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Belonging. Groups and individuals - the deficiencies, absences and silences of sources

Appartenir. Groupes et individus

Carences, absences et silences des sources

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Published on Wednesday, January 22, 2020 by Céline Guilleux

Summary

Les doctorants de l’école doctorale II « Histoire moderne et contemporaine » de Sorbonne Université organisent leur journée d’étude annuelle. Cette journée se divisera cette année en deux temps : une première demi-journée portera sur « Appartenir. Groupes et individus ». La seconde demi-journée sera consacrée à des questions méthodologiques autour du thème « Carences, absences et silences des sources ». Les propositions provenant de jeunes chercheurs sont particulièrement bienvenues.

Announcement

Argumentaire

Thème 1 de la journée d'étude : « Appartenir. Groupes et individus en histoire moderne et contemporaine »

Avec l’École des Annales, à partir de la fin des années 1920, l’histoire s’empare des groupes sociaux en tant qu’objet d’étude. En vertu de la fameuse sentence de Lucien Febvre : « Pas l’homme, encore une fois jamais l’homme. [Mais] les sociétés humaines, les groupes organisés », les individus ne sauraient être considérés isolément par l’historien mais comme appartenant à différents groupes. L’historien est donc aujourd’hui confronté en permanence à des allers-retours entre l’individu et le groupe. Que l’on parte de l’individu, à l’instar de la microstoria italienne, pour éclairer des formes d’organisation humaine ou que l’on s’intéresse à une partie d’un groupe ou à sa totalité, la question de l’appartenance apparaît centrale.

La thèse pionnière d’Antoine Prost sur les anciens combattants de la Première Guerre mondiale (1977) donne à voir la richesse de ce que signifie appartenir à un groupe : de sa création (sociale, juridique, politique) à ses représentations individuelles et collectives, en passant par sa sociologie (sa composition, son fonctionnement). Depuis, les travaux consacrés à l’analyse des relations que l’individu entretient avec le groupe sont nombreux. Ainsi, l’ouvrage de Norbert Elias La société des individus (1987) marque une étape clef dans la réflexion sur les interrelations entre les individus – caractérisés par l’adaptabilité et l’évolution continuelle de leur psychisme – et le groupe qui imposerait des normes de comportements conduisant à refouler les manifestations instinctives et spontanées des individus. Cherchant à dépasser cette dichotomie apparente entre individus et groupes, il analyse la manière dont l’individualisation et l’uniformisation représentent deux processus sociaux indissociablement à l’œuvre dans les sociétés occidentales du XXe siècle. Dans les années 1990, en empruntant les méthodes quantitatives et qualitatives de l’Ecole de Chicago, John Padgett et Christopher Ansell produisent une enquête de sociologie historique consacrée aux individus composant la famille des Médicis, véritable « groupe d’influence » à Florence à partir du XVe siècle. De la même façon, Katia Béguin, dans son ouvrage consacré aux princes de Condé (1999), étudie la manière dont les différents membres de cette lignée se constituent une clientèle et un réseau qui leur sont propres, ce qui n’empêche pas certains d’adopter des stratégies individuelles parfois en rupture avec la tradition du groupe familial. Pour l’époque contemporaine, Jérôme Pozzi (en 2011) donne l’exemple des relations complexes entre individus et groupes en politique, en étudiant les mouvements gaullistes qui, loin de constituer un groupe uniforme, sont animés et heurtés de l’intérieur par les trajectoires et les ambitions des individus.

Appartenir à un groupe, c’est à la fois se définir comme membre de celui-ci et être défini par les autres – qu’ils fassent partie ou non du groupe – en tant que tel. Pour écrire l’histoire de ces relations entre l’individu et le groupe, l’historien doit ainsi s’interroger sur la volonté d’appartenir à un groupe ou d’en sortir, son fonctionnement ou encore sur la possible superposition de plusieurs appartenances. Mais il s’agit aussi de se pencher sur ce que signifie concrètement faire partie d’un groupe, de se demander dans quelle mesure les choix individuels sont imposés par les normes du groupe d’appartenance, et comment de telles normes s’imposent. Si la sociologie a depuis longtemps pensé les étapes successives de la socialisation, la pratique historienne, du fait de son matériau, s’est souvent contentée de prendre les règles du groupe comme reflétant celles des individus, et inversement, sans forcément réfléchir aux canaux de transmission de telles normes, et aux marges de manœuvre des individus vis-à-vis de son groupe d’appartenance. Il importe donc de prendre au sérieux la notion d’appartenance, car elle sous-tend bon nombre de travaux historiques sans être toujours approfondie.  

Pour ce faire, les communications pourront s’appuyer, sans s’y limiter, sur les axes de réflexion suivants :

  •  Rejoindre ou sortir d’un groupe. L’historien, quelle que soit la période ou la société étudiée, est amené, le cas échéant, à se poser la question des stratégies individuelles ou collectives qui consistent à rejoindre un groupe ou à en sortir. À cet égard, l’on peut s’attarder sur ses critères d’appartenance, sur les barrières sociales qui peuvent être surmontées ou non, ou encore sur les obstacles qui se posent à sa création. 
  •  Faire groupe. Si l’historien ne prétend pas faire œuvre de sociologue, il ne peut faire l’économie d’une réflexion sur les relations entre individus et groupes. En quoi l’ethos du groupe influe-t-il sur ses propres choix ? Quelle est la part de l’individu dans la définition et le fonctionnement du groupe ? Est-il possible de dégager des « régularités observables » parmi les individus du groupe ? 
  • Les sources des relations entre individus et groupes. Y a-t-il des sources à privilégier pour étudier la relation entre individus et groupes sociaux ? Faut-il mêler systématiquement archives publiques/ collectives et archives privées/individuelles pour restituer une histoire « à parts égales » de cette relation ?
  •  Les apports des autres sciences sociales pour l’historien. La sociologie, l’anthropologie ou encore l’ethnographie peuvent être convoquées par l’historien pour affiner ses catégories et son questionnement, voire pour compléter son corpus de sources. Quels sont les outils méthodologiques et épistémologiques qui peuvent être mobilisés par l’historien pour étudier cet objet ? Est-il possible d’employer des catégories sociologiques contemporaines pour étudier des périodes antérieures sans tomber dans l’écueil de l’anachronisme ?

Thème 2 de la journée d'étude: « Carences, absences et silences des sources en histoire moderne et contemporaine »

La question du statut des archives, de leur construction, et de leur rapport aux contextes qui les ont fait émerger se pose de manière récurrente en histoire, mais a connu un regain d’intérêt depuis plusieurs années. Si l’histoire est une discipline fondée d’abord sur le texte et son interprétation, la multiplication des formes d’archives différentes au cours du dernier siècle (orales, visuelles, numériques) a, en effet, entraîné de nombreuses réflexions sur la production et la conservation archivistique présente et a fortiori passée, comme en témoigne The Silence of the Archives, publié par trois archivistes britanniques en 2017. De même, de nouveaux courants historiographiques, tel que celui des Subaltern Studies, ont su donner la parole à des acteurs négligés ou restés « silencieux » en interrogeant différemment les sources. Au cœur du métier d’historienne et d’historien, l’archive doit aussi être abordée à partir de ses marges. C’est donc en interrogeant les carences, les absences et les silences contenus dans les archives en histoire moderne et contemporaine que nous voudrions questionner la pratique historienne.

En effet, les carences dans les sources, voire les absences de source, engagent chaque historienne et historien dans une réflexion spécifique à son matériau de travail, et donc à sa pratique de l’histoire. Celle-ci doit évidemment s’adapter aux objets, mais aussi aux contextes historiques. Il convient ainsi de noter que ce qu’on entend par « carence » ou « absence » se réfère à ce qui est considéré comme la quantité d’archives disponibles « normale » pour la période (quantité qui, peu ou prou, augmente à mesure qu’on se rapproche du temps présent). En ce sens, ces carences ou ces absences doivent être pensées à l’aune de la propre histoire de conservation des sources et de leurs auteurs. De même, certains objets spécifiques, comme les sexualités ou les déviances, s’expriment souvent dans l’ombre des sources et obligent les chercheuses et chercheurs à composer avec ces problèmes. Il s’agit alors de penser l’absence ou les carences et de les compenser, pour finalement faire de celles-ci non un impensé mais bien la base du questionnement historique. Enfin, si l’historienne et l’historien sont attirés par l’existant, par le plein, des vies se déroulent pourtant dans les pointillés des archives. Pour éviter que l’histoire fasse l’impasse sur ceux qui ne produisent pas d’archives, il faut trouver de nouvelles méthodes. Il s’agit finalement de savoir ce que l’on peut faire dire aux carences, aux absences et aux silences des sources, et comment le faire. Pour cela, nous proposons trois axes d’étude sur lesquels les communications pourront s’appuyer sans s’y limiter.

  • Production, conservation, et disparition : l’archive face à son passé. Il s’agit tout d’abord de questionner l’absence des sources en lien avec leur contexte de production et de conservation. Ces sources ont-elles disparues ? Pourquoi n’ont-elles pas été conservées ? Que penser des destructions postérieures, qu’elles soient accidentelles ou intentionnelles ? Les corpus que nous étudions peuvent avoir été touchés par des destructions causées par des accidents de l’histoire : incendies et insurrections, catastrophes naturelles, ou mauvaises conditions de conservations. Il s’agit ici d’intégrer le contingent de l’événement historique en lui-même, ou les conditions de conservation dans le processus d’élaboration de la science historique. Ces absences peuvent révéler des enjeux spécifiques aux contextes de production, ou aux contextes qui ont transmis et conservé les sources. Cette interrogation est primordiale car toute absence particulière ne peut s’apprécier qu’au regard des absences globales des sources. Il s’agit ici aussi de trouver des méthodes pour comprendre et expliquer les manques.
  • Carences, absences, silences, et leurs interprétations. Au-delà de ces absences générales, c’est aussi la carence spécifique dans les textes qui doit être analysée. Ces carences sont-elles un obstacle insurmontable à la connaissance historique, ou au contraire sommes-nous capables de surmonter ces pertes par d’autres voies ? Comment composer avec celles-ci afin de reconstituer ou d’interpréter des sources lacunaires ? Quelle méthodologie utiliser pour contourner des absences d’informations dans une source ou des sources manquantes ? A l’inverse, certains phénomènes sociaux ne transparaissent pas dans les sources du fait même de leur évidence éclatante, ou au contraire de la nécessité de les cacher. Il s’agit donc de penser ces silences de manière positive, en cherchant à savoir si l’absence d’information peut constituer une preuve dans une démonstration. L’absence révèle parfois plus que la présence, en pointant les discours interdits, et ce qu’ils révèlent des normes et des déviances. Comment donner sens, et rapporter cette absence à des enjeux ou des stratégies discursives que l’on connaît par ailleurs ? Il s’agit donc finalement de savoir si l’on peut penser positivement l’absence, en tant que signifiant révélateur d’une source.
  • Faire parler les absentes et les absents. On peut enfin se pencher sur le silence des sources et, a fortiori sur celui des individus, qui conduisent à réfléchir sur le processus de construction des sources. Que dire des individus qui ne produisaient pas les archives et dont les traces ne sont que furtives ? La question des silences et des absences oblige alors à un retour sur le dicible, mais aussi sur les acteurs légitimes à s’exprimer. Que peut-on dire des catégories dominées et considérées comme subalternes n’ayant pas les capacités ou les moyens d’écrire leur propre histoire ? Que dire de cette parole lorsqu’elle surgit, même de manière lacunaire ? Et de quelles sources émane-t-elle ? Il semble ici nécessaire de penser les silences et de réfléchir à la possibilité de redonner la parole à ceux qui ne pouvaient en avoir l’usage. Tous les silences se valent-ils ? Quelles sources mobiliser pour les combler ? Des sources collectives et sans auteur (chansons populaires, mythes, légendes, contes), peuvent-elles nous aider à penser les individus qui les racontaient, les échangeaient, les écoutaient ? Ce sont donc toutes ces situations qu’il importe de prendre en considération afin de faire passer les absents et leurs silences des marges jusqu’au cœur de la connaissance historique.

Modalités de soumission

Cette journée d’étude se déroulera à la Maison de la Recherche de Sorbonne Université (28 rue Serpente, 75006 Paris) le samedi 4 avril 2020 à Paris.

Les propositions des doctorants et jeunes chercheurs seront privilégiées, et celles émanant des doctorants de 1re et 2e année feront l’objet d’une attention particulière.

Merci de fournir un résumé comportant : un titre (même provisoire), une proposition de communication de 500 mots maximum (une page), les nom, prénom et courriel de l’auteur, ainsi que le titre de la thèse, le nom du directeur de recherche et l’année d’avancement dans les études doctorales.

Les propositions sont à envoyer à l’adresse suivante : doctorants.ed2@gmail.com

jusqu’au 10 février 2020

Possibilité de publication

Les communications retenues pourront, si leurs auteurs le souhaitent, être publiées sous forme de contributions au prochain numéro d’Enquêtes, revue de l’École doctorale d’histoire moderne et contemporaine de Sorbonne Université.

Comité d’organisation et de sélection des propositions

Les représentants des doctorants de l’ED2 de Sorbonne Université :

  • Cécile Alexandre
  • Simon Castanié
  • Agathe Couderc
  • Jonathan Hassine
  • Lucas Lehericy
  • Alice de Lyrot
  • Adelaïde Marine-Gougeon
  • Alice Milor
  • Jean-Benoît Poulle
  • Baptiste Vinot.

Avec le soutien du Pr. Reynald ABAD, directeur de l’ED2, du Pr. Catherine MAYEUR-JAOUEN, directrice-adjointe, et le concours de Fedoi CHAFIC, responsable administrative.

Places

  • Maison de la Recherche de l’Université Paris-Sorbonne Paris, 28 rue Serpente
    Paris, France (75006)

Date(s)

  • Monday, February 10, 2020

Keywords

  • source, méthodologie, épistémologie, groupe, individu, histoire sociale

Contact(s)

  • Simon Castanié
    courriel : doctorant [dot] ed2 [at] gmail [dot] com

Information source

  • Simon Castanié
    courriel : doctorant [dot] ed2 [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Belonging. Groups and individuals - the deficiencies, absences and silences of sources », Call for papers, Calenda, Published on Wednesday, January 22, 2020, https://calenda.org/731166

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