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Inaudibilité et résistances

Inaudibility and resistances

Journée d'étude organisée par le laboratoire junior « En quête de voix »

"Finding a voice" junior laboratory study day

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Publié le lundi 13 janvier 2020 par Elsa Zotian

Résumé

Le point départ de notre réflexion est le constat selon lequel certains sujets n’ont pas accès à la parole dans l’espace public. Cette exclusion de la sphère de la parole concerne une pluralité de sujets, et ne saurait être limitée au groupe de ceux et celles qui n’ont pas voix au chapitre car ne peuvent pas voter (citoyen-ne-s mineur-e-s, étranger-ère-s ou privé-e-s de droits civiques). On peut songer à l’ensemble des groupes marginalisés dans la société (sans-abris, prisonnier-ère-s, malades, migrant-e-s, minorités sexuelles…), mais aussi plus généralement à l’ensemble des groupes dominés, que cette domination se fasse au nom de critères de sexe, de genre, de race ou de classe. L’hypothèse générale qui sous-tend notre réflexion est celle selon laquelle exclusion sociale et impossibilité à parler sont corrélées : l’effacement de la voix des sujets sociaux vulnérabilisés est solidaire ou même cause de leur exclusion, de sorte que l’on peut parler d’une « vulnérabilité linguistique ».

 

Annonce

La deuxième journée d'étude du laboratoire junior, "Inaudibilité et résistances", aura lieu le 20 janvier 2020 à l'ENS de Lyon, de 10h à 17h30, en amphi Descartes.

Argumentaire

Le point départ de notre réflexion est le constat selon lequel certains sujets n’ont pas accès à la parole dans l’espace public. Cette exclusion de la sphère de la parole concerne une pluralité de sujets, et ne saurait être limitée au groupe de ceux et celles qui n’ont pas voix au chapitre car ne peuvent pas voter (citoyen-ne-s mineur-e-s, étranger-ère-s ou privé-e-s de droits civiques). On peut songer à l’ensemble des groupes marginalisés dans la société (sans-abris, prisonnier-ère-s, malades, migrant-e-s, minorités sexuelles…), mais aussi plus généralement à l’ensemble des groupes dominés, que cette domination se fasse au nom de critères de sexe, de genre, de race ou de classe. L’hypothèse générale qui sous-tend notre réflexion est celle selon laquelle exclusion sociale et impossibilité à parler sont corrélées : l’effacement de la voix des sujets sociaux vulnérabilisés est solidaire ou même cause de leur exclusion, de sorte que l’on peut parler d’une « vulnérabilité linguistique » (Butler, 2004).

Cette incapacité à se faire entendre dans l’espace public - que l’on peut qualifier d’inaudibilité sociale - peut prendre des formes diverses. Elle est à la fois incapacité de fait et incapacité de droit, notamment dans le cas de revendications qui ne peuvent être exprimées dans une langue qui interdit leur formulation : songeons par exemple à la difficulté pour les femmes de parler si l’on reconnaît que le langage véhicule des normes patriarcales (Wittig, 2007), mais aussi plus généralement à une difficulté des subalternes à employer le langage dit hégémonique (Spivak, 2009).

Les conséquences de l’inaudibilité sur les sujets qui en sont victimes demandent à être interrogées : Comment peut-on être un sujet politique lorsqu’on n’a pas accès à la parole ?  Nos capacités mêmes à exister en tant que sujet ne sont-elles pas remises en cause, si l’on reconnaît que l’une des modalités centrales de la subjectivation est la prise de parole ?

Cela nous conduira également à envisager les différentes formes de résistances à l’exclusion de la sphère de la parole : entre infra-politique des discours subalternes (Scott, 2008), subversion performative (Butler, 2004), et travail poétique de sape des normes discursives dominantes. Cette question de la résistance à la domination, et plus généralement de la possibilité pour les sujets de reprendre la parole, sera au cœur de notre réflexion. Comment redonner voix aux sans-voix ? Est-il possible de porter leur parole, qui peut le faire et comment ? Une régulation politique de la sphère publique peut-elle garantir une meilleure audibilité des voix ?

Cette journée d’étude pluridisciplinaire, organisée par le laboratoire junior « En quête de voix » cherchera à interroger le concept d’inaudibilité, et à la penser comme un concept opératoire dans le champ des sciences humaines et sociales, mais aussi des études littéraires. Nous réfléchirons à la fois à sa définition et à ses usages possibles.

Programme

10h-10h15 : accueil des participant.e.s

10h15-10h30 : introduction par les membres du laboratoire junior

10h30-12h30 : Faire entendre les inaudibles : enjeux éthiques, politiques et méthodologiques

  • Sam Racheboeuf (Université de Grenoble Alpes) : “Restituer les paroles infâmes. Le discours de l’absent dans l’historiographie contemporaine française”
  • Bahar Majdzadeh (Université Paris 1) : “Cartographie d’une mémoire exilée en Iran : les militants politiques des années 1980”— Delphine Frasch (ENS de Lyon) : “EP Thompson : l’historien comme médiateur”

12h30-14h : déjeuner

14h-15h30 : Normes discursives hégémoniques et contre-narrations

  • Merete Stistrup Jensen (Université Lumière Lyon 2) : “La question du genre dans quelques manifestes littéraires et essais poétiques du XXème siècle”
  • Élise Huchet (Université de Paris) : “Assujettissements ou subjectivations narratives : comment subvertir les normes du récit de soi ? Le cas des autobiographies féministes”

15h30-16h : pause café

16h-17h30 : Démocratie narrative et problèmes de la représentation

  • Pauline Julien (Université Paris Nanterre) : “Représenter les sujets collectifs : les ambivalences du registre identitaire”
  • Bénédicte Madelin (Ex-professionnelle de la politique de la ville, membre de la Coordination Pas sans Nous) : “Est-on prêt à entendre la parole des habitants des quartiers populaires ?”

Lieux

  • Amphi Descartes, Bâtiment Descartes - ENS 15, parvis René Descartes
    Lyon, France (69)

Dates

  • lundi 20 janvier 2020

Mots-clés

  • inaudibles, résistances, représentation, normes, démocratie

Contacts

  • En quête de voix
    courriel : enquete [dot] de [dot] voix [at] listes [dot] ens-lyon [dot] fr

Source de l'information

  • Léa Billen
    courriel : lea [dot] billen [at] parisnanterre [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Inaudibilité et résistances », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 13 janvier 2020, https://calenda.org/728064

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