StartseiteL'heure de nous-mêmes a sonné

StartseiteL'heure de nous-mêmes a sonné

L'heure de nous-mêmes a sonné

Our Time Has Come

Étude transatlantique ettransdisciplinaire des contre-représentations noires de 1945 à nos jours

Towards Transatlantic and Transdisciplinary Approaches to Black Counter-Representations, from 1945 until Today

*  *  *

Veröffentlicht am Freitag, 06. Dezember 2019 bei Anastasia Giardinelli

Zusammenfassung

L’enjeu majeur de cette journée d’étude sera d’interroger la multiplicité des productions visuelles issues des populations noires et membres de la diaspora entre Europe et Amérique dans la seconde moitié du 20e siècle. Il s’agira tout particulièrement de considérer les réalisations questionnant, directement ou en creux, les modèles traditionnels de représentation de ces populations — par exemple des représentations faisant montre d'une rupture idéologique et/ou visuelle vis-à-vis des canons dépréciatifs, largement ancrés dans l'imaginaire collectif international, qu'il s'agisse de contre-modèles positifs ou de propositions subvertissant d'anciens cadres de représentations dépréciatifs.

Inserat

Le titre du roman de Ralph Ellison, Invisible Man, publié en 1952, souligne la dialectique « présence-absence » des Africain.e.s-Américain.e.s dans une société qui ne les représente le plus souvent que pour les stigmatiser. On pense ainsi à des exemples bien connus de racisme qui vont des images du Coon américain à celle du tirailleur Banania français — au point que l’expression « Jim Crow » qui désigne le système ségrégationniste provienne d’un des personnages des spectacles de Blackface Minstrelsy les plus prisés de son époque. La racialisation, comme construction d’une catégorie raciale subjective, s’est emparée de toutes les formes de représentations, à commencer par la représentation iconographique d’un côté comme de l'autre de l'Atlantique[1]. Face à ces stéréotypes raciaux, la production d’images par les Noir.e.s a été tout aussi prolifique même si elle s’avère moins connue du grand public.

L’enjeu majeur de cette journée d’étude sera donc d’interroger la multiplicité des productions visuelles issues des populations noires et membres de la diaspora entre Europe et Amérique dans la seconde moitié du 20e siècle. Il s’agira tout particulièrement de considérer les réalisations questionnant, directement ou en creux, les modèles traditionnels de représentation de ces populations — par exemple des représentations faisant montre d'une rupture idéologique et/ou visuelle vis-à-vis des canons dépréciatifs, largement ancrés dans l'imaginaire collectif international, qu'il s'agisse de contre-modèles positifs ou de propositions subvertissant d'anciens cadres de représentations dépréciatifs.

Un autre angle d'approche possible du sujet pourra concerner des images ignorées voire exclues du champ de recherche de l'histoire officielle car ils émanent d'acteurs marginaux ou plus simplement tombés dans l’oubli et seraient donc confinés « à la marge » des études sur les représentations[2]. Ce choix de recourir à un éventail varié de sources visuelles variées, couplé au prisme d'observation transatlantique permettra aux intervenant.e.s de revenir sur les lieux communs propres aux représentations noires, de les déconstruire et d'en proposer une lecture renouvelée à l'aune de l'analyse desdites productions.

De fait, les questionnements liés aux (contre-)représentations, aujourd’hui placés au cœur des débats contemporains, s’inscrivent dans un cheminement historique au sein duquel la Seconde Guerre mondiale marque une double rupture. A la suite des génocides, elle place tout d'abord le refus du racisme au cœur du consensus démocratique. Par ailleurs, après avoir été au cœur de mouvements artistiques et militants noirs durant la première moitié du XXe siècle (Renaissance de Harlem notamment), les mobilisations des Africain.e.s-Américain.e.s trouvent un écho renouvelé dans le contexte particulier de l'après-guerre. De l'autre côté de l'Atlantique, la question coloniale éclate quant à elle avec force dans des empires ébranlés, illustré avec force dans le cas français avec les bombardements de Sétif et Guelma en Algérie dès le 8 mai 1945... Des femmes et des hommes, artistes, auteur.es, intellectuel.le.s, se sont réappropriés pour mieux les critiquer les codes des représentations noirs préexistants, et ont durablement transformé la « banque d’images mondiale » et les imaginaires.

On s'intéressera particulièrement – mais de façon non limitative – aux images fixes et animées par et/ou sur les Africain.e.s et les Noir.e.s issu.es de la diaspora, notamment ceux et celles qui ont fait l'objet de circulations transnationales et établi de facto de nouveaux paradigmes. Au-delà des images stricto sensu, on s’intéressera aussi à leurs conditions d’émergence, à leur réception, aux échos et réponses auxquelles elles renvoient. On pourra ainsi se pencher sur la façon dont la période étudiée a pu favoriser l’émergence de réseaux de production et de circulation « noirs » de ces représentations dissidentes. Des remises en cause majeures des stéréotypes raciaux ont émergé – tant du point de vue des représentations que de l’iconographie – remises en cause liées aux décolonisations comme à l’affirmation de société multiculturelles, dans un contexte où l’image occupe une place de plus en plus importante dans la culture de masse.

Le prisme transatlantique adopté ici offre de nouveaux éclairages ; l’image des Noir.e.s est en effet le produit d’interactions complexes, de métissages variés et de flux internationaux dans le contexte nord-américain – héritier de la période esclavagiste – ou dans le contexte français marqué du sceau du colonialisme jusqu’aux années 1960. Les systèmes de domination américains et européens étaient bien distincts : la ségrégation pour les premiers, la colonisation pour les seconds, cependant des analogies singulières émergent de part et d’autre de l’Atlantique, quant aux mises en images de la question raciale. Dans la logique de l’histoire croisée il s’agira d’aborder les circulations transatlantiques de ces images, et leurs répercussions, entrelacements et intersections. Nous encourageons les participant.e.s à cette journée à se saisir notamment de la notion fondamentale de « double conscience » (double consciousness) théorisée par W.E.B. Dubois en 1903 et de sa riche postérité. En effet, l'intellectuel noir américain évoque « cette conscience dédoublée, ce sentiment de constamment se regarder par les yeux d'un autre, de mesurer son âme à l'aune d'un monde qui vous considère comme un spectacle, avec un amusement teinté de pitié méprisante »[3]. Notons aussi que le terme renvoie à la conciliation de l'africanité des individus évoluant au sein des sociétés occidentales. De ce fait, une attention particulière sera portée aux communications qui traitent des diverses représentations (visuelles, musicales, littéraires...) matérialisant cette double-conscience ou, a contrario, des représentations qui s'en écartent volontairement et/ou en soulignent les limites.

Durant cette journée d'étude, nous nous attacherons également à ouvrir la réflexion aux multiples configurations possibles de ces « nouvelles » imageries. En 1992, le sociologue Stuart Hall s’interrogeait de façon provocatrice : « Qu’est-ce que ce terme "noir" dans la culture populaire noire ? ». Dans le même ordre d'idée, nous pourrons par exemple nous demander ce qui est « noir » dans les représentations noires et soulever ainsi la question de leur authenticité et donc de leur légitimité[4]. Les participant.e.s pourront tout à fait se pencher sur les (contre-)représentations issues de courants politiques et culturels cherchant à valoriser l'apport des peuples noirs à l’histoire mondiale et à l'imaginaire collectifs – la Négritude, le Panafricanisme ou le mouvement Black Power font également partie intégrante de cette réflexion.

Enfin, la question des conflits mémoriels afférents à ces représentations soulève des interrogations quant à la position que le chercheur ou la chercheuse peut adopter par rapport à ces images, se plaçant à la fois dans un contexte politique, économique et social donné et dans des historiographies parfois conflictuelles.

[1] Dans les années 1960 le mécène et collectionneur d’art Dominique de Menil initia le projet de recherche et d’édition autour des représentations des Noirs dans l’art occidental. Les dix volumes de cette collection sont devenus une référence incontournable sur le sujet. Voir Bindman, David, Henry Louis Gates, et Karen C. C Dalton, The Image of the Black in Western Art, Cambridge/Houston : Belknap Press of Harvard University Press, en collaboration avec le W.E.B. Du Bois Institute for African and African American Research, Menil Collection, 2010.

[2] Werner Michael et Bénédicte Zimmermann (dir.), De la comparaison à l'histoire croisée, Paris : Le Seuil, 2004.

[3] DuBois, W. E. B., Les âmes du peuple noir (1903), Paris : La Découverte, 2007, 11.

[4] Dent, Gina, Black Popular Culture, New York : The New Press, 1998, 21. Ce recueil inclut le texte de Stuart Hall, écrit en 1991 à l’occasion d’un colloque au Dia Center for the Arts, New York (« What is this “Black” in Black Popular Culture? »).

Programme

Mardi 10 décembre 2019

Université de Picardie-Jules Vernes - Pôle citadelle, Tour Signal

9h30 : Accueil

10h-10h15 : Introduction à la journée d’étude - Frédérique Spill (CORPUS, UPVJ)

10h15-11h15 : « Le sport comme espace de (mise en) visibilité et de mémoire » (modéré par Olivier Mahéo, Université de Poitiers/Université Sorbonne Nouvelle)

  • François-René Julliard (Universités Clermont-Auvergne et Nanterre)

Le poing levé. Le podium du 200 mètres aux Jeux olympiques de Mexico (1968) et les images changeantes de l’athlète noir

  • Yann Descamps (Université de Besançon-Franche Comté)

More Than Athletes: The Political Dimension of African American Athletes’ Self-Representation in Books, Autobiographies, and on Social Media in 20th and 21st Century America

11h15-11h30 : Pause-café

11h30-12h30 : « Une esthétique de lutte : Patchworks » (modéré par Lamia Dzanouni-Brousse de Laborde, Université Picardie Jules Verne)

  • Thomas Bertail (Université Rennes 2)

Une lutte pour la visibilité et la revendication d’une identité collective au sein des organisations influencées par le Black Power

  • Ian Sergeant (Birmingham City University)

Cut and Mix: A Blk Art Group Aesthetic

12h30-14h : Déjeuner

14h-15h30 : Panel « Contre-représentations : Subvertir et/ou dépasser les stéréotypes » (modéré par Alice Morin, Université Sorbonne Nouvelle)

  • Vivian Braga dos Santos (INHA, Paris)

Images de Noirs : les représentations européennes et les contra-images du Rosana Paulino et de Tiago Gualberto

  • Fabiana Senkpiel (Institute for Practices and Theories in the Arts, Bern University of the Arts)

The double Act of Un/masking in Black off (2014−) by Ntando Cele

  • Claudine Le Pallec (Chercheuse indépendante)

Récit « Irréconcilié » et cadres cinématographiques. Le cinéma français règle ses comptes avec la domination culturelle

15h30-16h : Pause-café

16h-17h /17h30 : Table ronde finale et conclusion

Discussion avec tou.te.s les participant.e.s, animée et modérée par Pierre Cras (Université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines)

Orte

  • tour Signal - Université d'Amiens, Chemin du Thil. Pole citadelle
    Amiens, Frankreich (80)

Daten

  • Dienstag, 10. Dezember 2019

Schlüsselwörter

  • image, racisme, transatlantique, représentation, stéréotype, études visuelles, double-conscience, noir, vingtième siècle, racialisation, blackface

Kontakt

  • Olivier Maheo
    courriel : maheo [dot] prof [at] gmail [dot] com

Informationsquelle

  • Olivier Maheo
    courriel : maheo [dot] prof [at] gmail [dot] com

Zitierhinweise

« L'heure de nous-mêmes a sonné », Fachtagung, Calenda, Veröffentlicht am Freitag, 06. Dezember 2019, https://calenda.org/721187

Beitrag archivieren

  • Google Agenda
  • iCal
Suche in OpenEdition Search

Sie werden weitergeleitet zur OpenEdition Search