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French abroad

Français à l’étranger

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Published on Monday, February 08, 2021 by Céline Guilleux

Summary

Relativement peu étudiée par les géographes, la présence française à l’étranger s’illustre par l’éclatement de son analyse et une approche souvent pluridisciplinaire. Qu’est-ce que ce prisme nationalo-centré permet et ne permet pas de dire sur une catégorie bien difficile à nommer ? Trois principaux axes sont proposés à la réflexion : cerner les enjeux de catégorisation au cœur de l’analyse à la fois théorique, méthodologique et empirique du phénomène, pour saisir la multiplicité des expériences de mobilité concernées ; replacer la présence française à l’étranger au cœur des enjeux reliant migrations internationales et inégalités socio-spatiales ; explorer les reconfigurations spatiales locales que cette présence française à l’étranger engendre.

Announcement

Coordination

  • Jordan Pinel, doctorant en géographie à l’Université de Poitiers et rattaché à l’UMR 7301 Migrinter,
  • Brenda Le Bigot, Maîtresse de conférences à l’Université de Poitiers et membre de l’UMR 7301 Migrinter.

Argumentaire

La présence française à l’étranger a fait l’objet d’une actualité récente à travers les rapatriements de ses ressortissants organisés par l’État français dans le contexte de la pandémie de la Covid-19[1]. Relativement peu étudiée par les géographes, cette présence française à l’étranger s’illustre par l’éclatement de son analyse dans divers champs de recherche – mobilité étudiante, migration qualifiée ou encore tourisme – et une approche souvent pluridisciplinaire. Ce phénomène est pourtant ancien, relativement important et en croissance. Selon le ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères[2], 1,8 million de Français sont inscrits en 2018 sur le registre du réseau consulaire, et, cette inscription n’étant pas obligatoire, on estime à 2,5 millions le nombre total de Français qui résident à l’étranger. Béatrice Verquin (2001) analysait au début des années 2000 l’évolution de cette présence française à l’étranger au prisme de la circulation des élites, se substituant à l’ancien « modèle migratoire colonial ». Les Français partiraient pour des durées plus courtes, principalement en tant qu’expatriés qualifiés, vers des régions dynamiques économiquement. Aujourd’hui, comment ces caractéristiques migratoires ont évolué ? Les recherches récentes dans le champ de la mobilité internationale, portant par exemple sur les mobilités étudiantes ou encore sur les croisements entre tourisme et migration n’offrent-elles pas un panorama plus diversifié de ces « Français à l’étranger » ? Aussi, qu’est-ce que ce prisme nationalo-centré, permet et ne permet pas de dire sur une catégorie bien difficile à nommer ? La perspective de ce dossier s’inscrit dans l’exploration de trois enjeux géographiques principaux.

Un premier axe de recherche considère les enjeux de catégorisation au cœur de l’analyse à la fois théorique, méthodologique et empirique du phénomène, pour saisir la multiplicité des expériences de mobilité en question. « Expatriation » est le terme souvent retenu pour désigner la mobilité des Français vivant à l’étranger, tandis que celui de « migration » ne leur est presque jamais attribué. Cette distinction langagière, qui oriente le propos vers la référence à des mobilités d’individus aisés (Green, 2009 ; Lindenfield, Varro, 2008), dénote des enjeux de catégorisation qui expliquent la difficulté à caractériser cet objet d’étude, mais en renforce aussi l’intérêt. La diversité des temporalités (durée et rythme du déplacement), des spatialités (migrations transfrontalières, dans ou hors de l’espace Schengen) et des motifs (travail, étude ou encore qualité de vie) sont autant de critères qui se combinent pour dessiner des expériences multiples de la mobilité à l’étranger. En ce sens, l’installation vue selon le statut juridique, le logement, l’éducation, ou encore le réseau social, se prête à une analyse selon une diversité de modalités. L’entrée par la catégorisation implique aussi d’interroger l’homogénéité de ce groupe « Français à l’étranger », à travers par exemple son existence politique – les « Français de l’étranger »[3] – qui met en perspective l’échelle nationale de représentation électorale, et mondiale de résidence, mais aussi à travers la notion de diaspora (Berthomière, 2012) qui ouvre sur l’échelle transnationale. En revers, c’est aussi l’analyse de l’hétérogénéité de ce groupe qui peut en améliorer la compréhension, à travers par exemple la place des immigrés, enfants d’immigrés, ou encore des bi-nationaux dans ce questionnement (Wang, 2019).

Un deuxième axe de travail vise à replacer la présence française à l’étranger au cœur des enjeux reliant migrations internationales et inégalités socio-spatiales. Avec 132 pays accessibles sans demande de visa préalable, le passeport français se situe au troisième rang mondial parmi les nationalités les plus favorisées en termes d’accès à la mobilité internationale[4]. Cela dit, à l’échelle française, d’autres critères que la nationalité entrent en ligne de compte, et les travaux sur les mobilités étudiantes, et qualifiées en général, invitent à les mettre en perspective avec des formes renouvelées de la reproduction sociale, fondées sur l’accès inégal à la mobilité vers l’étranger (Ballatore, 2010 ; Jamid et al., 2020). Aussi, les travaux récents sur les mobilités venues d’Europe, vers l’Afrique notamment, présentent de « nouvelles » figures migratoires, parfois issues de la classe moyenne précarisée, cherchant une porte de sortie ou un terrain d’aventure (Bredeloup, 2016 ; Peraldi et Terrazzoni, 2016 ; Fabbiano et al. 2019). Non plus seulement liées au travail, c’est aussi dans une perspective de loisirs ou plus largement de recherche d’aménités que ces migrations sont analysées, au sein notamment du champ des lifestyle migrations (Benson et O’Reilly, 2009). À l’échelle des destinations, une partie de ces recherches sur les migrations depuis les Nords vers les Suds ont permis de renforcer l’analyse des rapports de pouvoir, de classe, de genre, de race qui structurent ces migrations. Ces études mobilisent notamment le terme de « privilège » (Croucher, 2012) et s’appuient de plus en plus sur les approches théoriques post-coloniales (Benson et Osbaldiston, 2014). Qu’il s’agisse de migrations d’élites, de brain-drain ou encore de retraites au soleil, cette migration des Français à l’étranger est donc à étudier à la fois dans une échelle globale, où la concurrence internationale sur les marchés de la connaissance et les politiques migratoires structurent l’émergence de ces flux, et à une échelle locale, où des rapports de domination multiples positionnent ces Français au sein de leurs espaces d’origine et d’arrivée.

Le troisième axe proposé pour analyser cette présence française à l’étranger entend explorer les reconfigurations spatiales locales qu’elle engendre. Majoritairement présents au sein des pays voisins de la France, les Français, en vivant à l’étranger, participent de dynamiques transfrontalières intenses, qui peuvent accompagner des formes d’intégration transfrontalière (Sohn et Walther, 2009). Ces mobilités peuvent également engendrer le développement d’infrastructures et d’offres de transport spécifiques, mais aussi donner lieu à des transformations urbaines. La formation de quartiers marqués par la présence étrangère française, comme le Plateau-Mont-Royal à Montréal (Goulet, 2019) peut être analysée au regard de transformations commerciales et architecturales. Les dynamiques de gentrification qui peuvent être identifiées prendront des formes différentes en fonction des lieux de destination et des liens avec le tourisme et la patrimonialisation, tels qu’ils s’observent dans le cas des Français résidant dans la Medina de Fès (Berriane et Janati, 2016). Ces transformations spatiales, urbaines mais éventuellement aussi rurales, doivent être analysées au regard de leurs implications sur la vie locale de l’ensemble des groupes en présence, prenant en considérations à la fois les divisions spatiales, comme dans le cas des quartiers fermés d’expatriés (Le Renard, 2019), des conflits d’usages de l’espace, et les diverses modalités de coprésence et d’échange.

Modalités de contribution

Les articles proposés pour ce dossier Sur le Champs seront rédigés en français, en anglais ou en espagnol et comporteront environ 30 000 signes (plus les illustrations). Merci de vous reporter aux recommandations aux auteurs pour les normes de présentation du texte, de la bibliographie et des illustrations.

Précision : Les articles peuvent aussi être soumis sur cette même thématique mais pour d’autres rubriques trimestrielles : Sur le Métier, Sur l’Image, Sur l’Ecrit. Il doivent alors se conformer aux attentes de chacune d’elles, comme indiqué dans la ligne éditoriale. Ainsi, les éditeurs de la rubrique Sur l’Image attendent des textes qui proposent une réflexion sur le statut de l’image dans la recherche et/ou sur l’écriture géographique.

Tous les textes proposés devront être envoyés avant le 15 septembre 2021

à Jordan Pinel (jordan.pinel@gmail.com) et Brenda Le Bigot (lebigot.b@gmail.com), coordonnateurs du dossier, avec copie à Karine Delaunay (EchoGeo@univ-paris1.fr), secrétaire éditoriale, qui les transmettra aux évaluateurs. Le dossier sera publié dans le n°59 d’EchoGéo (janvier-mars 2022).

Références citées

Ballatore M., 2010. Erasmus et la mobilité des jeunes Européens. Paris, PUR, 204 p.

Benson M., O’Reilly K., 2009. Lifestyle Migration: Expectations, Aspirations and Experiences. Surrey, Ashgate Publishing, Ltd.

Benson M., Osbaldiston N., 2014. New Horizons in Lifestyle Migration Research: Theorising Movement, Settlement and the Search for a Better Way of Life. In Understanding lifestyle migration. Theoretical Approaches to Migration and the Quest for a Better Way of Life. Londres, Palgrave Macmillan, p. 1‑23.

Berriane M., Janati M.I., 2016. Les résidents européens de la médina de Fès : Une nouvelle forme de migration nord-sud vers le Maroc. Autrepart, n° 77, p. 87-105.

Berthomière W., 2012. « A french what? ». À la recherche d’une diaspora française. Premiers éléments d’enquête au sein de l’espace internet. e-Diasporas Atlas [En ligne]. URL: http://www.e-diasporas.fr/working-papers/Berthomiere-FrenchExpatriates-FR.pdf

Bredeloup S., 2016. De l’Europe vers les Suds : nouvelles itinérances ou migrations à rebours ? Introduction. Autrepart, n° 77, p. 3‑16.

Fabbiano G., Peraldi M., Poli A., Terrazzoni L. (dir.), 2019. Les migrations des Nords vers les Suds. Paris, Karthala, 238 p.

Goulet S-H., 2019. L’immigration française contemporaine au Québec : entre retour au pays, poursuites migratoires et intégration durable. Revue française des sciences de l’information et de la communication [En ligne], n° 17. URL: http://journals.openedition.org/rfsic/6896 - DOI: https://doi.org/10.4000/rfsic.6896

Green N. L., 2009. Expatriation, Expatriates, and Expats: The American Transformation of a Concept. The American Historical Review, vol. 114, n° 2, p.307-328.

Jamid H., Kabbanji L., Levatino A., Mary K., 2020. Les migrations pour études au prisme des mobilités sociales. Migrations Société, n°180, pp. 19‑35. 

Le Renard A., 2019. Vivre dans une communauté fermée en Arabie saoudite. In Fabbiano G., Peraldi M., Poli A, Terrazzoni L., Les migrations des Nords vers les Suds. Paris, Karthala, p. 61-80.

Lindenfeld J., Varro G., 2008. Language maintenance among “Fortunates Immi-grants”: The French in the United States and Americans in France. International Journal of the Sociology of Language, vol. 189, p. 115-131.

Peraldi M., Terrazzoni L., 2016. Anthropologie des Européens en Afrique. Mémoire coloniales et nouvelles aventures migratoires. Cahiers d’études africaines, n° 221, p. 9‑28.

Sohn C., Walther O., 2009. Métropolisation et intégration transfrontalière : le paradoxe luxembourgeois. Espaces et sociétés, n° 138), p. 51-67.

Verquin B., 2001. Les Français à l'étranger. D'un "modèle migratoire colonial" à la circulation des élites. Hommes et Migrations, n° 1233, p. 28-43.

Wang S., 2019. Les mobilités de français d’origine chinoise en chine. In Fabbiano G., Peraldi M., Poli A., Terrazzoni L., Les migrations des Nords vers les Suds. Paris, Karthala, p. 95-120.

Notes

[1] Comme en témoigne le fil d’actualité « Nords-Suds » sur la question migratoire et la Covid-19 : https://seenthis.net/people/ceped_migrinter_ic_migrations_nords_suds

[2] Source : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/services-aux-francais/l-action-consulaire-missions-chiffres-cles/la-communaute-francaise-a-l-etranger-en-chiffres/ (Consulté le 16/07/2020).

[3] Parfois aussi appelés « Français établis hors de France ». Source : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/services-aux-francais/s-inscrire-au-registre-des-francais-etablis-hors-de-france/ (Consulté le 19/10/2020).

[4] Source : www.passportindex.org (consulté le 19/10/2020).

Date(s)

  • Wednesday, September 15, 2021

Keywords

  • migration, diaspora, tourisme, inégalité

Contact(s)

  • Brenda Le Bigot
    courriel : lebigot [dot] b [at] gmail [dot] com
  • Jordan Pinel
    courriel : jordan [dot] pinel [at] gmail [dot] com

Information source

  • Karine Delaunay
    courriel : karine [dot] delaunay [at] ird [dot] fr

To cite this announcement

« French abroad », Call for papers, Calenda, Published on Monday, February 08, 2021, https://calenda.org/838662

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