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The political and social uses of insult

Les usages politiques et sociaux de l'insulte

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Published on Tuesday, November 12, 2019 by Anastasia Giardinelli

Summary

Même si l'insulte a partie liée avec des relations de pouvoir, cet objet a encore assez peu suscité l’intérêt des sociologues et politistes. Le présent appel à communication propose d'en étudier tant les pratiques sociales que les expériences vécues. Les communicant·e·s, qui pourront s'appuyer sur des terrains, sphères d'activités ou champs diversifiés (contexte familial ou professionnel, milieu sportif, école, etc.), sont invité·e·s à analyser comment les usages politiques et/ou sociaux de l’insulte s’insèrent dans des rapports de pouvoir, comment ils contribuent à les faire ou à les défaire, comment ils participent à la consolidation de formes de domination ou à leur subversion.

Announcement

Journées d’étude Sciences Po Lille – CERAPS – CLERSE

21 – 22 octobre 2020

Argumentaire

Jusqu’à présent, l’insulte a assez peu suscité l’attention des sociologues et politistes. De fait, les études relatives à cet objet sont plutôt le fait de linguistes, de socio-linguistes ou de spécialistes d’analyse du discours (Beaumatin et Garcia, 1994 ; Rosier, 2006 ; Moïse, Auger, Fracchiolla et Schultz-Romain, 2008 ; Desmond et Paveau, 2008 ; Lagorgette et Larrivée, 2004 ; Lagorgette, 2009 ; Oger, 2012 ; Orkibi, 2012). Ces travaux ont généralement souligné que l’insulte, en tant qu’acte de langage (Austin, 1962 ; Searle, 1969), avait partie liée avec des relations de pouvoir ; qu’elle suppose et exprime un rapport de pouvoir déterminé ou qu’elle tende à modifier des rapports de pouvoirs interindividuels. Comme le soulignait en effet Pierre Bourdieu (2001), l’insulte « appartient à la classe des actes d’institution ou de destitution […] par lesquels un individu agissant en son propre nom ou au nom d’un groupe signifie à quelqu’un qu’il a telle ou telle propriété, lui signifie d’avoir telle ou telle propriété. Autrement dit, l’insulte comme la nomination affirment une certaine prétention à l’autorité symbolique comme pouvoir socialement reconnu d’imposer une certaine vision du monde social ».

Ce pouvoir performatif de l’insulte suppose cependant des conditions sociales d’efficacité. Celles-ci dépendent, en particulier, des positions sociales des protagonistes, énonciateurs comme destinataires de l’insulte, et donc de l’existence de rapports sociaux inégaux. On a ainsi pu s’appuyer sur la distinction entre les insultes qui surviennent dans des « relations symétriques » et celles qui sont réalisées dans le cadre de « relations dissymétriques » (Larguèche, 1997 ; Laforest etVincent, 2006) pour montrer par exemple que toute insulte ne conduit pas forcément à insulter. De même, si les insultes servent généralement de rappels à l’ordre, participent à la stigmatisation des déviances et à l’exclusion de l’Autre (Eribon, 1999 ; Jounin, 2008a ; Clair, 2012 ; Amrous et Scherr, 2017 ; Larchet, 2018), elles peuvent aussi être en partie détournées de leur usage commun ou vidées de leur sens à travers des échanges d’insultes « rituelles » (Labov, 1972 ; Lepoutre, 1997 ; Jounin, 2008b ; Bertucci et Boyer, 2013), réappropriées dans une logique d’inversion du stigmate (Goffman, 1975 ; Clair, 2017) ou encore utilisées comme des armes de résistance ou de contestation de relations de domination (Butler, 2004).

Le présent appel à communication invite à étudier, dans une perspective sociologique, comment les usages politiques et/ou sociaux de l’insulte s’insèrent dans de tels rapports de pouvoir, comment ils contribuent à les faire ou à les défaire, comment ils participent, autrement dit, à la consolidation de formes de domination ou à leur subversion. Les contributions proposées pourront explorer les points suivants qui visent davantage à cadrer la réflexion qu’à la limiter : 

  • Les pratiques sociales de l’insulte. Il conviendra d’abord de s’intéresser aux contextes dans lesquels l’insulte est émise, à celles et ceux qui la profèrent et à leurs cibles privilégiées. On pourra notamment s’interroger sur les conditions sociales dans lesquelles se produit l’insulte afin d’étudier comment elle s’articule avec les rapports sociaux. Dans ce cadre, il sera possible de se focaliser sur des terrains, des sphères d’activité ou des champs diversifiés (contexte familial ou professionnel, milieu sportif, école, etc.) voire de procéder à des analyses comparatives des usages opérés de telle ou telle insulte pour saisir la dimension proprement situationnelle et contextuelle de la pratique de l’insulte et de sa signification sociale. Les communicant.e.s pourront aussi s’interroger sur les supports (réels ou virtuels) et les vecteurs privilégiés (invective, pamphlet, chant ou chanson, commentaire en ligne, etc.) de l’insulte, comme sur ses modalités concrètes de survenue – selon qu’elle soit réalisée, par exemple, en public ou en « coulisses », selon qu’elle soit ou non médiatisée (Kaciaf et Lagneau, 2013). En particulier, la place et le rôle des réseaux numériques (avec les campagnes de trolling, les formes de harcèlement en ligne, etc.) méritent sans doute une attention particulière pour saisir les pratiques contemporaines de l’insulte. De manière générale, on pourra par ailleurs questionner tant les raisons et les logiques du recours à l’insulte que ses effets sur les formes de catégorisation identitaire et d’assignation de classe, de genre ou racialisante (Mazouz, 2017). Il est aussi envisageable d’appréhender la manière dont les insulteurs tentent de légitimer leur acte de parole, d’analyser les stratégies leur permettant de lever les contraintes qui se posent à eux et de rendre public leur acte comme ils l’entendent, d’explorer les voies par lesquelles ils parviennent à déjouer les sanctions ou les représailles dont ils pourraient faire l’objet. Dans le sillage des travaux consacrés à la « culture des rues » (Lepoutre, 1997) ou « des bandes » (Mohammed, 2011), on pourra par ailleurs chercher à analyser les formes de l’insulte qui témoignent d’une adhésion à une telle culture ainsi que les processus qui conduisent les individus à en abandonner l’usage (Coutant, 2005).

  • Les expériences vécues de l’insulte. Il s’agira ici de prêter davantage attention aux modalités de réception de l’insulte. On pourra ainsi se demander à quelles conditions une adresse verbale est perçue comme insultante et à quelles conditions elle en vient à faire violence. Dans ce cadre, il y a certainement intérêt à étudier l’influence des positions et propriétés sociales des insulteurs.rices et insulté.e.s (Nielson, 2000) et de leurs interactions. Les contributions pourront également chercher à comprendre plus spécifiquement ce qui se joue du côté de la personne ou du groupe insulté : sentiments de blessure ou de déshonneur, formes d’assignation ou d’exclusion, entrée dans un processus d’auto-victimisation ou d’auto-dévalorisation… Il sera possible aussi d’interroger la diversité des articulations pouvant exister entre cette violence verbale et d’autres formes de violence (harcèlement, violence physique, etc.) ainsi que l’hypothèse d’un continuum entre celles-ci (Kelly, 1987). On pourra examiner comment les individus ou les groupes réagissent à l’insulte (Marshall, 2005) – par le pardon ou la vengeance, par la dénonciation de l’insulte, par l’appel à des tiers (justice, police, médias, etc.),… – ou comment ils cherchent à s’en prémunir – par des stratégies de retournement de l’insulte, par des tentatives d’immunisation,... À cet égard, il serait utile d’examiner comment et dans quelle mesure les individus ou les groupes utilisent le droit ou font pression sur les pouvoirs publics pour prévenir et (faire) sanctionner l’insulte.

  • Les insultes en politique. Les communications pourront porter sur les insultes formulées dans le champ politique. L’insulte y a pour spécificité d’être « publique, polémique et réflexive » et apparaît généralement « dissymétrique » (Fuligni, 2011) dans la mesure où ce sont les dépositaires de l’autorité qui semblent en être les principales cibles. L’insulte s’avérerait donc plutôt une arme politique des dominé.e.s ou une stratégie rhétorique d’outsiders qui se comportent parfois, tels les pamphlétaires (Angenot, 1995 ; Passard, 2015), en professionnels de l’insulte. On pourra mettre à l’épreuve cette hypothèse en questionnant les liens entre le recours à l’insulte et le positionnement statutaire des protagonistes. Dans le même esprit, il sera possible de voir dans quelle mesure leur positionnement idéologique marque l’insulte. Dans le sillage des travaux historiques qui ont montré l’évolution de la sensibilité à l’insulte (Bouchet, Legett, Vigreux et Verdo 2005 ; Azoulay et Boucheron, 2009 ; Bouchet, 2010 ; Baudot et Rozenberg, 2011), il serait également intéressant de se demander ce qui est perçu comme insultant ou qualifié comme tel aujourd’hui dans l’arène politique et pourquoi, d’examiner la place qu’occupe désormais l’insulte dans les luttes politiques et dans les répertoires d’action collective et d’interroger ses modalités d’interprétation, d’acceptation et de sanction. À cet égard, il conviendrait sans doute de questionner ici aussi le rôle des réseaux numériques dans les évolutions de l’insulte en politique.

Une publication est envisagée à l’issue des journées d’étude.

Calendrier et modalités de soumission

Les propositions devront être envoyées aux membres du comité d’organisation pour le 1er février 2020.

Elles devront comprendre :

  • Nom(s) et prénom(s) des auteur·e·(s)
  • Adresse électronique
  • Discipline, affiliation(s) et statut(s)
  • Titre de la communication
  • Résumé de 5 000 signes maximum (espaces et bibliographie compris) précisant éventuellement l’axe dans lequel s’insère la proposition.

Comité d’organisation

  • David DESCAMPS (Agrégé de sciences sociales, doctorant en Sociologie, CLERSE): daviddescamps@hotmail.com
  • Agathe FOUDI (Agrégée de sciences sociales, doctorante en Sociologie, CLERSE): agathe.foudi@hotmail.fr
  • Cédric PASSARD (Maître de conférences en Science politique, Sciences Po Lille, CERAPS) : cedric.passard@sciencespo-lille.eu

Comité scientifique

  • Thomas BOUCHET, Professeur associé en Histoire de la pensée politique, Université de Lausanne – IEPHI.
  • Sébastien CHAUVIN, Professeur associé en Études de genre, Université de Lausanne – CEG.
  • Isabelle CLAIR, Chargée de recherche en Sociologie, CNRS – IRIS.
  • Jean-Gabriel CONTAMIN, Professeur des Universités en Science politique, Université de Lille – CERAPS.
  • Isabelle COUTANT, Chargée de recherche en Sociologie, CNRS – IRIS.
  • Sylvie CROMER, Maîtresse de conférences en Sociologie, Université de Lille – INED.
  • Philippe DARRIULAT, Professeur des Universités en Histoire contemporaine, Sciences Po Lille – IRHIS.
  • Nicolas KACIAF, Maître de conférences en Science politique, Sciences Po Lille – CERAPS.
  • Dominique LAGORGETTE, Professeure des Universités en Sciences du langage, Université de Savoie Mont Blanc – LLSETI.
  • Christian LE BART, Professeur des Universités en Science politique, Sciences Po Rennes, CRAPE.
  • Cécile LECONTE, Maîtresse de conférences HDR en Science politique, Sciences Po Lille – CERAPS.
  • Rémi LEFEBVRE, Professeur des Universités en Science politique, Université de Lille, CERAPS.
  • Aude LEJEUNE, Chargée de recherche en Sociologie, CNRS – CERAPS.
  • Aurélia MARDON, Maîtresse de conférences en Sociologie, Université de Lille – CLERSE.
  • Sarah MAZOUZ, Chargée de recherche en Sociologie, CNRS – CERAPS.
  • Claire OGER, Professeure des Universités en Sciences de l’Information et de la communication, Université Paris-Est Créteil – CEDITEC.
  • Étienne PENISSAT, Chargé de recherche en Sociologie, CNRS – CERAPS.
  • Manuel SCHOTTE, Professeur des Universités en Sociologie, Université de Lille – CLERSE.

Références bibliographiques

Amrous N. & Scherr M., 2017, « Les injures à caractère raciste, antisémite ou xénophobe. Une exploitation réalisée à partir des enquêtes Cadre de Vie et Sécurité », Grand angle, n°41.

Angenot M., 1995, La parole pamphlétaire, Paris, Payot.

Austin J., 1962, How to do Things with Words, Oxford, Clarendon Press (trad. fr. : Quand dire, c’est faire, Paris, Seuil, 1970).

Azoulay V. & Boucheron P., 2009, Le mot qui tue - Les violences intellectuelles de l’Antiquité à nos jours, Ceyzérieu, Champ Vallon.

Baudot P-Y. & Rozenberg O. (dir.), 2011, « Violence des échanges en milieu parlementaire », Parlement[s]. Revue d’histoire politique, n°14.

Beaumatin E. & Garcia M. (dir.), 1994, L’invective au Moyen-Age. France-Espagne-Italie, Atalaya, Revue française d’études médiévales hispaniques, n°5.

Bertucci, M. & Boyer, I., 2013, « « Ta mère, elle est tellement... ». Joutes verbales et insultes rituelles chez des adolescents issus de l’immigration francophone », Adolescence, t.31 n°3, p. 711-721.

Bouchet T., 2010, Noms d’oiseaux. L’insulte en politique de la Restauration à nos jours, Paris, Stock.

Bouchet, T, Legett M., Vigreux J. & Verdo G. (dir.), 2005, L’insulte (en) politique. Europe et Amérique latine du XIXe siècle à nos jours, Dijon, Les Éditions Universitaires de Dijon.

Bourdieu P., 2001, Langage et pouvoir symbolique, Paris, Seuil.

Butler J., 2004 (1997), Le pouvoir des mots. Discours de haine et politique du performatif, Paris, Editions Amsterdam.

Clair I., 2012, « Le pédé, la pute et l’ordre hétérosexuel », Agora, n°60, p. 67-78.

Clair I., 2017, « S’insulter entre filles. Ethnographie d’une pratique polysémique en milieu populaire et rural », Terrains & travaux, vol 31, n°2, p. 179-199.

Coutant I., 2005, Délit de jeunesse, la justice face aux quartiers. Paris, La Découverte.

Desmond E. & Paveau M.A. (dir.), 2008, Outrages, insultes, blasphèmes et injures : violences du langages et police du discours, Paris, L’Harmattan.

Eribon D., 1999, Réflexions sur la question gay, Paris, Flammarion.

Fuligni B., 2011, Petit dictionnaire des injures politiques, Paris, L’Éditeur.

Goffman E., 1975 (1963), Stigmate. Les usages sociaux des handicaps, Paris, Minuit.

Jounin, Nicolas, 2008a, « Humiliations ordinaires et contestations silencieuses. La situation des travailleurs précaires des chantiers », Sociétés contemporaines, vol. 70, no. 2, p. 25-43.

Jounin N., 2008b, « Rappels à l’ordre et subversions ordinaires dans le langage du chantier », in Moïse C., Auger N. Fracchiolla B. & Schultz-Romain C. (dir.), La Violence verbale, tome I, Paris, L’Harmattan.

Kaciaf N. & Lagneau E., 2013, « Du vestiaire à la Une, de la Une au vestiaire: sociologie de la mise en visibilité médiatique de l’"affaire Anelka" », Politiques de communication, vol 1, n°1, p. 209-240.

Kelly L., 1987, « The Continuum of Sexual Violence », in J. Hanmer & M. Maynard (eds). Women, Violence and Social Control, Atlantic Highlands, Humanities Press International, p. 46-60.

Labov W., 1972, Language in the Inner City : studies in the black English vernacular, Philadelphie, University of Pennsylvania Press.

Laforest M. & Vincent D., 2006, Les interactions asymétriques, Québec, Nota Bene.

Lagorgette D. (dir.), 2009, Les Insultes en français : de la recherche fondamentale à ses applications, Chambéry, Université Savoie Mont Blanc.

Lagorgette D. & Larrivée P. (dir), 2004, « Les insultes : approches sémantiques et pragmatiques », Langue Française n°144.

Larchet K., 2018, « Les injures sexistes. Exploitation des enquêtes Cadre de vie et sécurité », Grand angle, n°41.

Larguèche E., 1997, Injure et sexualité. Le corps du délit, Paris, Presses Universitaires de France.

Lepoutre D., 1997, Cœur de banlieue. Codes, rites et langages, Paris, Odile Jacob.

Marshall A-M., 2005, « Idle Rights: Employees’ Rights Consciousness and the Construction of Sexual Harassment Policies », Law and Society, vol. 39, n°1, p. 83-124.

Mazouz S., 2017, La République et ses autres, Lyon, ENS Éditions.

Moïse C., Auger N., Fracchiolla B. & Schultz-Romain C. (dir.), 2008, La Violence verbale, 2 tomes, Paris, L’Harmattan.

Nielson L.B., 2000, « Situating Legal Consciousness: Experiences and Attitudes of Ordinary Citizens about Law and Street Harassment », Law & Society Review, vol. 34, n°4, p. 1055-1090.

Oger C., 2012, « La conflictualité en discours : le recours à l’injure dans les arènes publiques », Argumentation et Analyse du Discours, n°8.

Orkibi E., 2012, « L’insulte comme argument et outil de cadrage dans le mouvement “anti-Sarko” », Argumentation et Analyse du Discours, n°8.

Passard C., 2015, L’âge d’or du pamphlet (1868-1898), Paris, CNRS.

Rosier L., 2006, Petit traité de l’insulte, Charleroi, Labor.

Searle J., 1969, Speech Acts. An Essay in the Philosophy of Language, Cambridge, Cambridge University Press.

Places

  • Lille, France (59)

Date(s)

  • Saturday, February 01, 2020

Keywords

  • insulte, rapports sociaux, assignation, pratiques sociales, expérience vécue, champ politique

Contact(s)

  • Cédric Passard
    courriel : cedric [dot] passard [at] sciencespo-lille [dot] eu
  • Agathe Foudi
    courriel : agathe [dot] foudi [at] hotmail [dot] fr
  • David Descamps
    courriel : daviddescamps [at] hotmail [dot] com

Information source

  • Agathe Foudi
    courriel : agathe [dot] foudi [at] hotmail [dot] fr

To cite this announcement

« The political and social uses of insult », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, November 12, 2019, https://calenda.org/698573

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