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Borders and transborder spaces, an environmental approach

Frontières et espaces transfrontaliers, une approche environnementale

Revue du Rhin Supérieur journal

Revue du Rhin Supérieur

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Published on Tuesday, January 26, 2021 by Céline Guilleux

Summary

La Revue du Rhin supérieur est une revue interdisciplinaire en sciences humaines et sociales qui met plus particulièrement en valeur les recherches consacrées aux logiques transfrontaliers et transnationales. Née au coeur du Rhin supérieur, la revue met plus particulièrement en valeur les recherches consacrées à cet espace multinational sans que cela ne soit en aucune façon exclusif. La revue lance un appel à contribution pour son nouveau numéro qui sera consacré à une approche environnementale des frontières et des espaces transfrontaliers abordée par les différentes sciences sociales et à toutes les époques. 

Announcement

Présentation

La Revue du Rhin supérieur est une revue interdisciplinaire en sciences humaines et sociales, créée en 2018 et éditée par l’Université de Haute-Alsace (CRÉSAT, UR-3436). Elle vise à renforcer la connaissance des pouvoirs politiques et des institutions, de l’économie et de la société, de la culture ou encore du territoire. Compte tenu de la dynamique territoriale de l’Université de Haute-Alsace, au cœur du Rhin supérieur, la revue met plus particulièrement en valeur les recherches consacrées à cet espace multinational (France – Suisse – Allemagne) et aux logiques transfrontalières.

Dossier thématique

Après une éclipse apparente dans les années 1990 – promptes à annoncer l’avènement d’un monde de flux et de libre-circulation –, les frontières semblent aujourd’hui s’imposer dans le débat public, se multiplier sur le terrain et se diversifier dans leurs manifestations. Ces évolutions ont naturellement interpellé les sciences humaines et sociales qui interrogent dès lors les frontières et les espaces transfrontaliers à nouveaux frais.

Par-delà leur diversité, ces travaux – qui tendent à se structurer sous la bannière des border studies – ont en commun de questionner et de remettre en perspective la place et le rôle des États dans le processus sans cesse renouvelé et changeant de fabrication des frontières[1] en prenant en compte d’autres temporalités[2], d’autres échelles[3] ou encore d’autres acteurs[4]. La notion européenne de souveraineté qui émerge au xviie siècle pour être reconnue par les traités de Westphalie de 1648 est ainsi mise en perspective et nuancée. Cela conduit par exemple à revenir sur la dichotomie souvent durcie entre les frontières d’un Empire et celles d’un État-nation au xixe siècle ou de se pencher sur les conditions effectives d’exercice de la souveraineté sur un territoire donné[5]. Plus largement, ces études invitent à repenser les dynamiques de morcellement et d’intégration par une approche des circulations transfrontalières.

Ce dossier de la Revue du Rhin Supérieur voudrait contribuer à cette dynamique de renouvellement en envisageant les frontières et les espaces frontaliers sous un prisme environnemental. En explorant les pistes ouvertes par l’histoire environnementale[6] et la political ecology[7], cet appel à contributions voudrait inviter à la réflexion sur les interactions entre humains et non-humains dans ces espaces spécifiques[8]. Il s’agira à la fois de comprendre ce que les frontières font au vivant mais aussi la part du vivant dans la fabrication des frontières. Ces perspectives impliquent de se pencher sur la matérialité de ces espaces mais aussi sur les flux qui les parcourent de manière contrôlée ou non. Il s’agira également de se pencher sur les dynamiques transfrontalières fondées sur des enjeux environnementaux[9], que l’on pense aux pluies acides dans les régions industrielles et minières ou aux controverses fameuses autour du nuage de Tchernobyl.

Cette réflexion sur les approches environnementales des frontières et des espaces transfrontaliers pourrait se décliner en trois axes distincts.

Conflits, tensions et coopérations environnementales

De la même manière que les débordements industriels sont susceptibles de dépasser les murs des usines[10], ils peuvent également se jouer des frontières et induire des tensions entre des acteurs relevant d’États différents. Dès le xixe siècle, alors que les pollutions sont peu à peu construites en problèmes publics manifestes, ces épisodes peuvent révéler des cultures environnementales ou encore des législations divergentes. Dans une période où la thématique des « frontières naturelles » connait un grand succès et concourt à l’institution d’un territoire national[11], il serait intéressant d’analyser comment cette limite alors mise en échec par un débordement est reconsidérée.

Dépassant plus largement l’exemple industriel, les border studies soulignent combien peut être grand l’écart entre une limite tracée sur une carte et la réalité de l’administration de zones frontalières, par définition périphériques. Il faudrait alors s’interroger sur les conséquences de cette situation sur la gestion des ressources, qui peut aussi bien conduire à des attitudes prédatrices peu régulées du fait de cette situation géopolitique spécifique ou à des flux valorisant les complémentarités. 

Ainsi, une attention toute particulière pourra être portée aux enjeux environnementaux concernant un espace partagé par deux entités étatiques différentes. Comment deux États ou deux collectivités relevant d’États différents gèrent-ils un fleuve commun, une ressource partagée[12] ou à l’inverse une pollution ou un même sinistre qui les affecteraient à des degrés divers[13] ?

Coopération et tension ne sont d’ailleurs pas exclusives l’une de l’autre tant les acteurs impliqués peuvent être variés. Au-delà des États et de leurs agents sur le terrain, des militants et des mouvements politiques peuvent être impliqués dans ces processus. Sur ce point, si les mobilisations transfrontalières des années 1970 dans le fossé rhénan sont désormais bien connues[14], il faudrait s’interroger sur les phénomènes observables pour des périodes antérieures ou postérieures.

Projets de refonte des frontières et enjeux environnementaux

Dans la perspective d’une approche environnementale du politique, l’étude des projets de refonte des frontières reposant sur des arguments ou sur des motivations environnementales semble ici pertinente. Ainsi, dès le xvie siècle, le paysage a pu être un support à la construction de la différence entre les groupes, l’une des matrices à un discours sur « nous » et les « autres »[15]. De même, dans l’Afrique postcoloniale, le thème de la spécificité environnementale de certains territoires est mobilisé pour durcir une frontière ou intégrer un espace périphérique ou ayant des caractéristiques distinctes de la communauté nationale[16]. Il semble également nécessaire d’envisager les implications environnementales du bouleversement des frontières, tout particulièrement dans des régions comme celle du Rhin supérieur marquée par d’importantes évolutions dans le tracé de ses frontières.

Enfin, si le biorégionalisme est né à San Francisco en imaginant la Cascadia indépendante (qui irait du nord de la Californie à la Colombie britannique)[17], d’autres projets ont pu concerner l’espace européen pour proposer la constitution de « biorégions » où le vivant –humain et non humain – adopterait des formes de vie adaptées à son milieu[18]. Plus ou moins aboutis et reposant sur des motivations politiques diverses, ils permettent aussi d’envisager l’approche environnementale des frontières sous l’angle des géographies imaginaires[19].

Un tel point de vue permettrait de sortir d’une approche de la fabrication des frontières qui ferait des États les acteurs essentiels sinon uniques du processus pour élargir le spectre des acteurs concernés : penseurs et militants, stratèges militaires et acteurs économiques ou encore habitants d’un espace donné.

Une approche environnementale des effets frontières

Un dernier axe conduirait à s’intéresser aux frontières à grande échelle pour comprendre les dynamiques propres à ces espaces spécifiques caractérisés par des équipements particuliers, traversés de flux parfois intenses ou contraints, régulés ou informels. De cette situation, de nombreux effets frontières ayant une dimension environnementale peuvent survenir.

Ainsi, les tensions persistantes entre les deux Corées ont conduit à l’apparition dans la zone dite démilitarisée d’une réserve naturelle improbable et toujours menacée[20]. À l’inverse, la construction du mur de séparation entre les États-Unis et le Mexique sous les auspices de l’administration Trump s’est traduite par des pompages massifs dans l’aquifère du sud de l’Arizona menés par des entreprises sous-traitantes du Department of Homeland Security pour satisfaire leur besoins en béton[21]. Cette situation met en danger la biodiversité locale malgré les alarmes d’autres agences gouvernementales états-uniennes et des associations locales, montrant ainsi combien des acteurs différents, humains et non-humains, sont concernés par ces effets frontières.

Varia

La rubrique « Varia » de la Revue du Rhin supérieur permet aux chercheurs en sciences humaines et sociales (histoire, histoire de l’art, géographie, sociologie, littérature, droit, information-communication, etc.) de publier tout article inédit pour peu qu’il entre dans les axes de travail du CRÉSAT :

  • Histoire et patrimoines de l’industrie : industrialisation/désindustrialisation ; histoire des arts et des patrimoines industriels ; dynamiques économiques, culturelles et sociales du territoire transfrontalier du Rhin supérieur du xviiie siècle à nos jours.
  • Territoires intelligents : systèmes d’interactions nature/sociétés, acteurs/groupes sociaux ; représentations, héritages, imaginaires et construction du territoire ; fabrique décisionnelle, organisationnelle ou politique ; identification des acteurs au territoire.
  • Culture.s et communication : milieux de communication (temps, espace, société, culture) ; stratégies des acteurs économiques et politiques ; actualité des médias, des usages et des dispositifs ; constitution d’identités collectives (locales, nationales, transfrontalières ou supranationales).
  • Espace public et circulations internationales : espaces d’échanges et de débats du Moyen Âge à nos jours ; circulations et communautés politiques, idéologiques, culturelles ou confessionnelles ; conscience et imaginaire politique communs à une société (locale, nationale ou européenne).

Une attention particulière sera portée aux contributions mobilisant une logique bi-ou multi-nationale et/ou le territoire rhénan.

Délais et modalités

Les articles (compris entre 30.000 et 45.000 caractères) sont à envoyer aux adresses suivantes :

  • cresat@uha.fr
  • Charles-François Mathis : cfmathis@hotmail.com
  • Alexis Vrignon : alexis.vrignon1@gmail.com

au plus tard le 15 avril 2021.

Les auteurs intéressés sont invités à contacter les coordinateurs du dossier thématique pour toute question qu’ils souhaiteraient poser.

Les contributions, issues de l’ensemble des disciplines constitutives des sciences humaines et sociales, seront soumises à une évaluation en double aveugle. Les auteurs sélectionnés seront avertis début juin et devront envoyer leur article définitif avant le 15 juillet 2021 pour une publication en novembre 2021.

Les normes éditoriales peuvent être téléchargées à l’adresse suivante : http://www.cresat.uha.fr/activites/publications/rrs/

Direction de la revue

  • Camille Desenclos (Université de Picardie Jules Verne)

Direction du dossier thématique

  • Charles-François Mathis (Université Bordeaux-Montaigne)
  • Alexis Vrignon (CRÉSAT – MSHP)

Comité de lecture

  • Régis Boulat (Université de Haute-Alsace) ;
  • Guido Braun (Université de Haute-Alsace) ;
  • Stéphane Haffemayer (Université de Rouen) ;
  • Carine Heitz (INRAE-ENGEES GESTE) ;
  • Brice Martin (Université de Haute-Alsace) ;
  • Renaud Meltz (Université de Haute-Alsace) ;
  • Eleni Mitropoulou (Université de Haute-Alsace) ;
  • Pascal Raggi (Université de Lorraine)

Notes

[1] Isabelle Surun, « Une souveraineté à l’encre sympathique? Souveraineté autochtone et appropriations territoriales dans les traités franco-africains au XIXe siècle », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 69, no 2, 2014, p. 313‑348.

[2] Bruno Dumézil, Sylvie Joye et Charles Mériaux, Confrontation, échanges et connaissance de l’autre au nord et à l’est de l’Europe: de la fin du VIIe siècle au milieu du XIe siècle, Rennes, France, Presses universitaires de Rennes, 2017.

[3] Sabine Dullin, La frontière épaisse. Politiques soviétiques de la fermeture (1920-1940), Paris, Editions de l’EHESS, 2014. Sabine Dullin et Etienne Forestier-Peyrat, Les frontières mondialisées, Paris, PUF, 2015.

[4] Vladimir Kolossov, James Scott, « Selected conceptual issues in border studies. Questions conceptuelles dans les recherches sur les frontières », Belgeo,  no 1, 2013, http://journals.openedition.org/belgeo/10532

[5] Sabine Dullin, « Le réveil des frontières intérieures », Pouvoirs, vol. 165, no 2, 2018, p. 15‑26.

[6] Celle-ci a très tôt interrogé la pertinence du cadre national et des frontières politiques dans leur analyse. Harriet Ritvo, « Broader Horizons? », Rachel Carson Center Perspectives: The Future of Environmental History, 2011, n° 3; Donald Worster, « World Without Borders: the internationalizing of environmental history », Environmental Review, vol. 6, n° 2, 1982, p. 8-13.

[7] En témoigne, par exemple, la conférence « Border environments. Toward a Political Ecology of the Edges of the World » qui s’est tenue – en ligne – à l’automne 2020. Cf. https://borderenvironments.com/

[8] Mark Cioc, The Rhine: an eco-biography, 1815-2000, Seattle, University of Washington Press, 2005.

[9] Christian Wenkel, Eric Bussière, Anahita Grisoni et Hélène Miard-Delacroix, The Environment and the European Public Sphere: Perceptions, Actors, Policies, White Horse Press, 2020.

[10] Thomas Le Roux et Michel Letté, Débordements industriels : Environnement, territoire et conflit, Rennes, PU Rennes, 2013.

[11] Marie-Christine Fourny, « De la frontière naturelle à la nature comme lien transfrontalier. Du rôle et de la place de l’environnement et du milieu dans les coopérations transfrontalières », Tropisme des frontières. Approche pluridisciplinaire, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 50‑70.

[12] Steve Hagimont, « La nature, l’économique et l’imaginaire. L’aménagement touristique de la montagne (Pyrénées, fin du XVIIIe siècle-1914) », Revue d’histoire moderne & contemporaine, n°67-3, no 3, 2020, p. 30‑58.

[13] Dans un autre contexte géographique, on peut évoquer la commission mixte Sambre Espierre Escaut des années 1960 étudiée par Yaël Gagnepain dans sa thèse en cours.

[14] Jan-Henrik Meyer, « “Where do we go from Wyhl?” Transnational Anti-Nuclear Protest targeting European and Inter-national Organizations in the 1970s », Historical Social Research / Historische Sozialforschung, 39/1, 2014, p. 212-235.

[15] François Walter, Les figures paysagères de la nation. Territoire et paysage en Europe (16e-20ee siècle), Paris, Editions de l’EHESS, 2004.

[16] Guillaume Blanc, L’invention du colonialisme vert. Pour en finir avec le mythe de l’Eden africain, Paris, Flammarion, 2020.

[17] Julie Celnik, « La Cascadia, laboratoire du modèle biorégionaliste étatsunien », Revue Française d’Etudes Américaines, vol. 45, no 4, 2015, p. 117.

[18] Alexis Vrignon, « L’écologie politique française et l’Europe dans les années soixante-dix. Entre mobilisations citoyennes et projet politique », L’Europe des citoyens et la citoyenneté européenne, Bruxelles, Peter Lang, 2016, p. 363‑377.

[19] Ernest Callenbach, Ecotopia, Paris, Rue de l’Echiquier, 2018.

[20] Lisa Brady, « How wildlife is thriving in the Korean peninsula’s demilitarised zone », the Guardian, 13/04/2013.

[21] Jessica Kutz, « A wildlife refuge under siege at the border », High Country News, 11/08/2020.

Date(s)

  • Thursday, April 15, 2021

Keywords

  • environnement, frontière, espace transfrontalier

Contact(s)

  • Charles-François Mathis
    courriel : cfmathis [at] hotmail [dot] com
  • Alexis Vrignon
    courriel : alexis [dot] vrignon [at] uha [dot] fr

Reference Urls

Information source

  • Alexis Vrignon
    courriel : alexis [dot] vrignon [at] uha [dot] fr

To cite this announcement

« Borders and transborder spaces, an environmental approach », Call for papers, Calenda, Published on Tuesday, January 26, 2021, https://calenda.org/835266

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