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Putting the author in her place

Remettre l'auteur à sa place

New figures of the author in contemporary romance language literature

Nouvelles figures de l'auteur dans la littérature contemporaine de langues romanes

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Published on Monday, September 28, 2020 by Anastasia Giardinelli

Summary

La question du rapport qu'entretient l'auteur·e à son œuvre a récemment bénéficié d'un fort éclairage médiatique dans le sillage des affaires concernant Gabriel Matzneff ou Roman Polanski. L'exigence méthodologique voulant que l'on sépare l'œuvre et l'auteur est désormais remise en cause par ceux qui y voient une sorte d'acceptation des relations de pouvoir en vigueur. Commentant le « scandale Polanski », Virginie Despentes en appelle à une nouvelle morale auctoriale. Le public contribue lui-même à façonner le nouvel « auteur responsable » dès lors qu'il refuse de prendre part aux vieilles mises en scène : « Maintenant on se lève et on se casse », répète Despentes. À travers toutes ces polémiques, ne s'agit-il pas d'attribuer une nouvelle place médiatique, morale, théorique et même géographique à cette figure de l'auteur qui trônait au-dessus des foules anonymes ?

Announcement

Dans le cadre du xxxviie Congrès de la Société allemande des Romanistes (Romanistentag) qui doit se dérouler à l’Université d’Augsbourg en Allemagne du 4 au 7 octobre 2021, nous (Vincent Platini et Jan Knobloch, Université de Cassel) vous invitons à échanger vos réflexions dans la section consacrée au sujet suivant :

Argumentaire

La question du rapport qu'entretient l'auteur.e à son œuvre a récemment bénéficié d'un fort éclairage médiatique. Alors qu'une certaine approche (post-)structuraliste en avait fait son deuil, cette notion refait surface – dotée d’une nouvelle charge politique – dans le sillage des affaires concernant Woody Allen, Gabriel Matzneff ou Roman Polanski. L'exigence méthodologique voulant que l'on sépare l'œuvre et l'auteur est désormais remise en cause par ceux qui voient dans cette distinction une sorte d'acceptation, parfois même une défense des relations de pouvoir en vigueur. L'auteur, arguent-ils, est un homme comme les autres, un justiciable, soumis aux lois de son pays. Commentant le « scandale Polanski » (Libération du 1er mars 2020), Virginie Despentes en appelle explicitement à une nouvelle morale auctoriale. Toutes les transgressions ne peuvent pas se justifier au nom de l'art. Le public contribue lui-même à façonner le nouvel « auteur responsable » dès lors qu'il refuse de prendre part aux vieilles mises en scène : « Maintenant on se lève et on se casse », répète Despentes. À travers toutes ces polémiques, ne s'agit-il pas d'attribuer une nouvelle place à cette figure de l'auteur qui trônait au-dessus des foules anonymes ?

Même si le monde de l'édition ne l’avait jamais oublié, l’auteur est revenu en force dans le champ de la théorie littéraire depuis une vingtaine d'années. Il n'est certes plus question de l'auteur « réel », la personne de l'état civil. À la suite de Foucault ou de Bourdieu notamment, on considère plutôt les constructions médiatiques qui déterminent l’identité de l’écrivain (Meizoz), les modèles historiques qui se jouent dans des « scénographies auctoriales » (Diaz), les images de soi contenues dans les textes (Amossy) ou les « politiques de l’œuvre » (Martus) par lesquelles les auteurs cherchent à orienter la réception de leurs ouvrages. L’auteur.e est ainsi compris.e comme une « figure imaginaire », « une image discursive qui s'élabore aussi bien dans le texte dit littéraire que dans ses alentours » (Amossy). La construction par soi-même et par les autres, les discours médiatiques et l'ethos rhétorique, les stratégies intra- et extratextuelles : tous ces éléments se rejoignent à travers un champ d'étude extrêmement mobile, varié et prometteur.

Partant de ces pistes théoriques, notre section se propose d'étudier la construction des figures d'auteur dans les littératures romanes contemporaines. Quatre axes pourraient sous-tendre la réflexion : la transformation du champ médiatique à l'ère digitale ; la formation de nouvelles frontières morales du dicible ; la réorganisation du champ littéraire ainsi que du lectorat ; un déplacement de la topologie (physique ou symbolique) du centre et des périphéries.

Face à ces changements, les constructions de l’auteur varient sensiblement. J.L. Diaz par exemple définit les « scénographies auctoriales » comme des modèles historiquement variables auxquels les auteurs doivent se prêter pour apparaître comme des « écrivains » : quelles nouvelles scénographies émergent aujourd'hui ? Quels sont leurs rapports avec la « starification de l'auteur » (Ducas), notamment quand cette starification devient paradoxale (par ex. chez Enrique Vila-Matas, Elena Ferrante ou Wu Ming) ? Qu'en est-il désormais de la vieille opposition entre les auteurs de province et ceux de la capitale dans des pays qui découvrent leurs lieux ignorés, les angles morts (Nicolas Mathieu) ou les scènes littéraires de seconde zone (Andrea Camillieri) ? Les nouvelles formes de médiatisation, de publicité et d'existence digitale contribuent également à transformer la notion d’auteur (voir Éric Chevillard, Nanni Balestrini…). À l'ère de #MeToo, certaines « postures » ne sont plus tenables tandis que d'autres sont en passe de s'imposer : des auteures comme Virginie Despentes ou Leïla Slimani renversent l'image de l'esthète (mâle, le plus souvent) qui s'affranchit de la morale bourgeoise et lui préfèrent une posture d'écrivaine engagée et sexuellement émancipée. Quelles sont les nouvelles fonctions et les nouvelles obligations de l'auteur ? Que peut et qu'a-t-il le droit de faire aujourd'hui ? Et qu'est-ce qu'un auteur ne peut-il désormais plus se permettre ?

Sans prétendre à une liste exhaustive, nous nous intéresserons aux sujets suivants :

Nouvelles morales de l’auteur.e

  • La fin de la scénographie traditionnelle de l'écrivain transgressif

  • Scandales et médias

  • La sexualité et la stratégie de l'identité

  • Les « féminisations » du champ littéraire

Topologies littéraires : les lieux de l'auteur.e

  • Une littérature dénuée de centre ?

  • Les journaux de confinement et leurs épigones

  • Les auteur.e.s entre la littérature nationale et la scène européenne

  • « La France des ronds-points », Naples, Vigato, O Bairro (G. M. Tavares)

Nouveaux modes de production, nouveaux canaux de diffusion

  • la « littérature sauvage », en marge des éditeurs et des réseaux de distribution traditionnels

  • Les auteur.e.s en ligne : production et négociation de l'image de soi dans l'espace digital

  • Réseaux sociaux, followers et nouveaux médias comme formes et motifs de la fiction

  • Blogs, Facebook, Instagram : l'autofiction en réseaux ?

Le lecteur contre l'auteur.e ?

  • Nouvelles tendances théoriques : l'auctorialisation du lecteur ?

  • Mises en scène de la reconnaissance littéraire : prix du public booktubers, communauté de lecture sur Internet

  • « Remettre le lecteur à sa place » : des scénographies auctoriales contre le lecteur.

Modalités de proposition

Les propositions de communication doivent être envoyées

avant le 30 janvier 2021

en format PDF en français, en anglais ou en allemand aux adresses suivantes : vplatini@uni-kassel.de et jknobloch@uni-kassel.de

Elles ne dépasseront pas 300 mots et seront accompagnées d’une brève bio-bibliographie du/de la participant(e).

Les communications et les discussions se dérouleront en français et en allemand. Une publication des actes sera envisagée à l’issue du congrès.

Une modeste contribution aux frais d’inscription sera demandée aux participants de la part du Romanistenverband, organisateur du congrès. Les responsables de la section seront ravis de vous accueillir et de vous aider à trouver un hébergement à Augsbourg.

Comité scientifique 

  • Jan Knobloch (Université de Cassel) 
  • Vincent Platini (Université de Cassel)

Les contributions seront choisies par les organisateurs de la section selon l'originalité et la cohérence de la proposition par rapport à l'ensemble des axes envisagés. 

Bibliographie sélective

Amossy, Ruth/Bokobza Kahan, Michèle (éd.): Éthos discursif et image d'auteur, in: Argumentation et analyse du discours, 3, 2009.

Borgognoni, Debora: Lo scrittore emergente in Italia. Analisi di una subcultura nella comunicazione mediale. Padova 2017.

Diaz, José-Luis: L’écrivain imaginaire. Scénographie auctoriale à l’époque. Paris 2017.

Ducas, Sylvie: La littérature à quel(s) prix? Histoire des prix littéraires. Paris 2013.

– „L‘écrivain contemporain en réseau web 2.0: retour du refoulé auctorial?“, RHLF, CXXVI, 3, 2016, S. 641-652.

Martus, Steffen: Werkpolitik. Zur Literaturgeschichte kritischer Kommunikation vom 17. bis ins 20. Jahrhundert. Berlin/New York 2007.

Meizoz, Jérôme: La littérature „en personne“. Scène médiatique et formes. Genf 2016.

Subjects

Places

  • Augsburg, Federal Republic of Germany

Date(s)

  • Saturday, January 30, 2021

Keywords

  • auteur, auctorialité, littérature romane, littérature, ethos

Contact(s)

  • Vincent Platini
    courriel : vplatini [at] uni-kassel [dot] de
  • Jan Knobloch
    courriel : jknobloch [at] uni-kassel [dot] de

Information source

  • Vincent Platini
    courriel : vplatini [at] uni-kassel [dot] de

To cite this announcement

« Putting the author in her place », Call for papers, Calenda, Published on Monday, September 28, 2020, https://calenda.org/803226

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