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Published on Thursday, January 30, 2020 by Céline Guilleux

Summary

Un appel à communication est lancé auprès des chercheurs en design pour participer à la journée d’études Downcycling-Upcycling le 16 avril 2020 à l’université de Strasbourg. Il s'agit de s’emparer de la question du recyclage des déchets plastiques par la figure du maker dont la diversité des manières de faire sont autant de moyens de concevoir et de développer de nouveaux processus que d’entrer en résilience. Cet événement scientifique en design sera également l’occasion d’accueillir des designers et/ou ingénieurs qui exposeront leurs démarches et les réalités de terrain.

Announcement

Le 16 avril 2020 à la MISHA Université de Strasbourg

Partenaires institutionnels

  • ACCRA EA3402, Univ. de Strasbourg
  • CIEREC EA3068, Univ. J. M. Saint-Étienne
  • MISHA, Univ. de Strasbourg

Cet événement scientifique est lauréat d’une Initiative d’Excellence (IdEx) de l’Université de Strasbourg : Manifestations à destination du monde socio-économique.

Présentation

Le premier Earth Day se tient aux États-Unis le 22 avril 1970. À Chicago, la même année, la Container Corporation of America (CCA) qui s’était déjà illustrée en éditant le World Geo-Graphic Atlas (1953) de Herbert Bayer organise un concours de design graphique pour la conception d’un logotype dédié à la représentation symbolique du recyclage. À l’issue du concours, la CCA récompense Gary Anderson, un jeune étudiant en architecture de l’Université de Californie du Sud (USC), pour la proposition d’un symbole triangulaire constitué de trois flèches dessinées en contour simple qui se suivent en effectuant un demi-tour. À l’intérieur de l’une des flèches, on peut y lire en lettres capitales : RECYCLE. L’équilibre et la statique-dynamique de cette composition élémentaire ont sans doute eu raison de son succès car si son application était initialement destinée aux produits en papier pour en identifier la recyclabilité, elle s’est rapidement généralisée fig.1 à d’autres matériaux comme le plastique. Cette propension internationale n’a cependant pas empêché certaines réappropriations du logotype originel comme en atteste le modèle utilisé officiellement sur le territoire de Taïwan. Un logotype fig.2 carré constitué de quatre flèches à direction centripète. Récemment, deux autres variantes retiennent notre attention dans la mesure où, en plus d’une réinterprétation formelle, elles permettent de distinguer trois différents cycles de valorisation des déchets intégrés à un processus de production :

  • Downcycling fig.3 (cycle à perte de valeur)
  • Recycling fig.1 (cycle à équilibre de valeur)
  • Upcycling fig.4 (cycle à gain de valeur)

Dans le domaine de la conception, cette réflexion permet d’interroger le degré de valeur des cycles. À partir de leur dernier ouvrage, The Upcycle: Beyond Sustainability - Designing for Abundance (2013), William McDonough et Michael Braungart (également auteurs du livre Cradle to Cradle, 2002) soulignent l’importance de ne plus penser en “cycle de vie des produits” et du “jeter” (away) mais d’intégrer, au moment de la conception, la transformation à venir de l’objet lorsque ce dernier est abandonné par son détenteur. Selon les auteurs, une grande partie de la pollution détritique s’expliquerait par une mauvaise conception des produits dont on comprend ici une critique du modèle de l’économie linéaire : exploiter, consommer, jeter. Au delà de la critique et dans la continuité de leur réflexion du berceau au berceau (Cradle to Cradle), William McDonough et Michael Braungart présentent ainsi la possibilité d’une “additionnalité” (additionality) des produits. Un raisonnement qui tient à associer le concept d’ “emprunt” (borrowed) à toute conception et permettrait, selon eux, d’aller “au delà de la durabilité” et de “concevoir pour l’abondance”.

Dans l’intervalle de leurs deux publications, McDonough et Braungart (2002, 2013) fondent le Label C2C (Cradle to Cradle), une certification internationale attribuée à des produits d’entreprise en fonction de critères de qualité (“santé matérielle”, réutilisation matérielle, énergie renouvelable, gestion du carbone, gestion de l’eau et justice sociale). Cette évaluation critériée conduit à un certain niveau de certification (basique, bronze, argent, or ou platinium). Le label C2C rappelle certains points d’attention de l’économie circulaire (Levy, 2009 ; economiecirculaire.org) dont on peut ici énumérer les principes et objectifs pris par le Ministère français de la Transition écologique et solidaire et de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie : l’approvisionnement durable, l’éco-conception, l’écologie industrielle et territoriale, l’économie de fonctionnalité, la consommation responsable, l’allongement de la durée d’usage et enfin l’amélioration de la prévention, de la gestion et du recyclage des déchets. Cinquante mesures politiques sont énoncées dans la Feuille de route économie circulaire (FREC) et annoncent la Transition écologique pour une “croissance verte” de nature à contribuer au “progrès social”.

La saturation de certains espaces par des déchets de matières artificielles (François Gemenne, Aleksandar Rankovic, 2019) (im)pose aux designers le dilemme de concevoir de nouveaux produits sans causer l’augmentation des déséquilibres entre les cycles artificiels et naturels (Manzini, 1989, 1991). Une situation disciplinaire problématique d’autant plus forte avec les matériaux plastiques. Si pour Roland Barthes le plastique est « la première matière magique qui consente au prosaïsme de l’usage » (Barthes, 2014, p. 189), son accumulation est si importante qu’elle modifie dangereusement les milieux naturels.

Depuis 1992, le collectif allemand Bär + Knell ou plus récemment, le designer Dave Hakkens, à travers les communautés internationales Precious Plastic, s’empare de ces questions de recyclage des déchets plastiques. Des activités de conception intéressantes qui nécessitent des analyses de valeur des cycles et des relations (perdues, gagnées ou transformées) du design à l’économie, l’industrie, au social, etc.

La journée d’études Downcycling-Upcycling du 16 avril 2020 à la MISHA de l’Université de Strasbourg sera justement l’occasion d’accueillir les designers et/ou ingénieurs suivants qui exposeront leurs démarches et les réalités de terrain :

  • Romée de la Bigne, atelier Maximum
  • Marius Hamelot, Le Pavé sasminimum
  • Aurélien Stoky, Holipress
  • Émile de Visscher, edevisscher

Un appel à communication à destination des chercheurs en design est ouvert afin d’interroger la figure du “Maker” dont la diversité des manières de faire sont autant de moyens de concevoir et de développer de nouveaux processus que d’entrer en résilience. De là, certains questionnements feront l’objet d’une attention particulière :

Interroger les concepts

Réflexions sur le recyclage à partir des valeurs de cycle (basse, égale, supérieure), d’économie circulaire, de “croissance verte”, de transition, de déchet, de technique et de technologie mais aussi grâce aux machines, appareils et/ou dispositifs, etc. Autant de termes qui peuvent être appréhendés conceptuellement ou concrètement par la mise en relation avec une ou plusieurs démarches de designers.

Interroger le système industriel de production

Les activités de conception dédiées au recyclage des déchets plastiques sont-elles en rupture avec celles du passé ou trouvons-nous des origines dans l’histoire du design ? De quelle nature sont les systèmes de production utilisés (manuelle, à commande numérique, etc.) et quelles contraintes fonctionnelles peut-on observer précisément en données d’usage (Quarante, 1984) ? S’agit-il davantage d’exécution (savoir-faire artisan) ou d’une interrogation des systèmes de production (Cf. “technologie”, Lafitte, 1932 ; Deforge, 1985) ? Peut-on dresser une généalogie des machines employées (détournement, transfert, création, etc.) ? Quels liens observe-t-on entre le système de production et l’écologie, l’économie, etc. Comment qualifier les espaces de conception et de production à partir du recyclage des plastiques : “ateliers”, “laboratoires”, “manufactures”, etc. ? Peut-on en cartographier les modèles et quels en sont les enjeux in situ ? Comment ces espaces s’organisent-ils en France et/ou à l’étranger, sont-ils privés ou publics, individuels ou collectifs ?

Interroger le système des objets

Considérer la nature de l’objet (structure, facture, texture, etc.) et sa fonction : un outil, une machine ou un produit ; s'intéresser au prototype, à la pré-série, à la série ; aux lignées (Deforge, 1985) passées, présentes voire futures des outils/machines/produits. Questionner l’unité et unicité de ces environnements industriels et ce qu’il y est conçu et/ou produit : s’agit-il de production sérielle : par la série standardisée (objets identiques) ou par la série diversifiée (objets similaires non identiques) (Pesce, 1996). Une telle ontologie des produits recyclés en plastique peut-elle être poursuivie par l’analyse de la consommation ? À quels modèles économiques les productions ou services répondent-ils ? Comment définir les fonctions d’usage et de signe relatifs aux produits recyclés ou services de recyclage ?

Ces interrogations sont des approches réflexives possibles mais elles ne sont pas exhaustives, nous vous invitons donc à être force de proposition.

Modalités des propositions de communication

  • Langue : français (anglais éventuellement)
  • Le titre de la communication
  • Le(s) nom(s) et prénom(s)
  • Le(s) statut(s) et organisme(s) d’affiliation
  • Un résumé de la communication de 2500 caractères (espaces compris)
  • Une bibliographie de 5 références maximum

Les propositions sont à envoyer aux adresses des organisateurs :

  • mfavard@unistra.fr
  • gwenaelle.bertrand@univ-st-etienne.fr

Calendrier

  • Date limite de réception des propositions : 24 février 2020

  • Réponse aux candidats : 9 mars 2020
  • JE Downcycling-Upcycling : 16 avril 2020
  • Publication d’un ouvrage collectif : nov. 2020

Comité d’organisation

  • Gwenaëlle Bertrand, maître de conférences en design, CIEREC (EA 3068)Université Lyon Jean Monnet Saint-Étienne
  • Maxime Favard, maître de conférences en design, ACCRA (EA 3402) Université de Strasbourg

Bibliographie non-exhaustive

  • Roland Barthes, «Le plastique» (1957), Mythologies, Paris : Seuil, 1970.
  • Gérard Bertolini, Rebut ou ressource ? La socio-économie du déchet, Paris : Éditions Entente, 1978.
  • Amanda Boetzkes, Plastic Capitalism, Londres & Cambridge : MIT Press, 2019.
  • Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’avénement anthropocène : la Terre, l’histoire et nous, Paris : Seuil, coll. Anthropocène, 2013.
  • Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme : XVe-XVIIIe siècle, Paris : A. Colin, 1967.
  • Richard Buckminster Fuller, Gene Youngblood, Gabel, M. E3 – Energy, earth and everyone : Une stratégie énergétique globale pour le vaisseau spatial Terre ? World game, 1969-1977 (traduit par A. Steiger), Paris : B2, coll. Contre-cultures, 2012.
  • Richard Buckminster Fuller, Manuel d’instruction pour le vaisseau spatial «Terre» (1969), Lars Müller, 2019.
  • Florence Caeymaex, Vinciane Despret et Julien Pieron (dir.), Habiter le trouble avec Donna Haraway, Paris : Dehors, 2019.
  • Alison Clarke J., Tupperware: the promise of plastic in 1950s America, Smithsonian Institution Press, 1999.
  • Philippe Decelle, Diane Hennebert et Pierre Loze, L’Utopie du tout plastique 1960-1973, Paris : Fondation pour l’architecture, 1994.
  • Yves Deforge, Technologie et génétique de l’objet industriel, Paris : Maloine, coll. Université de Compiègne, 1985.
  • Stephen Fenichell, Plastic: The making of a synthetic century, Harpur Collins, 1983.
  • François Gemenne, Aleksandar Rankovic (dir.) (2019). Atlas de l’Anthropocène. Paris : Presses de Sciences Po.
  • John Gloag, The influence of Plastics on Design, Journal of the Royal Society of Arts, vol. 91, 4644, p. 461-470, jui. 1943.
  • Félix Guattari, Les trois écologies, Paris : Galilée, 1989.
  • Donna Haraway, « Anthropocene, Capitalocene, Plantationocene, Chthulucene: making kin ». Dans Environmental Humanities (vol. 6, n°1, p. 159-165), Durham : Duke University Press, 2015.
  • Donna Haraway, Staying with the trouble. Making kin in the Chthulucene, Durham : Duke University Press, 2016.
  • Gay Hawkins, Emily Potter et Kane Race, Plastic Water, Londres & Cambridge : MIT Press, 2015.
  • Ivan Illich, La convivialité, Paris : Seuil, 1973.
  • Jacques Lafitte, Réflexions sur la science des machines, Paris : Gloud et Gay, 1932.
  • Enzo Lesourt, Survivre à l’Anthropocène. Par-delà guerre civile et effondrement, Paris : Presses Universitaires de France, coll. L’écologie en question, 2018.
  • Jean-Claude Levy, L’économie circulaire : l’urgence écologique ? Monde en transe, Chine en transit, Paris : Presses des Ponts, 2009.
  • Andreas Malm, Fossil Capital. The rise of steam power and the roots of global warming, Londres : Verso, 2016.
  • Ezio Manzini, «And of Plastics ?», Domus, 666, Milan, nov. 1985.
  • Ezio Manzini, Artefacts : Vers une nouvelle écologie de l’environnement artificiel (traduit par Adriana Pilia), Paris : Centres Pompidou, coll. Les Essais, 1991.
  • Ezio Manzini, The material of invention, Londres : Design Council, 1989.
  • Jason W. Moore, J. (dir.), Anthropocene or Capitalocene? Nature, History, and the Crisis of Capitalism. Oakland : PM Press, 2016.
  • Timothy Morton, Hyperobjets : philosophie et écologie après la fin du monde, Saint-Étienne : Cité du design, 2018.w
  • Timothy Morton, La pensée écologique, Honfleur : Zulma, 2019.
  • Ernesto Oroza, Rikimbili : une étude sur la désobéissance technologique et quelques formes de réinvention, Saint-Étienne : Cité du design, 2009.
  • Victor Papanek, Design for the real world: Human ecology and social change (2e éd.). Toronto/New-York/Londres : Bantam books, 1973.
  • Victor Papanek, Design for the real world: Human ecology and social change (édition entièrement révisée), Londres : Thames & Hudson, 1984.
  • Victor Papanek, James Hennessey, How Things Don’t Work: Some Solutions, 1977.
  • Danielle Quarante, Éléments de design industriel, Paris : Maloine, 1984.
  • Raymond Queneau, Le chant du Styrène (texte), réalisation Alain Resnais, Films Pléiades, 1958.
  • Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Gauthier Chapelle (dir.), Une autre fin du monde est possible. Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre), Paris : Seuil, 2018.
  • Penny Sparke (dir.), The Plastic Age: From Modernity to Post-Modernity, Londres : Victoria & Albert Museum, 1990.
  • Michael Thompson, Rubbish Theory: The Creation and Destruction of Value, Oxford : University Press, 1979.
  • John Urry, Post-Petroleum, Paris : Loco, 2014.

Places

  • Salle de conférences - MISHA, Allée du Général Rouvillois
    Strasbourg, France (67)

Date(s)

  • Monday, February 24, 2020

Keywords

  • design, recyclage, anthropocène, environnement, écologie, plastique, pollution

Contact(s)

  • Maxime Favard
    courriel : mfavard [at] unistra [dot] fr

Information source

  • Maxime Favard
    courriel : mfavard [at] unistra [dot] fr

To cite this announcement

« Downcycling-Upcycling », Call for papers, Calenda, Published on Thursday, January 30, 2020, https://calenda.org/736411

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