AccueilL'histoire du cinéma (1894-1930) vue par les programmes des salles de projection

L'histoire du cinéma (1894-1930) vue par les programmes des salles de projection

The history of cinema viewed through its cinema programs (1894-1930)

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Publié le lundi 10 février 2020 par Anastasia Giardinelli

Résumé

Les nombreux documents promotionnels (programmes, affiches, livrets, photographies, objets…), édités dès l’émergence du Kinétoscope en 1894 et du Cinématographe l’année suivante, constituent une source précieuse sur l’évolution du spectacle et de l’industrie du 7e art. Cette journée portera spécifiquement sur les programmes sous toutes leurs formes. Leur analyse détaillée permet de comprendre le déroulé des séances, les techniques mises en œuvre, les « attractions » prévues, les accompagnements musicaux, les horaires, les prix d’entrée, les publics concernés, les personnalités émergentes du monde de l’exploitation, l’architecture des salles, et même les installations intérieures (sièges, orgues, pianos, bars…). Le contenu rédactionnel et iconographique qui s’y déploie magnifie le lieu ou l’événement, mais aussi le nouvel art cinématographique : dessins et effets graphiques, arguments développés avec des typographies soignées, tirages photographiques… 

Annonce

Présentation

Les nombreux documents promotionnels (programmes, affiches, livrets, photographies, objets…), édités dès l’émergence du Kinétoscope en 1894 et du Cinématographe l’année suivante, constituent une source précieuse sur l’évolution du spectacle et de l’industrie du 7e art.  Cette journée portera spécifiquement sur les programmes sous toutes leurs formes. Leur analyse détaillée permet de comprendre le déroulé des séances, les techniques mises en œuvre, les « attractions » prévues, les accompagnements musicaux, les horaires, les prix d’entrée, les publics concernés, les personnalités émergentes du monde de l’exploitation, l’architecture des salles, et même les installations intérieures (sièges, orgues, pianos, bars…). Le contenu rédactionnel et iconographique qui s’y déploie magnifie le lieu ou l’événement, mais aussi le nouvel art cinématographique : dessins et effets graphiques, arguments développés avec des typographies soignées, tirages photographiques… 

Des feuilles imprimées les plus modestes jusqu’aux merveilleux livrets en couleurs du Gaumont-Palace, de l’affichette foraine à la brochure de style Art déco, en passant par les annonces de la presse, les programmes dialoguent avec le design et la culture du temps et reflètent l’extraordinaire variété d’un cinéma alors considéré comme un spectacle vivant.

  • Laurent Mannoni (Cinémathèque française)
  • Laurent Véray (Université Sorbonne nouvelle-Paris 3 / Ciné08-19)

Programme de la journée d’étude

Président de session de la matinée : Laurent Véray.

  • 10h – 10h30 Rencontre avec Jean-Jacques Meusy animée par Laurent Véray.
  • 10h30 – 11h10 Laurent Mannoni : Petit voyage illustré dans les premiers programmes de cinéma.
  • 11h10 – 11h30 Projection des Hommes sandwich (1910 ; Gaumont ; 5’30), de Erreur tragique (1912 ; Gaumont ; extrait 6’06) de Louis Feuillade, d’Un idiot qui se croit Max Linder (1914 ; Pathé ; 11’40) de Roméo Bosetti.
  • 11h30 – 12h15 Emmanuelle Champomier : Les programmes des salles de cinéma dans la presse.
  • 12h15 – 12h30 Discussion

13h – 14h Déjeuner

Président de session de l’après-midi : Laurent Mannoni

  • 14h – 14h40 Laurent Guido : Le programme du premier cinéma : un modèle spectaculaire.
  • 14h40 – 15h20 Annie Fee : Une invitation strictement privée à la naissance d’un art : une étude de l’évolution artistique du cinéma à travers les programmes des salles.
  • 15h20 – 16h Dimitri Vezyroglou : Une œuvre, cinq films : les séances du Napoléon d’Abel Gance à Paris, d’avril 1927 à mars 1928.
  • 16h – 16h40 Carole Aurouet : La « revue-programme » du Studio 28 : une archive de salle et un manifeste surréaliste pyrogène.
  • 16h40 – 17h20 Maurice Gianati : Les programmes du « Club de l’écran », un cercle d’amateurs de cinéma en Belgique durant les années 1930.
  • 17h20 – 17h35 Discussion
  • 17h35 – 18h Projection de L’Étoile de mer (1928 ; 15’), poème de Robert Desnos tel que l’a vu Man Ray, pour la première fois accompagné des chants et des musiques souhaités par le poète surréaliste, interprétés par Sonia Masson (voix) et Pierre Cholley (piano).

Résumés des communications

  • Laurent Mannoni : Petit voyage illustré dans les premiers programmes de cinéma.

 Que nous disent aujourd’hui, conservés dans les archives ou dans des collections privées, ces milliers de programmes luxueux, merveilleusement illustrés, vantant les mérites d’un Art muet disparu, ou ces feuilles mal imprimées sur du papier de piètre qualité, voulant attirer le chaland avec des films et attractions évidemment « de première qualité » ? À travers un essai de typologie de ce type de publications, de 1894 à 1930, on expliquera ce que peut nous apporter – outre le plaisir de l’œil – cette documentation aujourd’hui si recherchée.

  • Emmanuelle Champomier : Les programmes des salles de cinéma dans la presse.

Cette intervention propose une étude des programmes des salles de cinéma parus dans la presse généraliste et spécialisée des débuts jusqu’à 1930. Nous nous intéresserons à leur nature, à leur évolution, mais aussi à leurs hôtes et à leurs destinataires, ainsi qu’aux enjeux qu’ils recouvrent. Nous nous interrogerons ainsi sur ce qu’ils peuvent nous apprendre sur les salles de cinéma, les journaux et revues, et les lecteurs/spectateurs. Nous verrons par ailleurs en quoi ils ne constituent pas de simples contenus à vocation promotionnelle mais jouent également un rôle important pour certains dans le processus d’éducation du public et de légitimation du cinéma en tant qu’art.

  • Laurent Guido : Le programme du premier cinéma : un modèle spectaculaire.

Dans les premières années du XXe siècle, la notion de « programme » a servi de modèle structurel pour la répartition des films dans les séances cinématographiques. Cette communication éclaire les principes qui ont gouverné l’importation au cinéma de modes d’agencement caractéristiques des spectacles scéniques. Dans un premier temps, alors que la projection de films s’apparentait à une attraction de foire ou de music-hall, les pratiques en vigueur dans les théâtres de variétés ont inspiré les modes de présentation des vues cinématographiques. Ce rapport s’inversera par la suite. Par ailleurs, le modèle du programme a marqué en profondeur la manière dont on a conçu l’agencement des parties qui composent les films eux-mêmes, en vertu de critères non seulement narratifs, mais aussi liés à la distribution équilibrée des types d’émotions et des degrés d’intensité. 

  • Annie Fee : Une invitation strictement privée à la naissance d’un art : une étude de l’évolution artistique du cinéma à travers les programmes des salles.

 Cette intervention porte sur les cartons d’invitation pour les avant-premières privées des films sortis pendant les années 1920, qui revêtent la fonction de programmes. Avec ces invitations luxueuses, on commence à faire la distinction entre les grands films artistiques, les films d’avant-garde et la production courante. Ce phénomène est accompagné d’une division croissante entre les salles de quartier, les cinémas-palaces et les salles d’avant-garde. Un examen de ce type d’invitations illustrera, donc, le passage à l’exclusivité dans la culture cinématographique de la période muette.

  • Dimitri Vezyroglou : Une œuvre, cinq films : les séances du Napoléon d’Abel Gance à Paris, d’avril 1927 à mars 1928.

Le film Napoléon qu’Abel Gance finit de monter en mars 1927 a fait l’objet d’au moins cinq sorties à Paris, étalées sur une année entière, des présentations de gala à l’opéra Garnier en avril 1927 à la sortie en exploitation standard au Gaumont-Palace en mars 1928, en passant par la présentation corporative à l’Apollo en mai 1927, par l’exclusivité au Marivaux en novembre-décembre, et par la séance spéciale conçue par le réalisateur au Studio 28 en février 1928. À travers l’analyse des programmes de ces séances, il s’agira de comprendre le processus de décomposition de l’œuvre qui échoue à se matérialiser en film, mais se donne à voir comme un spectacle variable et toujours renouvelé. 

  • Carole Aurouet : La « revue-programme » du Studio 28 : une archive de salle et un manifeste surréaliste pyrogène.

 En 1930, le Studio 28 édite une « revue-programme », objet double unique. Douze pages illustrées présentent les « spectacles » depuis l’ouverture de la salle le 10 février 1928. Tête-bêche, trente-six pages proposent un dossier-manifeste sur L’Âge d’or de Buñuel, signé par Alexandre, Aragon, Breton, Char, Crevel, Dalí, Éluard, Péret, Sadoul, Thirion, Tzara, Unik et Valentin, et orné par Arp, Dalí, Ernst, Man Ray, Miró et Tanguy. L’étude de ce précieux et atypique programme permettra de cerner le contenu de ces séances et de les positionner dans l’évolution du 7e art, tout en éclairant la politique d’exploitation de Jean-Placide Mauclaire.

  • Maurice Gianati : Les programmes du « Club de l’écran », un cercle d’amateurs de cinéma en Belgique durant les années 1930.

Après la fin de la Première Guerre mondiale, le monde du cinématographe est agité par la contestation du style ancien et souhaite, à l’instar du cubisme pour la peinture, un bouleversement de l’esthétique ainsi que des idées politiques ou sociales véhiculées par ce média. En 1925-1928, le Studio des Ursulines et le Studio 28 débutent cette croisade malgré la violence des oppositions. Ce mouvement dépasse alors les frontières de la France : en 1930 la ville de Bruxelles voit s’installer un cercle d’amateurs du vrai cinéma : le « Club de l’écran ». L’année suivante, la ville de Liège découvre l’association des « Amis de l’Art Cinématographique » laquelle devient le « Club de l’écran » puis, « l’Écran » en 1933, année de sa disparition. À partir de documents imprimés d’époque : tracts, cartes d’adhérents, affiches, nous présenterons la courte vie de ce « Club de l’écran ».

Présentations des intervenants

  • Carole Aurouet est maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches en Études cinématographiques à l’Université Gustave Eiffel, membre de l’IRCAV et de l’ANR Ciné08-19. Elle est l’auteure d’une vingtaine d’ouvrages dont Le Cinéma d’Apollinaire. Des manuscrits inédits pour un nouvel éclairage (Grenelle, 2018), L'Ėtoile de mer, poème de Desnos tel que l’a vu Man Ray (Gremese, 2018), Desnos et le cinéma (J.-M. Place, 2015). Elle se consacre à l’édition par la direction de 4 collections.
  • Emmanuelle Champomier est postdoctorante de l’ANR Ciné08-19 à l’Université Sorbonne nouvelle-Paris 3 et à Gaumont-Pathé Archives. Elle est l’auteure d’une thèse intitulée Contribution à l’histoire de la presse cinématographique française. Étude comparée de la genèse et de l’évolution de douze revues de cinéma entre 1908 et 1940.
  • Annie Fee est chercheuse au sein du département « Médias et Communication » de l’Université d’Oslo. Son champ de recherche est l’histoire culturelle du cinéma en France.
  • Maurice Gianati est un collectionneur réputé d’appareils cinématographiques. Ancien chercheur au Commissariat à l'Énergie Atomique, il a participé en tant qu’historien et conseiller à des expositions consacrées aux origines du cinématographe, dont « Pathé, premier empire du cinéma » au Centre Pompidou (1994). Il a publié des articles dans les revues SEMIA et 1895 notamment.
  • Laurent Guido est professeur au département Arts de l’Université de Lille. Il a notamment publié Cinéma, mythe et idéologie (Hermann, 2020), De Wagner au cinéma (Mimesis, 2019), Mythologies du film musical (Presses du réel, 2016, avec M. Chabrol), Between Still and Moving Images (J. Libbey/Univ. of Indiana Press, 2012, avec O. Lugon), Aux sources du burlesque cinématographique (AFRHC, 2010, avec L. Le Forestier), Rythme/Rhythmize (Intermédialités, 2010, avec M. Cowan), L’Âge du rythme (Payot, 2007/Rééd. 2014).
  • Laurent Mannoni est directeur scientifique du patrimoine de la Cinémathèque française. Il est l’auteur de nombreuses contributions sur les débuts du cinéma. Il a notamment publié La Machine cinéma (Liénart, 2016), L’œuvre de Georges Méliès (La Martinière, 2008), Histoire de la Cinémathèque française (Gallimard, 2006), Le Grand art de la lumière et de l’ombre. Archéologie du cinéma (Nathan, 1995). 
  • Jean-Jacques Meusy, ancien directeur de recherche au CNRS, est historien du cinéma, spécialisé dans l’histoire de l’exploitation en France. Il a publié de nombreux articles et ouvrages, dont Écrans français de l'entre-deux-guerres : tome I. L’apogée de l’Art muet et tome II. Les années sonores et parlantes (AFRHC, 2017), Le CinémaScope entre art et industrie (dir., AFRHC, 2004), Cinquante ans d’industrie cinématographique (1906-1956). Études économiques du Crédit Lyonnais (Le Monde édition/Association d’économie financière, 1996), Paris-Palaces ou le temps des cinémas (1894-1918), (CNRS Éditions, 1995). 
  • Laurent Véray, historien du cinéma, est professeur à l’Université Sorbonne nouvelle-Paris 3, membre de l’IRCAV et responsable du projet ANR Ciné08-19. Il a notamment publié Avènement d’une culture visuelle de guerre. Le cinéma en France de 1914 à 1928 (Nouvelles éditions Place, 2019), Vedrès et le cinéma (Nouvelles éditions Place, 2017), Abel Gance. Le visionnaire contrarié (Gaumont Vidéo, 2017), Les Images d’archives face à l’histoire (Scérén-CNDP, 2011), La Grande Guerre au cinéma. De la gloire à la mémoire (Ramsay, 2008). 
  • Dimitri Vezyroglou est maître de conférences habilité à diriger des recherches en histoire du cinéma à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l’équipe d’accueil HiCSA (Histoire culturelle et sociale de l’art). Depuis 2000, il co-anime le séminaire « Histoire culturelle du cinéma ». Il est notamment l’auteur de l’ouvrage Le Cinéma en France à la veille du parlant. Un essai d’histoire culturelle (CNRS Éditions, 2011) et d’un essai à paraître sur le Napoléon d’Abel Gance.

Les projections seront accompagnées par : 

  • Pierre Cholley : piano, improvisations.

Après des études d’orgue et d’écriture au Conservatoire de Nancy de 1977 à 1983, il intègre l’École normale de musique de Paris, en classe de composition de musique de film. Son œuvre, récompensée de prix prestigieux, compte près d’une centaine de créations. Dans le cadre de la commémoration du 70e anniversaire de la libération des camps de concentration son oratorio Le Chant des rouleaux, composé d’après des écritures de déportés, est rejoué en 2015 à l’église Saint-Étienne-du-Mont avec le baryton Laurent Naouri et le comédien Patrick Braoudé.

  • Sonia Masson : voix.

Formée à l’École du Théâtre d’Art de Moscou, elle s’oriente vers les spectacles littéraires, les fictions radiophoniques et elle participe à des gestes théâtraux comme Slogans (m.e.s. Bérangère Bonvoisin). En 2011, elle présente La Vie de Galilée – ébauche de B. Brecht au CNSAD, et elle signe en 2013 la mise en scène du Journal d'Anne Frank de G. Fried, à l’Opéra de Metz. Depuis 2012, elle propose des lectures dédiées à la peinture et se consacre, avec sa compagnie Le lampion, à des performances qui font se rencontrer poésie et musique improvisée : Ce couteau dans mon cœur / Aragon – concert poème, Les chants de Maldoror, en particulier sur le thème de la Résistance : Robert Desnos... Eh ! Pourquoi pas ?, On n’en parle pas – Mystère pour une Résistance tsigane, Le Premier accroc coûte deux cents francs (Elsa Triolet).

Lieux

  • Cinémathèque française, 51 rue de Bercy
    Paris, France (75012)

Dates

  • vendredi 28 février 2020

Mots-clés

  • histoire, cinéma, programme, salle de projection

Contacts

  • Carole Aurouet
    courriel : carole [dot] aurouet [at] sorbonne-nouvelle [dot] fr

Source de l'information

  • Carole Aurouet
    courriel : carole [dot] aurouet [at] sorbonne-nouvelle [dot] fr

Pour citer cette annonce

« L'histoire du cinéma (1894-1930) vue par les programmes des salles de projection », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 10 février 2020, https://calenda.org/748751

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