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Cameroon: the order of change

Cameroun : l’ordre du changement

Polis journal - the Cameroon journal of the political sciences

« Polis » - Revue camerounaise de science politique

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Published on Friday, February 12, 2021 by João Fernandes

Summary

Le Cameroun est loin d’être un OPNI (Objet politique non identifié) dans le champ scientifique mondial. Tous les travaux qui s'y intéressent considèrent le changement à chaque fois comme relatif et affirment dès lors la continuité politique. Il ne nous semble pas incongru de revenir sur l’objet Cameroun afin d'y poser un nouveau regard pour saisir le changement dans sa pluralité, sa complexité et sa multiplicité.

Announcement

Argumentaire

Le Cameroun est loin d’être un OPNI (Objet Politique Non Identifié) dans le champ scientifique mondial. La revue Politique africaine à elle toute seule y a déjà consacré trois numéros. Le premier en 1986 (« Le réveil du Cameroun », Politique africaine, n° 22), le deuxième est paru en 1996 (« Le Cameroun dans l’entre-deux », Politique africaine, n° 62) et le troisième est de 2018 (« Cameroun. L’État stationnaire », Politique africaine, n° 150). Le premier et le deuxième analysent le changement suite à un moment de rupture historique. Respectivement, pour saisir les effets de l’alternance survenue à la tête de l’État entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya en 1982, et, pour appréhender les incidences du passage du monolithisme au pluralisme politique en 1990. Le troisième, quant à lui, s’y intéresse dans un moment de continuité historique (l’élection présidentielle de 2018) pour comprendre une situation structurelle au pays (l’état stationnaire du Cameroun). Dans ces trois numéros, le changement est à chaque fois relativisé et la continuité politique affirmée.

Au-delà de ce support de marque, c’est le même son de cloche que font raisonner des recherches dans le cadre de projet individuel sur le Cameroun (Mbembe, 1992, 1994 ; Sindjoun, 1994 ; Konings, 2004 ; Nyamnjoh & Fokwang, 2005 ; Kojoué, 2020) ou au sein d’ouvrages collectifs sur le Cameroun (Geschiere & Konings, 1993 ; Sindjoun, 1999) d’une part ; d’autre part au sein de publications sur le Cameroun sous forme de chapitre dans des ouvrages collectifs portant sur l’ordre politique en général (Doumbe-Bille, 1995 ; Eboko, 1999) ou d’articles sur l’ordre politique Camerounais mais publié dans des numéros thématiques de revues portant sur d’autres objets (Pommerolle, 2007, 2008 ; Manga & Bassi, 2017 ; Khan-Mohammed & Amougou, 2020).    

La continuité politique observée est un changement composite. Il est fait de résilience du passé et d’invention du présent (Bayart, 1986 ; Doumbe-Bille, 1995), d’incertitude de la trajectoire d’un État situé au carrefour de deux scénarios, l’un catastrophique parce que peinant à se détacher des dérives du passé et l’autre reluisant mais dépendant de la prise de conscience par l’élite dirigeante de la nécessité de rompre avec ce passé (Courade & Sindjoun, 1996 ; Khan-Mohammed & Amougou, 2020). Il est aussi le fait de la capacité de cette élite à anticiper au plan cognitif et programmatique son émancipation et, néanmoins, de construire dans la pratique la neutralisation de l’effectivité de celle-ci (Konings, 2004 ; Nyamnjoh & Fokwang, 2005 ; Pommerolle, 2007, 2008 ; Manga & Bassi, 2017 ; Eboko & Awondo, 2018 ; Khan-Mohammed & Amougou, 2020). La continuité politique constatée ici est donc cette tradition de l’autoritarisme et du monopole (Mbembe, 1992 ; Sindjoun, 1999) de l’élite dirigeante qui ne lésine pas sur les ressources pour la « recherche hégémonique » (Geschiere, 1986) indispensable à sa pérennisation aux commandes de l’État (Sindjoun, 1994) alors même que sa légitimité est en crise (Mbembe, 1993 ; Bigombe Logo & Menthong, 1996). C’est ce qui amène finalement toutes les recherches ci-dessus mentionnées à conclure au caractère mitigé du changement. Pour ces travaux, celui-ci reste superficiel dans les domaines social, économique et politique (Bayart, 1986 ; Courade & Sindjoun, 1996 ; Eboko & Awondo, 2018) et même règlementaire (Doumbe-Bille, 1995). Passé près de quatre décennies (1982-2021), le constat est que ces travaux sombrent dans une considération statique et normée du changement. Ce qui fait sens pour eux c’est la continuité de l’immobilisme, refusant ainsi au Cameroun la qualité de « société ouverte à l’innovation et la négociation, avec des acteurs collectifs plus ou moins organisés » (Bajoit, 2003 : 158).  

Il ne nous semble dès lors pas incongru de revenir sur l’objet Cameroun afin de poser un nouveau regard sur le changement pour en saisir la pluralité, la complexité et la multiplicité[1]. Au plan sociopolitique[2], la transition démocratique a été effective. Il s’agit d’un long processus de décompression de la société qui débute avec l’accession au pouvoir de Paul Biya en 1982. Celui-ci initie sous le « projet du renouveau » un ensemble de mesures de démocratisation qui en 1983 consacre la libéralisation de la parole et la croissance du nombre d’organes de presse privée. Suivra en 1986 l’instauration de la démocratie au sein du nouveau parti unique, le RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), à travers l’institutionnalisation de la compétition pour l’accession aux postes de direction du parti (bureau de section, sous-section et comité de base) et aux postes de représentation de celui-ci aux échéances électorales nationales (élections législatives et municipales). Pour ce qui est précisément de la transition politique de 1990, l’incertitude qui structure l’issue de ce processus (O’Donnell & Schmitter, 1986 : 3 ; Sindjoun, 2000 ; Quantin, 2000) s’est dissipée dans la stabilisation du système politique expérimenté aujourd’hui. Les libertés individuelles et corporatives se sont consolidées et diversifiées, tout comme la diversité politique et l’hétérogénéité de l’espace public. Ce qui précède montre des réformes entreprises bien que quelquefois incomprises par la société (Sindjoun, 1999).

Le changement au Cameroun est l’expression d’une hybridité (Tchingankong Yanou, 2019), car il met en scène un composite de pratiques relevant pour les uns de l’ordre pluraliste actuel et pour les autres de l’ordre monolithique suranné. Le premier est effectif parce que la « culture démocratique est faite norme, valeur, croyance et comportement dans [le] contexte sociopolitique » (Sindjoun, 2000 : 522) actuel. Les traceurs empiriques dans ces comportements humains de l’assimilation de cette culture sont la modération, la tolérance, la civilité, l’efficacité, le savoir et la participation (Diamond, 1993 : 1). Le second l’est aussi car l’ordre hégémonique de l’ère monolithique (Bayart, 1979) demeure. Le marqueur factuel de cette résilience est le monopole institutionnel du sens des mutations sociopolitiques et économiques.

Mais, l’hybridité expérimentée participe de la trajectoire de consolidation démocratique (Valenzuela, 1992 ; O’Donnell, 1996 ; Ducatenzeiler, 2001) du pays. En effet, si l’hégémonie politique est un trait prépondérant de cette trajectoire d’affermissement de l’ordre démocratique (Sindjoun, 1996), ordre envisagé ici en tant que « vision du monde » qui habite les plans d’action du politique, les travaux qui le soulèvent semblent minimiser le fait que le changement est une dynamique complexe. C’est un processus marqué par de multiples influences (Balandier, 1986) qui imposent aux acteurs un temps d’apprentissage (Hall, 1993), ce qui le rend inévitablement incrémental (Lindblom, 1959). Dans cette complexité de la dynamique du changement, l’inclusion du jeu de force en tant que structurant certain de l’ordre politique est aussi à considérer pour en définitive mieux découvrir sa matérialité.

En effet, les acteurs, leurs représentations de la société et le travail matériel qu’ils opèrent sur celle-ci structurent des luttes politiques légitimes qui à leur tour déterminent une transformation de la société aux couleurs du groupe dominant. Dès lors, ce groupe, qui continue légitimement à travailler pour la conservation de la direction de la société, ne peut être appréhendé à chaque fois à partir de sa logique politique (se maintenir à la tête de l’État) au détriment de celle programmatique (agir sur la société) qui impose de lire le changement dans le temps long du processus qu’il implique. La logique du temps long est prise en considération dans la littérature sur l’analyse du changement au Cameroun mais exclusivement pour décrier les tendances hégémoniques de l’État (Bayart, 1986 ; Courade & Sindjoun, 1996 ; Eboussi Boulaga, 1997 ; Mbembe, 2000, Eboko & Awondo, 2018).

Dans cette perspective, la question suivante s’avère inévitable pour guider cette réflexion : comment le changement au Cameroun est-il gouverné ?

 Nous faisons donc l’hypothèse ici que la pérennisation de l’hégémonie politique par le groupe dominant au Cameroun la situe comme force d’un changement dans la discipline et non comme une continuation de l’arbitraire. Contrairement à cette dernière considération que célèbrent des réflexions anciennes sur le Cameroun (Bayart, 1979), comme d’ailleurs celles plus ou moins récentes (Mbembé, 2013 ; Eboko et Awondo, 2018), elle est une force de disciplinarisation qui garantit l’introversion et la soutenabilité du changement – transformation ordonnée de l’État – face aux dynamiques extraverties du changement (Bayart, 2010) qui sont porteuses de rupture et d’incohérences. L’hégémonie politique est indissociable du gouvernement de l’État[3], pour ce qu’elle procure comme capacité de maîtrise et de conjuration du sens des diverses mutations sociopolitiques et de leur matérialité. Elle participe de cette « procédure », au sens foucaldien[4] (1971), qui  garantit la cohérence des comportements autour d’une production collective d’un nouveau « contrat social ». Y interagissent effectivement, tant les élites gouvernantes que celles non gouvernantes, tant de la masse anodine d’individus « subalternes » (Hoare & Sperber, 2013) qui soutient l’État que celle qui ne lui manifeste pas son assentiment[5] ; tous ces derniers étant le « siège informel de l’hégémonie » (Sindjoun, 2002 : 327).

Du fait de cette convergence, l’État et la société se trouvent parties prenantes de l’opération d’hégémonie qui conduit au changement contrôlé (la conflictualité est au centre de cette interaction du changement). Il n’y a pas d’un côté l’État qui serait stationnaire et de l’autre la société qui serait le reflet de la renaissance, comme le prétendent certains auteurs (Eboko et Awondo, 2018). Les agents qui se revendiquent de l’un ou de l’autre bord  participent ainsi de la catégorie particulière des acteurs que nous choisissons de qualifier ici d’opérateurs d’hégémonie.

La figure part d’un double constat. Premièrement, l’hégémonie politique en tant que déterminant de l’équation du changement ne saurait fonctionner de manière mécanique. Ce sont les individus qui s’y emploient. Pour ce faire, ils usent de toutes les ressources à leur disposition. C’est dans cette logique par exemple que le droit est constitué par les gouvernants en ressource (Kamto, 1987 ; Nkot, 2005) pour contrer le changement non désiré. En face, les gouvernés le manipulent aussi pour collaborer, comme pour s’y opposer. L’initiative ou la passivité constituent alors un intrant qui influence inévitablement la volonté de disciplinarisation du changement. Deuxièmement, l’encadrement du changement considéré comme visée collective n’exclut pas le développement de logiques individualistes et opportunistes.

En définitive, les dimensions politique et programmatique sont difficilement dissociables dans l’explication de l’ordre du changement au Cameroun[6]. Ces deux dimensions se doivent d’être prises ensembles pour restituer la « gouvernementalité » (Foucault, 1994) du changement conduite présentement par l’élite dominante ; élite à la professionnalisation politique lointaine (Onana, 2004) mais qui se recompose sans cesse depuis 1982 avec l’accession de Paul Biya à la tête de l’État.

Axes thématiques

Pour démontrer cette hypothèse, les contributions pourront s’articuler autour des trois axes (non exhaustifs) suivants :

  1. Société, pouvoir et renouvellement de l’élite

Il convient au sein de cet axe de prendre au sérieux la volonté qu’ont les individus de participer à la construction de l’État et à la réalisation de son utilité sociale (Birnbaum, 1976). Cela passe, pour nombre d’entre eux, par une présence au sein de l’espace décisionnel institutionnel. Il s’agit cependant d’une ascension qui impose de se distinguer. La littérature dominante consacre le verrouillage de cette circulation du bas vers le haut de la société – d’individu anodin à élite – à travers le cloisonnement « ainés sociaux » ou « classes dominantes » et, « cadets sociaux » ou « communautés asservies » – (Bayart, 1992). Il s’agit d’une littérature qui est renouvelée par les études sur le post-autoritarisme (Pommerolle, 2008 ; Bayart, 2010 ; Eboko & Awondo, 2018 ; Kojoué, 2020). Or, les individus travaillent sur leur crédibilité pour rendre possible leur intégration aux cimes de l’État (Birnbaum, 1994), leur association à la réalisation de l’idéal utilitariste porté par celui-ci dans sa vision du changement. Ils croient ainsi en l’État comme lieu de participation à la construction d’un projet collectif, indépendamment de leurs positions sociales et de leurs milieux socio-corporatistes au sein duquel ils sont à la recherche permanente de construction et de réalisation de leur identité (Bajoit, 2003) d’individu crédible.

Il convient bien de comprendre que le relativisme est nécessaire s’agissant du rapport de la société à l’État. S’il est admis que la désaffection à son égard est réelle, il faut aussi reconnaitre que l’adhésion est effective comme cela était déjà le cas dans la conjoncture politique de 1982 à 1989 marquée par la transition d’Ahmadou Ahidjo à Paul Biya (Barbier, 1986), ainsi que celle de 1990 dans le cadre de l’institutionnalisation du multipartisme (Sindjoun, 2004). L’ensemble de la société ne saurait être unanime sur une mécanique de changement empreinte de violence. Tout comme d’ailleurs, l’unanimité ne l’emporte pas en ce qui concerne le mépris gouvernemental de l’État de droit sous prétexte de la disciplinarisation du changement.    

Les comportements d’adhésion à l’ordre politique (Barbier, 1986)  traduisent une forme de loyauté (Hirshman, 1995) dont les foyers sont disséminés dans divers espaces sociaux. L’administration publique en est un des sièges (Pommerolle & Machikou, 2015), la société civile en est également un des sites. Les partis politiques en sont concernés tout comme d’ailleurs le secteur de l’entreprenariat privé. Les relations de clientèle entretiennent aussi cette déférence, loin cependant de l’idée du post-autoritarisme (Pommerolle 2008 ; Bayart, 2010) ou de celle de continuité autoritaire à travers laquelle les auteurs systématisent certains travaux (Manga & Mbassi, 2017 ; Eboko & Awondo, 2018 ; Kojoue, 2020).             

  1. Société civile, partis et recomposition de la participation politique

Animé jusqu’à la fin de la décennie 1980 par une seule formation politique, à savoir le RDPC, le champ politique camerounais est progressivement passé d’espace exclusif de concurrence au sein d’une formation politique (Sindjoun, 2004) à un espace  de concurrence entre plusieurs formations politiques. La création du SDF (Social Democratic Front) le 26 mai 1990 est suivie d’une prolifération de partis politiques qui au 28 septembre 2020 sont au nombre de trois cent seize (316). Ce nombre plutôt exorbitant de partis politiques révèle un intérêt à en créer, qui contraste néanmoins avec l’engagement à participer effectivement aux différents scrutins nationaux, qui pourtant révèlent concrètement le niveau de structuration du marché politique.

La dynamique de la politique camerounaise laisse entrevoir deux temps historiques qui peuvent se croiser. Un premier moment, qui s’étend sur deux décennies – 1991-2011 – est l’adversité à laquelle se sont livrés le RDPC et le SDF à l’entame de l’ère pluraliste en 1990. La vigueur de celui-ci a constitué un facteur d’institutionnalisation du marché politique (nécessité du vote, refus du vote, contestation du vote, etc.). Le champ politique lui-même s’est polarisé, facilité par la constitution parlementaire d’alliances politiques en 1992 (RDPC-MDR – Mouvement pour la Défense de la République – et RDPC-UPC – Union des Populations du Cameroun –) qui ont définitivement façonné le sens du jeu politique au sortir de cette décennie 1990. D’un côté, on a le bloc des partis de la majorité présidentielle ; de l’autre, l’opposition qui s’est institutionnalisée mais peine à imposer un leadership dans la durée. Le SDF pour sa part est allé jusqu’à boycotter les élections législatives de 1992 alors même qu’il avait obtenu 36% des voix lors de l’élection présidentielle organisée la même année. Face à l’évolution en rang dispersé de l’opposition, le RDPC s’est renforcé (le candidat du RDPC est vainqueur en 1992 avec 40%, en 1997 il l’est avec 92,57%, en 2004 il l’est avec 70,92 et 2011 il l’est encore mais avec 77,99%), pendant que le SDF est progressivement déclassé de sa position dominante de « tête de proue » de cette opposition dans le cadre de la lutte pour une alternance à la tête de l’État au travers de l’élection présidentielle (le candidat du SDF est deuxième en 1992 avec 36%, en 1997 il boycotte l’élection, en 2004 il l’est avec 17,40% et en 2011 il l’est une fois encore mais avec 10,71%). Le second moment qui approche déjà une décennie – 2012-2021 – est l’adversité à laquelle se livrent depuis 2012 le RDPC et le MRC (Mouvement pour le Renaissance du Cameroun). La reviviscence induite sur le champ politique (renouvellement du discours partisan, accentuation de la compétition pour l’accroissement du corps électoral, médiatisation du jeu politique, investissement des réseaux sociaux, déterritorialisation de la concurrence électorale, professionnalisation des campagnes électorales, mobilisation du marketing, etc.) par cette alternance du leadership extra-parlementaire dans le groupe de l’opposition politique (le MRC qui arrive deuxième à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 avec 14,23% prend le dessus sur le SDF qui est relégué à la quatrième place avec 3,35%) montre la circulation des ressources politiques et des stratégies d’adversité (Le MRC mobilisera aussi la stratégie du boycott lors du double scrutin législatif et municipal du 9 février 2020 alors que le RDPC, lui persévère dans celle de l’alliance) pour un meilleur investissement d’un marché politique en progressive émancipation (politisation du vote, rationalisation du vote, marchandage du vote, etc.).

En effet, si la tendance au libéralisme politique a libéré chez les individus la capacité à se mobiliser autour des enjeux sociaux (Lagroye, 1978), leur politisation de Daniel Gaxie (1978) demeure un bien rare pour les partis politiques camerounais. Il s’agit là d’un constat conforté par l’organisation de plus en plus forte de la compétition politique entre parti au pouvoir et partis de l’opposition, de manière concomitante, autour de la course à l’inscription des citoyens sur les listes électorales (certains leaders politiques choisissent d’ailleurs des dénominations telle « onze millions d’inscrits » pour se distinguer), de l’enregistrement de nouveau militants (cérémonie de déshabillement-habillement de nouveaux militants) et la consolidation-construction territoriale de l’implantation des structures administratives partisanes. Il leur en faut effectivement dans le champ politique, pour rivaliser et prétendre à une supériorité (Geschiere, 1986), qui entraînerait la revalorisation de leur cote auprès de citoyens dont la demande d’engagement politique (Perrineau, 1994) est aussi en renouvellement.

C’est du moins ce que révèlent les toutes récentes échéances électorales au suffrage universel direct  – présidentielles, législatives et municipales – de la dernière décennie. Mais il s’agit d’une confrontation qui, si elle est à finalité électorale, ne se joue pas exclusivement dans les arènes de délibération institutionnelle (sénat, parlement, conseils municipaux et régionaux). L’espace public – réseaux sociaux (facebook, whats’app, twitter), média (radio, télévision, presse écrite et numérique), rue (sur le territoire national et à l’étranger) – est aussi un site de cette lutte partisane. Et, ici sont mis en débat, de manière participative, avec une tonalité plus grave d’ailleurs, la prise en charge gouvernementale des enjeux structurels et des crises spontanées auxquelles la société est confrontée. Pour les premiers, ce sont la gouvernance de l’État, sa consolidation démocratique, sa considération du bien-être économique des populations, son positionnement international par l’orientation de sa politique étrangère (la revendication du positionnement à l’égard de la France, l’ancien colonisateur francophone), etc. Pour les seconds, c’est la triple menace à laquelle fait face l’État : la menace terroriste dans la partie septentrionale (l’extrême-nord), la menace sécessionniste dans les régions anglophones (nord-ouest et sud-ouest) et la menace de la pandémie de la COVID-19 (coronavirus disease 2019).

La prise en compte de ces traceurs empiriques nécessite de recentrer le regard et l’analyse sur l’essence de la concurrence partisane, à savoir l’adversité par les idées et les projets politiques, contrairement à ses excroissances, plutôt marginales d’ailleurs, que peuvent être le clientélisme et la fraude pourtant privilégiés par certains travaux (Socpa, 2000 ; Tchoupie, 2012 ; Tsana Nguegang, 2015). Le changement que portent les idées est ceux pour quoi et par quoi les protagonistes du champ sociopolitique luttent.  

La vitalité de l’ordre politique du fait de son animation permanente par les partis politiques est simultanée à l’engagement des citoyens dont la constitution en une société civile et son affirmation ne prête plus à confusion (Eboko, 2004) après les doutes émis successivement par Jean-François (1986), Georges Courade et Luc Sindjoun (1996). Les domaines de cet engagement sont nombreux : environnement, droits de l’Homme, genre, emploi, santé, gouvernance (électorale, administrative, local, financière, etc.). Les mobilisations dans ces différents secteurs entretiennent la permanence de la pression sur les autorités publiques. Ceux-ci s’inscrivent quelquefois dans des relations institutionnalisées avec ces organisations de la société civile (OSC) ayant fait le choix de participer à la renégociation du « contrat social » camerounais par la collaboration. À l’inverse, d’autres optent pour l’affrontement lavé offrant ainsi la possibilité au politique de s’adosser sur la ressource règlementaire pour maîtriser le sens et le jeu de cette renégociation.       

  1. Réformes institutionnelles, politiques publiques et perversion à la marge

Si le début de la décennie 1990 a pu être perçu comme une conjoncture de crise généralisée (Courade, 2000), il est aussi un moment de reviviscence du champ social et politique, soit à l’initiative de la société (Sindjoun, 1996), soit par des réformes étatiques plus ou moins suivies par elle (Sindjoun, 1999). Le changement est de toute évidence une réalité ; bien que le pays soit toujours perçu comme demeurant dans la continuité (Eboko & Awondo, 2018 ; Kojoue, 2020). D’une absence avant 1990 d’investissements collectifs et, même individuels, de l’espace public du fait d’un régime de verrouillage du pluralisme instauré par la loi de 1962 sur la subversion encore en vigueur à cette date, il s’observe une multiplication des manifestations, notables de par leur ampleur (degré de violence) et leur étendue (implication territoriale nationale). Celles-ci en font des conjonctures inédites dans ce nouvel ordre politique.

Les manifestations de mai 1991 sous la conduite des partis de l’opposition (principalement le SDF) entraineront un blocage prolongé de toute activité socioéconomique dans les grandes villes. Sept régions (à ce moment il est encore question des provinces) sur dix seront paralysées. En février 2008, sous la cause de la faim, des manifestations produiront des effets identiques dans certaines grandes villes. En novembre 2016, les manifestations dans les deux régions anglophones du pays se transformeront dès 2017 en un affrontement armé qui aujourd’hui a pris la forme d’exaction sporadique de bandes armées non structurées. Chacune de ces mobilisations constitue l’énergie conjoncturelle d’un recadrage de la trajectoire du changement pensée par les « acteurs du régime » (Sindjoun, 1999). Ceux-ci intègrent au prisme gouvernemental de décision des problématisations concurrentes des enjeux sociaux, adaptant par là même les réponses institutionnelles. Les mobilisations font effectivement l’objet de réponses ayant des effets structurels sur l’État. Dans l’ensemble des cas, ces effets structurels s’observent sur le temps long, car le changement est toujours un processus incrémental (Lindblom, 1959).

De manière respective, en 1991, la tenue de la Tripartite (rencontre entre Gouvernement, partis politiques et personnalités indépendantes) conduira à des résolutions dont les effets sont perceptibles dans la constitution du 18 janvier 1996, « norme suprême » dont ses effets s’inscrivent aussi dans cette logique de progressivité. En 2008, la réaction spontanée la plus remarquable du gouvernement est l’augmentation de 15% du traitement salarial des fonctionnaires. Elle est accompagnée d’une suspension des droits de douane sur les produits de première nécessité. Leurs effets structurels doivent aussi s’observer dans la même logique. En 2019, la tenue du Grand Dialogue National se soldera sur des résolutions dont l’application se poursuit et les effets eux-mêmes ne sauraient être envisagés dans l’immédiat. 

Ces mobilisations de l’ordre du spontané, qui impose quelquefois la mise en place de dispositifs ponctuels de « démocratie participative à grande échelle » (Perrineau, 2020), évoluent en complément d’une gouvernementalité plus structurelle de l’innovation sociale afin de répondre aux attentes des populations. Les politiques publiques développées dans divers secteurs sociaux (environnement, industrialisation, agriculture, sécurité, investissement, développement local, infrastructures, éducation, santé, etc.) procèdent de ce souci étatique de définir et de mettre en œuvre son entendement du bien-être de ses citoyens. Si toutes peuvent effectivement traduire une volonté de porter une alternative, les recettes qui se révèlent performatives aujourd’hui participent d’un recycle (Pierson, 2000). Il convient de noter que les protagonistes de l’innovation contemporaine sont les acteurs d’un passé marqué par l’absence de maturité nécessaire à l’invention des marges dans la mise en œuvre des politiques de sortie de la crise économique. Dans cette perspective, si la vision actuelle de l’émergence est envisagée, en s’articulant à quelques dispositifs de la planification de la période des programmes d’ajustement structurel (PAS), notamment le développement et la centralisation bureaucratique et la mobilisation des financements internationaux, il pourrait être possible de penser que la matérialité du changement est aussi dépendante du rapport de marge conjoncturelle (contextualisation) dont disposent les acteurs chargés de réceptionner et d’opérationnaliser les programmes internationaux de politiques publiques.      

Cependant, le processus décisionnel et de mise en œuvre des programmes d’action que portent ces politiques gouvernementales, malgré l’autorité qui organise les rapports institutionnels et organisationnels, laisse libre court au développement de logiques parallèles paradoxales (Tchingankong Yanou, 2017 ; Kojoué, 2020 ; Khan-Mohammed & Amougou, 2020) qui participent néanmoins à l’ordre quotidien du succès de l’intervention publique (De Herdt et De Sardan, 2015). Lesdites logiques se traduisent empiriquement par le patrimonialisme (Bayart, 1985 ; Médard, 1991), le verrouillage politique source de démobilisation (Pommerolle, 2008), le désordre (Willard, 1970 ; Bayart, 1992 ; Courade, 1996) qui peut être quelquefois inventif (Sindjoun, 1996) pour ce qui est du politique et, par la corruption, l’absentéisme, l’inertie, la personnalisation et la politisation pour ce qui est de l’administration publique (Tchingankong Yanou, 2017) en tant qu’acteur garant de la matérialité de l’utilité sociale de l’État.

Modalités pratiques d'envoi de propositions

Les propositions d’articles (1 pageau plus) sont à envoyer aux coordonnateurs du dossier (nadngameni@yahoo.fret yanoumoise@yahoo.fr)

d’ici au 15 mars 2021.

Calendrier

  • 5 février 2021: publication de l’appel à contribution
  • 15 mars 2021 : délai d’envoi des propositions aux coordonnateurs
  • 31 mars 2021 : notification aux auteurs des propositions retenues
  • 31 juillet 2021 : envoi des articles retenus(une rubrique Variacontiendra deux articles traitant dela problématiquedu changementpartant depays autres que le Cameroun)aucomité de rédaction de larevue (50000 signes, espaces et notes de bas de page compris)
  • 31 août2021 : publication du numéro spécial.

Coordination scientifique

  • Nadine MACHIKOU 
  • Moïse TCHINGANKONG YANOU

Références bibliographiques

  • Bajoit, G. (2003). Le changement social. Approche sociologique des sociétés occidentales contemporaines. Paris, Armand colin.
  • Balandier, G. (1970). « Sociologie des mutations », In G. Balendier (dir.), Sociologie des mutations, Paris, éditions anthropos, 13-37.
  • Balandier, G. (1986). Sens et puissance. Les dynamiques sociales, Paris, Presses universitaires de France.
  • Barbier, J.-C. (1986). « « Tu es devant et nous sommes derrière » », Politique africaine, n° 22, 101-110.
  • Bayart, J.-F. (2010). Les études postcoloniales. Un carnival académique. Paris : Karthala
  • Bayart, J.-F. (1992). « La revange des sociétés africaines », In J.-F. Bayart, A. Mbembe, Toulabor C., (dir.), La politique par le bas en Afrique noire. Contribution à une problématique de la démocratie. Paris : Karthala, 92-127.
  • Bayart, J.-F. (1986). « La société politiques camerounaise (1982-1986) », Politique africaine, n° 22, 5-35.
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Références

[1] Il s’agit pour nous, comme l’affirme Georges Balandier, de détecter les courants de changement sous les eaux mortes de la continuité (« Sociologie des mutations », In G. Balendier (dir.), Sociologie des mutations, Paris, éditions anthropos, 13-37).   

[2] Au plan économique, l’état désastreux de l’économie camerounaise relevé par Georges Courage (Le désarroi camerounais. L’épreuve de l’économie-monde, Paris, Karthala. 2000), en tant qu’effet de l’instabilité de l’économie mondiale sur celle de ce pays à partir 1986 (chute internationale des prix du pétrole, du cacao, du café et du coton) et accentué en 1988 selon Touna Mama (L’économie camerounaise. Pour un nouveau départ, Yaoundé : Maison Larose/Afrédit. 2008) par l’application des programmes d’ajustement structurel (PAS) en déphase, a été surmonté sur le long terme. Le retour de la croissance dès la décennie 2000 en est un des traceurs remarquables.   

[3] La reconnaissance de cet ordre politique n’est en rien un soutien à la pensée Bayartienne de l’historicité du politique au Cameroun, elle-même articulée à la pensée gramscienne du politique. La domination que confère l’exercice du pouvoir est vue en termes d’hégémonie d’une élite sur la société. La société étant construite comme le site des « cadets sociaux », il célèbre le cloisonnement entre eux et l’élite dominante, ce qui-là constitue les cadets en résigné politique. Dans cette perspective, le rapport de domination dans la politique camerounaise est lu en termes d’assujettissement, d’inégalité et d’accumulation, ce qui n’est qu’un recyclage des limites de la pensée gramscienne. Or, la volonté d’une vue intégrale du rapport de domination chez Gramsci, au sens où toute la société serait concernée en raison de ce que la classe dominante adopte la culture subalterne, comme la subalternité croupit sous l’idéologie dominante est réelle. Cependant, la circulation n’étant pas possible entre les positions d’hégémonie et de subalterne, c’est alors uniquement l’ensemble d’individus occupant des positions de pouvoir qui se retrouverait au sein du régime, alors même que par les relations de parenté le subalterne profite de la position d’hégémonie d’un proche tout comme inversement celui-ci se plie aux doléances d’un ou de ses proches subalternes. Cela dit, la volonté de partir principalement du bas pour les sommets de l’État doit être prise en compte. L’idéologie dominante, les pratiques de répression « éliminatoire » et la recherche de l’hégémonie que dénonce Jean-François Bayart ne serait en définitive que la mécanique de filtrage du passage du pôle subalterne vers celui hégémonique car la stabilité de la domination y est aussi dépende. Celle-ci est même indispensable pour la légitimité de cette élite au regard des attentes de leur population. L’analyse de l’État au Cameroun menée par Jean-François Bayart est dans cette perspective conforme à la pensée gramscienne car la domination est présentée comme une dérive alors même qu’elle est inhérente à la constitution de l’ordre politique.

[4] Notre position sur la production du changement au Cameroun est soutenue par la pensée foucaldienne illustrée par cette affirmation forte concernant l’ordre du discours : « je suppose que dans toute société la production du discours est à la fois contrôlée, sélectionnée, organisée et redistribuée par un certain nombre de procédures qui ont pour rôle d’en conjurer les pouvoirs et les dangers, d’en maîtriser l’événement aléatoire, d’en esquiver la lourde, la redoutable matérialité ».

[5] L’hégémonie politique est considérée ici comme ordre politique global au sens de l’ « État intégral » Gramscien. Le rapprochement effectué ne vise pour autant à le réduire aux rapports sociaux inégalitaires qui découleraient du constat d’une domination exclusive de la société par l’élite gouvernante.

[6] Les catégories wébériennes de « fonctionnaire spécialisé » et « fonctionnaire politique » sont prises ici pour ce qu’elles sont, à savoir des idéaux-types. Les « acteurs du régime » s’identifient à un parti pour lequel ils luttent afin de maintenir la domination. Pour autant, ils exercent concomitamment leur charge de direction de la société à travers des programmes d’intervention publique.

Places

  • Batîment décanat - Boulevard Paul Biya
    Yaoundé, Cameroon (18 Soa)

Date(s)

  • Monday, March 15, 2021

Keywords

  • Cameroun, ordre, changement, hégémonie, politique

Contact(s)

  • Moïse Tchingankong Yanou
    courriel : yanoumoise [at] yahoo [dot] fr
  • Nadine Machikou Ngameni
    courriel : nadngameni [at] yahoo [dot] fr

Information source

  • Moïse Tchingankong Yanou
    courriel : yanoumoise [at] yahoo [dot] fr

To cite this announcement

« Cameroon: the order of change », Call for papers, Calenda, Published on Friday, February 12, 2021, https://calenda.org/842470

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