HomeDe l’assassinat considéré comme un des arts juridiques

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Published on Monday, July 01, 2019 by Céline Guilleux

Summary

Le mouvement « droit et littérature », et en particulier sa branche dite du droit dans la littérature, est, depuis quelques années, florissant. Mais si colloques et publications se succèdent à un rythme soutenu, force est de constater, toutefois, qu’ils prennent plus volontiers pour objet l’analyse du droit chez les « grands auteurs ». Bien au-delà d’une simple approche illustrative ou analogique, c’est-à-dire d’un constat descriptif, les participants, quel que soit leur rattachement académique, sont donc finalement invités à un exercice de dévoilement de certaines réalités du droit, par ce que peuvent en révéler les littératures policières.

Announcement

Argumentaire

Le mouvement « droit et littérature », et en particulier sa branche dite du droit dans la littérature, est, depuis quelques années, florissant. Mais si colloques et publications se succèdent à un rythme soutenu, force est de constater, toutefois, qu’ils prennent plus volontiers pour objet l’analyse du droit chez les « grands auteurs ». Tant à l’étranger qu’en France, cette efflorescence porte sur un canon littéraire assez classique, s’étendant de l’Antiquité au xxe siècle. Pour ne citer que quelques auteurs ayant fait l’objet de monographies ou d’ouvrages collectifs, Honoré de Balzac, William Shakespeare, Charles Dickens, Frantz Kafka, Jean de La Fontaine, le marquis de Sade, Victor Hugo, Anatole France ou encore Albert Camus ont été passés au crible de l’analyse juridique. Cette focalisation sur les « grands écrivains » ou sur la « grande littérature » est compréhensible par l’aura de noblesse et de sérieux qui rejaillit, du même coup, sur leur analyste. Tous les juristes, par exemple, pressentent combien l’Antigone de Sophocle se prête à la réflexion sur le droit naturel. Aucun risque, pour un juriste s’aventurant hors des terres sanctifiées du continent juridique, d’être accusé de frivolité ou de dilettantisme s’il se frotte au panthéon des auteurs consacrés.

Il n’empêche que les études relatives au droit dans la littérature souffrent, au moins dans l’espace francophone, d’une singulière absence : les littératures policières, largement entendues, alors même que dans son analyse de la littérature, l’historiographie juridique a souvent insisté sur des thématiques liées au droit pénal. À quelques exceptions près en effet les chercheurs ne se sont guère emparés des detective novels. Même le juriste américain John Henri Wigmore, lorsqu’il établissait ses listes de legal novels à destination des étudiants, n’y incluait pas de romans policiers, alors qu’il en était notoirement friand, leur préférant les romanciers victoriens.

Pour que cette réévaluation de l’importance intellectuelle des littératures policières dans leur rapport avec le droit aux xixe et xxe siècles puisse se produire, il faut en énoncer les conditions. Au-delà du partage d’un objet et d’une documentation, le droit et les littératures policières, les experts réunis viennent d’univers différents, et doivent ajouter leurs compétences, pour que le dialogue entre disciplines ne tourne pas au conflit des facultés. Cela ne signifie certainement pas parler d’une seule voix ou construire, encore moins imposer, une doxa sur le sujet. Au contraire, il s’agit bien de parler de droit en tant que spécialiste de littérature en l’occurrence policière, ou de celle-là en tant que spécialiste de celui-ci, en acceptant que ce temps de cheminement intellectuel commun puisse mener chacun à des destinations différentes.

Car les opérations intellectuelles en jeu dans les littératures policières comme dans le droit présentent des similitudes de structures qui se prêtent non à d’absurdes hybridations, mais à des effets de chiasme par lesquelles elles s’éclairent mutuellement. Le travail du juriste peut être présenté comme une enquête, visant à définir les faits et à déterminer le droit applicable, qui peut lui-même n’être connu qu’au terme d’un long travail de déduction, par une série de modes de raisonnements tels que l’a fortiori, l’absurde, l’a contrario etc. L’intrigue policière quant à elle suppose d’assigner un sens à des faits, c’est-à-dire de les qualifier, en vertu d’une signification qui n’apparaît qu’avec le dénouement. Mais dans les deux cas l’apparat de logique déployé sert souvent à recouvrir une opération inverse, où la procédure juridique et la progression de l’intrigue sont au service d’une fin déterminée à l’avance et assujettie à une certaine conception de la justice, qu’il s’agisse de rétablir un ordre social ou de le dénoncer.

Bien au-delà d’une simple approche illustrative ou analogique, c’est-à-dire d’un constat descriptif, les participants, quel que soit leur rattachement académique, sont donc finalement invités à un exercice de dévoilement de certaines réalités du droit, par ce que peuvent en révéler les littératures policières.

Programme

Sous la présidence de Didier Truchet, professeur émérite de droit public de l'Université Panthéon-Assas (Paris II), président de la Société pour l’histoire des Facultés de droit.

9h30

  • Laetitia Guerlain, maître de conférences en histoire du droit à l’Université de Bordeaux, Introduction : droit et littératures policières XIXe-XXe siècles.
  • Yann-Arzel Durelle-Marc, maître de conférences en histoire du droit à l’Université Paris 13, « Polar romain » et droit sous la plume de Steven Saylor : Les mystères de Rome, 1997-2018.
  • Suzanne Bray, professeur de littérature et civilisation britannique à l’Institut catholique de Lille, Le juriste en tant que détective dans les romans policiers historiques de C.J. Sansom.
  • Laurence Devillairs, doyen de la faculté de philosophie à l’Institut catholique de Paris, La fascination du méchant.
  • Frédéric F. Martin, professeur d’histoire du droit à l’Université de Nantes, L’amorale du droit chez James Ellroy et Jim Thompson.
  • Delphine Cingal, maître de conférences en anglais juridique à l’Université PanthéonAssas (Paris II), Une certaine justice de P.D. James : une justice (in)certaine ?

14 h 30

Sous la présidence de Guillaume Richard, professeur d’histoire du droit à l’Université Paris Descartes.

  • Christine Baron, professeur de littérature comparée à l’Université de Poitiers, L'univers policier chez Borges, une utopie du sens.
  • Nicolas Mathey, professeur de droit public à l’Université Paris Descartes, L’article 353 du Code penal et autres romans de Tanguy Viel : un finistère policier.
  • Arnaud Coutant, professeur de droit public à l’Université de Reims, Le droit dans l'adaptation cinématographique d'un roman policier, Sueurs froides d'Alfred Hitchcock.
  • Pierre Brunet, professeur de droit public à l’Ecole de droit de la Sorbonne, Université Paris 1, Le polar comme laboratoire d'analyse réaliste du droit, dans les Dortmunder de Donald Westlake.
  • Pierre Bonin, professeur d'histoire du droit à l’Ecole de droit de la Sorbonne, Université Paris 1, Crime social et règlement enfreint : pluralisme des règles, inter-normativité, et doxa de l’analyse de genre dans Gaudy night de Dorothy L. Sayers (1935)

Inscriptions

Entrée libre sans réservation

Subjects

Places

  • Salle 1 - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - 12, place du Panthéon
    Paris, France (75)

Date(s)

  • Friday, July 05, 2019

Keywords

  • droit, littérature policière, polar, littérature

Contact(s)

  • Pierre Bonin
    courriel : pierre [dot] bonin [at] univ-paris1 [dot] fr

Information source

  • Didier Truchet
    courriel : rhfd [at] univ-droit [dot] fr

To cite this announcement

« De l’assassinat considéré comme un des arts juridiques », Study days, Calenda, Published on Monday, July 01, 2019, https://calenda.org/649432

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