produire des effets inverses (Alsayyad 2004 ; McFarlane 2016 ; Roy 2005 ; Lindell et Ampaire 2016 ; McFarlane et Waibel 2012). En plus, l’informel n’est pas nécessairement synonyme de désorganisation, d’anarchie ou de dysfonctionnement dans la mesure où il peut contribuer à la fourniture des biens et services publics que l’État est incapable d’assurer (Alsayyad 2004 ; Olivier de Sardan 2015 ; De Herdt et Titeca 2016). À l’ère de la démocratie, les hommes ou dirigeants politiques en quête d’électeurs cherchent d’ailleurs à entretenir une relation clientéliste avec les populations évoluant dans le secteur informel (Tendler, 2002 ; Goodfellow, 2015 ; Goodfellow et Titeca, 2012 ; Malukisa, 2017).

Comment repenser économie et économie informelle en Afrique ? Comment encadrer les activités de l’économie informelle afin qu’elle soit un pilier de croissance ? Comment l’économie informelle peut-elle se positionner ? Les différents visages observés sur le continent reflètent une présence multiforme dans le secteur informel au point où on peut parler des économies informelles africaines. Comment se caractérisent ces économies informelles africaines à l’orée 2020 ? Quelles sont les spécificités africaines ? Comment ces économies pourraient-elles s’ériger en solution aux dysfonctionnements observés dans l’administration publique ? Par des approches interdisciplinaires, il sera question de revisiter les problématiques liées à l’informel et la croissance économique en Afrique. Des regards heuristiques des sciences humaines, sociales, juridiques, économiques illustreront les analyses en vue de proposer un modèle contextualisé d’économie locale. Il s’agit de réfléchir pour décrypter des réalités et cerner les conditions de possibilités inductrices de développement effectif. Il s’agit de penser le développement « autrement », un développement ancré sur des situations concrètes.

Orientations et calendrier

Les propositions uni ou pluridisciplinaires sont attendues avec un titre suivi d’environ 250 mots avec ou sans bibliographie indicative. La problématique, le questionnement, l’ancrage théorique et/ou conceptuel, les terrains étudiés, la période observée, le corpus illustré, les pistes ou les propositions de modèles, devront être indiquées. Les sciences économiques, juridiques, politiques, humaines et sociales, sont à mobiliser pour les argumentaires spécifiques. Les réflexions inédites originales, individuelles ou collectives, peuvent être rédigées en français ou en anglais. À la suite du titre, seront mentionnées l’affiliation institutionnelle, l’adresse email, les numéros de téléphone, le numéro Whatsapp, éventuellement le pseudo skype des auteurs. Les textes sont à envoyer simultanément par mail à : jolinomalu@yahoo.fr, sbatibonak@gmail.com, sbatibonak@credis-savoirs-monange.org, economie.informelle@credis-savoirs-monange.org

Calendrier

  • 20 juin 2019 : Publication de l’annonce ;
  • 10 octobre 2019 : Délai de recevabilité des propositions ;
  • 20 novembre 2019 : Retour des réponses aux contributeurs ;
  • 10 mars 2020 : Réception des articles complets ;
  • 10 juin 2020 : Fin de l’évaluation des articles ;
  • 10 octobre 2020 : Date probable de publication de l’ouvrage.

Coordination scientifique

  • Pr Albert MALUKISA NKUKU, Université Catholique du Congo.
  • Pr Paul BATIBONAK, Université de Yaoundé II, UEC, CREDIS.
  • Pr Sariette BATIBONAK, Université de Yaoundé I, UEC, S&D.

Comité Scientifique

  • Pr. Jean NZHIE ENGONO, Sociologie, Anthropologie, Université de Yaoundé I, Cameroun.
  • Pr. Honoré MIMCHE, Sociologie, Démographie, Université de Yaoundé II, Cameroun
  • Pr. Armand LEKA ESSOMBA, Sociologie politique, Université de Yaoundé I, Cameroun.
  • Pr. Samuel-Béni ELLA ELLA, Sociologie du développement, Université de Yaoundé I, Cameroun.
  • Pr. François AKA-BÉDIA, Économie sociale, Université d’Abidjan, Côte d’Ivoire.
  • Pr. Jacques CHATUÉ, Philosophie, Épistémologie, Université de Dschang, Cameroun.
  • Pr. Raymond EBALÉ, Histoire économique, Université de Yaoundé I, Cameroun.
  • Pr. Nadine MACHIKOU, Science politique, Université de Yaoundé II, Cameroun.
  • Pr. Gérard TCHOUASSI, Économie, Genre, Université de Yaoundé II, Cameroun.
  • Pr. Anastasie MASANGA MAPONDA, Sciences religieuses, Théologie, Université Kasa-Vubu, Boma, République Démocratique du Congo.
  • Pr. Luc MEBENGA TAMBA, Anthropologie, Université de Yaoundé I, Cameroun.
  • Pr. Kalamba NSAPO, Sciences religieuses, Études interculturelles, Faculté d’études interculturelles de Bruxelles et Université Per Ankh de la Renaissance, Belgique.
  • Pr. Tom de Herdt, Institute of Development Policy, University of Antwerp, Belgium.
  • Pr. Philémon MUAMBA MUMBUNDA, Sciences Politiques, Université Catholique du Congo, République Démocratique du Congo.
  • Pr. Jean-Pierre MPIANA TSHITENGE, Sciences Politiques, Université de Kinshasa, République Démocratique du Congo.
  • Dr. Stylianos MOSHONAS, Institute of Development Policy, University of Antwerp, Belgium.
  • Pr. Claudine TSHIMANGA, Université Catholique du Congo, République Démocratique du Congo.
  • Pr. Sylvie AYIMPAM, Université Pédagogique Nationale, République Démocratique du Congo.
  • Pr. Ursil LELO, Université de Kisangani, République Démocratique du Congo.
  • Pr. Peter NGALA, Université de Mbuji-Mayi, République Démocratique du Congo.
  • Pr. Jean-Pierre MBWEBWA, Université de Kinshasa, République Démocratique du Congo.
  • Pr. Kristof TITECA, Institute of Development Policy, University of Antwerp, Belgium.
  • Pr. Frédéric KINKANI, Université Catholique du Congo, République Démocratique du Congo.
  • Pr. Pierre ENGLEBERT, Pomona College, United States of America.
  • Pr. Toussaint KWAMBAMBA, Université Catholique du Congo, République Démocratique du Congo.

Bibliographie

Alsayyad, N., 2004, « Urbanism as a “new” way of life », Urban informality: Transnational perspectives from the Middle East, pp. 7-30.

Ayimpam, S., 2014, Économie de la débrouille à Kinshasa, Paris, Karthala.

Baaz, M. E. and Olsson, O., 2011, « Feeding the Horse: Unofficial Economic Activities within the Police Force in the Democratic Republic of the Congo », African Security, 4, pp. 223-241.

Barthélemy, P., 1998, « Le secteur urbain informel dans les pays en développement : une revue de la littérature », Revue Région et Développement, 7, pp. 1-47.

Bourguignon, F., 2010, Interview, International Conference: The Informal Sector and Informal Employment, Hanoï.

Briod, P., 2011, « Les déficiences du secteur informel camerounais. Pourquoi les petits entrepreneurs s’en sortent mieux dans l’informalité », Travail de séminaire, Genève, pp. 10-21.

Cling, J.-P. et al., 2012, L’économie informelle dans les pays en développement, Paris, Agence Française de développement.

De Herdt, T. and Titeca, K., 2016, « Governance with Empty Pockets: The Education Sector in the Democratic Republic of Congo », Development and Change, 47(3), pp. 472-494.

De Villers, G., 1992, Le Pauvre, le Hors-la-loi, le Métis. La question de l’économie informelle en Afrique, Bruxelles, CEDAF.

Goodfellow, T., 2015, « Taming the ‘Rogue’ Sector: Studying State Effectiveness in Africa through Informal Transport Politics ». Comparative Politics, 47(2), pp. 127-147.

Goodfellow, T. and Titeca K., 2012, « Presidential Intervention and the Changing ‘Politics of Survival’ in Kampala’s Informal Economy », Cities, 29, pp 264-270.

Hart, K., 1973, « Informal Income Opportunities and Urban Employment in Ghana », Journal of Modern African Studies, II(1), pp. 61-89.

Lindell, I. et Christine, A., 2016, « The Untamed Politics of Urban Informality: “Gray Space” and Struggles for Recognition in an African City », Theoretical Inquiries in Law, 17(257), pp. 258-282.

M’bemba-Ndoumba, G., 2010, Transports urbains publics et privés au Congo, Paris, L’Harmattan.

Malukisa Nkuku, A., 2018, « L’instrumentalisation de la régulation des mototaxis à Kinshasa au service d’une gouvernance dans l’incertitude du régime Kabila », Conjonctures de l’Afrique centrale, 92, pp. 117-134.

Malukisa Nkuku, A., 2017, « Gouvernance hybride des parkings publics à Lubumbashi : quand la fiscalité informelle supporte la fiscalité formelle », Revue canadienne des études africaines, 51(2), pp. 276-291.

McFarlane, C., 2016, « Repenser l’informalité : la politique, les crises et la ville », Lien social et politiques, 76, pp. 44-76.

McFarlane, C. and Waibel, M., 2012, Urban Informalities: Reflexions on the Formal and Informal, New York, Routledge.

Olivier de Sardan, J.-P., 2015, « Practical norms: Informal regulations within public bureaucracies (in Africa and beyond) », in De Herdt, T. and Olivier de Sardan, J.-P. (ed.), Real Governance and Practical Norms in Sub-Saharan, London and New York, Routledge, pp. 19-62.

Rubbers, B., 2007, « Retour sur le “secteur informel”. L’économie du Katanga (Congo-Zaïre) face à la falsification de la loi », Sociologie du travail, 49(2), pp. 316-329.

Roubaud, F. et Seruzier, M., 1991, Économie non-enregistrée par la statistique et secteur informel dans les pays en développement, Paris, Institut national de la statistique et des études économiques.

Roy, A., 2005, « Urban Informality », Journal of the American Planning Association, 71(2), pp. 147-158.

Walther, R. et al., 2006, La formation professionnelle en Secteur Informel – Cameroun, Paris, AFD.

Places

  • Yaoundé, Cameroon

Date(s)

  • Thursday, October 10, 2019

Keywords

  • Economie, Economie informelle, Sociologie économique, Emploi, Développement économique, Afrique

Contact(s)

  • Sariette Batibonak
    courriel : sbatibonak [at] gmail [dot] com

Information source

  • Sariette Batibonak
    courriel : sbatibonak [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Économie, économie informelle, emplois et croissance en Afrique subsaharienne », Call for papers, Calenda, Published on Monday, July 01, 2019, https://calenda.org/646237

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