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Sounds and voices in the Middle Ages

Sons et voix au Moyen Âge

Questes seminar

Séminaire Questes

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Published on Monday, January 27, 2020 by Elsa Zotian

Summary

L’oralité, la performance, l’émotion, le paysage sonore, la vocalité permettent d’aborder l’homme d’une autre façon, peut-être plus anthropologique et plus sensorielle. Depuis quelques années, les travaux se multiplient pour toutes les époques mais l’époque médiévale n’est pas en reste et les projets de reconstitution sonore émergent pour Amiens, Avignon, Constantinople, Beowulf… La voix est centrale dans les sociétés médiévales où l’oralité permet aussi bien l’expression de soi, le négoce, le plaidoyer que le spectacle. D’une façon plus globale, tous les sons, quels qu’ils soient, construisent le paysage sonore de chaque société, à chaque instant. Cependant, leur caractère individuel, sensoriel et éphémère et l’absence d’enregistrement ont largement retardé leur étude. Il convient à présent d’étudier les traces de ce monde sonore disparu, au fil des trois séances de séminaire.

Announcement

Argumentaire

L’oralité, la performance, l’émotion, le paysage sonore, la vocalité permettent d’aborder l’homme d’une autre façon, peut-être plus anthropologique et plus sensorielle. Depuis quelques années, les travaux se multiplient pour toutes les époques : l’Antiquité, avec la récente exposition Musiques ! menée au Louvre Lens, le Paris du XVIIIe siècle de Mylène Pardouen, l’Istanbul de Pinar Çevikayak Yelmi… L’époque médiévale n’est pas en reste et les projets de reconstitution sonore émergent pour Amiens (Frédéric Billiet), Avignon (Julien Ferrando), Sainte-Sophie (Bissera Pentcheva), Beowulf (Benjamin Bagby)… Prolongeant le dernier congrès de la SHMESP, axé sur la voix, l’association Questes souhaite désormais apporter sa pierre à l’édifice.

La voix est centrale dans les sociétés médiévales où l’oralité permet aussi bien l’expression de soi, le négoce, le plaidoyer que le spectacle. D’une façon plus globale, tous les sons, quels qu’ils soient, construisent le paysage sonore de chaque société, à chaque instant (Raymond Murray Schafer). Cependant, leur caractère individuel, sensoriel et éphémère et l’absence d’enregistrement ont largement retardé leur étude. Il convient à présent d’étudier les traces de ce monde sonore disparu.

Nous ne réduisons pas notre appel à l’étude de la seule parole articulée ou de la seule musique. Il s’agit de couvrir toutes les formes de vocalité et de sonorisation, de performance et d’expérience du monde de l’audible, en explorant le spectre subtil allant du silence à la cacophonie. Chant, poésie, prédication, plaidoyer, conversation, déclamation, parole d’autorité, rituel, divertissement, théâtre, signalisation, identification sonore d’un état (la crécelle des lépreux, par exemple), émission simple ou polyphonique, soliste ou accompagnée, … sont autant de situations et de pratiques qu’il conviendra d’étudier. À l’inverse, le silence subi (condamnés, sourds et muets…) ou choisi (moines, empereur…), tout aussi porteur de sens, pourra lui-aussi être commenté.

L’étude conjointe des sons et voix invite également à questionner les textures sonores et leur origine : voix humaines, sons mécaniques, bruits d’animaux ou de la nature… autant de catégories de corps sonores dont on peut apprécier les variations et les interactions. La voix peut ainsi sonner différemment selon l’âge, le genre, la zone de production (tête ou gorge), le type d’émission (parlée, chantée, scandée), l’intensité, et les modulations de l’émission.

Il conviendra aussi de s’attarder sur le cas des professionnels du son et de la parole : musiciens, chantres, muezzins, hérauts, prédicateurs, acteurs, juristes. Il arrive qu’ils suivent une formation spécifique et portent souvent une attention extrême à la qualité de leur pratique. On pourra étudier les discours théoriques encadrant leurs productions sonores ainsi que les méthodes et astuces élaborées pour préparer, produire, moduler et parfaire leurs techniques souvent empiriques.

Sons et voix sont souvent convoqués pour des performances rituelles, sacrées, politiques et sociales. On pourra s’interroger sur les conséquences de l’espace, de la distance, des conditions acoustiques (ou tout simplement du bruit de fond accompagnant la foule), sur la réalisation sonore et son audibilité. Sons et voix étant émis pour être entendus, on doit questionner l’expérience aurale (auditive). Les positions des émetteurs et des auditeurs (ambon, lutrin, galerie, nef…), les structures architecturales choisies (voûte, coupole, chancel) et certains objets (porte-voix) modulent considérablement le trajet et l’impact du son. Il conviendra donc d’étudier leurs effets ainsi que les choix faits pour les contrer ou les amplifier.

Toutes ces dimensions techniques seront bien sûr à compléter par une approche plus idéologique, médicale et philosophique, en explorant les théories discutant de la voix, des sons et de l’audition. Les discours médiévaux lient fortement corps, son et âme, modulant ainsi les modes d’émission, de pratique et d’écoute. Ils conditionnent aussi le sens et la valeur attribués aux sons, quels qu’ils soient. Certaines voix, certains sons, sont attribués au Malin, au péché, à la violence… alors que d’autres sont valorisées. Par exemple, dans les grandes représentations de mystères, on entend toute une bande-son très contrastée, construites sur des tambours démoniaques et d’angéliques instruments à vent. Le motet isorythmique en Occident ou la spécialisation des voix rituelles à Byzance mettent également en évidence une économie sonore hautement symbolique où textures et hauteurs de son prennent des significations particulières.

Enfin, pour finir, on pourra aussi discuter des méthodes contemporaines pour retrouver, étudier ou reconstituer ces indices sonores. Quelles sources nous permettent aujourd’hui de retrouver les sons et voix du passé ? Quelle place la production littéraire et picturale accorde-t-elle à l’environnement sonore? Comment peut-on chanter, parler, faire entendre par l’écrit ou la peinture ? Quels mots, quels gestes disent l’expérience aurale ? Que devient le son passé par le filtre de l’écrit ou du visuel ? Comment reconstruire aujourd’hui les prononciations des langues médiévales et les tessitures des instruments que nous ne pouvons plus entendre ? Comment imaginer ces performances sonores sans les espaces qui les ont accueillies et modulées ? Comment faire dialoguer tradition orale et écriture du son ancien ? Plus largement, l’étude du son médiéval, cas limite du phénomène passé, fugitif, intangible et très peu documenté, pousse à questionner nos méthodes de reconstruction/recréation de tout événement passé, par définition inaccessible en totalité.

Conditions de soumission

Cet appel à communication s’adresse aux étudiants de master, de doctorat et aux jeunes chercheurs en études médiévales, quelle que soit leur discipline. Les propositions de communication, limitées à 300 mots et à une courte bibliographie, seront accompagnées d’une mention du sujet de mémoire et/ou de thèse du candidat.

Elles devront être envoyées conjointement à

  • marie.emma.torres@gmail.com
  • axellejaniak@gmail.com
  • marielle.devlaeminck@gmail.com

pour le 09 février 2020

en vue d’une présentation de vingt minutes durant l’une des trois séances du séminaire, qui se tiendront les 20 mars, 24 avril et 15 mai 2020, et d’une publication dans la revue de l’association (questes.revues.org).

Comité scientifique

  • Marielle Devlaeminck
  • Axelle Janiak
  • Marie-Emmanuelle Torres

Bibliographie d’orientation

Michel BANNIARD, Viva voce. Communication orale et communication écrite du IVe au IXe siècle dans l’occident latin, Turnhout, 1992.

Marie BOUHAÏK-GIRONÈS et Marie Anne POLO DE BEAULIEU (dir.), Prédication et performance du XIIe au XVIe siècle, Paris, 2013.

Jean-Marie FRITZ, Paysages sonores du Moyen Âge. Le versant épistémologique, Paris, 2000.

Jean-Pierre GUTTON, Bruits et sons dans notre histoire. Essai sur la reconstitution du paysage sonore, Paris, 2000.

Laurent HABLOT, Laurent VISSIÈRE (dir.), Les paysages sonores du Moyen Âge à la Renaissance, Rennes, 2016.

Didier LETT, Nicolas OFFENSTADT (dir.), Haro ! Noël ! Oyé ! Pratiques du cri au Moyen Âge, Paris, 2003.

Bissera PENTCHEVA, Aural Architecture in Byzantium: Music, Acoustics, and Ritual, Routledge, 2017.

Pratiques professionnelles de la parole (Europe, 12e -18e s.), Revue de synthèse, t. 133, n° 2, 2012.

Paul ZUMTHOR, La lettre et la voix, de la « littérature » médiévale, Paris, 1987.

Places

  • Maison de la recherche, salle D116 - 28 rue Serpente
    Paris, France (75006)

Date(s)

  • Sunday, February 09, 2020

Attached files

Keywords

  • sonore, musique, oralité, sound studies, performance, acoustique, théâtre, rituel, expérience sociale

Contact(s)

  • Marielle Devlaeminck
    courriel : marielle [dot] devlaeminck [at] gmail [dot] com
  • Marie-Emmanuelle Torres
    courriel : marie [dot] emma [dot] torres [at] gmail [dot] com
  • Axelle Janiak
    courriel : axellejaniak [at] gmail [dot] com

Reference Urls

Information source

  • Marie-Emmanuelle Torres
    courriel : marie [dot] emma [dot] torres [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Sounds and voices in the Middle Ages », Call for papers, Calenda, Published on Monday, January 27, 2020, https://calenda.org/732612

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