HomeThe geographies of alcohol in the South. Circulations, regulations and uses

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The geographies of alcohol in the South. Circulations, regulations and uses

Géographies de l'alcool dans les Suds. Circulations, régulations, usages

Les Cahiers d’Outre-Mer journal

Les Cahiers d’Outre-Mer

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Published on Tuesday, February 04, 2020 by Anastasia Giardinelli

Summary

Au croisement d'une géographie sociale, culturelle et politique d'une part, d'une géographie plus économique de la circulation des objets et des matières d'autre part, ce numéro thématique réunira des articles contribuant à une géographie de l'alcool dans les Suds. Trois axes de réflexion sont proposés : les circulations de l'alcool dans une économie mondialisée, les formes et les variations de l'encadrement normatif de l'alcool, et la dimension spatiale de ses usages. 

Announcement

Coordination du numéro

  • Marie Bonte
  • Michaël Bruckert

Argumentaire

Dans son acception la plus courante, l’alcool désigne une boisson alcoolisée, c’est-à-dire contenant de l’éthanol et obtenue par fermentation, distillation ou ajout d’alcool. Ce type de boissons psychoactives, et les rapports que les individus entretiennent avec elles, dépend d’un ensemble de paramètres (historiques, sociaux, économiques, politiques par exemple) qui interviennent depuis sa fabrication et jusqu’aux formes de sa consommation et de ses conséquences potentielles, en particulier l’ivresse (Nahoum-Grappe 2010).

L’alcool est donc un objet fondamentalement hybride : sa matérialité ne peut être séparée de ses dimensions sociales (Lawhon 2013), ce qui en fait un objet de recherche complexe et à fort potentiel heuristique. Une multitude de valeurs est associée à cette boisson et à sa consommation (Obadia 2004). Positives ou négatives, elles renvoient pêle-mêle au partage, à la célébration, au prestige, à l’énonciation de soi, à la débauche, à la violence, à des impératifs de respectabilité ou de moralité. Ces valeurs peuvent être guidées par des principes ou des impératifs d’ordre religieux, sanitaires, économiques, culturels. Elles orientent l’imposition de normes qui encadrent la fabrication, la vente et les pratiques de consommation. Ces valeurs, normes et pratiques liées à l’alcool peuvent se renforcer mutuellement ou entrer en concurrence. Ainsi, pour un même individu ou un même groupe social, la consommation de l’alcool peut, en fonction des contextes, relever à la fois de la transgression, de la distraction et de la distinction.

L’alcool est par ailleurs un produit marqueur de la mondialisation économique et culturelle. Cette mondialisation se traduit par la diffusion historique de certaines boissons à l’échelle mondiale - la bière (Pilcher 2016), le vin, le whisky -, par la domination du marché mondial par un petit nombre de compagnies (Diageo, Pernod-Ricard, Bacardi-Martini, Heineken ou encore ABB), et par une tendance à l’harmonisation des modes de consommation et des pratiques festives contribuant à standardiser l’offre. L’alcool est en même temps sujet à de nombreux contrôles et interdits, qui mettent à jour des processus de différenciation entre les espaces et entre les individus (en fonction du genre, de l’âge, de classe sociale, de l’appartenance politique, ethnique ou confessionnelle). Ainsi, quelles cartographies politiques, culturelles et sociales se dessinent, d’une échelle à l’autre, d’un espace à l’autre, lorsque l’on cherche à observer et analyser le monde au prisme de l’alcool ?  

Partant de cette interrogation, ce numéro thématique propose de réunir des articles contribuant à une géographie de l’alcool dans les Suds. Il s’agirait d’opérer un décentrement des études sur l’alcool ou alcohol studies au sein desquelles les terrains dits « du nord », et plus particulièrement les villes du Royaume-Uni, sont surreprésentés (Jayne, Valentine et Holloway, 2008 et 2011, Lawhon 2013). Dans ces contextes, l’alcool fait souvent partie des sociabilités ordinaires, ce qui entraîne trop couramment l’économie d’une véritable interrogation sur les conditions de sa présence dans un lieu. Ces dernières varient en fonction des contextes nationaux (l’alcool pouvant circuler librement ou faire l’objet d’interdits), mais aussi à des échelles plus fines (d’une ville à l’autre, d’un quartier à l’autre, de l’espace privé à l’espace public), et permettent selon les individus et les groupes de constater l’écart entre les normes et les usages (Chrzan 2013).

Ce numéro thématique entend par ailleurs dépasser le cloisonnement fréquent entre les types d’alcools (le vin, la bière) et entre les lieux de production (la vigne, par exemple), de vente et de consommation. Loin d’être simplement des éléments discontinus et juxtaposés, la production, la circulation, la consommation et les représentations de l’alcool font système et gagnent ainsi à être étudiées ensemble, dans leur relation avec l’espace. Leur analyse permet en retour une compréhension profonde et renouvelée des espaces et des sociétés, puisqu’elle implique de montrer comment les dimensions culturelles, sociales, politiques, économiques, mais aussi les héritages historiques et post-coloniaux interagissent et reconfigurent en permanence la disponibilité, les formes d’encadrement, les économies morales, les pratiques et les spatialités liées à l’alcool.

Enfin, à travers l’étude des modes de désignation, de régulation et de transgression, les contributions pourront mettre en évidence la charge politique de l’alcool (Garcier, Martinais et Rocher 2017). Sa consommation peut en effet s’apparenter à des actes de subversion envers diverses autorités – religieuses, familiales, politiques – ou envers d’autres formes de domination (Picherit 2010). L’exemple de la Taybeh, bière palestinienne brassée depuis 1994 et s’inscrivant ouvertement dans une posture résistante, montre comment des produits de consommation peuvent être convertis vers des registres symboliques et politiques. À l’inverse, la non-consommation d’alcool est aussi l’objet de soupçons. Les parallèles établis, en France, entre l’abstinence et les commerces ne vendant pas d’alcool d’une part, et les « signaux de radicalisation » d’autre part, renseignent tant sur la normativité de l’alcool que sur son association à une forme de modernité occidentale, dépositaire de principes (ouverture, laïcité) au service d’un discours politique et identitaire. Ainsi, si le rapport à l’alcool est tributaire de facteurs culturels, sociaux et politiques, il peut contribuer en retour à recomposition de ces mêmes facteurs.

Trois axes de réflexion sont proposés pour ce numéro thématique :

  1. Circulations de l’alcool dans une économie mondialisée

Au sein de ce premier axe, il s’agit de renseigner les évolutions récentes du marché international de l’alcool, qu’il s’agisse des types d’alcools produits et commercialisés, du degré d’insertion des espaces (pays, régions économiques) dans les échanges, de la diffusion mondiale de certaines pratiques de consommation, ou du renouveau des structures locales (micro-brasseries, micro-distilleries, dont certaines prônent une consommation nationale tout en étant parfois le produit d’investissements étrangers), lequel s’inscrit dans la circulation, à l’échelle de la planète, des modes de productions raisonnés et éthiques (Reid et Gatrell 2017). La tension entre internationalisation et relocalisation du marché de l’alcool pourra être explorée. Les travaux consacrés aux réseaux informels de production et de commercialisation de l’alcool (contrefaçon, circuits de vente dans des contextes d’interdiction) enrichiront cet axe.

  1. Normes et encadrement de l’alcool

Juridiques, religieuses, sociales, sanitaires, culturelles, les normes contribuent à étiqueter des bons et des mauvais alcools ou usages de l’alcool, qui varient en fonction des espaces, des individus ou des groupes. Ce questionnement interroge tout d’abord les formes de régulation de la production et des circulations de l’alcool : ingrédients autorisés, normes de qualité imposées, labels permettant les appellations et dénominations des alcools, leviers économiques (taxes, barrières douanières), et acteurs intervenant dans ces régulations (organisations commerciales, groupes industriels, États). A quelles conditions la présence et la consommation d’alcool sont-elles acceptables, ou, à l’inverse, érigées en problème, et par qui ? À travers cette question, il s’agit de montrer que la manière dont l’alcool et le fait de boire sont qualifiés et encadrés constituent des modes d’exercice du pouvoir. On peut donc s’interroger sur les positionnements et les discours des acteurs privés et publics vis-à-vis de l’alcool, allant de la proscription à la prescription en passant par la modération. Si des instances religieuses ou des partis politiques prônent l’abstinence, l’alcool est également sujet à diverses injonctions. Dans certains lieux, la boisson structure les interactions et véhicule des valeurs positives : sociabilité, authenticité, générosité (Douglas 1991). Aussi les processus normatifs agissent-ils à double sens, et donnent à voir divers dispositifs d’encadrement des pratiques, dont la dimension spatiale est à explorer. Dans cette perspective, une attention particulière sera portée aux normes de genre qui régissent la consommation de l’alcool (Campbell 2000, Joseph 2012). Est-ce que les restrictions sociales, morales et religieuses quant à la consommation d’alcool ou l’ivresse sont plus sévères à l’égard des femmes ? Comment les inégalités et les stéréotypes de genre sont reproduits ou transgressés à travers les usages de l’alcool ?

  1. Approche spatiale des usages de l’alcool

L’encadrement normatif de l’alcool, résultant des différents positionnements des acteurs vis-à-vis de la question, orientent les pratiques des consommateurs et les spatialités de l’alcool. Où, quand et avec qui boit-on ? Quels sont les lieux où l’alcool est consommé, valorisé, toléré, interdit, dissimulé ? Quelles sont les modalités de gestion des normes et des valeurs associées à l’alcool, entre transgression, comportements ostentatoires d’un côté, et insertion de la consommation dans le quotidien des individus et des groupes de l’autre ? Quelle est l’autonomie des individus par rapport aux normes, et dans quels contextes cette autonomie est-elle possible ? Le décryptage des usages de l’alcool permet d’établir une géographie des lieux de distribution et de consommation, et des espaces de sociabilités construites autour de la boisson, désignés dans la recherche anglophone par le terme drinkscape (Jayne, Valentine et Holloway 2011). Ce terme renvoie à deux dimensions : 1/ la dimension matérielle (proche des travaux en géographie du commerce) de l’implantation et de la distribution dans l’espace des lieux où l’on a accès à la boisson, en milieu urbain comme en milieu rural, et des transformations que cette implantation accompagne ou révèle ; 2/ la dimension vécue de l’expérience que les individus font de cet espace, autrement dit la pratique, la connaissance et la perception qu’ils en ont. La compréhension des spatialités et des territoires de l’alcool comme les bars et autres débits de boisson constitue également une clé de lecture du processus multiforme de gentrification (Hubbard 2016) et des appropriations symboliques de la ville qu’il entraîne. Cette géographie des usages inclut aussi les lieux plus informels, les espaces publics du dehors (les rues, les parcs) (Wilkinson 2015) et les espaces domestiques, interrogeant la dichotomie public/privé et la visibilité ou l’invisibilité des pratiques. Ainsi, les lieux configurent des relations spécifiques à l’alcool, tandis que la consommation d’alcool participe en retour d’une certaine production de l’espace (quartiers de beuverie versus quartiers d’abstinence, etc.). Enfin, l’étude des pratiques liées à l’alcool permet une nouvelle fois d’en saisir la dimension politique et sociale (Gangloff 2015, Bonte 2016) : dans quelles situations, à partir de quelles postures, de quels discours, ou de quels emplacements boire de l’alcool constitue-t-il un mode de subversion ? Quelles sont les formes d’autorités qui sont contestées ou renforcées dans le fait de boire – et dans le fait de boire beaucoup ?

Modalités de proposition

Les articles proposés pourront répondre à plusieurs de ces questions simultanément ou ouvrir des pistes inédites. Au croisement d’une géographie sociale, culturelle et politique d’une part, d’une géographie plus économique de la circulation des objets et des marchandises d’autre part (Weber 2014, Garcier, Martinais et Rocher 2017), ce dossier cherchera à poursuivre et enrichir les réflexions sur la mobilité et les trajectoires d’un produit, et sur la répartition dans l’espace de ses usages, des normes et des valeurs qui lui sont assignées, non pas séparément mais dans leur articulation à différentes échelles. Si les contributions traitant des Suds (en incluant les DROM) seront privilégiées, des comparaisons entre Nords et Suds pourront être proposées.

La direction scientifique du numéro est assurée par Marie Bonte (Université Paris 8 – LADYSS) et Michaël Bruckert (CIRAD – UMR Innovation).

Une déclaration d’intention (3000 signes) est à envoyer

avant le 28 février 2020

à la coordination du numéro : Marie Bonte (marie.bonte02@univ-paris8.fr) et Mickaël Bruckert (michael.bruckert@cirad.fr).

Les textes seront ensuite à soumettre à la coordination de la revue Les Cahiers d’Outre-Mer le 15 mai 2020, pour une publication envisagée en janvier 2021.

Les instructions aux auteur.e.s sont disponibles en ligne : https://com.revues.org/7501

Références citées

Bonte M., 2016, « “Eat, drink and be merry for tomorrow we die”. Alcohol practices in Mar Mikhail, Beirut », in Thurnell-Read T. (dir.), Drinking Dilemmas. Space, culture and identity, New York, Routledge, 220 p. 

Campbell, H., 2000, "The Glass Phallus: Pub(lic) Masculinity and Drinking in Rural New Zealand" Rural Sociology 65 (4): 562–81.

Chrzan J., 2013, Alcohol: Social Drinking in Cultural Context, New York: Routledge.

Douglas M., 1991, Constructive Drinking : Perspectives on Drink from Anthropology. Cambridge, New York : Cambridge University Press.

Gangloff S., 2015, Boire en Turquie: pratiques et représentations de l’alcool, Paris : Ed. de la Maison des sciences de l’homme.

Garcier R., Martinais E., Rocher L., 2017, « Désigner, mesurer, réguler : la mise en politique des flux et circulations », Géocarrefour [en ligne], 91/3, mis en ligne le 10 janvier 2018, consulté le 18 décembre 2018. URL : https://journals.openedition.org/geocarrefour/10362.

Garcier R., Rocher L., Verdeil E., 2017, « Introduction : circulation des matières, économies de la circularité », Flux n°108, 2017/2, pp. 1-7.

Hubbard P., 2016, The Battle for the High Street: Retail Gentrification, Class and Disgust, Palgrave Macmillan / Springer.

Jayne M., Valentine G., Holloway S., 2008, "The Place of Drink: Geographical Contributions to Alcohol Studies", Drugs: Education, Prevention, and Policy 15 (3): 219–32.

Jayne M., Valentine G., Holloway S., 2011, Alcohol, drinking, drunkeness: (dis)orderly spaces, Londres, Routledge.

Joseph J., 2012, "Around the Boundary: Alcohol and Older Caribbean-Canadian Men", Leisure Studies 31 (2): 147–63.

Lawhon M. 2013, "Flows, Friction and the Sociomaterial Metabolization of Alcohol" Antipode 45 (3): 681–701.

Nahoum-Grappe V., 2010, Vertige de l’ivresse. Alcool et lien social, Paris, Descartes et Cie.

Obadia L.,2004, « Le « boire » Une anthropologie en quête d'objet, un objet en quête d'anthropologie » Socio-anthropologie, n°15.

Picherit, D., 2009, “In vino veritas ? Alcools, camaraderie et contestations des rapports de domination en Andhra Pradesh", in Baixas L., Dejouhanet L., et Trouillet P.-Y. (dir.), Conflit et rapports sociaux en Asie du Sud, Paris : L’Harmattan : 171‑87.

Pilcher, J. M., 2016, « “Tastes Like Horse Piss”: Asian Encounters with European Beer », Gastronomica: The Journal of Critical Food Studies 16, no 1 (1 février 2016): 28‑40.

Reid N., Gatrell J., 2017, « Creativity, Community, & Growth: A Social Geography of Urban Craft Beer ». REGION 4: 31.

Weber S., 2014, « Le retour au matériel en géographie », Géographie et Cultures [en ligne], 91-92, mis en ligne le 28 octobre 2015, consulté le 19 décembre 2018. URL : https://journals.openedition.org/gc/3313.

Wilkinson S., 2015, "Alcohol, Young People and Urban Life", Geography Compass 9 (3): 115–26.

Subjects

Date(s)

  • Friday, February 28, 2020

Attached files

Contact(s)

  • Marie Bonte
    courriel : marie [dot] bonte02 [at] univ-paris8 [dot] fr
  • Michaël Bruckert
    courriel : michael [dot] bruckert [at] cirad [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Marie Bonte
    courriel : marie [dot] bonte02 [at] univ-paris8 [dot] fr

To cite this announcement

« The geographies of alcohol in the South. Circulations, regulations and uses », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, February 04, 2020, https://calenda.org/742300

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