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Socialisation: reinvesting in an over-familiar concept

La socialisation : réinvestir un concept trop familier

Masters study day: "Enquiry and analysis of political processes"

Journée d'études du master « Enquête et analyse des processus politiques »

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Published on Friday, February 28, 2020 by Anastasia Giardinelli

Summary

La journée d'études portera sur le concept de « socialisation », un concept (trop ?) ordinaire en sciences sociales que nous essayerons de réinvestir via des terrains actuels. Elle s'adresse aux jeunes chercheur-e-s, doctorant-e-s et étudiant-e-s en master de toutes les disciplines de sciences sociales. Le programme est articulé autour de trois axes. Le premier axe sera consacré aux différentes manières par lesquelles s'opère la socialisation et aux concepts scientifiques permettant de les appréhender. Le second aura pour objectif de revenir sur certaines dimensions moins investies du processus de socialisation comme le rapport dynamique à l'espace et au temps. Enfin, un troisième axe nous permettra de mettre en débat les frontières de la « socialisation politique », en effet ce qui est (ou non) politique dans le processus de socialisation ne semble pas faire consensus.

Announcement

La journée d’études se déroulera les 21 et 22 avril 2020 à l’Université Lumière Lyon 2.

Argumentaire

La socialisation est un concept au cœur des sciences sociales : elle permet d’ancrer les explications des phénomènes sociaux dans le social de manière incarnée. La socialisation c’est la façon dont la société forme et transforme les individus. De cette manière ce processus a été observé et théorisé sous la forme d’une “éducation” par Emile Durkheim dans son analyse des systèmes éducatifs, pour comprendre comment les enfants intériorisent les normes et valeurs propres à une société. Annexe dans son analyse, le concept de socialisation à ses débuts est mis en équivalence avec l’éducation. Pour lui :   

“ l’éducation consiste en une socialisation méthodique de la jeune génération. Elle a pour objet de susciter et de développer chez l’enfant un certain nombre d’états physiques, intellectuels et moraux que réclament de lui et la société publique dans son ensemble et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné” 

Cette définition implique que la socialisation est un processus conscient, délimité à l’enfance et à des instances de socialisation restreintes, et mettant en jeu une relation verticale dans laquelle les enfants sont des sujets passifs.  

Cette vision de la socialisation a été relativisée et enrichie par plusieurs générations d’études en sciences sociales, particulièrement dans les disciplines sociologique et anthropologique. Peter L. Berger et Thomas Luckmann amènent à penser le processus de socialisation tout au long de la vie et non plus seulement lors de l’enfance, et comme une intériorisation inconsciente et non pas explicite du monde social. Bourdieu y associe le concept d’habitus dans une analyse de la reproduction sociale. Dans sa continuité, les travaux de Bernard Lahire5 déconstruisent la mécanicité de la socialisation via le concept de disposition, tout comme ils introduisent la pluralité des socialisations dans l’espace, c’est-à-dire les diverses instances en jeu, en congruence ou concurrence, à un instant T, comme dans le temps. En questionnant les mécanismes incarnant le mécanisme de socialisation, ces auteurs mettent au jour l’importance de la temporalité sociale. Si le degré d’influence des différentes instances fait aujourd’hui débat en sciences sociales, notamment en science politique depuis les années 1980, la socialisation y est devenue une notion clé.  

Nous nous baserons lors de cette journée d’études sur la définition de la socialisation issue des travaux de Muriel Darmon : 

“La socialisation, c’est donc en ce sens l’ensemble des processus par lesquels l’individu est construit – on dira aussi “formé”, “modelé”, “façonné”, “fabriqué”, “conditionné” - par la société globale et locale dans laquelle il vit, processus au cours desquels l’individu acquiert - “apprend”, “intériorise”, “incorpore”, “intègre” - des façons de faire, de penser et d’être qui sont situées socialement”. 

Cette définition sera discutée au prisme de plusieurs enjeux : tous les faits sociaux participent-ils à la socialisation et peuvent-ils alors tous être étudiés comme socialisateurs ? Surtout, comment, en recherche, peut-on mettre au jour les mécanismes qui participent à la socialisation ? Comment cette notion peut-elle être mobilisée lors de nos enquêtes à l’épreuve du terrain ? Comment dans la méthode d’enquête, peut-on saisir les processus de socialisation notamment l’articulation de différents processus de socialisation ? Comment peut-on percevoir les processus de socialisation dans le rapport enquêteur-enquêté ? 

Ainsi, nous aimerions axer la journée d’étude autour de trois grands questionnements :  

  1. Tout d’abord, nous aimerions nous questionner sur les manières par lesquelles s’opèrent la socialisation. Se pose la question de comment les agents/ instances socialisateurs façonnent, transforment, conditionnent les individus ? En miroir à cette question, on est conduit aussi à interroger la façon dont les individus peuvent avoir des effets sur des instances socialisatrices (agents – institutions). Ce type de questionnement se retrouve notamment chez Camille Masclet quand elle donne à voir des possibilités de socialisation inversée des parents féministes de la deuxième vague par leurs enfants. Nous voudrions aussi interroger les effets de la socialisation et leur portée : de quelle manière et à quel point les dispositions antérieures s’articulent-elles avec les processus toujours en cours ? Si l’on sait le rôle de la socialisation institutionnelle, nous envisagerons aussi la socialisation dans des espaces moins institués et la manière dont les deux aspects se croisent et/ou entrent en concurrence. La socialisation produit de plus des effets qui ne correspondent pas forcément aux attentes institutionnelles, comme à travers les concepts de dissonance et d’adaptation utilisés dans les travaux d’Erving Goffman, Everett Hughes et Muriel Darmon 
  2. Certaines dimensions du processus de socialisation semblent cependant moins investies que d’autres, notamment le rapport dynamique à l’espace et au temps. On s’interrogera d’abord sur les effets de lieu sur la socialisation et plus généralement sur les liens entre rapport à l’espace et construction des identités sociales : quel poids des expériences résidentielles et des espaces “hérités” dans la formation sociale, militante ou politique des individus ? Peut-on par exemple parler d’effets de lieux pour des socialisations militantes effectuées au sein d’un groupe revendiquant une appartenance locale ? On se questionnera ensuite sur les effets de la temporalité sur la socialisation : Quelles influences de temps, d’évènements, de générations, entendus comme cadre de vie historico-social, sur les socialisations ? 
  3. Nous pensons alors qu’un autre moyen de s’interroger sur les manières d’appréhender et d’investir le concept de socialisation est de mettre en débat les frontières du concept de socialisation politique. En effet, la définition de ce qui est (ou non) politique dans la socialisation des individus ne semble pas faire consensus en sciences sociales. Nous nous appuierons ici sur une conception élargie de la socialisation politique qui “propose d’appréhender les contenus de la socialisation politique à l’aide d’un continuum, allant de l’expérience des rapports sociaux de domination au rapport à l’espace proprement politique”. Cela nous permet alors d’émettre un certain nombre de questionnements. Comment les différentes instances de socialisation influent-elles sur les rapports politiques au monde des acteurs ? Comment dispositions des acteurs et dispositifs politiques s’entrecroisent et fabriquent des rapports singuliers à la politique, ou au politique, ou aux politiques ? Finalement comment les acteurs s’approprient la politique en fonction de leurs socialisations antérieures ? Quelle est la portée des dispositifs politiques de participation et/ou de formation ? Quelles socialisations, ou dispositions, suscitent un intérêt à la politique institutionnelle ? 

Modalités de soumission  

Les propositions de communication, entre 3000 et 4500 signes (espace compris), sont attendues pour le 2 mars 2020.  

Nous invitons les doctorant-e-s et étudiant-e-s en master 2 à faire des propositions se basant sur un travail de recherche empirique en sciences socialesIl s’agira de présenter l’objet étudié, d’expliciter le terrain d’enquête, les matériaux exploités, les modalités de production ainsi que la littérature scientifique sur laquelle ils appuieront leur argumentation.  

Les propositions sont à envoyer par courriel à l’adresse suivante : journeedetude.eapp@gmail.com. Après évaluation par un comité scientifique, les réponses parviendront le 16 mars 2020. Un texte complet (40 000 signes espaces compris) sera demandé aux communicants retenus pour date limite d’envoi.

Comité d’organisation

Étudiants en M2 - Enquête et Analyse des Processus Politiques (EAPP) 

UFR Anthropologie, Sociologie et Science Politique - Université Lumière Lyon 2

  • Sara Ben Salah
  • Théo Bernad
  • Mathis Bouquet
  • Mathieu Buchwalter
  • Samuel Danet
  • Leïla Filizetti
  • Johanna Lehn
  • Rafael Picart
  • Saminty Salame
  • Samuel Schacher 

Conseil scientifique 

  • Sophie Béroud (sophie.beroud@univ-lyon2.fr), professeure à l’Université Lyon II 
  • David Garibay (david.garibay@univ-lyon2.fr), professeur à l’Université Lyon II 
  • Sandrine Lévêque (sandrine.leveque@univ-lyon2.fr), professeure à l’Université Lyon II 

Bibliographie 

ATTIAS-DONFUT Claudine, Sociologie des générations. L'empreinte du temps, Paris, Presses Universitaires Françaises, 1988. 

AUTHIER, Jean-Yves. Espace et socialisation : Regards sociologiques sur les dimensions spatiales de la vie sociale. Éditions Universitaires Européennes, pp.216, 2012. 

BEAUD Stéphane, « Un temps élastique. Etudiants des "cités" et examens universitaires », Terrain, n° 29, 1997, p. 43-58. 

BERGER Peter, LUCKMANN Thomas, La Construction sociale de la réalité, Paris, A. Colin, 2006 [1966] 

BOUGHABA Yassin, DAFFLON Alexandre, MASCLET Camille, « Introduction. Socialisation (et) politique. Intériorisation de l’ordre social et rapport politique au monde », Sociétés contemporaines, 2018/4 (N° 112), p. 5-21. 

BOURDIEU Pierre, Le Sens pratique, Paris, Minuit, 1980 

CHERKAOUI Mohamed. « Socialisation et conflit : les systèmes éducatifs et leur histoire selon Durkheim », Naissance d’une science sociale. La sociologie selon Durkheim, sous la direction de Cherkaoui Mohamed. Librairie Droz, 1998, pp. 113-132. 

GOFFMAN ErvingAsiles, Paris Minuit 1968. 

DARMON Muriel, La socialisation, Armand Colin, 2016. 

DARMON Muriel, Les classes préparatoires. La fabrique d’une jeunesse dominante, Paris, La Découverte, 2013. 

DURKHEIM Emile, Education et sociologie, Paris, PUF,1922 

HUGUES, Everett C. “The Making of a Physician — General Statement of Ideas and Problems.”, Human Organization, vol. 14, no. 4, 1956, p. 21–25. 

LAHIRE Bernard, Tableaux de familles, Paris, Seuil/Gallimard, 1995  

MASCLET Camille. « Le féminisme en héritage ? Enfants de militantes de la deuxième vague », Politix, vol.  109, no. 1, 2015, p. 45-68. 

MEAD George Herbert,  Mind, Self, and Society, The University of Chicago Press, Chicago and London 2015 [1933] .

Places

  • Campus - 5 Avenue Pierre Mendès France
    Bron, France (69)

Date(s)

  • Monday, March 02, 2020

Keywords

  • socialisation, socialisation politique, dispositions, institutions, socialisation plurielle, rapport à l'espace, rapport au temps

Information source

  • mathis bouquet
    courriel : mathis [dot] bouquet [at] univ-lyon2 [dot] fr

To cite this announcement

« Socialisation: reinvesting in an over-familiar concept », Call for papers, Calenda, Published on Friday, February 28, 2020, https://calenda.org/755237

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