Página inicialLiberté d'expression et liberté de création dans l'isthme centraméricain (XIXe-XXIe siècle)

Liberté d'expression et liberté de création dans l'isthme centraméricain (XIXe-XXIe siècle)

Libertad de expresión y libertad de creación en el istmo centramericano (siglos XIX-XXI)

Freedom of expression and freedom of creation in the Central American isthmus (19th-21st century)

*  *  *

Publicado segunda, 16 de março de 2020 por Céline Guilleux

Resumo

Le cycle de conférences « Liberté d’expression et liberté de création dans l’isthme centraméricain (XIXe -­XXIe siècle) » sera organisé dans le cadre de la semaine de l’Amérique latine en France par les universités d’Angers et de Tours. Ce cycle de conférences transdisciplinaires a une visée structurante entre deux universités et par conséquent se déroulera sur le campus des deux universités, le 28 à Angers et le 29 mai à Tours.

Anúncio

28 et 29 mai

Universités d'Angers et de Tours

Argumentaire

Placés au centre du continent américain tant du point de vue géographique que culturel, les sept pays qui composent l’isthme centraméricain sont souvent perçus -ironiquement- comme étant à la périphérie des enjeux régionaux et, plus largement, mondiaux. Pourtant, historiquement et politiquement, l’Amérique centrale concentre sur un espace réduit la plupart des phénomènes en jeu dans l’espace américain (inégalités, violence, corruption, multiculturalisme).

Dans ce contexte, les problématiques liées à la liberté d’expression et de création occupent une place de premier rang dès la toute fin de la période coloniale (1820). À l’époque un débat politique s’ouvre dans les colonnes de la presse périodique au sujet de la formation des États nationaux, au travers de débats qui configurent les clivages politiques successifs (indépendance de l’Espagne, annexion au Mexique, fédéralisme contre centralisme, libéralisme contre conservatisme, etc.). Au cours du XXe siècle, l’Amérique centrale est profondément marquée par des dictatures et des guerres civiles qui mettent à mal la liberté de la presse (exemple de la « disparition » de la journaliste Irma Flaquer au Guatemala en 1980) en même temps qu’elles impactent la liberté d’expression, avec la publication en exil du Señor presidente de Miguel Ángel Asturias, prix Nobel de littérature 1967.

La situation politique actuelle dans les pays d’Amérique centrale pose par ailleurs de nombreuses questions en ce qui concerne ces mêmes libertés d’expression et de création. De fait, bien que le Costa Rica soit régulièrement classé par Reporters Sans Frontières dans les dix pays respectant le plus la liberté d’information au monde, le pays n’est pas à l’abri de la corruption et de l’impunité comme en témoigne l’assassinat de dix environnementalistes entre 1989 et 2014, ainsi que la mort du leader indigène Sergio Rojas, en mars 2019, pour son engagement en faveur de la défense des terres indigènes. Or, la situation du reste de la région est nettement plus préoccupante. On peut ainsi penser à l’assassinat de l’activiste environnementaliste et indigéniste Berta Cáceres au Honduras en 2016, ou encore à la répression des mouvements étudiants et populaires au Nicaragua par le régime de Daniel Ortega depuis 2018, qui a entraîné la fermeture temporaire de certains établissements d’enseignement supérieur, notamment la très renommée Universidad Centroamericana de Managua, laquelle a été le siège de plusieurs événements tragiques depuis le printemps 2018. Dans ce même pays, les élections sont marquées depuis plusieurs années par de nombreuses irrégularités, qui font régulièrement l’objet de vives critiques de la part de la communauté internationale.

Dans ce contexte, quelle place peut-­on accorder à la liberté d’expression et à la liberté de création ? Dans quelle mesure la corruption, l’impunité et la répression parviennent-­elles à façonner l’opinion, en créant des mécanismes, directs ou indirects, de censure et d’autocensure ? À l’inverse, quels espaces alternatifs de création et d’expression peut-­on voir émerger, à l’heure des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, dans une société très fortement marquée par les inégalités ? Quelle place pour la presse ? Quelle place enfin pour la création artistique, quand celle‐ci se voit parfois récupérée par les pouvoirs publics à des fins de propagande, comme ce fut le cas, pour poursuivre avec l’exemple du Nicaragua, de la figure de Carlos Mejía Godoy, chanteur‐compositeur mythique de la Révolution de 1979, qui a menacé récemment d’attaquer en justice le couple présidentiel pour son utilisation politique de certaines de ses chansons ? Dans ces quelques exemples, on voit bien que la liberté d’expression et la liberté de création dépendent étroitement d’un contexte socio‐politique spécifique, mais sont également très fortement liées l’une à l’autre. Ces journées d’étude pourront ainsi être l’occasion d’évaluer la relation particulière qu’entretiennent ces deux formes de liberté, la première étant considérée en droit comme une liberté fondamentale, tandis que les contours juridiques de la seconde sont beaucoup plus flous.

Du point de vue de la création, et malgré sa position périphérique sur le marché culturel mondial, l’Amérique centrale est traditionnellement une terre fertile, notamment sur le plan littéraire, comme en témoignent les cas de plusieurs écrivains reconnus au niveau international tels que le Nicaraguayen Rubén Darío (connu comme le père du modernisme), le Guatémaltèque Miguel Ángel Asturias (prix Lenin de la Paix, 1966 et prix Nobel de littérature, 1967), le Costaricien Carlos Luis Fallas (membre de la « Generación del 40 » et du parti communiste, emprisonné pour avoir dirigé la grève contre la United Fruit Company en 1934), le Salvadorien Horacio Castellanos Moya (connu pour une œuvre littéraire centrée sur la mémoire historique de son pays, exilé deux fois, d’abord à cause de la guerre civile 1979-­1992, puis en 1997 à cause des menaces de mort après la publication de son roman Le dégoût), le Hondurien Ramón Amaya Amador qui a dû laisser son pays en 1944 en raison de persécutions politiques ou encore l’écrivain Sergio Ramírez ou l'écrivaine féministe Gioconda Belli, pour ne citer que quelques exemples. Sur le plan cinématographique, la région commence à être également connue avec des œuvres laissant place aux minorités comme Ixcanul de Jayro Bustamante, réalisateur guatémaltèque primé à la Berlinale avec l’Ours d’argent en 2015 ou plus récemment avec les films Nuestras madres et La llorona, de son compatriote César Díaz, qui a été récompensé à Cannes avec le prix Caméra d'or. La musique et les performances se font également entendre avec des jeunes artistes engagé·e·s comme Rebeca Lane qui, après la disparition de sa tante dans la guerre civile guatémaltèque, a milité pour la justice sociale et le devoir de mémoire en même temps qu’elle lutte pour l’émancipation des femmes ainsi que contre les féminicides dans son pays.

Au-­delà des considérations politiques, qui réactivent dans certains contextes la figure de l’artiste engagé∙e, la question des libertés d’expression et de création se pose également sur un plan plus prosaïque, celui de l’économie de marché. Quelles libertés pour l’artiste dans des contextes où le maillage éditorial, par exemple, est très lâche ? Quelle place peut-­on accorder à l’inventivité dans un espace périphérique où les œuvres sont peu diffusées, peu primées et peu étudiées ? Dans quelle mesure ce contexte périphérique n’infléchit-­il pas la création dans un sens qui serait dicté par les attentes culturelles des espaces hégémoniques ? Comment se (re)déploie la créativité de l’artiste face à ces contraintes, non seulement sur un plan purement artistique, mais aussi sur un plan plus structurel (on peut penser aux stratégies d’auto-­financement, par exemple, ou aux créations collectives qui remettent en question la conception du droit d’auteur héritée des Lumières) ?

L’objectif de ce cycle de conférences sera donc d’interroger les notions de liberté de création et de liberté d’expression dans cet espace périphérique qu’est l’Amérique centrale, à partir d’une multitude d’objets d’étude, qu’ils soient littéraires, iconiques, filmiques, historiques, sociaux ou politiques. Il s’agira notamment d’évaluer les éventuelles spécificités de ces notions dans le contexte centraméricain, ainsi que l’impact de la situation géopolitique et culturelle de l’isthme sur les libertés d’expression et de création.

Modalités de contributions

Date limite de soumission : 6 avril 2020

La date butoir pour envoyer votre résumé (300 mots) ainsi que votre biographie (200 mots max.) est fixée au 6 avril 2020. Merci de soumettre ces documents directement sur le site du colloque : https://libameriqcentr.sciencesconf.org/

Pour ce faire, il faut créer un compte dans la rubrique « Conexión » avant de pouvoir remplir les différents champs du formulaire de depôt et d'y transférer votre document. En cas de problème pour créer votre compte ou pour déposer votre proposition, veuillez utiliser la rubrique « @ Contact » du site.

Vous serez informé·e de l’acceptation de votre soumission après la date butoir.

Comité d'organisation

  • Andrea CABEZAS VARGAS (Universidad de Angers)
  • Sophie LARGE (Universidad de Tours)
  • Raphaël ROCHE (Universidad de Tours)

Locais

  • Angers, França (49)
  • Tours, França (37)

Datas

  • segunda, 06 de abril de 2020

Palavras-chave

  • création, expression, liberté

Contactos

  • Raphaël Roché
    courriel : raphael [dot] roche [at] univ-tours [dot] fr
  • Andrea Cabezas Vargas
    courriel : andrea [dot] cabezasvargas [at] univ-angers [dot] fr
  • Sophie Large
    courriel : sophie [dot] large [at] univ-tours [dot] fr

Fonte da informação

  • Sophie Large
    courriel : sophie [dot] large [at] univ-tours [dot] fr

Para citar este anúncio

« Liberté d'expression et liberté de création dans l'isthme centraméricain (XIXe-XXIe siècle) », Chamada de trabalhos, Calenda, Publicado segunda, 16 de março de 2020, https://calenda.org/759014

Arquivar este anúncio

  • Google Agenda
  • iCal