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Peaux océan, p'eaux de mer

Revue « La peaulogie »

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Published on Monday, March 15, 2021Monday, March 15, 2021 by João Fernandes

Summary

Ce numéro s’intéresse aux liens entre humains et eaux marines, à travers notamment la médecine-océan (blue health/blue medecine), les pathologies et soins, les modifications et les imaginaires des peaux en contact avec ces eaux.

Announcement

« Il faut avoir touché la mer ardente, pris vraiment la mer avec un corps nu, senti l’épaisseur du sel et du sang peser sur la chair comme un arbre blanc pour savoir où sont les pays perdus, pour ne pas cesser de brûler d’attente. Tous ceux qui n’auront pas aimé la mer. qui n’auront pas baigné dans sa rumeur, sucé la nuit, l’eau large et capitale, les grands raisins de la noce natale, ne pourront pas entrer dans la ferveur, seront passés près des départs ouverts. »

(Jean‑Claude Renard, Chant de mer, 1950)

Argumentaire

La peau, ce « premier‑né de nos organes des sens et aussi le plus vaste de nos moyens de communication avec l’extérieur » (Wolff‑Quenot, 2001) est ce qui nous met en contact avec les éléments, dans un dialogue incessant entre notre environnement intérieur et extérieur. Elle a un rôle clé dans nos représentations et perceptions des milieux, puisqu’elle les rend sensibles. La nature peut entrer dans le corps à la manière de l’océan qui en pénètre ses pores (Andrieu, 2019, 40), ses interstices, ses plis et ses creux, y laissant alors son empreinte à travers des traces de gerçures, de décoloration ou encore de brûlures. L’océan agit en tant que perturbateur sur le microbiote cutané qui peut mener à certaines infections et pathologies selon l’ASM.

Cette communauté de micro‑organismes vivants, qui est différente sur chaque peau avant la baignade, devient alors identique à tous les individus après qu’ils se sont immergés dans un même lieu océanique. L’eau de mer modifie donc la surface du corps, elle ramollit les plaies et leurs croûtes, rappelant alors peut‑être à la peau, à travers ce mimétisme liquide, que sa composition a quasiment la même teneur en sel que celle de la majorité des océans. Ainsi notre humanité est intimement liée à l’élément marin, comme l’évoque le corps fœtal baigné dans « l’enveloppe de maternage » (Cupa, 2006) pleine du liquide amniotique proche de la composition des eaux marines (Pelizzani, Tovaglieri, 2005, Schirrer, 2015).

Et c’est alors une eau salée soignante, un océan‑médecine dans lequel on s’immerge pour tenter de dissoudre ses maux. L’enveloppement du corps dans la matière aquatique, l’absorption de l’élément par l’organisme, ou bien l’application de dérivés marins sur la peau renvoie à des archétypes de régénérations, d‘effacement du temps si ce n’est d’immortalité. L’immersion dans une mer glacée en vue de raffermir la peau tout comme le système immunitaire saisit le corps dans un réflexe de piloérection, éveillant alors, à travers la peau, le corps trop endormi par le quotidien. Ainsi, l’océan qui abîme la peau peut aussi la soigner, grâce aux diverses vies qu’il contient, tels le plancton, les algues. Une eau vivante qui résonne avec le corps vivant, lui offrant l’espoir d’une certaine harmonie avec le cosmos dont il fait partie.

Les eaux marines sont utilisées depuis des siècles sous différentes aires culturelles, pour le soin tout comme pour les modifications corporelles à l’exemple des îles Chuuk en Micronésie, où le bain de mer avant le lever du soleil aurait de grandes vertus, notamment celles d’apaiser les traitements abrasifs des petites lèvres vulvaires des jeunes filles dans le cadre de l’embellissement des organes génitaux féminins (Moral‑Ledesma 2000, 57).

Ces éléments aquatiques sont aussi dotés d’une certaine forme de magie qui permettrait alors une hybridation entre l’humain et le non‑humain grâce à un pouvoir de conversion, où la peau deviendrait « lisse comme celle d’un dauphin » comme le relève Artaud dans son travail sur les pêcheurs du banc d’Arquin en Mauritanie (2018, 269), ou bien se couvrirait d’écailles comme le racontent certains surfeurs (Sayeux, Sirost, Andrieu, 2021). C’est un imaginaire partagé qui se retrouve dans de nombreuses œuvres de fiction, en littérature à l’exemple de la Mer de Michelet (1935) pour n’en citer qu’un, tout comme dans les contes traditionnels ou dans maintes formes d’arts et de cultures. Ainsi, des récits de la femme‑poisson, sirène que l’on retrouve dans les jades sculptées Hongshan du néolithique, à la réinterprétation du mythe de Poséidon dans le film Aquaman de James Wan paru en 2018, l’hybridation de l’humain et de l’animal aquatique due à l’immersion dans les eaux de mer semble traverser les époques et les continents. L’imagination fertile que porte en lui cet élément, comme l’a si bien décrit Bachelard, relève de la vie tout comme la mort, de la naissance tout comme de la fin, comme peuvent le montrer les p’eaux salées.

Axes thématiques

Trois axes principaux sont proposés :

1. Les pathologies, modifications et soins de la peau par les immersions marines: 

Cette partie pourra aborder les différents types de pathologies en lien avec le contact des eaux marines, les peaux polluées par l’élément marin, les peaux de noyés, ou encore les marquages laissés par l’immersion salée. Les propositions pourront aussi discuter des soins de la peau par les eaux de mer, en s’intéressant aux pratiques et imaginaires, aux techniques de soins et/ou d’embellissement de la peau par les eaux de mer, telle que de la thalassothérapie pour soulager des problèmes dermatologiques, ou des baignades de soin de peau en eau de mer dans différentes cultures. Il est aussi possible d’aborder la question des crèmes de soins dont les composants à partir d’algues et d’éléments marins, semblent en lien avec un imaginaire de purification, de tonicité de régénération et d’immortalité propre aux eaux de mer. Enfin, le nettoyage, les bains aux sels marins ainsi que l’ingestion de ces eaux de mer pourra être interrogé, notamment en questionnant l’opposition entre les eaux vivantes les eaux mortes.

2. Modification ritualisée utilisant l’élément marin :

À l’exemple des techniques micronésiennes citées dans l’appel, cette partie s’intéressera aux modifications corporelles employant les eaux de mer dans leurs processus, ou les produits issus de l’océan tels que le corail, les coquillages ou les algues. Ces modifications corporelles comprennent aussi les tatouages en lien avec la mer, qu’ils soient classiques comme chez les marins, traditionnels ou encore énergétiques, il sera possible de décrire et d’analyser comment, à travers l’encre, on cherche à faire entrer dans la peau des vertus et symboliques marines.

3. Peau de mer dans la littérature et dans les arts : 

Les œuvres sur la mer sont nombreuses, mais qu’en est‑il plus particulièrement de la peau immergée dans l’élément marin ? Cette partie pourra aborder les bestiaires maritimes et les divinités hybrides telles que Mami Wata, les sirènes ou encore les néréides, présents dans les contes et autres écrits, tout comme dans le cinéma, la photographie, les arts visuels ou les arts textiles. Cette partie est ouverte pour comprendre comment se raconte le lien entre la peau d’humain et l’océan.

Les contributions reposant sur un travail d’enquête, d’observations, d’ethnographies, seront particulièrement appréciées.

Calendrier et modalités de soumission de propositions

  • Propositions de contributions attendues de mars 2021 à juin 2022

  • Date butoir de remise des articles : 16 juin 2022
  • La publication du numéro est prévue pour l’hiver 2022

Modalité de soumission et proposition détaillée sur le site :http://lapeaulogie.fr/peaux-de-mer/

Modalités de réponse à l’appel

  • Soumission uniquement en ligne via notre formulaire http://evaluation.lapeaulogie.fr/
  • Le fichier de soumission est au format Microsoft Word, suivant la feuille de style disponible en ligne.
  • La soumission n’a pas été publiée auparavant, ou qu’elle n’ai pas été examinée par une autre revue (sinon, merci de nous faire part de cette information en commentaire).
  • Le fichier nommé de manière anonyme ; lapeaulogie_2020‑01‑29_ici‑le‑titre‑court (ex :  lapeaulogie_aaaa‑mm‑jj_titre‑titre )
  • Pour des raisons d’anonymat , les auteur·ices ne doivent pas indiquer leur nom et coordonnées dans le texte.
  • Lorsqu’elles sont disponibles, les URL pour les références doivent être fournies.
  • La présentation des articles est la suivante ; titre, résumé en français, liste de mots‑clés en français, corps de l’article, références.
  • Le texte est en interlignage simple ; en arial de taille 10 ; utilise l’italique plutôt que de souligner (sauf avec les adresses URL) ; et toutes les illustrations, figures et tableaux sont placés dans le texte aux points appropriés, plutôt qu’à la fin.
  • Le texte respecte les exigences stylistiques et bibliographiques décrites dans les lignes directrices de la revue, que l’on retrouve dans Conseils aux auteur·ices.

Coordination du numéro

A.S. Sayeux

Comité éditorial

Stéphane Héas (dir.) ; Christine Bergé ; Christophe Dargère ; Alexandre Dubuis

Comité scientifique

Bernard Andrieu ; Grégory Beriet ; Christian Bromberger ; Philippe Charlier ; Philippe Cornet ; Jean Da Silva ; Adeline Grand‑Clément ; Camille Gravelier ; Claire Lahuerta ; Bertrand Lançon ; David Le Breton ; Annick Le Guérer ; Philippe Liotard ; Juliette Sméralda ; Ivan Ricordel ; Valérie Rolle ; Meryem Sellami

Date(s)

  • Thursday, June 16, 2022Thursday, June 16, 2022

Keywords

  • maritime, peau, imaginaire, santé, océan, modification, immersion, corps, nature, mythe, modification corporelle, bestiaire

Contact(s)

  • Anne-Sophie Sayeux
    courriel : Sayeux [dot] annesophie [at] gmail [dot] com

Reference Urls

Information source

  • Anne-Sophie Sayeux
    courriel : Sayeux [dot] annesophie [at] gmail [dot] com

To cite this announcement

« Peaux océan, p'eaux de mer », Call for papers, Calenda, Published on Monday, March 15, 2021Monday, March 15, 2021, https://calenda.org/854033

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