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Les épidémies dans la caricature

Epidemics in caricature: Ridiculosa, issue 28

Numéro 28 de « Ridiculosa »

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Publié le mercredi 09 septembre 2020 par Céline Guilleux

Résumé

Crise majeure de l’année 2020, la pandémie actuelle ne cesse d’agiter les esprits et de susciter des angoisses extrêmement fortes, dont les caricaturistes rendent largement compte. En raison de cette actualité, nous proposons pour le prochain numéro de Ridiculosa le thème des épidémies dans la caricature. Nous attendons certes des contributions sur la crise actuelle, mais aussi des propositions sur les épidémies antérieures, seules susceptibles de fournir la profondeur historique nécessaire pour mieux appréhender la façon dont l’humour et la satire réagissent face à des situations qui mettent la vie des populations en jeu.

Annonce

Argumentaire

« La crise » avait été le sujet de réflexion choisi pour une journée d’études organisée conjointement par la BnF et l’EIRIS-HCTI en 2010, avec la collaboration de dessinateurs de presse (cf. les contributions consultables aux archives audiovisuelles de la BnF). Le thème de l’an passé, présenté à nouveau dans le cadre d’une journée BnF, avait été consacré également à une autre crise, celle de la crise climatique (cf. les actes édités dans Ridiculosa 26, Caricature et écologie). En 2015, un autre thème, la peur, avait fait aussi l’objet d’une journée d’études en cette même Bibliothèque rassemblant à nouveau dessinateurs, chercheurs, journalistes et collectionneurs (avec parution, la même année, des actes dans Ridiculosa22 sous le titre de Quand la peur se dessine avec humour).

La brûlante actualité nous y invitant, nous proposons pour le prochain numéro de Ridiculosa le thème des épidémies. Et si la première alliée de toute crise déclenchée par une pandémie est bien la peur – on parle maintenant du syndrome des 3P (peur, panique, psychose) –, c’est donc tout naturellement que ce thème s’inscrit dans la lignée de nos travaux antérieurs.

D’abord crise sanitaire, celle du Covid-19 est vite devenue une crise sociale, économique, financière, morale et politique. Presque la moitié de l’humanité s’est retrouvée confinée, mais cette situation n’est pas  aussi inédite qu’on a pu le penser. En effet, la stratégie du confinement existe depuis que sévissent les épidémies, peste bubonique, choléra, fièvre typhoïde, variole, grippe espagnole, grippe de Hong Kong, autant d’épidémies ou de pandémies qui permettent de mieux mettre en perspective les dégâts causés par la crise actuelle du Covid-19. Antériorité et recul sont donc nécessaires pour replacer cette nouvelle épidémie dans le cadre de l’histoire de l’humanité. Comme le bacille de la peste ou le virus de la grippe espagnole, le Covid-19 a (eu) des conséquences désastreuses pour nombre d’habitants de la planète. Le summum du tragique a été atteint quand il s’est agi pour les médecins, lors du pic de l’épidémie, de choisir entre deux vies pour en sauver une.

Pouvait-on dès lors rire face à cette situation ? En fait, dès le début, la crise a été un terreau pour l’humour. Et ce, sous des formes variées. Celle de l’humour involontaire : on n’allait plus voir ses grands-parents parce qu’on les aimait. Celle de l’inversion des rôles : on accueillait les SDF au Palais des festivals de Cannes. Celle du cynisme : on reprenait la cigarette sous prétexte que le virus craignait la nicotine. Celle de l’héroïco-burlesque : on pouvait assister, en début de confinement, à des scènes de bagarres pour du vulgaire papier-toilette dans quelques supermarchés. Bref, comme l’a dit excellemment l’humoriste politique Charline Vanhoenacker, journaliste à France Inter, les humoristes « n’avaient qu’à se servir ! »[1]. À cela s’est ajoutée l’apparition dans les médias de spécialistes épidémiologistes qui se contredisaient l’un l’autre, certains assumant même un rôle de provocateur comme Didier Raoult en France, expert en chloroquine. Et toujours dans le genre comique, sans oublier ce lama, nouvelle star des visioconférences, on signalera encore la mise au point, par une agence de design de Los Angeles, d’une combinaison ultra-étanche permettant de danser, de boire et de vapoter sans risquer de contaminer ses partenaires de dance-floor. Plus comique encore les pinguins, qui visitent le musée de Kansas City en l’absence de visiteurs humains.

Mais mentionnons d’autres motifs plus sérieux ayant également déjà fait l’objet de nombreuses critiques satiriques  ou de violentes discussions de la part des dessinateurs : le port du masque, la plus ou moins bonne mauvaise gestion de la crise selon les États ou selon l’évolution de la pandémie – exemplaire fut la différence d’attitude vis-à-vis de leur population respective entre un Macron chef de guerre et la scientifique Merkel –, le manque d’union au sein de l’Union européenne, et plus globalement le manque de coordination au niveau mondial,  l’aggravation du fossé entre lesriches et les pauvres ou entre les blancs et les gens de couleur face aux soins, le télétravail, la ville en partie désertée au profit de la campagne, les questions du déconfinement, de la relance économique et de la dé-mondialisation, le retour à l’école, la dépendance numérique accrue et l’application du traçage des contacts, le monde de l’après-Covid (avec celui-ci ou sans celui-ci, propice alors à l’utopie), l’homme comme virus, le risque d’une deuxième vague ou encore l’apparition de nouvelles expressions bizarres comme « vacances apprenantes » (pour colonies de vacances !), « geste-barrière », ou « distanciation sociale » (aussitôt acceptées, bien que ne se prêtant guère à l’apocope), et que l’on a vite retrouvées dans les bulles des dessinateurs professionnels, mais aussi dans celles d’amateurs anonymes dessinant leur peur sur les réseaux sociaux.

Les contributeurs auxquels nous lançons cet appel ne risquent donc pas d’être à court de sujets à propos du Covid-19. Mais nous souhaitons aussi recueillir des contributions ayant trait aux épidémies antérieures susmentionnées, seules susceptibles de fournir la profondeur historique nécessaire pour mieux appréhender la façon dont l’humour et la satire proposent de réagir à une situation qui est source d’angoisse et qui met véritablement la vie des populations en jeu.

Modalités de contributions

Les propositions de 3000 signes maximum, suivies d’une courte notice biographique, sont à envoyer

avant le 31 octobre 2020

à delignea@uni-muenster.de et gardes@univ-brest.fr La liste des propositions retenues sera communiquée fin décembre, la remise des articles est fixée au 30 avril 2021.

Comité de rédaction de la revue

  • Alain Deligne (Université de Münster)
  • Jean-Claude Gardes (Université de Bretagne Occidentale)
  • Dominic Hardy (Université de Québec à Montréal)
  • Ursula E. Koch (Université de Munich)
  • Isabel Lustosa (Fundaçao Casa di Rui Barbosa, Rio de Janeiro)
  • Martine Mauvieux (BnF)

Comité de lecture de la revue

  • Walther Fekl (Frankfurt/Oder)
  • Michaela Lo Feudo (Naples)
  • Margarethe Potocki (Clermont-Ferrand)
  • Angelika Schober (Limoges)
  • Solange Vernois (Poitiers)
  • Elizabeth Mullen (Brest)
  • Richard Scully (University of New England)

Quelques conseils de lectures

Collectif, Tracts de crise. Un virus et des hommes. 18 mars-11 mai 2020, Paris, Gallimard, 2020.

Juan Francisco Fuentes & José Carlos Rueda Laffond, Covid-19 : Lecciones de la historia, https://www.circulocivicodeopinion.es/covid-19-lecciones-de-la-historia/

Paolo Giordano, Contagions, 2020, en accès gratuit sur le site internet du Seuil (bientôt en librairie).

Frédéric Keck, Les sentinelles des pandémies (préface de Vinciane Despret, Bruxelles, Zones sensibles, 2020 (du même également : Un monde grippé, Paris, Flammarion, 2010).  

Freddy Vinet, La Grande Grippe - 1918. La pire épidémie du siècle, Paris, Vendémiaire, 2018.

Michel Lussault, Hyper-lieux. Les nouvelles géographies de la mondialisation, Paris, Seuil, 2017.

Kenzaburô Ôe, Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants !, 1958, traduction de René de Ceccatty et Ryôji Nakamura, Paris, Gallimard, 1996.

Françoise Hildesheimer, Fléaux et société : de la Grande Peste au choléra, Paris, Hachette, 1993.

Alessandro Manzoni, Les Fiancés. Histoire milanaise du XVIe siècle, Paris, Garnier, 1877.

Notes

[1] Cf. l’interview avec Charline Vanhoenacker, in Le Monde, vendredi 5 juin 2020, p. 22

Catégories

Dates

  • samedi 31 octobre 2020

Mots-clés

  • caricature, épidémie, covid-19, peste, choléra, grippe espagnole

Contacts

  • Jean-Claude Gardes
    courriel : gardes [at] univ-brest [dot] fr
  • Alain Deligne
    courriel : delignea [at] uni-muenster [dot] de

Source de l'information

  • Jean-Claude Gardes
    courriel : gardes [at] univ-brest [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les épidémies dans la caricature », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 09 septembre 2020, https://calenda.org/799736

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