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Science and culture in the age of war, 19th-20th centuries

Science et culture en temps de guerre, XIXe-XXe siècles

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Published on Tuesday, March 10, 2020 by Anastasia Giardinelli

Summary

Le colloque croisera les acquis des sciences studies et de l'histoire culturelle de la captivité. Il s'organisera autour de plusieurs axes : la mobilisation opérationnelle, la préparation de la guerre, la science et la culture en situation d'enfermement et la science et la guerre : opportunités ou contraintes.

Announcement

Argumentaire

Temps particulier s’il en est, le temps de guerre accentue les interactions des groupes sociaux dont les compétences professionnelles peuvent être mobilisées dans un conflit, que les acteurs, hommes ou femmes, soient universitaires, scientifiques, militaires, industriels, politiques, ou qu’ils appartiennent à des corps techniques ou médicaux. Le temps de guerre génère des occasions, des séquences ou des lieux inédits de travail et de rencontres dans les camps, dans les laboratoires, dans les usines, mais aussi dans les institutions scientifiques ou culturelles. C’est également, plus que d’habitude, un temps de connexions et de globalisation. La dimension matérielle et pratique qui sous-tend les activités scientifiques et culturelles prend une acuité particulière en raison des difficultés d’approvisionnement et de la réaffectation des moyens.

Les sciences studies, qui ont renouvelé l’histoire des sciences depuis les années 1970 en la considérant comme une histoire sociale, économique, politique, culturelle et non plus seulement comme la seule histoire des disciplines (histoire des corpus, des résultats, des concepts ou des idées), se sont intéressées à la relation entre les sciences et la guerre. Elles l’ont fait dans trois temporalités complémentaires : temps court (une guerre en particulier), moyen terme (parfois de plusieurs décennies, prenant en compte l’avant ou l’après-guerre) et long terme (un siècle et plus). Les thématiques abordées se sont fixées sur le volet opérationnel des guerres et l’implication de certaines disciplines (l’invention des armes, la maîtrise de l’espace, la conduite de la guerre, les soins médicaux et la protection), sur les formes et les modalités de la mobilisation scientifique (types, lieux, structures, profils), sur les discours et les représentations. Elles n’ont pas omis de réfléchir aux opportunités scientifiques qui surgissent pendant la guerre en termes de moyens financiers, de réorganisation de la recherche, de terrains d’expérimentation ou de collaborations. Qui n’a pas entendu parler de Fritz Haber (1868-1934), de l’institut Kaiser Wilhem de Berlin, prix Nobel de chimie pour ses travaux sur la synthèse de l’ammoniac qui ont eu des répercussions considérables sur la production des engrais (et donc dans la lutte contre la faim), mais également auteur de recherches décisives sur les gaz toxiques largement utilisés pendant la Première Guerre mondiale, qui en font l’un des pères de la guerre chimique ? Les concepts de sciences pour la guerre, de preparedness, c’est-à-dire de cet état de préparation continuel de la guerre qui lie la puissance militaire à la puissance tout court, générant des warfare states (des États toujours mobilisés pour la guerre même en temps de paix), ont été particulièrement féconds.

L’histoire culturelle de la captivité éclaire de son côté ces problématiques en les orientant vers la dialectique des contraintes et de la faculté d’action d’une personne ou d’acteurs sociaux (l’agentivité) en situation difficile. Car si les captifs n’ont pas une influence directe sur le cours de la guerre, ils ne sont pas pour autant réduits à la passivité. Au-delà de leur commune privation de liberté, prisonniers militaires, prisonniers civils, déportés vivent ou survivent dans des contextes très différents, dans lesquels les interstices de liberté permettant une initiative individuelle ou collective sont très variables. Les captifs disposent également de ressources culturelles spécifiques, qu’il s’agisse de ressources matérielles (accès aux livres et aux divers supports de la vie culturelle) ou humaines (réseaux de solidarité, formes d’organisation collective). Cela génère des formes de production culturelle, des modalités d’appropriation et de circulation très diverses. Les tentatives pour influencer ou récupérer au profit des différents pouvoirs en place cette vie culturelle captive constituent également un des enjeux de la problématique. Le colloque s’inscrit dans la lignée de ces deux axes forts de l’historiographie. Il s’organisera autour de plusieurs sessions.

Des scientifiques mobilisés

Le premier axe concernera la mobilisation opérationnelle, et tout d’abord celle des médecins. Aude-Marie Lalanne Berdouticq (université Paris-Nanterre) abordera la question des experts médicaux britanniques mobilisés dans le recrutement des soldats lors de la Première Guerre mondiale, tandis que Costanza Bonelli (université de Rome La Sapienza) se penchera sur la médecine tropicale italienne dans l’organisation du conflit italo-éthiopien (1935-1936). Hélène Solot (EHESS) examinera de son côté la mobilisation des spécialistes des sciences sociales et leur interaction, pas toujours simple, avec les militaires américains pour la période 1941-1953. Natacha Laurent (université Toulouse-Jean Jaurès, Framespa) analysera la mobilisation du cinéma soviétique en faveur de la victoire (1943-1944) à l’occasion du tournage de Ivan le terrible (Eisenstein).

Préparer la guerre

La mobilisation des scientifiques ou des disciplines se fait pendant la guerre, mais aussi avant ou après, pour préparer la suivante. C’est particulièrement vrai pour la géographie abordée par Philippe Boulanger (Sorbonne Université Lettres), qui reviendra sur l’invention et le renouvellement de la géographie militaire française depuis le xixe siècle en se demandant comment elle a permis d’anticiper et de conduire la guerre. Valentina De Santi (université de la Suisse italienne) analysera les enjeux de la cartographie face aux guerres napoléoniennes et le rôle des ingénieurs-géographes dans la réalisation de la Carte militaire du royaume d’Italie. John William Sutcliffe (université de Leeds) mettra en avant les réticences des scientifiques à s’inscrire dans la production d’armes de guerre à partir des contestations qui se sont exprimées, pendant la guerre froide, au sein du Commissariat à l’énergie atomique dans le projet d’arme atomique.

Science et culture dans les camps

Un troisième axe sera dédié à la science et à la culture en situation d’enfermement. Ronan Richard (université de Rennes) se penchera sur les camps d’internement civil français (1914-1920) ; Jacques Cantier sur une mise en scène de la vie culturelle des prisonniers français en Allemagne de 1940 à 1944, analysant les ambiguïtés d’une exposition vichyste sur le sujet. Fabien Théofilakis (université de Paris I) abordera les pratiques culturelles dans un camp de prisonniers de guerre allemands en France (1944-1948). Julien Mary (MSH SUD, université de Montpellier III) élargira le débat en se demandant si les anciens des camps ou les anciens militaires, notamment ceux d’Indochine, arrivent à se faire historiens.

La science et la guerre : opportunités ou contraintes ?

La question de ce qu’est la guerre pour la science sera abordée sous les angles de la contrainte ou de l’opportunité. Dans la première catégorie, on peut ranger le cas des universités roumaines, sommées de choisir leur camp durant la Seconde Guerre mondiale (Ana-Maria Stan, université de Cluj, Roumanie). Dans la seconde, on trouve l’agronomie française : dans la modernisation agricole française d’après 1945, on perçoit, en effet, quelques origines allemandes et vichystes (Margot Lyautey, EHESS, et Christophe Bonneuil, CNRS-EHESS). Il en va de même dans d’autres cas géographiquement plus éloignés, ainsi d’une expédition ethnographique au Paraguay au temps de la guerre du Chaco de 1932 à 1935 (Veruska Alvizzuri, université Toulouse-Jean Jaurès, Framespa) ou des études politiques de la frontière en Chine dans les années 1920-1940 (Xu Lufeng, INALCO).

Culture et science en Occitanie

Les zones appartenant à l’actuelle Occitanie ne resteront pas à l’écart des réflexions proposées par ce colloque. En prenant l’exemple des trajectoires individuelles d’universitaires toulousains durant les deux conflits mondiaux, Caroline Barrera montrera la diversité des formes de mobilisation et de vie culturelle et scientifique en captivité. Citons par exemple Robert Deltheil, professeur de mathématiques générales (1921-1936) et doyen (1930-1936) de la faculté des sciences de Toulouse, puis recteur de l’académie (1937-1944). En 1916, Deltheil est muté à la Direction des inventions et au cabinet de Paul Painlevé, où il participe à des recherches d’optique et d’acoustique en lien avec son maître, Émile Borel. Ces travaux vont permettre de localiser la « grosse Bertha », le célèbre obusier utilisé par les Allemands. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est encore « mobilisé scientifique », dirigeant le « Groupe 71 », un des laboratoires qui travaillent pour la Défense nationale. Quant à Marie-Thérèse Duffau (CNRS, Framespa), elle s’intéressera à l’école de la Croix-Jaune et à l’« université de Neuengamme ». C’est le nom que les personnalités toulousaines détenues de juillet 1944 à avril 1945 au camp de Neuengamme, en Allemagne, avaient donné à cette structure culturelle de captivité. Tous les dimanches après-midi, elles se sont retrouvées dans un espace situé entre les baraques, appelé « place du Capitole », pour animer une chorale, pour assister à des conférences ou à des cours, donnés selon les spécialités de chacun. Mgr Bruno de Solages, recteur de l’institut catholique, suivit ainsi les cours de mathématiques du recteur Deltheil.

Deux institutions scientifiques majeures de la région seront également abordées : l’observatoire du pic du Midi (Jean-Christophe Sanchez, Framespa) et l’institut de mécanique des fluides de Toulouse (François Charru, IMFT, et Antonietta Demuro, INSPE de Lille). Ce dernier se retrouve en effet dans un écosystème scientifique exceptionnel, quand sont transférés à Toulouse, en mai 1940, les services techniques de l’aéronautique de l’État ainsi que l’institut de mécanique des fluides de Lille. L’institut toulousain va-t-il se saisir de ces opportunités pour développer ses recherches en aérodynamique et en turbulence ? La réponse ne va pas de soi, car une autre discipline, l’hydraulique, règne sur l’institut, fortement soutenue par la municipalité et l’industrie hydroélectrique, entendant également profiter des opportunités liées à la guerre pour avancer ses pions.

Le musée de la Résistance et les questionnements du colloque

Le musée départemental de la Résistance et de la Déportation de la Haute-Garonne, qui entame en 2020, avec sa réouverture, une nouvelle page de son histoire, est impliqué de longue date dans la thématique de l’enfermement. Le musée présentera les pièces de sa collection relatives aux questionnements du colloque, interrogeant notamment l’utilisation de la culture comme arme de propagande ou de diffusion des valeurs de la Résistance, ou examinant la culture en situation d’enfermement (Catherine Monnot-Berranger et Deborah Savio). Seront notamment mis en avant les poèmes de la résistante toulousaine Jeanine Messerli écrits à Ravensbrück sur un emballage de boîte de cartouches, ou bien la carte d’arrestation de Jean Cassou, résistant, conservateur de musée, critique d’art, homme politique et auteur des fameux 33 sonnets composés au secret, de tête, lors de son emprisonnement à la prison Furgole de Toulouse. Outre les nombreux exemples de productions artistiques nées dans des conditions de vie extrêmes, le musée donnera à voir la culture instrumentalisée, notamment avec la brochure L’art de mentir, parachutée par un avion britannique pour dénoncer, par la caricature, la propagande nazie, mais aussi avec les outils disputés et ambivalents qu’ont pu constituer les presses d’imprimerie et les postes de TSF. Enfin, certaines innovations scientifiques induites par les périodes de pénurie feront l’objet d’une présentation, par exemple celles des déportés forcés de travailler pour l’industrie ennemie, comme à Dora, ou les ersatz destinés à faciliter la vie quotidienne des populations.

Organisé par Caroline Barrera et Jacques Cantier

Programme

Les 27 et 28 mars 2020 se tiendra à Toulouse un colloque international intitulé Science et culture en temps de guerre. Organisé par le groupe Studium du laboratoire Framespa (UMR 5136) dans les locaux de la Bibliothèque d'études méridionales.

Vendredi 27 mars 2020

MATINÉE

8h30 : accueil des participants

Session 1 : Introduction et panorama général.

8h45 : Introduction du colloque, Caroline Barrera (INU Champollion) & Jacques Cantier (Université Toulouse-Jean Jaurès)

9h : La guerre et les universitaires toulousains. Mobilisations et opportunités scientifiques (XIXe-XXe siècle), Caroline Barrera (INU Champollion)

Session 2 : La mobilisation opérationnelle

Présidence : Pr Didier Foucault

9h30 : Des médecins incompétents ? La crise de légitimité des experts médicaux du recrutement en Grande-Bretagne, 1914-1918, Aude-Marie Lalanne Berdouticq (Université de Paris-Nanterre)

10h : La médecine tropicale italienne dans l’organisation du conflit italo-éthiopien (1935-1936), Costanza Bonelli (Université de Rome La Sapienza)

10h30 : pause

10h45 : Sur le terrain : les difficultés et stratégies des chercheurs en sciences sociales face aux officiers américains (1941-1953), Hélène Solot (EHESS)

11h15 : Sur le tournage d’Ivan le terrible (S. Eisenstein, 1943-1944) : le cinéma soviétique mobilisé au service de la victoire, Natacha Laurent (Université Toulouse-Jean Jaurès)

11h45 : questions

12h00-13h30 : déjeuner

VENDREDI APRÈS-MIDI

Session 3 : Préparer la guerre 

Présidence : Pr Jack Thomas

14h : L’invention et le renouvellement de la géographie militaire française depuis le XIXe siècle. Comment la science géographique permet-elle d’anticiper et de conduire la guerre ? Philippe Boulanger (Sorbonne Université Lettres)

14h30 : Les enjeux de la cartographie face aux guerres napoléoniennes : les ingénieurs- géographes et la réalisation de la Carte Militaire du Royaume d’Italie, Valentina De Santi, (Université de la Suisse italienne/Archivo del Moderno)

15h : pause

15h15 : Contested Nuclear Visions: Civil-Military Relations, Atomic Weapons, and the Cold War Mobilisation of the Commissariat à l'Énergie Atomique, John William Sutcliffe IV, (Université de Leeds)

15h45 : Questions

16h15 : Science et culture en temps de guerre, éclairages sur les collections du Musée de la Résistance & de la Déportation de la Haute-Garonne, Catherine Monnot-Berranger et Deborah Savio (MDR&D-Conseil départemental de la Haute-Garonne)

17h : Questions

17h30 : Fin de la première journée

SAMEDI MATIN 28 MARS 2020

Session 4 : Science et culture en situation d’enfermement

Présidence de séance : Pierre-Frédéric Charpentier

9h : « Persévérer dans son être ». Culture et sciences dans les camps d’internement civil français (1914-1920), Ronan Richard (Université de Rennes)

9h30 : L’âme des camps : une mise en scène de la vie culturelle des prisonniers français en Allemagne de 1940 à 1944. Les ambiguïtés d’une exposition vichyste, Jacques Cantier (Université Toulouse-Jean Jaurès)

10h : (S’)exposer pour se « ré-orienter » : les pratiques culturelles des prisonniers de guerre, entre productions allemandes et programme français (1944-1948), Fabien Théofilakis (Université de Paris I)

10h30-10h45 : pause

10h45 : L’École de la Croix jaune et l’Université de Neuengamme, Marie-Thérèse Duffau (CNRS)

11h15 : Entre science et reconnaissance : quand les anciens d’Indochine se font historiens, Julien Mary (MSH SUD, Université Montpellier 3)

11h45 : questions

12h30-13h45 : Repas

SAMEDI APRES-MIDI

Session 5 : La science et la guerre. Opportunité ou contrainte ?

Présidence : Caroline Barrera

14h : Choisir son camp : L’Axe ou les Alliés ? Les universités roumaines pendant la Deuxième Guerre mondiale, Ana-Maria Stan (Université Babes-Bolyai de Cluj-Napoca)

14h30 : Guerre et circulations transnationales du modernisme agronomique : de quelques origines allemandes et vichystes de la modernisation agricole française d’après 1945, Margot Lyautey (EHESS-Université de Tübingen) et Christophe Bonneuil (CNRS-EHESS)

15h : La mécanique des fluides à Toulouse durant la Seconde Guerre mondiale : entre opportunités et concurrences disciplinaires, François Charru (Toulouse, IMFT) et Antonietta Demuro (ESPE, Université de Lille).

15h30-15h45 : pause

15h45 : Le Pic du Midi de Bigorre durant les deux guerres mondiales, Jean-Christophe Sanchez (Framespa)

16h15 : Une expédition ethnographique au Paraguay au temps de la Guerre du Chaco, Verushka Alvizuri, (Université Toulouse-Jean Jaurès)

16h45 : Contributions et controverses des ethnologues chinois formés en France au sein des "Etudes politiques de la frontière" en Chine entre 1920s et 1940s", Xu Lufeng (INALCO)

17h15 : Questions

18h : Conclusions, Caroline Barrera (INU Champollion) & Jacques Cantier (Université Toulouse-Jean Jaurès)

Lieu : Bibliothèque d’études méridionales, 56 rue du Taur, Toulouse

Accès : Métro : station Capitole.

En savoir plus : http://blogs.univ-jfc.fr/studium/

Contacts : caroline.barrera@unov-jfc.fr / jacques.cantier@univ-tlse2.fr

Logos des partenaires : Framespa, UT2J, INUC, Conseil départemental, éditions midi-pyrénéennes.

Places

  • Bibliothèque d'études méridionales, 1er étage - 56, rue du Taur
    Toulouse, France (31)

Date(s)

  • Friday, March 27, 2020
  • Saturday, March 28, 2020

Keywords

  • science, culture, guerre, captivité, sciences studies, histoire culturelle

Contact(s)

  • Caroline Barrera
    courriel : caroline [dot] barrera [at] univ-jfc [dot] fr
  • Jacques Cantier
    courriel : jacques [dot] cantier [at] univ-tlse2 [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Caroline Barrera
    courriel : caroline [dot] barrera [at] univ-jfc [dot] fr

To cite this announcement

« Science and culture in the age of war, 19th-20th centuries », Conference, symposium, Calenda, Published on Tuesday, March 10, 2020, https://calenda.org/755345

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