Página inicialLe modernisme en errance

Le modernisme en errance

The Wanderings of Modernism

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Publicado terça, 10 de setembro de 2019 por Céline Guilleux

Resumo

Le retour de la paix fin 1918 inaugure pour le modernisme une période troublée. La réouverture des frontières après les années de conflit est une bouffée d'air frais. D.H. Lawrence entame en 1919 un voyage en France puis en Italie, alors que Joyce sort de son refuge en Suisse. Mais la période d'euphorie cosmopolite du début des années 1910 est passée, et les séquelles de la tragédie mondiale, dont Joyce fait l'expérience à son retour à Trieste, se mêlent aux drames personnels.  Néanmoins, au gré de ces allers-retours, parfois dans la pauvreté ou l'adversité, de nouvelles rencontres ont lieu. Des liens se tissent, qui forment la trame d'un renouveau littéraire. Il s'agira donc de se pencher sur l'influence qu'a pu avoir cette expérience commune d'un moment d'incertitude, d'errance à la fois personnelle et culturelle, sur le modernisme d'après-guerre.

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11 janvier 2020, Paris

Équipe de recherche

Voix Anglophones : Littérature et Esthétique (VALE – 4085). Axe PACT.

Keynote Speaker 

Jean-Michel Rabaté

Argumentaire

Le retour de la paix fin 1918 inaugure pour le modernisme une période troublée. La réouverture des frontières après les années de conflit est une bouffée d'air frais. D.H. Lawrence entame en 1919 un voyage en France puis en Italie, alors que Joyce sort de son refuge en Suisse. Mais la période d'euphorie cosmopolite du début des années 1910 est passée, et les séquelles de la tragédie mondiale, dont Joyce fait l'expérience à son retour à Trieste, se mêlent aux drames personnels. Mina Loy perd son mari, le poète et boxeur Arthur Cravan, et s'engage dans une période de vagabondage transatlantique, alors que l'atmosphère de plus en plus irrespirable du Royaume-Uni d'après-guerre pousse Pound au départ, et accentue le malaise de T.S. Eliot, menant à une période de dépression grave, qui le fera voyager de cure en cure, jusqu'à Lausanne. Néanmoins, au gré de ces allers-retours, parfois dans la pauvreté ou l'adversité, de nouvelles rencontres ont lieu. Des liens se tissent, qui forment la trame d'un renouveau littéraire. La rencontre entre Eliot et Virginia Woolf, qui publie son recueil Poems, puis The Waste Land à la Hogarth Press, fait écho à l'ouverture à Paris d'une nouvelle librairie, Shakespeare and Company, qui réunit peu à peu son propre cercle, et dont la propriétaire, Sylvia Beach, rencontre en 1920 Ezra Pound puis James Joyce, menant à la publication de Ulysses.

Il s'agira donc de se pencher sur l'influence qu'a pu avoir cette expérience commune d'un moment d'incertitude, d'errance à la fois personnelle et culturelle, sur le modernisme d'après-guerre.

L'errance est d'abord un rapport à l'espace. Face à l'itinéraire menant à un but par des étapes prédéterminées, errer consiste, par choix ou par contrainte, à prendre les chemins de traverse, à rejeter la ligne droite et les formes déterminées en faveur de l'indistinct, de l'oblique et de la rencontre fortuite. Face à l'organisation croissante de l'espace, notamment celui du voyage par les structures de consommation du tourisme, les modernistes inventent leurs propres anti-itinéraires, à l'image du « Baedeker lunaire » de Mina Loy, ou de celui que lit Burbank dans le poème « Burbank with a Baedeker : Bleistein with a Cigar » d'Eliot. Cette détermination se double d'un rapport à la temporalité. L'expérience de l'après-guerre remet à plat toutes les assertions sur la linéarité du temps, progressistes ou positivisites, appelant à un nouveau rapport au passé. Loin d'être dépassable, celui-ci vient questionner, poindre le monde contemporain, qui, comme Yeats l'illustre dans son poème « Leda », n'est pas débarrassé de la violence tragique la plus antique.

L'errance est ainsi un moyen privilégié, par les détours de l'espace et du temps, pour subvertir les assises de l'ordre présent. Elle est l'arme de Stephen Dedalus, que « le silence, l'exil et la ruse » mènent à la fois à circuler dans les labyrinthes et à les transcender, « déployant les ailes de son exultante et terrifiante jeunesse » – mais aussi celle de Joyce, dont l'écriture tient elle-même du dédale. Le style moderniste est tributaire de l'errance, comme expérience et comme concept. C'est l'errance physique et mentale qui ouvre The Waste Land, du « Hofgarten » aux rues de Londres et de la prophétie inachevée aux arcanes de la cartomancie. Face aux assignations, de lieu, de classe et de genre, l'errance spatiale et temporelle est aussi le moteur de l'échappée fantastique d'Orlando. Mais cette ouverture s'inscrit toujours sous le signe du danger, d'une précarité de la vie – celle de Tarr chez Lewis ou d'Insel chez Loy – et souvent hantée par le traumatisme. Les déambulations de Septimus après la guerre, de l'Italie à l'Angleterre, sont un mouvement de fuite, face à un vide et une absence terrifiante. Loin d'être la simple échappée de la flânerie, l'errance implique une inquiétude fondamentale, une désorientation qui touche le rapport le plus intime à soi et à autrui.

C'est ainsi que la notion d'errance permet d'interroger l'identité même, sous la figure du retour impossible à soi. Le déracinement, la nostalgie et son rapport au « nostos », au retour à son lieu de départ, sous-tend les déambulations de Stephen et de Bloom, exilés pour un jour de leur domicile et circulant sans clés, comme celles des poètes et écrivains américains de la lost generation à Paris. Elle pose aussi la question de l'accueil, de la rencontre avec l'autre dans son altérité, malgré les différences et même les différents – à la fois personnels, et dans la lecture et la défense des œuvres nouvelles. L'hospitalité vis-à-vis des personnes comme des textes, sous les signes contraires de la compétition, de l'incompréhension et d'une forme paradoxale de communauté, est en grande partie le produit de ces années d'errance, où comme l'affirmait Virginia Woolf dans « How It Strikes a Contemporary », s'est esquissé la « structure […] bâtie d'un effort commun » dont sont sortis les chefs-d’œuvre du modernisme.

Les propositions de communication, en anglais ou en français, devront traiter principalement du modernisme anglophone, et pourront porter sur les sujets suivants :

  • Le rapport entre l'expérience personnelle et biographique d'un ou plusieurs auteurs modernistes et leur rapport non-linéaire au temps, à l'espace ou à l'écriture.
  • La démonstration textuelle ou narrative du lien qui unit le style et l'expérimentation moderniste à la notion d'errance.
  • La contextualisation culturelle et artistique du modernisme d'après-guerre, via des concepts comme ceux de marge, de désorientation, de déracinement, de déterritorialisation ou de nomadisme ainsi que d'hospitalité et d'accueil.
  • La réflexion sur les conséquences culturelles, politiques et les prises de position modernistes vis-à-vis de la reconfiguration brutale de l'espace européen et mondial.

Modalités de soumission

Ces propositions (300 mots env.), accompagnées d’une brève notice biographique, devront être adressées

avant le 21 septembre 2019

à modernisme.errance@gmail.com

Comité d'organisation

  • Yasna Bozhkova (Sorbonne Nouvelle)
  • Diane Drouin (Sorbonne Université)
  • Olivier Hercend (Sorbonne Université)

Comité scientifique

  • Yasna Bozhkova (Sorbonne Nouvelle)
  • Diane Drouin (Sorbonne Université)
  • Olivier Hercend (Sorbonne Université)
  • Frédéric Regard (Sorbonne Université)

Locais

  • Maison de la Recherche de Sorbonne Université
    Paris, França (75006)

Datas

  • sábado, 21 de setembro de 2019

Palavras-chave

  • modernisme, errance, littérature, art, études anglophones

Contactos

  • Organisateurs du colloque
    courriel : modernisme [dot] errance [at] gmail [dot] com
  • Diane Drouin
    courriel : diane [dot] drouin [at] orange [dot] fr

Fonte da informação

  • Diane Drouin
    courriel : diane [dot] drouin [at] orange [dot] fr

Para citar este anúncio

« Le modernisme en errance », Chamada de trabalhos, Calenda, Publicado terça, 10 de setembro de 2019, https://calenda.org/665334

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