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Foreign Students, Intellectuals and Artists in France in May-June ‘68

Étudiants, intellectuels et artistes étrangers en France en mai-juin 1968

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Published on Monday, June 29, 2020 by Anastasia Giardinelli

Summary

L’historiographie « des années 68 »  a récemment privilégié une approche globale des mouvements sociaux, mettant l’accent sur les circulations et les échanges d’un pays ou d’un continent à l’autre. Cette historiographie est très riche, comme l’est aussi celle concernant plus spécifiquement le Mai français. Il demeure néanmoins quelques angles morts, ou quelques terrains qui n’ont pas été explorés. L’un de ceux-ci est le rôle des étudiants étrangers voire plus largement des intellectuels et artistes étrangers en France en mai-juin 68. Cette présence des étrangers en France a fait l’objet d’études quand il s’agissait des travailleurs immigrés dont on sait désormais l’importante participation au mouvement de mai. Mais la présence d’étudiants et/ou d'intellectuels, et partant leur participation au mouvement, reste encore largement ignorée. Ils sont alors nombreux à étudier dans la capitale française, ou dans d’autres villes universitaires du territoire. Ils sont Africains, Européens, sud-Américains, Israéliens, Américains du Nord, Palestiniens. Ils adhèrent généralement au mai français tout en mettant en œuvre des logiques spécifiques liées aux conditions politiques et sociales de leur pays d’origine.

The historiography of the '68 years has recently favoured a global approach to social movements, emphasizing movement and exchange between countries and continents. This historiography is very rich, as is the one concerning more specifically the French May. Nevertheless, there are still some blind spots, or some areas that have not been explored. One of these is the role of foreign students, or more broadly foreign intellectuals and artists (writers, artists, musicians, teachers, etc.) in France in May-June ‘68. This presence of foreigners in France has been the subject of studies when it comes to immigrant workers, whose significant participation in the May movement is now known. But the presence of students and/or intellectuals, and therefore their participation in the movement, is still largely ignored. Many of them studied in the French capital, or in other university towns in the area. They represented 5.7% of the total student population in 1968-1969, and this number sharply increased from the end of 1968.  They were African (North Africa and sub-Saharan Africa), European (German, Portuguese, Italian, Spanish, Greek, British), South American, Israeli, North American (United States or Quebec), Palestinian. They generally adhered to the French May while implementing specific logics linked to the political and social conditions of their country of origin.

Announcement

11 et 12 février 2021

Paris, Centre d’histoire sociale des mondes contemporains/Campus Condorcet – 93000 Aubervilliers

Argumentaire

L’historiographie « des années 68 »  a récemment privilégié une approche globale des mouvements sociaux, mettant l’accent sur les circulations et les échanges d’un pays ou d’un continent à l’autre. Cette historiographie est très riche, comme l’est aussi celle concernant plus spécifiquement le Mai français. Il demeure néanmoins quelques angles morts, ou quelques terrains qui n’ont pas été explorés. L’un de ceux-ci est le rôle des étudiants étrangers voire plus largement des intellectuels et artistes étrangers (écrivains, artistes, musiciens, enseignants etc) en France en mai-juin 68. Cette présence des étrangers en France a fait l’objet d’études quand il s’agissait des travailleurs immigrés dont on sait désormais l’importante participation au mouvement de Mai. Mais la présence d’étudiants et/ou intellectuels, et partant leur participation au mouvement, reste encore largement ignorée. Ils sont alors nombreux à étudier dans la capitale française, ou dans d’autres villes universitaires du territoire. Ils représentent 5,7% de la population étudiante totale en 1968-1969, et cet effectif va croître très fortement à partir de la fin de l’année 68.  Ils sont africains (Afrique du Nord et Afrique sub-saharienne), européens (allemands, portugais, italiens, espagnols, grecs, britanniques), sud-américains, israéliens, américains du Nord (Etats-Unis ou Québec), palestiniens. Ils adhèrent généralement au Mai français tout en mettant en oeuvre des logiques spécifiques liées aux conditions politiques et sociales de leur pays d’origine.

Qu’il s’agisse de contester des dictatures pour les Grecs, Portugais, Espagnols, Argentins, Brésiliens, ou Tchécoslovaques et Polonais, de contester la guerre du Vietnam ou le racisme (Américains), de lutter pour la paix en Palestine, ils insèrent au sein du Mai français leurs revendications et profitent de ce moment de libération exceptionnelle de la parole pour élever eux aussi la voix. Il s’agit donc ici de rendre compte de leurs paroles et actes en France mais aussi de la situation en 1968 de leurs pays respectifs, ou plutôt de ce que leurs paroles et actes en France témoignent de la situation dans leur pays d’origine. Des oppositions à bien des régimes autoritaires se sont constituées en exil. Les événements de mai changent-ils la donne ? Les slogans sont-ils alors transformés ? Les attentes ou espoirs bouleversés ?

Ces étudiants peuvent pratiquer un certain entre-soi ou, au contraire,  profiter du mouvement pour internationaliser les contacts, pour nourrir leur expérience militante de celles de camarades étrangers. À l’inverse, on peut s’interroger sur ce que le mouvement de Mai doit à ces étudiant.e.s , intellectuel.le.s et artistes venu.e.s d’ailleurs : comment la circulation des savoirs et des pratiques - en particulier dans le domaine militant (slogans, idées, modes d’action )- a-t-elle  pu influer sur  les répertoires militants en France ?  Les Unions et Fédérations d’étudiants étrangers ont-elles joué un rôle ? Quels livres (parfois traduits par les étudiants eux-mêmes ), quelles musiques ou chants, quels films dans ce moment charnière ont pu circuler parmi ces hommes et ces femmes, et jouer un rôle sur les acteurs?    S’intéresser aux étudiants,   intellectuels et artistes étrangers, c’est aussi scruter les rencontres improbables que les événements rendirent possibles, voire les relations amicales ou amoureuses qui s’épanouirent alors. C’est comprendre aussi ce que le politique peut faire à l’intime dans le monde des exilés, et dans un moment aussi extraordinaire, au sens premier du terme. Les lieux de vie des étudiants étrangers, les résidences et les foyers étudiants telle la Cité internationale universitaire de Paris, pourront faire l’objet d’une étude spécifique : pépinières de rencontres internationales, ces lieux sont souvent des incubateurs d’idées et d’actions militantes.

Les événements ont pu bouleverser les habitudes ou en créer de nouvelles, modifier ou non les rapports de genre. A l’inverse des situations heureuses, des bonheurs nés de l’adrénaline de l’action collective, comment les évènements de 68 ont-ils créé ou accru les inégalités sociales entre étudiants français et étrangers ? L’éloignement familial dans ce cas peut peser lourd, que ce soit financièrement ou psychologiquement, quand des réseaux de solidarité peuvent aussi se mettre en place qu’ils soient intra ou extra- communautaires.

Ce colloque s’intéressera donc à la vie militante et quotidienne de ces étudiants et intellectuels étrangers dans leur dimension politique, économique, sociale et culturelle. On ne s’interdira pas non plus de penser l’après mai 68. Qu’est-ce que les évènements ont fait à des trajectoires jusqu’alors linéaires ? Ont-ils bousculé des certitudes, impulsé des retours aux pays prématurés par rapport aux projets antérieurs ? ou au contraire des installations plus définitives ? Certaines figures d’étudiants étrangers ont-elles émergées pour s’installer durablement dans la vie étudiante et/ou militante française ? Ont-ils provoqué des formes d’établissement, en France ou ailleurs ? Qui sont les expulsés ? Qu’est-il advenu d’eux ? La participation des étudiants étrangers au mouvement de 68 a-t-elle  creusé des filières de mobilités étudiantes pour les années suivantes ?

Plusieurs types d’approche sont possibles :  des approches de groupe d’une part, comme par exemple les étudiants palestiniens et leur rôle dans le Mai français ou des études plus biographiques, tout autant que des histoires de vie saisies à un moment donné, ou des productions textuelles ou artistiques conçues par ce type d’acteurs pendant Mai-Juin 68 et qui donnent à voir ou à penser ces évènements.   On souhaite ainsi, comme en Mai, faire fi des frontières et penser le monde de l’année 68, en une démarche d’histoire globale.

Une exposition virtuelle, destinée à valoriser le fonds d’archives Mai-Juin 68 du Centre d’histoire sociale des mondes contemporains (http://chs-maijuin68.huma-num.fr)  avait déjà réuni quelques chercheurs sur cette problématique. Elle est bien entendu loin d’épuiser le sujet, et constitue plus une amorce qu’une exposition exhaustive. Nous espérons donc avec ce colloque réunir d’autres contributions, élargir les problématiques, écouter aussi et recueillir des témoignages. Comme dans l’exposition virtuelle, nous incluons les Départements d’Outre-Mer étant donné la vigueur qu’avaient alors les mouvements indépendantistes et l’impact qu’a pu avoir la présence de leurs ressortissants en métropole pour ces mouvements.

Modalités de proposition

Les propositions de communications (5000 signes maximum), accompagnées d’un bref CV sont à faire parvenir à l’adresse suivante : fblum@univ-paris1.fr

avant le 30 septembre 2020

Comité scientifique 

  • Ludivine Bantigny (GRHis, Université de Rouen) 
  • Françoise Blum (Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, CNRS)
  • Gabrielle Chomentowski (Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, CNRS)
  • Frank Georgi (Université d’Evry Val d’Essonne)
  • Boris Gobille (ENS Lyon)
  • Burleigh Hendrickson (Pennsylvania State University)
  • Jean-Pierre Le Foll Luciani (Education nationale)
  • Edenz Maurice (Centre de recherches sur les mondes américains/Centre d’histoire de sciences po)
  • Eugénia Palieraki (Centre de Philosophie Juridique et Politique, CY Cergy Paris Université)
  • Ophélie Rillon (Les Afriques dans le monde, CNRS)
  • Alexis Roy (IMAF, CNRS)
  • Palmira de Sousa (Campus Condorcet) 
  • Guillaume Tronchet (Institut d'histoire moderne et contemporaine, ENS-Paris 1-CNRS)

11 and 12  February 2021

Paris, Centre d’histoire sociale des mondes contemporains / Campus Condorcet -Aubervilliers 93000

Argument

The historiography of the '68 years has recently favoured a global approach to social movements, emphasizing movement and exchange between countries and continents. This historiography is very rich, as is the one concerning more specifically the French May. Nevertheless, there are still some blind spots, or some areas that have not been explored. One of these is the role of foreign students, or more broadly foreign intellectuals and artists (writers, artists, musicians, teachers, etc.) in France in May-June ‘68. This presence of foreigners in France has been the subject of studies when it comes to immigrant workers, whose significant participation in the May movement is now known. But the presence of students and/or intellectuals, and therefore their participation in the movement, is still largely ignored. Many of them studied in the French capital, or in other university towns in the area. They represented 5.7% of the total student population in 1968-1969, and this number sharply increased from the end of 1968.  They were African (North Africa and sub-Saharan Africa), European (German, Portuguese, Italian, Spanish, Greek, British), South American, Israeli, North American (United States or Quebec), Palestinian. They generally adhered to the French May while implementing specific logics linked to the political and social conditions of their country of origin.

Whether it was to challenge dictatorships for Greeks, Portuguese, Spanish, Argentinians, Brazilians, or Czechoslovakians and Poles, to challenge the Vietnam War or racism (Americans), or to fight for peace in Palestine, they inserted their demands into the French May and took advantage of this moment of exceptional freedom of speech to raise their voices. It is therefore a question here of reporting on their words and deeds in France but also on the situation in 1968 in their respective countries, or rather what their words and deeds in France testify to the situation in their country of origin. Opposition to many authoritarian regimes was built up in exile. Did the events of May change the situation? Were the slogans then transformed? Were expectations or hopes overturned? Did these students practise a certain amount of self-discipline or, on the contrary, take advantage of the movement to internationalise contacts, to feed their militant experience with that of foreign comrades? On the other hand, one can wonder what the May movement owes to these students, intellectuals and artists from elsewhere: how has the circulation of knowledge and practices - particularly in the militant field (slogans, ideas, modes of action) - influenced the militant repertoires in France?  Did the Unions and Federations of foreign students play a role? What books (sometimes translated by the students themselves), what music or songs, what films at this pivotal moment circulated among these men and women, and played a role on the actors?    Taking an interest in foreign students and intellectuals also means scrutinizing the improbable encounters that the events made possible, or even the friendly or loving relationships that blossomed then. It also means understanding what politics can do in the world of exiles, and in such an extraordinary moment, in the first sense of the term. The places where foreign students live, residences and student hostels such as the Cité internationale universitaire de Paris, could be the subject of a specific study: incubators of international encounters, these places are often incubators of ideas and militant actions.

Events may have changed habits or created new ones, changing gender relations or not. In contrast to happy situations, for happiness born of the adrenaline of collective action, how did the events of '68 create or increase social inequalities between French and foreign students? The family distance in this case can weigh heavily, whether financially or psychologically, when solidarity networks can also be set up, whether within or outside the community.

This conference will therefore focus on the militant and daily life of these foreign students and intellectuals in their political, economic, social and cultural dimension. We will not refrain from thinking about the period after May 68. What have events done to alter hitherto linear trajectories? Did they upset certainties, or spur premature returns to countries in relation to earlier projects? Or, on the contrary, did they lead to more definitive installations? Did certain foreign student figures emerge to settle permanently in French student and/or activist life? Have they provoked forms of settlement, in France or elsewhere? Who are the expelled? What happened to them? Did the participation of foreign students in the 1968 movement lead to the creation of student mobility programmes in the following years?

Several approaches are possible: group approaches on the one hand, such as Palestinian students and their role in the French May, or more biographical studies, as well as life stories captured at a given moment, or textual or artistic productions conceived by these types of actors during May-June '68 and which show or suggest these events.   The aim is thus, as in May, to go beyond the frontiers and to think about the world of the year 68, in a global historical approach.

A virtual exhibition, intended to enhance the value of the May-June '68 archives of the Centre d'histoire sociale des mondes contemporains (http://chs-maijuin68.huma-num.fr) had already brought together a number of researchers on this issue. It is, of course, far from exhausting the subject, and is more of a primer than an exhaustive exhibition. With this colloquium, we hope to bring together other contributions, broaden the issues, and also to listen to and collect testimonies. As in the virtual exhibition, we are including the Overseas Departments, given the vigour that the independence movements had at the time and the impact that the presence of their nationals in metropolitan France had on these movements.

Submission Guidelines

Proposals for papers (5000 signs maximum), accompanied by a brief CV, should be sent to the following address: fblum@univ-paris1.fr

before 30 September 2020

Scientific committee

  • Ludivine Bantigny (GRHis, Université de Rouen) 
  • Françoise Blum (Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, CNRS)
  • Gabrielle Chomentowski (Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, CNRS)
  • Frank Georgi (Université d’Evry Val d’Essonne)
  • Boris Gobille (ENS Lyon)
  • Burleigh Hendrickson (Pennsylvania State University)
  • Jean-Pierre Le Foll Luciani (Education nationale)
  • Edenz Maurice (Centre de recherches sur les mondes américains/Centre d’histoire de sciences po)
  • Eugénia Palieraki (Centre de Philosophie Juridique et Politique, CY Cergy Paris Université)
  • Ophélie Rillon (Les Afriques dans le monde, CNRS)
  • Alexis Roy (IMAF, CNRS)
  • Palmira de Sousa (Campus Condorcet) 
  • Guillaume Tronchet (Institut d'histoire moderne et contemporaine, ENS-Paris 1-CNRS)

Places

  • Cours des humanités Campus Condorcet
    Aubervilliers, France (93)

Date(s)

  • Wednesday, September 30, 2020

Keywords

  • mai-juin 1968, étudiants, intellectuels, artistes

Contact(s)

  • Françoise Blum
    courriel : fblum [at] univ-paris1 [dot] fr

Information source

  • Françoise Blum
    courriel : fblum [at] univ-paris1 [dot] fr

To cite this announcement

« Foreign Students, Intellectuals and Artists in France in May-June ‘68 », Call for papers, Calenda, Published on Monday, June 29, 2020, https://calenda.org/787521

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