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Portraits choisis, portraits subis

Chosen portraits, subjected portraits

Les rapports de domination aux prismes de la photographie (1840-2000)

The relations of power and domination in portrait photography (1840-2000)

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Publié le lundi 31 août 2020 par Anastasia Giardinelli

Résumé

L’idée force est de croiser des phénomènes de domination (sans limites géographiques ni temporelles) à la technique du portrait photographique (1840-2000). Comment ce type d’image personnelle et, dans certains cas, intime peut-il être marqué (dans ses thèmes ou mises en scène) par des contextes de colonisation, d’occupation, par des rapports de classe, d’âge, de handicap, de race, de genre, par des logiques de classement sécuritaire ou nosographique ou par tout lien de subordination ou de stigmatisation ?

Annonce

Organisé en mai 2021 à l’Université de Namur (Belgique), ce colloque sera consacré à l’étude des rapports de domination aux prismes de la photographie.

Argumentaire

L’idée force est de croiser des phénomènes de domination (sans limites géographiques ni temporelles) à la technique du portrait photographique (1840-2000). Comment ce type d’image personnelle et, dans certains cas, intime peut-il être marqué (dans ses thèmes ou mises en scène) par des contextes de colonisation, d’occupation, par des rapports de classe, d’âge, de handicap, de race, de genre, par des logiques de classement sécuritaire ou nosographique ou par tout lien de subordination ou de stigmatisation ? À quelles conditions peut-il être interprété comme expression visuelle de domination (même implicite) et/ou « instrument ou miroir d’un pouvoir hégémonique capable de classifier, discipliner, fixer et coder » (Grandin 2004 : 84)?

Puisqu’il met en coprésence un photographe et un photographié dans un contexte donné, puisqu’il rassemble parfois à l’image des « dominants » et des « dominés », le portrait photographique apparaît comme une source potentiellement révélatrice de relations hiérarchisées, mais aussi des impositions et/ou des (re)positionnements identitaires. En effet, « quelle que soit l'intensité avec laquelle le photographe essaie d'exclure, l'objectif de l'appareil photo inclut toujours » (Pinney 2003 : 7). Une question cardinale est bien d’approcher qui dicte ou compose l’image telle qu’elle surgit : en fonction des cas, s’agit-il du commanditaire, du photographe ou du sujet photographié qui, même s’il est objectifié, n’est pas systématiquement privé de toute initiative ? La photo a le double pouvoir de « donner de la visibilité non seulement aux idéologies visuelles dominantes, mais aussi à leurs appropriations subversives » (Corronil 2004: 4) qui peuvent notamment renvoyer au concept d’adaptations secondaires développé par Goffman (1961). Encore faut-il que celui/celle qui les étudie s’empare de cet aspect fondamental de telles sources visuelles.

Le choix d’étudier un type d’image en particulier dans des contextes très divers poursuit l’objectif de contribuer à deux tendances porteuses : celle, d’une part, d’intégrer pleinement la photographie dans les sources des historiens (de la colonisation, du genre, de la médecine, des occupations…) et celle, d’autre part, d’approfondir, grâce au croisement d’études de cas, les questions critiques, épistémologiques et méthodologiques propres au portrait photographique qui se posent à ceux qui tentent de les exploiter dans toute leur amplitude. Dans le cadre de ce colloque, le portrait photographique est entendu comme toute photographie en noir et blanc ou en couleur qui représente une ou des figure(s) humaine(s), après l’/les avoir expressément placée(s) devant l’appareil de prise de vue. Souvent sériels et dépourvus de métadonnées, les portraits anciens intriguent tant le « face-à-face » avec ces visages et ces corps d’anonymes peut fasciner, émouvoir, ou parfois choquer du fait de la sémantique visuelle adoptée. De surcroît, la photographie est une source « texturée et fertile » (Pinney, 2003 : 6) dans le sens où elle recèle à la fois ce qu’elle a voulu immortaliser et ce qui lui a échappé. Au-delà de l’attractivité et la richesse du matériau photographique, l’idée est bien de poser des jalons dans le traitement scientifique de telles sources.

Les communications attendues devront focaliser leur attention sur l’analyse des images. La mise en contexte des photographies servira ici d’outil d’analyse incontournable mais ne constituera pas la finalité des travaux présentés. Il s’agira d’étudier les expressions photographiques des rapports de domination, d’en traquer précisément les marqueurs visibles (ou moins visibles) mais aussi les formes spécifiques que ceux-ci peuvent revêtir en fonction des contextes. Dans cette perspective, les questions foisonnent : qui est à l’initiative du geste photographique ? À qui et à quoi sont destinés les clichés ? Quels sont les indices concrets de domination/subordination ? Comment la photographie est-elle influencée par et/ou participe-t-elle à la mise en place des logiques de domination ? Quelles sont les représentations dominantes ou déconstruites d'un groupe donné ? Peut-on identifier des signes visuels de résistance à la domination ? Quelles sont les conséquences de ces portraits pour les personnes représentées ? Quelles utilisations en ont été faites ? Certains clichés ont-ils fait l’objet de (ré)usages distincts de ceux auxquels ils étaient destinés ?

Ce colloque s'adresse donc à toute personne issue des disciplines historiques et sociales ayant un intérêt pour l'exploitation de la photographie comme source pour ses recherches. Il peut s'agir de spécialistes en études visuelles, d'historiens de la photographie, ou encore de spécialistes des contextes de domination intéressés par l'exploitation de documents photographiques.

Modalités de soumission

Les propositions de communication (2500 caractères maximum) ainsi qu'une courte bio-bibliographie doivent parvenir pour le 15 octobre 2020 aux deux adresses suivantes :

alexandra.deheering[at]unamur.be; anne.roekens [at]unamur.be

Elles peuvent être rédigées en français ou en anglais, langues dans lesquelles les communications pourront être faites.

Si possible, les propositions de communication seront accompagnées de 2 reproductions du/des type/s de portrait photographique qui sera/ont utilisé/s dans le cadre de la présentation.

Calendrier

  • 15 octobre 2020 : Date limite de réception des propositions (proposition de communication / bio-bibliographie) pour évaluation.

  • 15 novembre 2020 : Envoi des réponses à tous les auteurs.
  • 30 avril 2021 : Date limite de réception d’une première version des textes.
  • 26 et 27 mai 2021 : tenue du colloque.

Comité d'organisation

  • Alexandra de Heering – FNRS, UNamur, Namur, Belgique
  • Chantal Kesteloot – Cegesoma/Archives de l’Etat, Bruxelles, Belgique
  • Bénédicte Rochet – UNamur, Namur, Belgique
  • Anne Roekens – UNamur, Namur, Belgique
  • Xavier Rousseaux – FNRS, UCLouvain, Louvain-la-Neuve, Belgique

Comité scientifique

  • Ilsen About – CNRS, EHESS, Paris, France
  • Manuel Charpy – Invisu, CNRS-INHA, Paris, France
  • Chantal Kesteloot – CegeSoma/Archives de l’Etat, Brussels, Belgium
  • Amandine Lauro – Université Libre de Bruxelles, Belgique
  • Audrey Leblanc – EHESS, Paris et Université de Lille, France
  • Benoît Majerus – Université du Luxembourg, Luxembourg
  • Xavier Rousseaux – FNRS, UCLouvain, Louvain-la-Neuve, Belgique
  • Patricia Van Schuylenbergh – MRAC, Bruxelles, Belgique
  • Pieter Verstraete – KULeuven, Leuven, Belgique

Bibliographie indicative

  • About Ilsen & Denis Vincent, Histoire de l’identification des personnes, Paris, La Découverte, 2010.
  • About Ilsen, « Identités automatiques. Le photomaton et l’encartement des individus », in Chéroux Clément, Stourdzé Sam (dir.), Derrière le Rideau. L’Esthétique Photomaton, Arles, Photosynthèses, 2°12, p. 263-271.
  • About Ilsen, Pernot Mathieu & Sutre Adèle (dir.), Mondes tsiganes. Une histoire photographique, 1860-1980, Arles, Actes Sud, 2018.
  • Brunet François, La photographie. Histoire et contre-histoire, Paris, PUF, 2017.
  • Burke Catherine & Ribeiro de Castro Helena, “The school photograph: portraiture and the art of assembling the body of the schoolchild”, in History of Education, 36 (2007), pp. 213-226.
  • Burke Peter, The Uses of Images as Historical Evidence, London, Reaktion Books Ltd, 2001.
  • Ceyhan Ayse & Piazza Pierre (dir.), L’identification biométrique. Champs, acteurs, enjeux et controverses, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’Homme, 2011.
  • Charpy Manuel, « La bourgeoisie en portrait. Albums familiaux de photographies des années 1860-1914 », in Revue d’histoire du XIXe siècle, no 34, 2007-1, pp. 147-163.
  • Charpy Manuel, « Les aventuriers de la mode. Les Sapeurs congolais à Paris et l’usage de la mode en migration (1890-2014), in Modes, codes vestimentaires et pratiques culturelles, Hommes & migrations, 2015, pp. 25-33.
  • Chéroux Clément, Vernaculaires : essais d’histoire de la photographie, Cherbourg-Octeville, Le Point du Jour, 2013.
  • Cole Simon A., Suspect identities: a history of fingerprinting and criminal identification, Cambridge, Harvard University Press, 2001.
  • Corronil Fernando, “Seeing History”, in Hispanic American Historical Review, 84:1, February 2004, pp. 1-5.
  • Didi-Huberman Georges, Invention de l’hystérie : Charcot et l’iconographie photographique de la Salpêtrière, Genève, 1982.
  • Edwards Elizabeth, Raw Histories : Photographs, Anthropology, and Museums, New York, Berg, 2001.
  • Dussel Inès, “The visual turn in the history of education. Four comments for a historiographical discussion”, in T. Popkewitz (Ed.), Rethinking the history of education. Transnational perspectives on its questions, methods, and knowledge, New York, 2013, 29-50.
  • Edwards Elizabeth, Photographs, objects, histories. On the materiality of the image, Routledge, 2004.
  • Edwards Elizabeth, “Objects of Affect: Photography Beyond the Image”, in Annual review of anthropology 41, 2012, pp. 221-234.
  • Goffman Erving, Essays on the social situation of mental patients and other inmates, Anchor Books, 1961.
  • Grandin Greg, « Can the Subaltern Be Seen? Photography and the Affects of Nationalism », in Hispanic American Historical Review, 84:1, February 2004, pp. 83-111.
  • Hight Eleanor M., Sampson Gary D. (eds)., Colonialist Photography. Imag(in)ing race and place, Routledge, 2002.
  • Naggar Carole, Chim : Children of War, New York, Umbrage Editions, 2013.
  • Pinney Christopher & Peterson Nicolas (Eds.), Photography’s Other Histories, Duke University Press, 2003.
  • Sekula Alan, “The Body and the Archive”, in October, vol.39, 1986, pp. 3-64.
  • Tucker J., “Entwined Practices: Engagements with Photography in Historical Inquiry”, in History and Theory, Issue 48, December 2009, pp. 1-8.
  • Willis Deborah and Krauthamer Barbara, Envisioning Emancipation. Black Americans and the End of slavery, Temple University Press, 2014.

Le colloque se déroulera à l'Université de Namur (UNamur, Belgique) et est organisé par le pôle HiSI (Histoire, Son et Images).

Lieux

  • Faculté de Philosophie et Lettres Département d'histoire, 1 rue Grafé
    Namur, Belgique (5000)

Dates

  • jeudi 15 octobre 2020

Mots-clés

  • photographie, domination, genre, subaltern studies

Contacts

  • Anne Roekens
    courriel : anne [dot] roekens [at] unamur [dot] be
  • Alexandra de Heering
    courriel : alexandra [dot] deheering [at] unamur [dot] be

Source de l'information

  • Anne Roekens
    courriel : anne [dot] roekens [at] unamur [dot] be

Pour citer cette annonce

« Portraits choisis, portraits subis », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 31 août 2020, https://calenda.org/797293

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